‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 37 sur 455 · JOACHIM MIRAT, GRAND-DU DE BERG · texte numérisé non relu

JOACHIM MIRAT, GRAND-DU DE BERG

(Collection du prince Roland Bonaparte.) Joachim Murât, né à la Bastide, près Cahors, dan» le département du Lot, en 1707 (et suivant d'autres biographes, en 1768), fut d'abord destiné à la théologie, puis s'engagea comme volontaire dans l'armée des Ardennes. Un coup de lèto, h la suite d'une punition, lui Gt quitter son régiment pour se réfugier à Paris. 11 y entra dans la garde constitutionnelle du roi, puis, après la dissolution de ce corps, devint sous-lieutenant des chasseurs à cheval. Sa bravoure lui valut de l'avancement- Il suivit lionaparto en Italie et fut bientôt l'adjudant du général en chef. Il se distingua brillamment & Hovcredo, à liassano, à Rivoli, fit la campagne d'Kgypte, revint avec Bonaparte en France et lui rendit de grands services au 18 brumaire. Fn 1800, il épousa Caroline, la sœur du Premier (.onsul, et depuis ce moment ta destinée fut unie à celle de son beau-frère, qui le combla d'honneur, et le nonmia grand-duc de Rerg, puis roi de Naples.

Le même jour, le citoyen Hchoiirt, premier suppléant du juge de paix, appelé par le magistrat de sûreté, procéda, en présence de l'épirier, à une description des effets en évidence et à l'apposition des scellés. Otte opération coninu'iiraà midi jirécis et ne finit qu'à dix heures du soir. L'épicier parla

SOPHIE AR.NOULI» (oI'ÉUA).

Rôle d'Iphigénle dans Iphigênie en Tauride.

D'après un dessin de Collin. — (Bibliothèque de la ville de Paris.)

Sophie Arnould, née en 1744 h Paris et niorle dans celle intime ville en 1803, fui une des plus célèbres cantatrices de son temps. Ses Mémoires ont été publiés en 1837.

peu de sa fille aînée. Sur l'ohservation que le citoyen Behourt lui fit qu'il pouvait avoir hesoin de linge dans sa prison, il l'en remercia, ouvrit luimême ses armoires, mit de côté ce dont il crut avoir besoin.

L'heure du dîner arriva. Le magistrat y avait pourvu. L'épicier dîna fort bien, prit son café, son verre de liqueur.

Le dîner dura environ une heure, pendant lequel temps le citoyen Hehourt était passé chez un voisin.

On reprit l'opération à quatre heures. Nécessité de se transporter dans la chambre de la défunte, le

magistrat y entra avec son secrétaire, l'épicier et des employés.

On dit que cet homme ne se livra à aucune imptilsion.

11 ne s'entretint que d'un tableau qui s'y trouvait, parla avec assez d'indifférence de ce qui pouvait être contenu dans une commode, et demanda seulement qu'on apposât les scellés sur une armoire conte- '^ nant sa garde-robe.

11 signa avec une apparence de calme la clôture du ])ro(és-verbal, en disant et répétant souvent qu'il était fort de sa conscience.

11 subit ensuite un interrogatoire chez le magistrat de silreté, et fut conduit au secret, à Sainte-Pélagie (1).

{Journal des Débats, 1803.)

Chez Madame Récamier.

L'hôtel Hécamier situé Chaussée d'An tin a été démoli en 1798 et remplacé par une belle maison de rapport portant le n" 66. Il n'a pas de vastes proportions, mais il a très bon air, au fond de sa cour encadrée par de belles constructions. La nuit dernière, il s'est trouvé trop étroit pour le beau monde parisien, pour le corps diplomatique et les étrangers de distinction qui affluaient.

Une multitude de réverbères éclairaient la cour comme en [dein jour; le perron et le vestibule, recouverts de tapis turcs, étaient garnis d'une l'orèt d'arbustes rares et de (leurs à profusion. Tout l'appartement comprenant le vestibule, deux salons à droite, la chambre à coucher de Mme Récamier, le boudoir et la salle de bain à gauche, étincelait, illuminé a giorno. A chaque arrivante, Mme Récamier disait : « Voulez-vous voir ma chambre? » et passait avec elle dans son gynécée, en lui donnant le bras. Un cortège de cavaliers se pressait sur leurs pas vers le sanctuaire.

Cette pièce, fort élevée, est presque entièrement entourée de hautes glaces d'un morceau. Entre les

(1) r>e procès de l'empoisonneur Trumeaux commença le 19 mars et dura quatre jours. Le jury reconnut la culpabilité de l'accusé, qui fut condamné à mort et exécuté. Une femme, qu'on croyait sa complice, fut acquittée, et le jury fit en faveur d'elle une collecte. Pendant les dél)ats, le chef du jury se trouva mal, et il s'évanouit en prononçant le verdict. On a prétendu depuis que la condamnation de Trumeaux était une erreur judiciaire.

