L'EXPOSITION DES TABLEAUX DU CERCLE DE LA RUE DE CHOISEUL
Il y a donc enfin à Paris un endroit élégant où l'on peut regarder la peinture à son aise ! un endroit où l'on n'est pas coudoyé, heurté par la foule, où la poussière ne vous aveugle pas, où l'on ne vous marche pas sur les pieds, où le parquet n'a point ces teintes pous siôreuses et grisâtre, que l'on trouve au palais de l'Industrie.
11 y a donc une galerie rappelant celles des vieux palais romains, où l'on peut, bien assis, jouir d'un petit nombre de toiles éclairées avec soin, et placées avec la sollicitude d'un maître de maison amateur d'art et curieux de sa collection.
Cette galerie, le Cercle de la rue de Choiseul la possède et je l'en félicite. Il y a là un parfum d'élégance parisienne et de confortable, sans affectation, qui vous réjouit d'avance. Dans l'antichambre , degrands laquais à mollets blancs vous prennent la canne et le paletot; on sent qu'on n'est ni dans un bazar ni dans une boutique, mais chez quelqu'un qui sait son monde et aime le confortable. Une température étudiée, des tapis épais, de lourdes portières traînant à terre, un parquet brillant 0ù craque la boite, des divans profonds, nombreux et dans la demiteinte d'un jour tamisé par des gazes, une cinquantaine de toiles signées Delacroix, Decamp, Jules Dupré, Meissonnier, Eugène-Lami, Hobert- Eleury, Hoqueplan, îsabey, etc. etc.
Que voulez-vous de mieux que ce boudoir de l'art à la mode? On cherche la maîtresse de la maison, on tâte le nœud de sa cravate. On se sent en visite; c'est adorable. De la pièce voisine à moitié cachée par d'épais rideaux, un cliquetis d'épées s'échappe, et ajoute encore au cachet aristocratique de ce charmant milieu , auquel il ne manq ue que peu chose pour être l'endroit le plus ravissant de Paris.
Ce quelque chose, le voici : Dans des larges coupes en fayence italienne, je voudrais des rnon-
Une chai manie personne dtle uM« Exposition si Coi]Uelte et si bien meublée! — Seulement, après quelques minutes passées dans ce petit boudoir , on ne peut s'empêcher de dire : C'est charmant ici, mais ça nunque de femmes.
de
UN EUGÈNE LAMI Le petit salon de campagne de M. Ilotscliild.
tagnes de cigares à peau fine. Par-ci par-là, une glace de Venise ou un trophée de vieilles armes. Au fond, une gigantesque cheminée Renaissance où brûleraient de colossales huches, et
autour du foyer, à demi-couchées dans le salin des fauteuils profonds, quelques femmes aux cheveux cendrés, aux boucles légères tourmentant d'une main de duchesse, les plis d'une jupe merveilleuse, et faisant les honneurs. Sur une table en marquetteris de Florence, aux sculptures fouillées, profondes, bizarres, j'aimerais qu'un de ces laquais aux beaux mollets m'apportât un sorbet glacé, ou bien sur unplatd'orcurieusement travaillé, un verre de Venise au pied tremblant, un flacon de Marsalla et quelques biscuits à la vanille.
La peinture n'y perdrait pas, je vous le jure. J'avais même une idée plus singulière encore, tandis que je regardais le magnifique Julcs-Dupré tout ruisselant de lumière, qui S9 prélasse au teau milieu du mur, ja me di-:ais : qu'il serait agréable de déposséder ces messieurs du Cercle — c'est un pur rêve — et de m'approprier tout, galerie et dépendances, tapis, portières, valets, huissiers, tableaux, mollets, etc.!
Dans la salle c'arme j organiserais ma chambre à coucher, et devant mon lit sous un jour bien ménagé, j'accrocherais le Delacroix, les deux petits Meissonnier. — J'aime moins le grand dont tous les détails tirent un peu à eux — puis, tout près de mon œil je placerais les adorables aquarelles d'Eugène Lami. — 11 me semble qu'on aurait de l'esprit et de la gaîté pour toute la journée, si en se reveillant on pouvait jeter un regard sur ces petits bijoux.
De la galerie je ferais mon salon, mon cabinet de toilette, ma salle à manger, mon fumoir, etc.
Ce serait là que je passerais ma vie et suivant ma disposition du moment, j'irais devant une de mes toiles cherchép une impression. — Imaginez-vous le plaisir exquis de mettre ses bottes lentement, délicieusement, devant le beau dessin de Decamp ?
Le plaisir, quand il pleut, daller se chauffer au soleil qui éclaire son autre petit tableau.
Quand j'irais dans le monde officiel, je ferais le nœud de ma riau, ou celle de M.
UN I8AHEY.
;'s Charles assistant au mariage de Henri IV.
UN DOBUFFE ou
l'art de plaire.
cravate devant la toile de M. Buugue- Lehmann, eu devant les trois ramoneurs précipités du toit de M. Gustave Boulanger; et monnœud serait