IV. — LE PHARMACIEN ET L HUISSIER
Le pharmacien et L'huissier en train de jouer aux dominos — ces dames travaillent dans un coin.
LE pharmacien (tenant d'unomain ses sept dominos et de l'autre indiquant alternativement le plafond et les planches. )— Moi je vous dis que quand il monte... Eh bien! il descend.
L'nuiSSlEn(arrêteson jeu et fixe d'un air rêveur un point dans l'espace.) — Oui...
oui. . . (Il passe sa main sur sou
menton.) Quand il monte... il...
descend.. . Ah 1 tenez, laissezmoi donc tranquille avec vos
inventions
c'est à vous à jouer.. . . blanc
cinq. Ah ! si vous me disiez, quand on croit qu'il monte, il descend... Ahl cela, je ne dis pas, je dirais peut-être bien. — Julie, fais donc taire cet enfant. — Ça, ça serait autre chose... blanc cinq.
le pharmacien. — un petit trois — je dis que... quand... il... monte... il descend. Sapristi, c'est clair... mais savez vous seulement ce que c'est que cet instrument-là?
l'huissier. — Tiens, parbleu, la belle malice ! c'est un cadran avec des aiguilles sur lequel on cogne avec sa canne pour empêcher do pleuvoir.
le pharmacien (riant aux éclats). — Ah! ah! ah! Elle est trop forte. . ah ! ah! il a des réponses qui peignent l'homme... un cadran sur lequel on cogne. . . ah ! vous êtes encore un drôle d'homme !
l'hcissier (pas content). — Eh ! vous m'ennuyez avec vos histoires., je n'ai pas de trois. . . que le bon Dieu vous bénisse avec vos baromètres, vos thermomètres, vos gazomètres et toutes vos manivelles.
le pharmacien. — Je ne vous parle pas du cadran et des aiguilles, je vous parle de l'intérieur, du pourquoi, de l'âme de la chose, de ce que tout homme intelligent doit étudier. Avez vous jamais été tenté de soulever votre appareil et de regarder le tube, la colonne de mercure? Connaissez- vous les expériences admirables de Toricelli? les découvertes de l'immortel Papin, les ascensions de Gay-Lussac et Thenard, ces deux intrépides savants dont les efforts forent couronnés... je n'ai pas de quatre, passez... — furent couronnés par tout ce qu'on peut imaginer de gloire.
l'huissier. — J'ai entendu parler de cela très vaguement, je l'avoue, très vaguement.
le pharmacien. — Alors ne venez donc pas discuter sur les baromètres avec moi — ( descendant jusqu'à expliquer. sa pensée). — Voilà une colonne de mercure, n'est-ce pas ? ( Il place deux dominos bout à bout. ) Bon ! — attendez donc un instant, vous allez voir ce qui se passe — ça n'est pas malin, allez !
l'huissier. — Ah s'il s'agit de la colonne de mercure, ouil
oui ! je
ne dis pas, c'est possible. - Julie fais donc taire cet enfant... à vous à jouer.
le pharmacien ( haussant les épaules ). — Vous dites oui ! oui ! et vous n'y comprenez rien. Voilà par supposition votre colonne de mercure — bon — la pression atmosphérique qui est là, où voilà mon doigt (le pharmacien parle plus haut et se retourne un peu du côté des dames qui se trouvent forcées de prêter attention. ) Cette pression atmosphérique qui est là, qu'est-ce qu'elle fait?'— Elle presse, elle pousse, parla simple impulsion de sa propre puissance ; et sur quoi presse-t-elle? — sur la surface— de quoi? —de... la... colonne... de... mercure qui est dans
seulement ce que c'est que la pression atmosphérique ?
l'huissier. — Mais oui, mais oui, ce sont les miasmes... quand on dit: mon Dieu que l'air est lourd ! eh bien, ce sont les miasmes, tout le monde sait cela.