PARIS SOUS LE CONSULAT

pannfeaux de glaces, et au-dessus des grandes portes en marqueterie, s'aperçoit une boiserie blanche «avec filets bruns, relevée par de délicats .ornements en bronze.

La cloison du fond faisant face aux fenêtres est une glace immense. G*est là qu*apparalt, la tète contre le mur, la couche éthérée de la divinité du lieu: un nuage de mousseline, une blanche vapeur ! Le lit, de style antique, est ornementé de bronze, comme la boiserie avec autant de goût que de richesse. Au- .tour du lit, sur le gradin de deux marches qui le supporte, des vases de forme antique ; en arriére vers le fond, deux candélabres à bougies û huit branches. Du ciel de lit descendent jusqu'à terre les rideaux de mousseline fine, gracieusement drapés, qui protègent la tète.

Sous ces rideaux se montre une tenture en damas de soie violet, relevée à droite et à gauche, afin de laisser apercevoir la glace du fond; un large lambrequin de satin, nuance vieil or, dis-

tméf^m^^'êÊtfBe /V^ l'tCfE '

Gravure satirique de Tépoque sur la querelle entre Mlle Georges et Mlle Duchesnuis. Bibliolhèque nationale. ~ (Collection Hennin.)

posé le long de la corniche, couronne le haut de la tenture.

11 serait trop long de décrire les bronzes, les tableaux qui garnissent et encadrent la monumentale cheminée de marbre et de faire Tin- Yentaire de tout le précieux mobilier.

Entrons dans la salle de bain, un peu moins grande que la chambre à coucher; les murs disparaissent sous les glaces et sous une tenture de gros de Tours vert tombant en petits plis. Dans une niche de glaces, la baignoire est dissimulée par un grand sofa recouvert en maroquin rouge, comme les fauteuils bas qui meublent la pièce.

De la salle de bain on passe dans le boudoir tendu de gros de Tours d une autre nuance aussi finement plissé; Tameublement et un sofa, qui occupe toute la largeur du boudoir, sont recouverts de même étoffé.

De jolies peintures égayant les plafonds; de grosses lampes d*Argand suspendues ou posées sur les cheminées et sur des candélabres dressés dans les angles complètent l'élégante et somptueuse décoration.

Les rideaux des fenêtres sont doubles et de deux nuances. Dans la chambre à coucher, l'ample rideau de dessus, en damas de soie violet, est relevé de droite à gauche, par. des embrasses, à la moitié de sa hauteur; le rideau de dessous, en damas vieil or, est relevé de même de gauclie à di*oite. Je ne me souviens plus de la nuance des rideaux des autres pièces.

Le premier salon, à droite du vestibule en entrant, n'a pas tardé à n<^ plus pouvoir contenir la foule des invités. Les dames s'étaient assises sur des fauteuils rangés en cercle, de sorte que l'on pouvait circuler autour d'elles et leur parler. C'est dans ce petit espace, circonscrit par ce groupe

féminin que Ton dansait : — une seule française à la fois, exécutée avec une perfection digne de l'Opéra. Le plus beau danseur a été le jeune sculp-

admirer longtemps dans la [même pose. Ses cheveux bruns et soyeux, très simplement disposés en boucles, étaient relevés assez haut par un^ large

ruban de veloui*s noir posé en biais et s'abaissant presque au sourcil sur un des côtés du front.

Presque toutes les femmes étaient coiffées de même; fort peu avaient des pierreries ou des perles dans les cheveux.

Avant de quitter la salle de bal. où la chaleur est bientôt devenue suffocante, je dois une mention à lorchestre. admirablement conduit par un violoniste mulâtre.

i*our cbaque française il faisait exécuter six ou huit motifs différents, en variant chaque fois la cadence; il commençait le mol'iï piaiiiss lin 0 et continuait tTcsfTurfo avec une délicatesse extrême; l'effet était des plus agréables. Le mulâtre et ses deux premiers aco-

LA COUUONNE T H É A T M A L h! OU LtS DEUX RIVALES (d U C H E S N O I S ET G EU KG ES).

D'après une caricature de 1803. — (Bibliothèque de la ville de Paris.)

teur Dupaty. fils duii ancien avocat général au parlement de Bordeaux Le grand Vcstris a daigné paraître et danser : sa coiffure bizarre extraordinairement frisée et poudrée, couronnant son froni qui n'en finit pas; rimniensc cravate lui cachant le menton jusqu'à la lèvre inférieure, étaient ridicules et démodées; ses cabrioles chorégraphiques ont été déplacées dans un milieu aussi élégant.

