‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècleChapitre 219 sur 441 · I. ». s JOCKK Y< Ci LK ■ R C i · texte numérisé non relu

I. ». s JOCKK Y< Ci LK ■ R C i

(In avait fait en sorte de donner les motifs les (•lus saillants des ballets des grandes u'iivrcs représentées récemment : le Cid, Henri Mil, Françoise de Himini.

Dans la séguedille du Cid, Mlle Mauri a été rappelée un nombre invraisemblable de fois.

Tout le monde a < donné • aussi vaillamment que possible.

La partie lyrique ne comportait pas moins d'attraction : le chirur des Deux Awre*, île fïrélry, par ions les artistes de l'Opéra-Comiquc ; le duo de la Gamine de Parit. par Mlles Ugalde cl Millv- Meyer; le duo du Petit Dur, par MM. Vauthicr et Brasseur, composaient un programme qu'on n'a pas l'occasion de rencontrer souvent.

Enfin la cérémonie du Malade imaijinaire avec lu musique de l.ulli. a obtenu un succès qui a pavé les artistes de la Comédie-Française de leurs peines.

Bref, nn entrain extrême, unegaité du meilleur goût et — comme mot de la fin — une recette qui servira utilement à des tcuvres des plus intéressantes; cette recette doit être partagée entre les victimes du tremblement de terre, celles de l'explosion de grisou de Snint-Llienne et la caisse de secours des artistes.

Incendie de l'Opéra-Comique.

(35 mai.)

O.N sait que le rideau venait de se lever sur le premier acte de Miynon quand l'incendie éclata.

A ce moment, acteurs et Gguranls jouaient la scène des Bobémiens; des étincelles tombèrent sur la scène derrière Mlle Merguillier jouant le

D'après vin dessin de Wn m>s.

^ihliolh. qm- Nitlotulc

LE 1 1. ! M H K JKAN-l'M l. LAl'HBNS

D'après un tableau peiot par lui-même.

Collection de .' Art

rôle de l'hilênc, qui, ac< ondée sur la balustrade du décor de la terrasse, achevait a ce moment avec M. Soulaaoix le duo: » Oui. roilà pour ce soir mu nouvelle ronqnHe... Je reux, ie veux lu reioir.

Le publie commença il s'émouvoir, surtout au balcon et aux premières loges, où les spectatrices étaient en grand nombre.

l ue nouvelle chute deflammécbes assez volumineuse acheva de jeter l'alarme et le publie se mit a évacuer la salle en voyant Mlle Merguilliers'enfuir après avoir échangé rapidement quelques paroles avec M. Soulaeroix. qui levait la tète vers les frises

A «<| instant M. Taskin s'avança vers la lampe

• Bassurez-vons. dit-il, il n'y a aucun danger. » Lui aussi, en disant ces mots, regardait les frises, où un rideau appartenant à un décor venait de tomber sur une herse k gaz. au contact de laquelle il avait pris feu.

Un ne croyait pa s à l'imminence du danger et les spectateurs des fauteuils de balcon et d'orchestre ne négligèrent point de réclamer aux ouvreuses les vêtements laissés au vestiaire. Cependant des lamlieaux de toile enflammée continuaient a tomber, puis un lustre s'écroula Bur In scène.

Alors choristes et figurants se précipitèrent pèle-mèle dans la coulisse: les musiciens de l'or- < lu stre enjambèrent la balustrade qui les sépare du public et s'enfuirent par les issues de la salle.

Aux deuxième et troisième galérien, l'affolement éluit ù son comble. <»n se pressait dans les couloirs trop étroits, an milieu des crisde détresse et des appels désespérés.

]>u plafond «lu théâtre une fumée «'paisse s'échappait avec des flammèches.

[tans la nie Favart. sur laquelle s'ouvre la porte des artistes et de l'administration, on voyait s'enfuir les acteurs el les figurants avec les costumes de leurs rôles; d'autres étaient restés dans leurs loges, paralvséspar l'épouvante.

