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CHEZ DESJARDIN

— Pas de plaisanteries, monsieur Desjardin, arrachez-mois cotto dent.

— Mais, tenez; je n'ai qu'à lui faire signe, la voilà,

Le Propriétaire-gérant, MAHGELIN#

Paris. — Imp. KUGELMANN, 13, ruo Grange-Batelière.

13 août 1864.

Douai, août 186.

J'avais la fièvre en arrivant, je n'ai rien senti du paysage. Promenade le soir après dîner, mais les jambes aussi lourdes que la tête. Pourtant voici ce qui a surnagé.

Un grand sentiment de bien-être , quelque chose de semblable à la Flandre et à l'Angleterre, rien qui sente le petit bourgeois important et tracassier des villes du centre. Je sortais de Paris, j'avais vu la veille au soir l'illumination du 15 d'août, le fourmillement sur les places, dans la fournaise poussiéreuse, les murs blancs, les figures actives, ravagées, les pauvres diables éreintés, qui venaient avaler une goutte de mauvais plaisir, faux comme du vin frelaté; j'avais senti l'acre odeur d'urine universelle, la sueur et la poussière humaine, l'enfer de l'activité fiévreuse, la maladie du désir inassouvi.

Ici une chaleur moindre et le lendemain la pluie ; des maisons de briques à hauts toits Louis XIII, cheminées solides et monumentales, des croisées à petits carreaux, à dûmes, rien d'improvisé, rien pour la parade, tout pour la jouissance durable. — Quelques promeneurs dans les rues, un son de bourdon lointain, ça et là, dans les boutiques, un marchand, une femme qui lit ou regarde, assise dans sa robe de dimanche. C'est un plaisir suffisant que de se faire belle et de se reposer.

Une propreté parfaite, et souvent du goût, toujours de l'espace, de l'ampleur, rien d'étriqué. — Beaucoup de maisons ont une devanture, un toit qui a son caractère. Rien de semblable à la monotonie administrative de la rue de Rivoli. On sent des gens endormis, mais cossus et dont les grands-pères ont été artistes.

La Scarpe plonge ses canaux jusque dans la ville et fait de petites Venises. Des canards y nageaient paisiblement; une vieille femme les regardait de sa fenêtre , entre les pots de fleurs ; voilà une soirée de dimanche.

Beaucoup de pittoresque dans ces eaux intérieures et dans ces vieilles maisons ; quelques rues ont des escaliers jusque dans l'eau, d'autres dressent leur mur à pic ; le canal tourne étrangement; dans les fonds brillent les tuiles rouges ; par une échappée, on voit un bout de jardin, un arbre vert qui rit.

Pluie le lendemain. Voilà le vrai paysage du nord, nuages blafards ou fondants, d'un blanc de neige ou d'un noir de suie, qui tournent sur des toits rouges, et des masses de verdure fraîche. Sitôt que l'averse est tombée, le toit crénelé tranche sur l'air éclairci, et le rouge réjouit l'œil de sa belle couleur. Des remparts on a vingt sujets de tableaux à la flamande. Toutes les maisons parlent; à Paris, il n'y a que des rues de commande, des décors d'opéra et des hôtels garnis.

Ce qui m'a fait le plus de plaisir, c'est la Scarpe, dans la ville, un grand canal. La fraîcheur de l'eau me ranime toujours, surtout quand elle court à pleins bords, quand elle est restée avec de petites vagues mouvantes. Les murs vernis, les jolies maisons peintes, les formes capricieuses et accidentées y ondoient et s'y mirent av.ee une gaieté et une légèreté charmantes. Et quelle douceur pour moi qui sort de la poussière de Paris que cette longue rue si propre, auprès de cette eau saine, sans presque un passant, presque dans le silence!

Ce que j'aime encore mieux, c'est la rivière au dehors. Des joncs panachés d'une fraîcheur incomparable pullulent et bruissent dans les fossés des remparts; la rivière tournoie en ce lieu avec de longues ondulations noirâtres entre deux rangs de peupliers, sous de gros bateaux pacifiques. On a fait d'elle un canal, elle le mérite, tant elle est tranquille. Au moment où nous sommes rentrés, le soleil couchant s'est dégagé, et il y a eu un flamboiement vif comme une joie triomphante sur toutes ces verdures attristées.

C'est une vieille ville catholique, parlementaire, lettrée, « l'Athè-

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nés du Nord, » dit-on. Beaucoup de magistrature riche, qui a de la morgue et vit chez soi confortablement, donne à diner si savamment Dix ou douze personnes donnent des bals d'hiver. La basse économie ne règne pas; plusieurs ont voiture, des serres, un luxe bien entendu.

Grande influence cléricale, sur les riches d'abord : « sans la religion, où irions-nous? » — En effet, c'est une gendarmerie intellectuelle. — Par exemple . le curé va chez les paysans pendant que le mari est à l'ouvrage. — Eh bien, ma bonne femme, vous voulez donc la destruction de notre sainte religion et la ruine de notre cher père le pape? - Oh ! monsieur le doyen! — Alors pourquoi votez-vous pour un tel? — Dame, c'est que le maire nous a donné un billet. — C'est un mauvais billet. — Ah! bien, si c'est cela, le voilà, monsieur le doyen, le voilà, donnez-nous en vite un autre; je ne veux pas la destruction de notre sainte religion, et j'obligerai bien mon mari à voler avec votre bon billet. — El le mari vote.

Kancy.

