I AI L VERLAINE
Poète, Ne en 1844. décédé le 8 janvier 1896.
I' i| r- » an* pbotOfrraphkr. — HiMioih. ijuf Naiion»!* j
L'CXFOUTtON liE 1900. — LE PIlEMIKH cour l)B riocuu Photographie de M. Gaula>o. — 'Monde iUuttrfa
vanité nationale pour ne pas s'imposer à tous malgré les démentis, et malgré l'invraisemblance: Guillaume II a, «lit-on, assisté incognito a la représentation de gala donnée au palais de Versailles. Il n'a pas pu résister à son désir d'admirer de près la troupe de la Comédie-Française. C'est le commencement de la revanche.'
L'année se continue tristement par des drames : l'assassinat du philatéliste Relahaeff par Aubert, qui est condamné aux travaux forcés à perpétuité ; le meurtre de la baronne de Valley par Kiesgen, Truel et une association de jeunes arrivistes qui professent la même manière de voir sur les inconvénients de la misère et le partage des propiiétés.
Quelques solennités artistiques servent d'intermèdes, protégées contre l'indifférence des foules par les incessants progrès du snobisme : vente des tableaux d'Alexandre Dumas (Ils. qui produisent.'tH 1,000 francs (mars); inauguration du monument de Watteau, dans le jardin du Luxembourg (8 novembre >; expositions l.achenal (10 novembre) etCons tantin Meunier. I n artiste étranger que sa mégalomanie et sa soif de réclame, excessive même pour un peintre, conduiront ù l'aliéna-
tion mentale, Munkaczy, expose dans son atelier de l'avenue de Villiers, avec une mise en seène tapageuse, son tableau Etre Homo.
L'année 1896. qui voit disparaître deux écrivains de premier ordre, Verlaine et Edmond île Goneourt, n'offre au public, au public qui lit — à part les Aventuré* tte ma vie, par Roebefort, et le Home de Zola — «pie des pages oubliées ou inédites de Victor Hugo. Renan. Mérimée et Taine.
Même slérililé au Ihéûlre. Le 19 février, un succès colossal, extravagant, invraisemblable, — let Unix (iofsts, à l'Ambigu, — montre en même temps rabaissement du goût générai et le peu d'efforts qu'on aura désormais à faire pour l'intéresser.
Seules, les reprises du Loyenzmrio d'Alfred de Musset à la Renaissance et du Ifon Juan de Mo/art à l'Opéra- Comique, consolent les délicats de tant d'œnvres insipides et grotesques représentées sur toutes les scènes.
Heureusement, Taris, sans qu'il s'en doute, n'eBt pas tout entier dans ces plaisirs médiocres. 11 rêve, pense, travaille Fidèle aux gloires anciennes, il crée le Musée historique (le l'Armée; respOCllieui des grands services rendus, il inau-
Mgr n'IluLn Décédé à Paris lo 7 novembre 1896.
Dctiin <la Math tu. <t'»pre» une photographie. (Bibliothèque Nationale )
son
pure pieusement le tombeau de Pasteur ; désireux de donner satisfaction aux besoins matérielsou moraux, chaque jour plus impérieux, de la vie moderne, il transforme et rajeunit sa vieille Université et vole le projet du Métropolitain.
Commencée par une découverte scientifique, l'année se termine par une ISfle, d'autant plus importante et mémorable qu'elle donne aux Parisiennes l'occasion d'arborer solennellement leurs toilettes d'hiver: pour les
moires anliques, moires renaissance, moires fantaisie à dessins Louis XV et Trianon; veloursondu*
lés, ciselés; pour les jeunes (Ules, tulle» de diverse* nuances.
Le lit décembre, au liai militaire de l'Opéra, ilenx personnalités obtiennent un éjjal succès :
La Tour d'Auvergne, dont on a reproduit le monument, devant lequel passe, avec une allure très martiale, une compagnie de grenadiers île la t(î- demi-brigade — et la tille d'un très haut personnage qui porte une toilette . ravissante • de tulle rose, garni de velours et de jacinthes assortie*, dont les journaux de tuode< parleront pendant huit jours.
1890 eut, comme les années précédentes, ses orages parlementaires. On vit les placides
LA PUt: HE LA II A n II E A MONTMARTRE. I)'j)>rf* tint pl.otogripliic Je M. Atci r.
sénateurs montrer le poing au gouvernement à propos du remplacement du juge Hempler par le juge Le Poitevin, dans l'aiïaire des chemins de 1er du Sud. La belle Fatmn(M. Iticard, gardedessceaux). houspilléenaguèrea propos
du slratagèiii e avorté pour s'emparer des fameux papiers d ' A rlon, reçoit, en pleine poitrine, un h I A m e a u Luxembourg.
