‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècleChapitre 392 sur 441 · SOUS LA · texte numérisé non relu

SOUS LA

\Totke à contre-cœur, à une voix de majorité, par une Chambre donl les dispositions intimes lui étaient profondément hostile?, la troisième Republique comptera bientôt deux fois plus de durée que chacun des autres gouvernements donl le dixneuvième siècle a vu la naissance et la lin. Elle a été pareille à ces enfants chélifs en venant au monde, mais doués d une énergique vitalité qui leur permet de résisteravec succès aux maladies du premier Age, tandis que d'autres, infiniment plus robustes en apparence, sont emportés ù la première crise sérieuse.

A ce régime, dont les commencements avaient été si difliciles, on a souvent reproché de n'avoir du son existence qu'aux divisions de ses adversaires. Il y a dans ce grief une part de vérité. Si les partisans des institutions

monarchiques, qui disposaient d'une majorité considérable au moment où l'Assemblée élue au mois de février 1871, s'est réunie pour la première fois, n'avaient eu qu'un prétendant et qu'un drapeau, l'habileté de M. Thiers eut été impuissante, môme à gagner du temps, et les équivoques, savamment entretenues avec la connivence de tous les partis, n'auraient pas permis de laisser en suspens la forme du gouvernement de la France. Grâce aux implacables compétitions qui divisaient des dynasties rivales, le chef du Pouvoir exécutif s'appela le président de la République et une étiquette devint une réalité.

Les divisions des partis monarchiques contribuèrent à rétablissement du nouveuu régime, mais elles ne furent pas Tunique cause de son triomphe. La République avait sur les autres gouvernements l'uvantage de

PARIS Di: 1800 A (900

répondre aux deux plus irrésistibles instincts de In France du dix-neuvième siècle, telle qu'elle élait sortie du la première dévolution : l'amour de In logique et la passion de l'égalité, lin 1871, les institutions républicaines étaient regardées comme la conséquence nécessaire du principe de la souveraineté nationale, qui devient une pure fiction lorsqu'elle est déléguée au profil d'un homme ou d'une famille, et elles réunissaient en même temps toutes les conditions nécessaires pour

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offrir pleine satisfaction à celle insurmontable répugnance contre loute espèce de privilèges et a cette tendance nu nivellement qui, au lendemain du second Empire, occupaient la première place dans le programme politique de la démocratie française.

A ce* éléments de succès venait s'ajouter une forer' qui. depuis le commencement du siècle, avait fait défaut aux autres formes de gouvernement : nous voulons dire l'appui de la capitale. La population parisienne n'avait eu pour Napoléon I" que des élans d'enthousiasme passager, bientôt remplacés par un sentiment de lassitude et presque de haine : elle avail renversé Charles X et Louis-Pliilippe et. dans In journée du 4 septembre 1870,

elle s'était hâtée de proclamer, à l'Hôtel-de- Ville, la déchéance du second Empire.

Jusqu'au moment uû a commencé la campagne boulan^iste. la troisième Itépublique a pu compter d'une fueon à peu près absolue sur le concours de Paris. Ce n'est pa* que de loin en loin desdisscntimcntsn'aient pu se produire entre des ministères dont In couleur politique n'était pas toujours facile à préciser, el une population incapable de se soumettre à une stricte discipline électorale. En donnant la vicloire à M. Barodet contre M. de Ilémusat, les électeurs de la capitale eausèrent. sans le vouloir, la chulc de M, Thiers.

el d'assez fréquents conflits s'élevèrcnl entre le gouvernement et lu majorilé autonomiste du Conseil municipal de Paris, mais ces démêlés n'eurent jamais de conséquences bien graves. L'assemblée de l'Motel- de- Ville n'osa jamais rompre toute relation avec des représentants du Pouvoir central qui n'avait pas sa confiance, et il ne s'est pas rencontré un minisire de l'intérieur qui ait essayé de supprimer ou de réduire l'indemnité dont les conseillers municipaux s'étaient eux-mêmes gratifiés.

Depuis le gros commerçant de la rue du Sentier qui. sous la présidenec du maréchal de .Mac- Mahon. faisait des manifestations énergiques en faveur de la Itépublique, jusqu'à l'ouvrier des quartiers extérieurs qui.

tout en nommant des députés socialistes, les autorisait d'avance à s'embrigader dans une majorité ministérielle d'opinions moins avancées, il y avait dans toutes les classes de la population parisienne une sorte de mol d'ordre tacite pour saerifier les dissentiments de personnes et de principes a la commune délcnse des institutions républicaines. Ce n'esl pas que l'opposition eût définitivement désarmé, les régimes déchus avaient encore d'assez nombreux partisans dans la eapitale. mais les adversaires du gouvernement, réduits à lutler sur le terrain de la stricte légalité, ne pouvaient pas compter sur le eoncours des élément* de désordre qui existent presque toujours dans une ville de deux million'- et demi d'habitants.

