QUATRAIN
Ci -gît un doyen d'école Pour son embonpoint cité; 11 lui manque la parole, Mais quelle capacité !
Le Sénat vient de s'occuper chaudement de la viv isect on. Les médecins ontils ou n'ont-ils pas le droit d'écorcher tout vifs les animaux. Le Sénat a donné son entière adhésion à l'écorchage. Il seraU curieux, en effet, qu'écorchant depuis si longtemps l'humanité, les médecins n'eussent point le droit de traiter de même les chats et les grenouilles.
(*) Le mot est illisible.
Le moment des élections de Paris, — pour la tie et 6e circonscription, — approche.
Les journaux fourmillent de candidats nouveaux, tous vertueux, tous fils de leurs œuvres, tous représentant incontestablement l'opinion publique, tous enfants de 89.
Diable! lequel prendre?
Mes idées ne sont point changées. — Je veux soutenir le pouvoir, mais en même temps l'éclairer. Il y a des gens qui, smis prétexte de vous éclairer, se précipitent chez vous avec une torche enflammée dans chaque main. Je neveux plus de cela.
Je veux une lumière douce.
Diable! lequel prendre?
Ma femme me dit : Ne vote pas, et laisse-moi la paix. — Mais puis-je ne pas voter? le puis-je? — On parle de l'opinion de la masse. Est-elle heureuse cette masse?
Quand on entre dans cette grande salle, la poche pleine de bulletins recueillis à la porte, lorsque l'on aperçoit au fond le bureau surmonté de la boîte, lorsque le président se lève avec gravité, et qu'on se dit : J'en ai quinze dans ma pnche, lequel, Seigneur, lequel? On sent une sueur froide vous pasi^er dans le dos.
Cinq minutes de recueillement, pour l'amour du bon Dieu, monsieur le président. Je veux soutenir le pouvoir, mais l'éclairer.
Aux dernières élections, j'avais la tête en feu, il me sembla que les deux factionnaires croisaient la baïonnette ; je saisis le bulletin le plus profondément enfoui dans ma poche, et je l'abandonnai en fermant les yeux.
Le ciel fut témoin que mes intentions étaient pures; mais je n'ai jamais su à qui j'avais confié le soin d'éclairer le pouvoir.
On vend, non loin d'une église, des pâtés entièrement maigres. Le saumon joue le jambon, et je ne sais quel poisson imite, à s'y méprendre, le blanc de volaille. Je ne trouve pas l'invention heureuse, fjire maigre, en réalité, fit ayant l'air de faire gras. On n'a même pas l'apparence pour soi. Le contraire serait infiniment plus logique; et je soutiens que des gigots, sous forme de barbue ou de raie au beurre noir, auraient un immense succès.
On donne beaucoup.
Vous n'êtes pas sans avoir entendu parler d'un certain brave homme, lequel, ayant été surpris la main dans la poche d'une jeune fille, a attiré sur lui la commisération publique, si bien qu'en quelques jours, et grâce... à sa faiblesse, le voilà devenu riche, et capable de faire l'aumône à d'autres.
Loin de nous la pensée d'adresser un blâme à cette bienfaisance. Elle nous inspire seulement une réflexion.
En supposant que le brave homme n'eût pas cessé un instant, une seconde, moins que rien, d'être brave homme, personne n'aurait pensé à lui. Personne n'ayant pensé à lui, il aurait pu mourir de faim, en compagnie de sa probité inaltérable.
D'où suit un conseil tout naturel donné aux probités, qui s'obstineraient à demeurer intactes.
Ce bonhomme me fait songer à dire aux divers journaux, qui ouvrent des souscriptions, soit pour des Italiens, soit pour des Polonais, soit pour les peli'es filles qui sont battues par leur gouvernante au Monomotapa, qu'il y a autour d'eux, chez eux, bien des misères intéressantes, et qu'il devient terrible en vérité d'être obligé, pour attirer leur attention, d'être chilien, cochinchinois, ou tout au moins scélérat.
Que voulez-vous? On parlerait si peu de la main droite, si elle ne disait pas ce qu'elle donne à la main gauche.
Mais détournons nos regards des vanités humaines. Écoutez plutôt cette histoire d'Auvergnat :
Dernièrement, un grand seigneur passait en voiture dans le département du Cantal. Il aperçoit un pauvre diable anéanti, brisé de fatigue, succombant sur la route, et ne pouvant plus soutenir le bâton au bo'it duquel se balançait un petit sac. Le grand seigneur invite le pauvre diable à monter aux côtés de son laquais, derrière sa voiture. Grande conversation enlre le laquais et l'Auvergnat. Au bout d'une heure, ce dernier, remis de son indisposition, paraissait inquiet, torturé; tout à coup il éclate et glisse à l'oreille du domestique cette insidieuse question :
« Dites-moi, mon ami, combien est-ce que je gagne ici ? »
Tout le peuple est dans ces mots. X...