Le cabinet, en minorité, s'en ira-t-il?
« Oui, disent ceux qui ont assez vu ce ministère. — Non , » clament les autres. La crise dure quelque temps. Elle se termine lorsqu'au champ de courses d'Auleuil la foule crie : Vit* le Sentit! indiquant au président Félix Faure la volonté du peuple souverain. II. Mé line est appelé au pouvoir pour trancher ce nœud gordien. Mais ce nouvel Alexandre n'apaise pas les tourmentes. Files passent même de la politique dans la nature. Deux cyclones, en juillet et septembre, ravagent Paris Ce n'est cependant pas encore la (in du monde.
Henri o'ALMËMS.
PARIS SOUS LA TROISlKMi: R K P L" Il L I Q L' 1" .
LES ÉCHOS DE PARIS
Les obsèques de Paul Verlaine.
(10 janvier.)
Les ûbrèques de I'nul Verlaine ont ru lieu en présence de tout ce qui a aujourd'hui un nom
LE VIEUX TAMIS. — I.* ROI l COLONSI [J'aj t ' - une fiu-forUdc Martial PoriiÉauxr.
dans lu poésie française, L'étroile entrée de la maison ou esl mort le poète, tendue de draperies noires sans aucune ornementation, avec seulement une grnnde'croix4d'arf;riil sur celle du fond, était Iransl'orinée'en chapelle ardente, toute fleurie de couronnes
A ^lix heures, (le corps esl déposé sur le char funèbre. Ce char est de cinquième classe, sans éeusson.
A l'église, une messe basse est eliantée en plain-rhant par toute la maîtrise, Le cortège, la cérémonie terminée, se dirige vers le cimetière des Batignolles
Il est midi et demi quand on arrive devant le Caveau de famille ou doit être inhumé Verlaine. Une fois le cercueil descendu a la place qu'il doit occuper. M. François Coppce prend la parole :
Saluons respectueusement la tombe d'un vrai poète, inclinons-nous sur le cercueil d'un enfant.
Nous avions a peine dépassé la vingtième année quand uous nous sommes connus. Paul Verlaine et moi, quaod nous échangions nos premières confi-
l'AltlS DE 18U0 A 1900.
ENTREPOT DE liKIK. ï . — UNE CAVE A ALCOOL M'-ijin « une photographie.
L'tntrepAl occupe une superficie totale de 1 Ml, 034 ui<[ S6 et en terrai ot. r.r.,li*«iniq . il m diviaecn 1 partit* : le grand lier. ; , le pt-tit Cliilcauet la Berge, qui est compotfe eo-luMvt ment da carei immenae» ..H.6Tâ m<|j.
dences, quand nous nous Usions dos premiers vers. Je revois, en <-o moment, nos deux fronts penchés fraternellement sur la même page ; je ressens, par If souvenir, dans toute leur ardeur première, nos admirations, nos enthousiasmes d'alors, et j'évoque nos anciens ré vos. Nous étions deux enfants : nous allions, confiants, vers l'avenir. Mais Verlaine n'a pas rencontré l'expérience, la froide et sure compagne qui nous prend rudement par le poignet et nous guide but l'apre chemin. Il est resté un enfant, toujours.
Faut-il l'en plaindre? Il est si amer de devenir un homme et un sago, de no plus courir sur la libre route do sa fantaisie par crainte de tomber, de ne plus cueillir la rose de volupté de peur de se déchirer aux épines, de ne plus toucher au papillon du désir en songeant qu'il va se fondre en poudre sous nos doigts t Heureux l'cufant qui fait des chutes cruelles, qui se relève tout en pleurs, mais qui oublie aussitôt l'accident et la souffrance, et ouvre de nouveau ses yeux encore mouillés de larmes, ses yeux avides et enchantés sur la nature et sur la \iet Heureux aussi le poète qui, comme le pauvre ami a qui nous disons aujourd'hui adieu, conserve son laie d'enfant, sa fraîcheur de sensations, son instinctif besoin de caresses, qui pèche sans perversité, a de sincère» repentirs, aime avec candeur, croit en l)ieu et le prie humblement dans les heures sombres, et qui dit naïvement tout ce qu'il pense cl tout ce qu'il éprouve, avec des maladresses charmantes et des gaucheries pleines de grâce!
Heureux ce poète, j'ose le répéter tout en me rappelant combien Paul Verlaine a souffert ■lans sou corps malade et dans son c.i ur douloureux. Hélas! comme l'enfant, il était sans défense aucune, et la vie l'a souvent et cruellement blessé. Mais la souirrance est la rançon du génie ; et ce mot peut être prononcé en parlant de Verlaine, car son nom éveillera toujours le souvenir d'une poésie absolument nouvelle el qui a pris dans les lettres françaises l'importance d'une découverte.
