DON QUICHOTTE
Trêv' d' pr'verbes!
c'est bon à la c'mé-
lEnfin je lu le qu'atr'ème v'iume des die frrrançaise.
dram de Taris. SANCHO. — «A
bon entendeur... »
DON QUICHOTTE. — Tai
victorien sardou, debout devant une table. — Esprits suaves, immortels génie de l'humanité, inspirez moi les tableaux suivants.
(Lplume de M. Sardou se hérisse, va d'elle-même se tremlaeer dans l'encre, comme un merle son bec jaune dans p ruisseau, et s'approche d'une feuille de papier.)
sardou. — Qui es-tu?
Ah, boujour, Molière, prêtemoi donc quoique scène?
Cervantes. — 0 grand spirite. Je suis Michel Cervantes. Je t'apporte Don Quichotte et Rossinante, Sancho et son âne.
sardou.— Je ferai maquiller ce cheval, il est trop gras.
On lui dessinera des côtes à l'estampe. Je n'ai pas besoin d'autre chose. Le public ne comprendrait pas ton ridicule et sublime redresseur de torts. Nous mettrons cette grande idée philosophique sur le rideau de manœuvre. Tes personnages me serviront d'intermèdes bouffons.
Cervantes. — Tu m'honorcs, Victorien.
sardou. — Et toi qui es-tu?
i.esage. — Lesage auteur de Gil Blas. Je viens' t'offrir quelques frères courant après leurs sœurs séduites.
sardou.- - C'est bon, va-t-en.
lesage. — Je suis fier, Victorien.
sardou. — Et toi?
beaumabchias. — Beaumarchais. Je mets à ta disposition le balcon de Rosine et la sérénade de Lindor.
sardou. Bien obligé, je n'ai pas besoin de ta permission. Ah ! bonjour Molière. Prête-moi donc quoique scène?
Molière. — Tu peux te servir de Don Juan poursuivi par sa femme, abondonnée. Tu peux même faire dire à ton héros : « Tiens, avec ces cheveux épars et la pâleur dece visage, ma femme n'est vraiment pas mal. » Tu peux aussi prendre le Sganarelle de Don Juan. C'est un cousin de
Sancho.
SARDOU. — Tu
as donc pillé Cervantes ?
MOLIÈRE. — Do
lui à moi, l'honneur est partagé. Adieu Victorien.
sardou, baillant.— Ah! les hommes des grands siècles ne sont pas amusants.
Si elle est cachée sous cette hotte do foin , on la retrouvera.
6 août 186') .
Ce monsieur-là c'est monsieur Deshayes.
(Sur la scène), cardenio-berton. — Flamme et tonnerre! on a volatilisé Mlle Blanche Pierson! Enfer et damnation! si elle est cachée sous cette bottede foin, on la retrouvera, car ce n'est pas une épingle'.' (avec effort)... Moscou!... Waterloo!... non, ce n'est pas une épingle!!! (Il meurt.)
(La famille Prud'homme au balcon.)
léocadie. — Mais papa je te disais bien que nous nous irompionsd'omnibus ; nous sommes à la Porte-Saint-Martin. Ce Monsieur-là, c'est M. Deshayes, et l'autre est M. Môlinguc... Oh! comme je voudrais le voir à la ville ; papa, tu devrais l'inviter à dîner,
m. prud'homme. — Nous sommes au Gymnase, ma tille.
don fernand (pinçant de la guitare).
Oli ! mon Fernand, tous les biens de la terre Ont besoin d'eau, de pluie et de soeil; Monsieur Mathieu de la Drôme est leur père, Et son regard mûrit le fruit vermeil.
(Parlé.) — Où est Mlle Céline Montaland? Orsini! tavernier du diable, quel âge a-t-elle? pourquoi ne voit-on pas ses épaules ? Ah ! madame, madame, défendez-vous bien, car je vais recommencer la lutte vertueuse des diables noirs.
le veilleur de nuit passant. — Elle fait des armes pour venger un muletier de Castille.
don P£bnand. — Par la mort! elle ne sortira pas de cette chambre comme un gâteau de Nanterre !
voix d'étudiants. — « Vive Céline et Fernando ! »
Où est mademoiselle Céline Montaland ?
pourquoi ne voit-on pas ses épaules.
le veilleur. — Il est minuit, tout est calme, spectateurs du Gymnase, vous en avez jusqu'à deux heures du matin... Dormez!
voix d'étudiants. — Voici les alcades !
(Tumulte.)
DON QUICHOTTE. — Vois-tU le
géant, allons, qu'on me joue un air du Cirque, et, que Rossinante m'emporte au galop à l'assaut de cet enchanteur.
sanlho. — Mais monseigneur, nous sommes sur les buttes de Montmartre et vous allez casser le dernier des moulins à vent.
don quichotte. — Tu as la berlue, Sancho.
pradEau. — J'ai joué les Deux aveugles, et j'y vois clair.
Anatole. — Papa, nous ne sommes pas au Gymnase, nous sommes au Théâtre-Comte. Je reconnais le décor du Petit Poucet et du Marquis de Carabas.
prudhomme. — Mon fils, nous sommes au Gymnase.
une cocotte. — Comme ce cheval est bien maquillé!
Sancho, tu as la berlue.
Comme ce cheval est bien maquillé !
LE REGISSEUR.
Messieurs, l'administration du Gymnase... .
les titis au Gymnase. — A la porte! à la porte!...
anatole. — Tu vois bien, papa, il y a des titis. Nous sommes à Y Ambigu.
prudhomme. — Au Gymnase, mon fils, au Gymnase. C'est la liberté des théâtres qui veut ça, mon enfant.
léo ca Dre.— Mais non, il y a un cheval.
C'est une pièce militaire du Cirque.
UN journaliste.— La Porte-St-Martin a fait redorerses Pilules, le public les avale toujours.
Séraphin n'a jamais dépassé cet effet.
LE REGISSEUR
L'aministration du Gymnase,
vul'exiguité du théâtre, est dans la nécessité de faire ses changements à vue derrière le rideau de manœuvre. (// s'esuie le front). Ce sont des petits trucs do famille.. .Veuillez ne pas quitter vos places. La toile, que vous allez voir tomber, représente e redresseur de torts et sont iidùlo écuyer...Je vous en prie, attendez quelques minutes... Si vous alliez respirer l'air frais du boulevard, vous ne voudriez pas rentrer.
(Il sort en Ressuyant le front.)
Attendez, monsieur, j'ai là un morceau de lard.
madame prudhomme. — Au moins, ici, l'administration a des égards.
monsieur prudhomme. — Plus on monte dans l'échelle sociale, plus on s'élève, plus les hommes qu'on approche sont puissants, plus ils sont distingués. La littérature du Gymnase est celle des gens qui se respectent. On les respecte parce qu'ils se font respectés.
(La toile se lève).
don Quichotte. — Mon ami, toute, cette ferraille est tellement rouillée que je ne puis plier ni bras ni jambes... Ca ne va plus du tout, mon garçon ;
. — Attendez, monsieur,
c'est assez contrariant.