A la vérité, la population parisienne avait eu bien moins à souffrir que les habitants du

TAHLEAT DK l'ARIS SOUS LA TROISIÈME REPUBLIQUE-

r<»*te Je Iïi France des abus d'un régime parlementaire, dont Ions les ressorts avaient été faussés pour maintenir indélimment au pouvoir un parti dont les principes se modifiaient

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LA CHAPELLE IMPERIALE AU CHATEAU l'Ei TULERILâ D'âprèt une Ancienne eau-forle iColIrrijon G Hartmann i

suivant les exigences du moment. La multiplication illimitée du nombre des fonctionnaires, afin de fortifier les cadres d'une puissante organisation électorale destinée à embrigader le suffrage universel: la tyrannie locale exercée dans chaque arrondissement par une coterie omnipotente, disposant à sa guise de toutes les sévérités et de toutes les munificences de l'administration; enfin, et pardessus tout, l'aggravation constante des charges publiques ne posait pas aussi lourdement que dans les provinces surla population d'une ville du plus de deux millions et demi d'aines, dont la très grande majorité échappe à tout impôt direct, et où le> opinions politiques de Chaque citoyen ne sont pas assujetties à une surveillance assez étroite pour exercer une influence péremptoire sur toutes les faveurs, ou tous les redressements d'injustices qu'il peut avoir à demander aux représentants de l'autorité municipale ou de l'État. Si la capitale a fait de l'opposition à un gouvernement qu'elle avait défendu avec énergie contre

Sans aller jamais jusqu'à une complète rupture, l'incompatibilité d'humeur, dont les première symptômes remontaient aux débuts de la campagne boulangiste, s'est, à diverses reprises, envenimée dans la suite entre la population parisienne et le pouvoir exécutif. L'impression produite par les procès du l'anama et par l'affaire Dreyfus a été beaucoup plus vive sur les bords de la Seine que dans les départements, où ces scandales réitérés provoquaient moins d'indignation que de lassitude. Le foBsé que la fatalité des événements avait de longue date creusé entre la capitale et le gouvernement central du pays s'élargit encore lorsque la popularité personnelle de M. Félix Faure cessa de faire sentir sa bienfaisante influence, et un jour vint où une majorité nettement hostile à un ministère de combat alla siéger au Conseil municipal de Paris. Loin de faciliter un rapprochement entre les représentants de l'Etat et de la Ville, l'exposition universelle de 1000 fournil aux ministres une occasion inespérée de prendre leur revanche des dernières élections municipales de la Seine, en organisant une colossale manifestation antinationalistc des maires des départements. La ville de Paris gagna la croix dans cette bataille; au plus fort de ses dissentiments avec les conseillers municipaux de la capitale, le gouvernement

s'aperçut que la plus glorieuse et la plus héroïque des forle-

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les dangers de lu première heure et a été la citadelle du bmilangismc, après avoir si largement contribué à l'échec des tentatives du 1\ mai et du Ifi mai. c'est que les popularités artificielles sont faciles à créer dans ces grandes agglomérations humaines, où la fièvre de l'enthousiasme se communique de proche eu proche avec une prodigieuse rapidité.

S «lire de l'incendie ilu pilai, aprA» la Commune — <l>'apr#a une photographie l iCollertion Martin l

iessc> de France n'avait pas encore obtenu le droit de porter la décoration de la Légion d'honneur dans ses armes et, en réparant cet oubli nu plutôt celte injustice, chercha à se rendre agréable aux électeurs pendant qu'il sévissait contre les élus.

Il est il observer que b-s principaux griefs contre les ministres, dont la population pari-

sienne a souhaité avec le plus d'ardeur la chute, reposaient presque toujours sur des considérations de politique étrangère.

Ce n'était pas seulement avec les deux ennemies naturelles de notre pays que toute tentative de réconciliation était, à bon droit, réprouvée par le sentiment public : l'Espagne

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et l'Italie n'étaient guère moins odieuses à la population parisienne que l'Angleterre et l'Allemagne elle-même. Le roi Alphonse XII était hué à la gare du Nord, pour avoir été obligé d'accepter un grade de colonel de uhlans et, dans la presse parisienne, les déclamateurs de profession s'acharnaient contre le prince de Naples qui, pour obéir à un ordre malencontreux du cabinet (îiolilti, avait assisté aux manœuvres de Metz. Il n'était pas jusqu'au sultan lui-même, dont le concours aurait pu être si utile à la France dans la question d'Egypte, qui n'encourût les malédictions des habitants de la capitale, à cause des rumeurs répandues au sujet de son intervention personnelle dans les massacres d'Arménie.

Il eût été impossible au diplomate le plus habile, le plus subtil, le plus fécond en ressources de combiner une politique extérieure qui eût répondu à la fois à tant de conditions contradictoires; aussi la plupart dos hommes d'État de la troisième République ont-ils été en butte à l'hostilité sourde ou ouvertement déclarée des habitants de la capitale. Jules Ferry était impopulaire pan*e qu'il était accusé de souhaiter un rapprochement avec l'Allemagne, et tous ceux de ses succes-

seurs qui ont essayé de revenir à l'ancien système de l'entente cordiale avec l'Angleterre ont soulevé contre eux le sentiment public.

Deux hommes seulement ont joui, pendant quelque temps, d'une indiscutable popularité dans les rues «le la capitale, parce qu'ils ont personnifié, le premier, les provocations imprudentes et chimériques; le second, les aspirations légitimes de leurs concitoyens et qu'ils ont, l'un et l'autre, assez tût disparu de la scène pour ne pas assister aux impossibilités pratiques ou aux inévitables mécomptes de la politique dont ils étaient les représentants. L'enthousiasme que le général Boulanger excitait sur son passage dans les rues de la capitale ne devait pas être exclusivement attribué a sa barbe blonde et a son cheval noir, mais provenait surtout des légendes que les journaux à sa solde avaient répandues sur son patriotisme. La population parisienne était unanime à admettre comme un article de foi • qu'il avait relevé le pompon du soldat et qu'il était le seul homme qui fit peur à Bismarck ». Mais les plus fervents admirateurs du héros qui, par la seule puissance de son prestige personnel, avait obtenu ce double résultat, ne lui demandaient pas d'aller plus loin et de mettre sa politique belliqueuse en action

La popularité de Félix Faure fut moins bruyante mais plus durable et de meilleur aloi que celle du général Boulanger. Ce n'était pas seulement à raison de ses origines démocratiques que le t Président-Ouvrier », comme l'appelait le peuple des faubourgs, était plus acclamé que ses prédécesseurs dans les rues

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