Quelques gardiens de la paix lier quelque! machinistes, aidés de personnes courageuses, pénétrèrent flans lefoverel dans les loges des artistes, faisant tout évacuer : des danseuses et des figurantes furent emportées demi-nues.

M mes Meruuillier et Simon e l . MM.

Taskin el Moulièrat furent hientôl hors de danger.

Le bar v Lui Snulacroix.qui était resté un des derniers sur la scène avec le régisseur Bernard .

«Toyanl les issues coupées par l'incendie, descendit de la fenêtre de la loge de M. Talazac sur la marquise. Le vitrage se brisa et M. Soularroix tomba surlachauiaée.

On le releva, le visage et les mains ensanglantés, mais sans blessures sérieuses; il s'essuya et se rendit au Café Hiche on on le

LE m.i Ll-TKI M (M RlIltS DANS IOM a 7 i: i ii.it

Dessin de MIL- Louise Bkesi m , d'après son tableau.

(JoUection dr l'An.)

pansa.

A l'extérieur, le spectacle est territiiint . les fenêtres s'éclairent de lueurs vives, les vitres se brisent et les flammes passent au travers de quelques-unes.

Une femme, folle de peur, se précipite dans le vide : son corps brise avec fracas la marquise couverte de vitrage et vient tomber, déchiqueté, sur la place.

L'n figurant saute par une fenêtre du premier étage, rue Favart, et tombe, lui aussi, sur la marquise qui s'effondre avec un bruit effroyable; il est tué sur le coup.

Sur le balcon du premier étage, un grand nombre de spectateurs sont groupes, poussant des cris d'effroi, implorant du secours.

Il y en a qui pleurent el s'arrachent les cheveux; d'autres restent inertes, stupides, comme écrasés par l'effroi.

l'ne foule énorme est rassemblée sur le boulevard, pale et anxieuse.

Déjà il est impossible de rester sur la place Favart : la fumée, épaisse el noire étouffe et aveugle.

La panique est dans la rue. On rrie. On se sauve éperdu, ('ne soixantaine de personnes apparaissent sur le premier balcon. On leur crie

de passer sur la droite où une descente a été établie.

Ellesdisparais- Bent. I>e toutes parts on crie :

<< Des matelas !

apportez des matelas ! »

Mais il paraît qu'on n'en trouve pas. On jette par terre quelques hottes de paille.

Les secours ne vont donc, pas venir?

Il est a ce moment neuf heures dix minutes.

Mais le cri :

c Au feu ! » a été entendu.

Bientôt les pompiers arrivent ; la première échelle de sauvetage est dressée sur le boulevard ; elle est aussitôtescaladéc par une lïle de pompiers qui parviennent sur la galerie

qui entoure le dernier étage

L'un des braves soldats se détache sur la fumée rougeatre el dirige sa lance sur le brasier. Il est acclamé par la foule.

A ce moment, vers onze heures, l'Opéra-Comique entier, depuis le mur du fond de la scène jusqu'au fover de la place Favart, n'est qu'un brasier.

Quelque* minutes plus tard, un feu d'artifice s'en échappe: c'est le magasin de l'artificier qui vienl de prendre feu.

Les blessés, qui sont nombreux, ontélé conduits dans toutes les pharmacies avoisinantes. Quelques uns n'ont reçu que de légères contusions ; d'autres, au contraire, ont des membres brisés, des

us

LE VIEUX PARIS. — I.E J AAIlIX l»ES TUI LEMES

D'après une ancienne estampe, i olie- tj'.n Q. Ilu-touon.)

' blessures profondes auxquelles plus d'un mallieureuBemenl ne survivra pas Vers une heure, le nombre des blessés s'élevait à peu prés a quatrevingts.

Parmi les courageux citoyens qui ont contribué au sauvetage, il Tant eiter un ouvrier typographe, M. Tierce, qui a saerilié sa vie pour sauver quelques-uns des spectateurs

Par deux fois il s'est précipité dans les flammes et il a pu leur arracher deux personnes.

