LES DOMESTIQUES
Je ne sais si vous avez jamais pénétré dans un bureau de placement? A peine entré l'on est saisi à la gorge par un sentiment indéfinissable. Combiné de dégoût, de pitié et Oe crainte, que je n'ai jamais ressenti ailleurs, si ce n'est au moment de ma première visite au palais ries singes. — Il y a du reste plus d'un point de comparaison entre les hôtes de oes deux endroits ; c'est à peu près la même intelligence, d'une vivacité étonnante pour comprendre à première vue tous les mauvais tours qu'ils ont vu faire ; le même désir de nuire, et la même espèce d'insolence peureuse ! — Ces ressemblances morales se retrouvent encore bien plus accusées au physique : mêmes petits yeux, brillants et perpétuellement en mouvement. Avez vous jamais été regardé en face par un domestique? moi, non! les plus insolents ont dans le regard une obliquité prodigieuse et leur bouche, petite ou grande, grimace toujours de lelle façon, qu'elle semble se moquer des paroles qu'elle prononce, et, en vérité, sur dix phrases qui passent par la bouche d'un domestique, neuf pour le moins, expriment diamétralement le contraire de sa pensée.
Il y a loin du domestique tel qu'il est aujourd'hui à celui qu'ont connu nos pères; bon, dévoué, respectueux et poussant l'amour de la famille qu'il servait à la hauteur d'un culte. La race s'en est éteinte, et c'est à peine si l'on en retrouve quelques types dans les provinces reculées de notre beau pays. — Les villes privilégiées qui conservent quelque spécimen de cette espèce oubliée s'en font gloire, et le montrent en même temps que les monuments municipaux aux voyageurs ébahis.
En résumé, les domestiques ont absolument dévié de leur destination; au lieu de s'attacher à une famille, comme ie lierre à l'ormeau, ils voltigent de place en place, comme le papillon de fleur en Heur, emportant le plus de sucre qu'ils peuvent. Au lieu d'être les protecteurs du toit qu'ils habitent, ce sont des ennemis introduits dans la place, qu'il faut surveiller encore plus activement que ceux du dehors. L'atiachement est un sentiment qui leur est inconnu, la position du maître vis-à-vis d'eux est donc absolument contraire à ce qu'elle était, et les mesures de précaution prises autrefois tu perspective de cas qui étaient à l'état exceptionnel, se trouvent aujourd'hui impuissantes à réprimer des abus pissés à Létal de loi générale.
Quelles sont en effet les garanties appui tées par un domestique qui se présente dans une maison? Un livret en tout et pour tout ! c'est-a-dire, h certitude que le porteur n'est pas uu lorçat libéré. Lu dehors de cela aucun renseignement. Ce qui les a déterminés a quitter leur pays, à eut i er eu c-mi tiun comme iis disent, xous n'en savez rien, et pour que celte formalité du hviei soit encore moins significative, il est interdit aux inaîties dy notifier le motif qui leur a fait renvoyer leur domestique.
Et c'est à ces gens, que vous ne connaissez ni d'Adam ni d Eve, que vous ouvrez la porte de «utre maison; c est à eux, qu'en cas d'abs rce, vous couliez voire femme, vos enfants, votie mère et vus soeurs. Si l'on songeait a l'imprudence qu'on cummet, on n'oserait rester cinq minutes hors de chez soi.
Puisque nous n avons que ce malhemeux livret, je voudrais qu au n oins il eût quelque signification : je voodta.s qu'il porlàt à la première page uu certificat du maire de la commune où le pot leur est né, indiquant ce qu'il a fait ju-qu'au moment où il s'est décidé à entrer en place; que le maître ait uouseulement le dtoit mais le devoir d inscrire sur ce liviel, les mollis du départ ,ou du renvoi du domestique qui quitle sa maison : je vaudrais encore, aliu d'éviter la vengeante qu'un domestique pourrait vouloir tirer d'un rapport délavorable, que la livret fût déposé clitz le commissaire de police du quartier où le domeslique i'ait le reprendre
Je sais les objeclions qu'on ne manquerait pas de faire si on présentait jamais un semblable piojet de loi; les mots « d'atteinte à la liberté individuelle, d'empiétements sur les droits de l'numanilé, » seraient répétés vingt fois pour une, et l'on aurait tort, car on n'est pas plus domestique de naissance qu'on n'est cocher fle fiacre, et cependant personne ne s'éiomie que ces derniers soient soumis à une surveillance plus active de la police que le commun d s citoyens.
Le livret d'un domestique est l'équivalent du cautionnement d'un c issier, c'est une garantie, rien de plus! et les mesures préventives que je viens d'indiquer n'auraient d action que contre les domestiques indignes. Au surplus nous sommes en tas de légitime défense. C'est un axiome en droit naturel que la liberté d'un individu cesse où la liberté d'un autre individu commence.
CUAFTY.