‹ La Vie parisienneChapitre 220 sur 662 · A VOULU TOUT LE TEMPS · texte numérisé non relu

A VOULU TOUT LE TEMPS

La veille de la première des Crochets d'un gendre, Barrière racontait qu'au commencement de sa carrière, il était dans des transes horribles quelqu-s minutes avant le lever du rideau. Quelqu'un lui conseilla de combattre par lessp ritueux l'influence qu'avait sur ses nerfs la représentation de ses œuvres.

On devait, je crois, jouer le soir mêm» au Gymnase cette fameuse Man<n Lescaut si bien comprise par le génie de Rose Chéri. Barrière tint compte du conseil qu'il avait reçu et s'en fut dîn'T au restaurant voisin.

A huit heures et demi, il vidait sa deuxième bouteille de Pomard, et après avoir payé son addition, il courait au théâtre, où il arriva au commencement du second acte.

— Ah ça, dit-il à M. Montigny, qu'il trouva derrière un portant, vous voulez donc faire tomber ma pièce?

— Pourquoi ça?

— Dam!... vous la commencez par le second acte! 0 Pomard, voilà bitn de tes coups !

A l'heure où votre index carminé tournera, belle dame, les feuillets de la Vie Parisienne, les partes du Palais de l'industrie se seiont ouvertes et tous les beaux de 1830 se rueront, binocle à l'œil, vesr les Vénus dont le salon regorge cette année II parait qu'on en a reçu une douzaii.e qui feraient mauvaise figuie dans un journal démodes.

Il m'a été donné d'en voir quelques-unes in petto. Je ne sais pas ce que seront les autres. Celles-là promettent... sans tenir, dirait avec un soupir M. Duponcli'l.

L'on a bien raison de dire que les compagnies de chemins de fer considèrent les voyageurs comme gens taillables à merci. Voici ce que je lis dans {'Indicateur (numéro du 27 mars au 1er avril) :

« Il n'est pas délivré moins de dix places à la fois pour un vagon-salon, et les « personnes pour lesquelles ces places sont prises doivent être de 200 kilo- « mètres au minimum ! ! '.

C'est être trop exigeant. — Je comprends à la rigueur que la Compagnie du chemin de fer du Midi ne livre pas ces précieux vagons-salons aux premiers venus, mais ne vouloir les louer qu'aux individus d'une taille de « 200 kilo- » mèlres » aulant dire de suite qu'elle ne veut les louer à personne... on saurait à quoi s'en tenir!

Qu'on soit chauve, c'est bien, et cela peut arriver à tout le monde, hélas! mais qu'on soit en même temps avare au point de se fa're rendre des poinls par Hirpagon, voilà qui passe les hornps! C'est pourtant, ce qui arrive à M... Quand il reste chez lui, il se fait cirer le crâne pour faire croire qu'il a une calotte de velours noir.

J'ai été voir la dernière représentation de Y Ami des femmes, ce feu d'artifice qui a aveuglé le public... Mon voisin de stalle , un aveugle, poussait à chaque instant des soupirs désespérés! « On m'avait dit que c'était pétillant d'esprit; il n'y a pas un mot spirituel ! !! J'en ferais bien autant !!! » Cetie phrase incidente éveilla ma curiosité et je lui demandai son nom. C'est un Monsieur Joseph Dumont, rue lîocliecbouart, 40G... Avouez qu'il est terrible d'être en état de faire des pièces de la valeur de celles de Dumas et de n'avoir pas plus de réputation.