Heaucoup de dames ont pris part aux danses; jadis elles cédaient généralement la place aux jeunes filles. Les reines du bal ont été Mme Kegnault de Saint-Jean d'Aiigély et Mme Uécamier; cette dernière est la seule qui ait dansé avec une traîne H est vrai qu'elle avait protesté, à diverses reprises, quelle ne danserait pas. Une mauvaise langue me contait que, dernièrement, au bal de la légation de ***, Mme Uécamier, arrivée en robe traînante, avait aussi déclaré qu'elle ne danserait pas. Sur de pressantes invitations, elle se décida enfin, se débarrassa, en un tour de main, de sa lourde toilette de soie et se trouva prête à danser avec un costume de crêpe artisteraent dissimulé.

L'extrême pâleur de la plupart des danseuses m'a frappé; il paraît que Ton ne se farde plus, afin de paraître plus jeune. Cela sied à Mme Uécamier, dont le teint transparent permet de voir circuler le sang sous l'épiderme. Sa toilette était blanche, satin et mousseline ; sa robe, très échancrée dans le dos, permet d'admirer sa nuque d'aphrodite et ses charmantes épaules. Ses attitudes ont une grâce naïve, presque enfantine, ses yeux limpides souvent levés, ses lèvres entr'ouvertes montrant des dents de perle, sa physionomie candide, toute sa personne en un mot, donnent à |»enser qu'elle trouve tout naturel de se laisser

LE VIEUX PARIS

Le Bureau des marchandes lingères.

Rue Courtalon, n» 6.

D'après une gravure du tenip^. — (Musée Carnavalet.)

Ce lAireau date de 1716 comme en fait foi l'inscription qu'on lit encore au-dessus de la porte monumentale aux gracieuses sculptures malheureusement empâtées. (Edm. Bkavrei'airr.) La rue Courtalon était déjà bordée de constructions en 1284. Elle s'appelait en l^JOO rue A petits soulers de Bazenne. Son nom de (^urtalon lui vient du propriétaire de deux maisons au coin de In rue des Lavandières au milieu du xvi** siècle.

PARIS SOUS LE CONSULAT

lytes, installés assez coiniuodéinent sur une petite estrade au milieu du grand panneau du salon, avaient les bras libres; mais leurs douze accorapagnaleurs étaient littéralement collés au mur par les invités qui se pressaient sur dix rangs de profondeur pour voir les danseurs. Un des musiciens annonçait chaque fois la figure que l'on allait danser; cet usage, que je ne connaissais pas, parait adopté dans tous les salons. C'est une fureur d'avoir ce chef d'orchestre pour les grands hais; on se le dispute à prix d'or : quatre heures de présence, à partir de minuit, lui sont pavées jusqu à douze louis.

Vers deux heures, la salle a manger contiguc au salon s'est ouverte. Le souper chaud était servi sur une immense tahle admirablement garnie : poisson, gibier, fruits, vins, sucreries, tout à profusion et de qualité exquise. Malgré les dimensions de la table, les dames n'ont jm toutes s'asseoir en même temps. Il a fallu trois fournées successives; la dernière n'a été ni la moins joyeuse ni la moins bruyante. Après avoir bien contemplé ces magnificences, je me suis retiré, me bornant à avaler un petit pot de crème et un verre de Champagne que voulut bien moffrir de sa belle main la maîtresse de la maison.

J.-F. Kkioua uni.

(Un kicer à Paris sous le Consulaty 1802-1803.)

Premier essai du steam-boat

ou BATEAU A VAPEUR DE ROBERT FULTON

(9 août).

LE 21 thermidor, on a fait l'épreuve dune invention nouvelle, dont le succès complet et brillant aura les suites les plus utiles pour le commerce et la navigation intérieure de la Kranre. Depuis deux ou trois mois, on voyait, au pied du quai de la pompe à l'eu de Chaillot, un bateau d'une apparence bizarre, puiscjuil était armé de deux grandes roues posées sur un essieu comme pour un chariot, et que derrière ces roues était une espèce de grand poêle avec un tuyau, que Ton disait être une petite pompe à feu destinée a mouvoir les roues et le bateau. Des malveillants avaient, il y a quelques semaines, fait couler bas cette construction. L'auteur ayant réparé le dommage, obtint avant-hier la plus flatteuse récompense de ses soins et de son talent. A six heures du soir, aidé seulement de trois personnes, il mit en mouvement son bateau et deux autres attachés derrière, et pendant une heure et demie, il procura aux curieux le spectacle étrange d'un bateau mù par des roues comme un chariot, ces roues armées de volants ou rames plates, mues ellesmêmes par une pompe à feu.

En le suivant le long du quai, sa vitesse contre le courant de la Seine nous parut égale à celle d'un piéton pressé, c'est-à-dire de 2,400 toises par heure; en descendant, elle fut bien plus considérable; il monta et descendit quatre fois depuis les Bonshommes jusque vers la pompe de Chaillot; il manœuvra en tournant à droite, à gauche, avec

Page 1