Oui, Verlaine a créé une poésie qui esl bien a lui seul, une poésie d'une inspiration à la fois naive et subtile, toute en nuances, évocatricc des plus délicates vibrations des nerfs, des plus fugitifs échos du cour: une poésie très naturelle cependant . jaillie dei source, parfois même presque populaire, une!
poésio où les rythmes, libres et brisés, gardent une harmonie délicieuse, où les strophes tournoient et chantent comme une ronde enfantine, où les vers, qui restent des vers. — el parmi les plus exquis. — sont déjà de la musique. Kl dans celte inimitable poésie, il nous a dit toules ses ardeurs, toutes ses fautes, tous ses remords, toutes ses tendresses, tous ses rêves, et nous a montré son unie si troublée, mais si ingénue.
I)e tels poèmes sont faits pour demeurer; cl, je l'atteste, les compagnons de la jeunesse de l'aul Verlaine, qui tous ont pourtant donné dans leur art tout leur elTort, renonceraient aux douceurs et aux vanités d'nne carrière heureuse, et accepteraient les jours sans pain et les nuits sans gllc du • pauvre l.élian » s'ils étaient certains, comme lui. de laisser à ce prix quelques pages durables, et do voir fleurir sur leur tombe l'immortel laurier.
L'ouvre de Paul Vcrlaino vivra. Quant à sa dépouille lamentable el meurtrie, nous ne pouvons, en pensant à elle, que nous associer aux touchantes prières de l'Eglise chrétienne que nous écoulions tout h l'heure, et qui demandent seulement pour les morts le repos, l'éternel repos.
Adieu, pauvre et glorieux pue te qui, pareil au feuillage, as plus souvent gémi que chanté ; adieu malheureux ami que j'aimai toujours et .pu ne m'us pas oublié. Dans ton agonie, tu réclamais ma présence, el j'arrive trop lard, devant ce muet cercueil, songeant que l'heure est peut-être proche, en elfel, où jo devrai obéir à ton appel. Mais ton Ame et la mienne ont toujours espéré, que dis-je, ont toujours cru en un séjour de paix et de lumière où nous serons tous pardonnes, purifiés, — car qui donc aurait '.'.<\ pocrisie de se proclamer innocent et pur? — et c'est là, en plein idéal, que je te donne rendez-vous et que je le répondrai : me voici.
Arrivée de Li-Hung-Chang à Paris.
(13 juillet.)
Le vice-roi du IVtchili est arrivé à six heures cinquante du soir par un Irain^spécial venant «lé Bruxelles. Le ministre de Chine à Pari», qui était allé recevoir à la frontière
ENTHEpoT £ I BBRCT. — LES OUAIS D'aprt» uni- photofrrapliic. lia comprennent 100 nieire* da parcourt. Ils ont éW iureUvc>, Tara lsso, à l'abri di t inondation». — Herry fut réuni * l'aria en It50.
COURS DE IA BIÈVRE en 1896
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supprimer enlffS I
l'homme d'État chinois, lui a présenté le» personnages officiels, parmi lesquels le commandant Moreau, représentant M. Félix Faure. Dans le salon, une petite Chinoise de sept ans, encadrée de deux petits Chinois à peu prés du même âge, lui a offert un bouquet.
Les présent ationsfinios. Li- Hang-Chang
est monté dans le premier des landaus e n voyés par la
présidence, avec MM. Ilolland, Devcriu. interprète du
ministère, et le commandant d'Aurade, qui restera attaché a sa personne pendant son séjour en France. Les - S
personnages de ^Wj-B la suite sont montés dans les autres voitures. Un escadron île gardes républicains a
cheval, en grande tenue, faisait escorte Le cortège s'est dirigé vers le Crand- Hôtcl, où le gouvernement français avait retenu soixante
appartements aux frais de l'État.
Sur tout le parcours la foule était nombreuse. Lillung-Chnng tournait la tète à droite et à gauche, paraissant surpris de celle foule qui le regardait Le public a pourtant accueilli sans grande sympathie l'envoyé du Céleste Empire; il a fait une plus grande ovation à la dernière voiture contenant la cage où étaient enfermées les deux poules blanches fournissant les œufs au vieux vice-roi. Le lendemain. Li-llung-Chaug fut reçu par le Président de la République, qui l'invita A la re\ue
La présence de Li-Hung-Chang à Paris est le grand événement du jour. Quant A savoir ce qu'il pense derrière ses énormes lunettes, c'est — et le mot vient & propos — c'est un casse-lète chinois.