Tout renaît avec le printemps, on entend de sourds biuits se propager, annonçant la résurrection du Géant; Nadar a été aperçu à la même heure dans plusieurs endroits fort éloignés, et ce par des témoins dignes d'une entière confiance; un bruit de machine à vapeur s'est distinctement fait entendre dans le ciel de Fourvières ; enfin la tète de femme, qui surmonte l'établissement de photographie du boulevard des Capucines s'est couverte spontanément d'une sueur incolore. Quelque chose de grand se prépare; voici ce que les augures ont déclaré :

« Le Géant et Nadar, l'un contenant l'autre, partiront de Marseille; après une heureuse traversée, tous les deux descendant au milieu des tribus révoltées des frontières du Maroc. A la vue de ce pilais tombant du ciel, les rebelles s agr nouilleront ; à la vue de la chevelure de Nadar, qui ne res emble pas peu à Phébus Apollon, les rebelles frapperont trois fois la terre de leur front encapuchonné. Nadar sera proclame d eu. »

C'est ainsi, et non autrement, que rentreront sous nos lois les tribus révoltées.

Une œuvre mystérieuse s'accomplit au bois de Boulogne De ttrnps à autre lorsqu'on traverse une avenue, on aperçoit sou" les arbrpsdes hommes sombres, plantant çà et là des piquets vert-bouteille ; si l'on s'approche, on reconnaît que tous ces piquets sunt unis eu zig-zag par des liens de fer. Le nombre des gardiens est doublé.

Je m'honore d'è;ie le premier à dénoncer à mes concitoyens ces lugubres préparatifs.

Dans un mois, le bois tout entier sera clos. Nous aurons alors de jolis arbres, une jolie mousse et un bien joli gazon. Comme il fera bon voir tout cela de sa Voiture ! Mais les grillages seront regardés comme insulfisaDts. On placardera une ordonnance, qui interdira à tout cavalier de descendre de cheval, à tout promeneur de quitter son tilbury ou sa calèche. Tout comrevenant sera immédiatement expulsé. Le nombre des gardiens sera quadruplé.

Cela coûtera cher; mais aussi, quel joli bois! Presque aussi joli qu'un décor de l'Odéon, les jours de succès.

Un moyen plus simple et plus économique consisterait à fermer les portes, et à ne laisser entrer personne. Après tout, les chevaux et les voitures, savezvous que cela n'arrange pas les allées "?

Vous avez sans doute remarqué, dans notre dernier numéro, le calcul ingénieux d'Edmond About. Ce calcul a fait fureur ; jamais discours sur le budget n'a produit cet effet.

Qu'est-ce qu'un discours auprès de cela :

Les lettres recevant du contribuable 14 centimes et les chevaux 3 fr., 87, les missions scientifiques, 0,075 millièmes, et la guillotine quatre sous "? Nous sommes un grand peuple.

La Suisse a conclu un traité de commerce avec le Japon. Que le Japon se soit figuré que la Suisse a des ports de mer, pour laisser entrer ses vaisseaux, je le conçois ; mais que la Suisse ait partagé cette noble illusion, cela prouve une puissance d'imagination peu commune.

La maladie épidémique, dont les déplorables effets se sont fait sentir à Paris et dans la province, dans le courant de l'année dernière, maladie si connue sous le nom de limbres-postomanie, menace d'exercer de nouveaux ravages

dans nos contrées. Les lettres de Russie sont très- inquiétantes. On m'a écrit à moi même, pour me demander, si les tribus révoltées du Maroc n'usaient pas de timbres-poste particuliers.

En présence de ce fléau, dont le moindre résultat est de rendre complètement idiot l'homme qui en est une fois atteint, nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs le régime le plus austère, et particulièrement l'abstinence scrupuleuse de toute correspondance étrangère. On a vu des gens attaqués de la manie, sur la seule vue de l'effigie de Sa Majesté Prussienne.

M. Legouvé a, d;t-on, publié une brochure sur la femme au dix-neuvième siècle. La maison Legouvé, père et fils, travaille exclusivement pour le beau sexe. Je me suis lai-sé dire, que ces gens, qui s'occupent tant des femmes, ne leur plaisent pas beaucoup. Quand un homme prétend analyser un cœur féminin, vous riez sous l'éventail, n'est-il pas vrai, madame?