le pharmacien. — Précisément ça n'est pas cela du tout, mais je continue. J'ai dit qu'elle descendait, oui sans doute, mais en même temps elle monte, ne l'oubliez pas, je vous prie. Et cela, uniquement parce que le tube est comme qui dirait mon bras — voilà mon bras (il plie le bras et se retourne du côté des dames) maintenant, comprenez que la pression atmosphérique est ici, ( il met un domino dans sa main gauche ) — très bien — et voilà de ce côté le vido (il prend un domino dans sa main droite ) — ça baisse ici, mais qu'est-ce qui arrive-là? — C'est la réciproque, un mouvement de navette, de va et vient, c'est comme à qui perd gagne, et cela, je le répète, à cause du tube qui est bouché du côté où est le vide et ouvert do l'autre côté là où est le double trois 'avec un petit haussement d'épaules et jetant les dominos sur la table ) Ne venez donc pas parler baromètre avec moi, je vous dis que je vous mangerais des petits pâtés sur la tète en fait de baromètres... puisque je vous disque je connais cela à fond, ainsi!
l'huissier (avec une nuance d'adhésion). — Ahl comme cela, je ne vous dis pas, ça descend sans descendre, c'est une manière de parler, faut s'entendre. . . il faut s'entendre... double six.
le pharmacien. — Je n'ai pas de six — mais me direz-vous, pourquoi le vide dans ce tube ? '— je vais vous l'expliquer.. . quand je vous dis que je n'ai pas de six.
l'huissier. — Six — blanc cinq.
le pharmacien. — On a fait le vide par des moyens qu'il serait trop long de vous expliquer... mais vous no savez pas ce que c'est que le vide! — tenez voilà un petit verre à liqueur.
l'huissier. — Voulez-vous du dur ou du doux ?
le pharmacien. — Je ne veux rien, c'est une expérience...
l'huissier (à part). — Dieu qu'il est assommant ce gaillard-là!
le pharmacien. — Si j'aspire dans ce verre, je fais le vide, (il aspire et .le verre reste collé à ses lèvres — comme il ne peut plus parler, il indique par des gestes expressifs que c'est la chose la plus naturelle du monde. ) Eh bien, pourquoi ce petit verre reslait-il collé à mes lèvres? vous allez être étonnés quand je vais vous dire ce que c'est : la pression atmosphérique.
l'huissier.' — Eh bien oui, c'est entendu c'est elle... vous n'avez pas de cinq ?
le pharmacien (s'auimant). — Oui, sans doute, c'est elle qui presse sur le fond du verre et neutralise tout le... c'est l'histoire des ventouses, c'est l'histoire des pompes, c'est l'histoire des seringues — pardon mesdames, c'est l'histoire des baromètres.
l'huissier. — Des pompes, des ventouses, des moulins à vent, de tout le tremblement... si vous n'avez pas de cinq, abattons, 3 et 5 font 8 et 7 font 15 et 8, 23 et 62 (il relève les crans do la carte à marquer ) font 85... 85 à 9 ! ( il se frotte les mains ) c'est comme votre manivelle, ça monte d'un côté et ça descend de l'autre. Ah ! ah ! ah? (il essuie les larmes qui lui viennent aux yeux.) Ah ! ah ! ah ! Z.
If
Charmante chose que la solitude'. Mais à" quoi bon (aire toilette, si l'on n'a personne pour vous regarder?
— Mais mou ami. qu'avez-vous donc fait, à yotro femme ?
- F.s -ce que je sais!... Figurez-vous qu'elle pleurniche depuis une heure et quelle refueede venir Hier, les Pomerville qui nous attendent, ce matin, sous prétexte qae la jupe d'e son amazone lui fait trop de plis sur les hanches et que son corsage a de grandes basques au lieu d'avoir des petits pans !
— Ces journaux en disent tant sur le monde des eaux qu'on ne sait vraiment a quoi se décider? Irons-nous à liras, à Vichy ou à Ludion?
— Oh maman, allonsaux eaux de mon cousin Henry
— Petite mère! Pourquoi doue que tu as bien plus de cheveux à Ijtoris qu'à la
Il ÏM£
— Madame est vraiment désolée! Elle eroyait-que ces messieurs avaient dîné avant de rentrer et il n'y a plus rien à l'office, et les fournisseurs ne viendront delà ville que demain matin.
- Au moins
- Gomme 3< — n'est pas sortie depuis le jour où elle a casse 1 epaul
— Au moins, tu me reponds de ta jument qui va me reconduire? .
— Gomme rie moi-mêmel Mon cher! fraîche et reposée comme jamais, car eue 'Hat uns sortie dcouis le iour où cile a cassé l'épaule a Frédénq.
30 juillet 1864.
LE THERMOMETRE