La troisième fois il a été victime de son dévouement et il est resté dans le brasier. Ce malheureux lafeae une veuve et quatre enfants; une souscription a été ouverte en leur faveur.

< in compte cinquante-trois morts, dont la moitié environ ne sont pas reconnus Les cadavres dont l'identité n'est pas établie se trouvent au poste de police île la mairie de la rue Drouot.

On pense que le nombre des morls s'élèvera a

pIllS de CENT « I.M.iL ANTK.

Les pompiers ont interrompu leurs recherches ■ i la tombée de la nuit ; des palissade» ont été élevées autour «lu monument incendie.

L'Affaire des décorations.

(M Octobre )

Il est aujourd'hui avéré qu'il y avait autour du général Caffarel et de la femme Liinouzin toute une bande qui s'occupait du trafic dos décorations.

Un bijoutier de la rue Réaumur avait été en rapport avec une dame dite • de Courteuil > qui lui avait offert de le faire décorer moyennant une somme qu'il remettrait a un général dont elle lui avait donné le nom

Voici le récit qui a été fait par ce bijoutier dont nous n'avons pas à citer le nom :

• ... Le 8 septembre dernier, une dame de Courteuil. que j'ai su depuis s'appeler simplement Mme V... demandai! me parler et, après quelques compliments sur l'installation de mes magasins et de mes ateliers, m'offrit la croix de la Légion d'honneur, en ajoutant :« C'est une affaire que je vous propose. ' Comme je restais stupéfait, interdit, elle continua : « Ne IOV61 put trop étonné; les employés supérieurs ont d'assez maigres appointements et le gouvernement leur tolère ces petits pots-de-vin. • Un instant abasourdi . je ne pus croire à tant de cynismeet voulus eu avoir le cii'ur net. Je demandai a Mme de Courteuil par quel moyen elle espérait me faire décorer,

— « Je vous mettrai en rapport, me ditelle, avec un monsieur qui est l'ami d'un sénateur.

— • Hien. répondis-je, mais je vous demande huit jours de réflexion.

« Kl je courus%iverlir le commissaire de police de mon 'quartier. M (iravelle; il approuva mu conduite et m'aida de ses

Ut vii i \ rvrus — LE jamun i>» ri'llBMIs

l)'apr< <; une ancienne estampe.

(Collection o. HiruntnD.)

saIU CAHNOT Mi ksi lent ht. IA ii i: i i n 1. 1 v i K iirsiiN k t r.atvi'HE i>' al beat uh-hi (Coll.clion de /Mil;

LE m» PARI*. — LE IAMMN l'ES TULEMES

li'apn-s une ancienne estampe.

(Collection G. Hartmann )

conseils Huit iours après, un monsieur d'une i unie tres correcte se présentait clic/ moi ; comme Mme «Je Courlcuil, il m'assura (|ue celle vente de décorations était pour ainsi dire tolérée.

— • Vous donnerez, dit-il. 40.000 francs a mon ami le sénateur, c'est-à-dire que vous envelopperez quarante billets de l,000 francs dans la demande d'oblenlion de la croix que vous lui ferez et vouslui remettrez letout sous pli cacheté. Pour ma pari, je ne veux qu'une petite commission «le 10,000 francs que vous déposerez chez un banquier et que je ne toucherai que lorsque voire nomination aura pnru au Journal officiel.

f Je répondis que j'acceptais les propositions mais qu'il me fallait une huitaine de jour» pour réaliser les Îi0,000 francs nécessaires, et j'accompagnai ce monsieur, qui se disait homme d'affaires, demeurant à Lcvallois-I'crrct, jusqu'aux abords du Palais de l'Industrie. Je m'étais fait accompagner, dés ce jour, par deux agents de la police de sûreté qui devaient f filer » le personnage Mais celui-ci rentra immédiatement chez lui et cette précaution restait cette fois inutile.

« Dix jours après, je lui lixai un rendez-vous au café Durand, place de la Madeleine, en lui disant que j'avais l'argent et qu'il pouvait me ménager une entrevue avec sou sénateur.