M. Limayrac, du Constitutionnel, a été décoré, par Maximilien, de l'ordre de Notre-Dame de Guadalupe.

On assure que Maximilien, qui ignore la langue de son nouveau pays, mais parle très correctement le français, ayant parcouru un article de l'illustre écrivain, a pensé qu'un tel char.'bias ne pouvait être que du mexicain. C'est pourquoi, croyant avoir affaire à un de ces sujets, il l'a décoré de l'ordre de Notre-Dame de Guadalupe.

Espérons que cette erreur ne tardera pas à être rectifiée.

Tout le monde se demandait pourquoi Alexandre Dumas avait quitté Naples, Le secret de ce retour n'en est plus un.

Naples va devenir la capitale provisoire du royaume d'Italie Or Dumas, qui occupait le palais de Chiaramonte, a préféré s'en aller avant l'arrivée du roi plutôt que d'être forcé de lui céder sa demeure. On sait qu'une première fois, à une première sommation d évacuer, Dumas avait fait sourde oreille. « Que diable, lui disait-on, Victor-Emmanuel est roi. » — Eh bien! et moi, répondit l'illustre romancier.

Encore une de mes espérances qui s'envole. J'avais toujours pensé que le royaume d'Italie ne durerait pas, et que l'on créerait un empire des Deux- Sicilei pour Alexandre Dumas. C'eût éié une joyeuse fin.

La nouvelle pièce du Gymnase, Un Mari qui lance sa femme, n'a pas réussi. C'est, encore un Ami des femmes, — sytème diviseur s. g. d. g.

Il y a cependant de jolis détails et bien modernes, surtout vrais.

L'auditeur au conseil d'Etal, qui se connaît mieux en point d'Angleterre qu'en droit administratif existe réellement.

La princesse Doucliinka (en français Bitiiche), se disant toujours prête à rendre le dernier soupir, mais ne manquant ni un seul bal de la saison, ru une seule écrevisse bordelaise des Provençaux, est photographiée d'après nature : les provinces slaves nous en expédient ainsi tous les ans un assortiment complet.

La jeune fille qui perd 500 fraurs au baccarat est également plus vraie qu'on ne le pense. J'en ai connu une, n'ayant rien de commun aveclatibute biclien?, qui jeiait sur le lapis-vert ses pe dants d'oreilles en disant :

— Vingt-cinq louis aux boutons!

En revanche. M11" Pierson ne donne aucune couleur à son rôle de jeune femme lancée. Elle a beau dire à sa couturière qui lui manque de parole : Mademois lie, je Ut tmuve muuv ise , elle reste la petite bourgeoise du premier acte, « faisant sa balance tous les soirs avant de se couclier ». Ses toilettes même ne sont pas celles d'une jeune femme qui ne manque pas une course à la Marche. Auprès de la robe à pan» d'Iiubil oe la princesse valaque, les siennes font l'effet de sarraus de carmélites.

il Autographe publie un numéro extrêmement curieux , en dehors de ses livraisons du mois; 80 croquis, esquisse, id^es premières des principaux tableaux exposés au Salon; beaucoup sont de vrais chefs-d'œuvre improvisés; mais beaucoup aussi d^ ces bonshommes demanderaient, pour être complets dans leur genre, une pi^e avec de la fumée, vous savez.

On a beaucoup parlé, ces derniers temps, d'un concours .de rosières établi parmi les plus jolies danseuses de l'Opéra. Si la naïveté du premier âge se perdait sur la terre, on la retrouverait eu effet dans le corps de ballet. En voici une preuve :

Un de nos amis vivait depuis assez longtemps avec une des plus jeunes et des plus charm;.ntes. Un jour, dans un élan de tendresse, il lui arrive de due à la gentille enfant, que ue dit-on pas dans ces moment-là •

— Je t'aime!...

— Oh! comprends ça, répondit-elle, moi, j'aime Miohotl

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