• J'avais mis entre deux billets de mille francs une liasse de papier ordinaire et je lui montrai le paquet: « Voyez, lui dis-je, vos 10,000 francs de commission sont prêts ; mais le commanditaire qui doit me prêter les autres 40,000 francs m'a encore remis à quelques jours. »

« — Oh ! lit-il, que c'est en-

nuyeux ! HiUez-vous. car il y a après vous Ltrois personnes qui attendent que notre affaire soit terminée pour se présenter a leur tour. Si vous voulez, ne donnez que 13,000 francs comptant et le reste en billets.

• Je m'excusai le mieux que je pus et le priai d'exprimer à sou sénateur tous mes regrets de ce cuntrc - temps. Puis je partis. Mais cette fois un des agents de la police de sûreté qui m'accompagnait suivit l'individu et le vit entrer dans une maison de l'avenue des Champs-Elysées. L'agent entra derrière lui et demanda au concierge :

— « Chez sieur f

— « Chez demeure ici.

— ■ Lequel t

— • M le général d'Audlau.

• Dès que l'agent m'eut appris ce nom, j'avertis le commissaire de mon quartier qui, n son tour, avertit le préfet de police.

t Un détail : l'intermédiaire se montrait très scrupuleux pour le casier judiciaire; il me répétait toujours : f Vous n'avez pas la moindre pecca- • dille.pasla moindre escapade de jeunesse à vous t reprocher f Votre ntsierjudiciaireeslbien blanc? < Ah ! cela empêcherait tout ! • Il me dicta luimême les « motifs de ma demande >, faisant valoir que je m'occupe beaucoup des questions d'apprentissage, que j'occupe chez moi plus de deux cents cnfnnlsetquc ces apprentis, en sortant de ma maison, reçoivent environ r>00 francs. •

.1 uimijuie.

qui va ce monte sénateur qui

LE niDI PARIS — LE JARI'IJS' DES Tl II.EIIIES

D'après une ancienne estampe.

(CollfClion 0. Hartmann.)

La tour Clovis.

La tour Clovis, dont on vient d'achever la restauration, est un beau spécimen d'architecture romane.

Cette tour est malheureusement enclavée dans Irs bâtiments du lycée Descaries, el on n'accède pas facilement autour d'elle ; c'est fâcheux, el il serait peut-être a souhaiter <iue, à de certains jours, on pût la visiter.

Elle esl le dernier reste de la basilique commencée par Clovis, qui, selon la légende, mesura la longueur de l'église qu'il allait faire construire... en lançant devant lui sa francisque de toutes ses forces.

Ce moyen esl expédilif. mais il ne serait plus à la portée des architectes d'aujourd'hui, à qui on mesure un peu plus l'espace.

Celle abbaye ne donna pus toujours un spectacle bien édifiant ; d'après les vestiges qui sont demeurés . on peut juger qu'elle ressemblait plus à une forteresse qu'a un couvent.

L'histoire a enregistré une scène curieuse qui se passa mi pied de celle tour Clovis.

Le pape Eugène III était l'hôlc des chanoines de l'abbaye et. pour lui faire honneur, on étendit sur sou passage, quand il arriva, un riche tapis. La suite du pape voulut s'emparer de ce tapis, disant que c'était l'usage que

les étoffes foulées par le pape leur appartins' seul. Les chanoines, qui n'étaient pas donnants, résistèrent à celte prétention Hrcf, une mêlée terrible s'engagea et le roi de France, étant survenu au milieu de celte bagarre, ne fut pas reconnu et reçut, en dépit de sa dignité, Force horions.

Il y avait à cette époque dan» l'abbaye de nombreux abus de loute nature que sous Louis Mil

l'autorité ecclésiastique s'efforça de réprimer en prenant à l'égard des coupables des mesures très sévères.

On exigea entre aulres que les chanoines revêtissent des habits en rapport avec leur rondilion au lieu des parures mondaines dont ils avaient pris l'habitude. On parle volontiers du < vandalisme • de la dévolution. La tour Clovis donne

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