L'herbe pousse dans les rues de Nancy. Le soir, à huit heures, on aperçoit ça et là une lumière, et partout une grande ombre inanimée.—C'est une espèce de Versailles; on y est bien pour mener la vie de famille. Peut-être notre vie de Paris est-elle contre nature; mais ils s'ennuient tant ici! Ils souhaitent tant Paris!

La ville porte à chaque pas les traces du roi Stanislas : fontaines, rues, places, grilles, arcades, bâtiments. Mais le goût du siècle était surchargé, les routes, les grilles, l'espèce d'arc de triomphe, les fontranes de la place Stanislas, ont quelque chose de lourd et d'emphatique. Cependant ces grilles noires, rehaussées d'ornemenls d'or, cette ordonnance de maisons monumentales, ces statues courbées, riantes ces fontaines font plaisir à voir. Une pareille ville de province pourrait devenir un centre, ressembler à Heidelberg.

Aux jésuites de Metz.

Leur étabissement va si bien qu'ils ont refusé dix-sept élèves cette année.

Ils prennent les mères en faisant montre de maternité : «Ne vous inquiétez pas de lui, disait, un supérieur, il est seul, eh bien! je lui servirai de père. » Et il caressait doucement l'enfant de la main.

Ils s'insinuent dans l'amitié des enfants, deviennent leurs camarades, se promènent avec eux bras dessus bras dessous pendant la récréation dans les cours. — Les enfants les aiment et, devenus grands, viennent les revoir.

Point de piété obligatoire. Cependant un élève qui ne ferait pas ses Pâques serait exclu. En général, on se confesse une fois par mois (avec cette donnée, ils peuvent entrer dans la confiance, tout savoir ; de plus, ils confessent en ville et tiennent ainsi les parents,}

Très grands soins pour la nourriture, l'habillement, les manières. — Dans certains établissements, ils ont des maîtres de danse, d'équilation; ils s'appliquent à former l'homme du monde. — Encore une prise sur les familles, notamment sur les femmes.

Par exemple, la gymnastique est ordinairement négligée ailleurs, quoiqu'elle ait une valeur. — Tout de suite maître de gymnastique excellent, avec obligation rigoureuse pour tous les élèves de. l'exercer tous les jours.

11 y a un frère à tous les examens de Paris pour prendre les questions et préparer l'année suivante en ce sens. — Toutes les fois qu'un élève passe, le directeur des études est là pour l'encourager.

Ils écoulent leurs élèves faibles sur les centres de province, afin que les examens de Paris soient tout à fait brillants. — Ils en déclaîent plusieurs externes, pour échelonner à propos leur force ou leiu faiblesse. — Impossible d'être plus adroit dans le» petits moyens.

• Strasbourg, la cathédrale.

Extérieurement, je n'aime l'église qu'à demi. Les tours sont massives, et pour les alléger on a étendu dessus un vêtement distinct, un réseau d'ornements, une filigrane de statues, de fines moulures. — Un petit clocher à gauche; l'édifiée a l'air d'un amputé, et il ne paraît pas qu'on ait jamais pensé qu'il fallait un clocher correspondant à droite. Ce clocher lui-même est une riche efflorescence toute artificielle; la pierre est collée sur une carcasse en fer. — Ceci montre bien le caractère de cet art exagéré, dépourvu de ce bon sens qui exige 1 ordre et la symétrie, tout destiné à éblouir. — Plusieurs cathédrales ont leur tour à cinquante pas, détachée. — Toute cette civilisation est pareille : un rêve puissant, violent, parfois délicat, souvent sublime, mais un rêve de malade.

Mais les statues sont admirables. Il y a là un art semblable à celui qui, presque au même temps, aboutit à Van Eyck, en Flandre. Envin meurt en 1318; la tour du nord est finie en 1365, la flèche est terminée j en 1439.

Portail du midi : les vierges folles et les vierges sages. — Portail du nord : les douze vertus terrassant chacune un vice. — Portail du centre : les douze apôtres.

Ce qui m'a charmé, c'est qu'on voit dans ces statues un retour de l'art. Les hommes ont laissé derrière eux l'imbécilité monacale et la niaiserie hiératique des sculpteurs de Chartres, qui font les tètes inertes et grandes comme un quart du corps. Ils savent les proportions, ils sont maîtres de leur outil, et voici que, pour la première fois, ils découvrent l'homme, tout ce qu'exprime une attitude, un froissement du manteau, un type de tête, un mouvement du corps. Ils le fixent à la hâte, énergiquemenl, avec une naïveté et une joie d'inventeur. Mais comme, on sent bien qu'ils ne copient pas, qu'ils inventent! Pas de. type adopté; ils ont les choses réelles devant les yeux et ils en tirent toutes les variétés de la figure et de l'attitude humaines. — Voyez le sourire méchant, étrange, de. convoitise dangereuse chez cette vierge folle; l'honnêteté un peu lourde et soucieuse dans la tête carrée de. telle vierge sage. Plusieurs sont vraiment nobles quoique vivantes. Ils trouvent, l'idéal, non pas un seul, non pas d'après l'antique, mais d'après les plaisirs nouveaux de leurs yeux et de leur coeur. Considérez le corps nu d'Eve, au portail du milieu, une bonne allemande charnue, un peu boudeuse, trop copiée pour nous I sur une femme déshabillée, mais d'un beau sang et qui fera de beaux enfants. — Les apôtres sont tristes, maigres, avec des figures longues, une profonde et énergique expression, bien drapés de vêtements et le mouvement do leur attitude est saisi au vol. Sur la façade du midi sont deux statues de femmes, l'Eglise et la i Synagogue, qu'on attribue à Sabine, la fille d'Erwin. Elles sont bien I belles ; elles indiquent un art bien complet et bien nouveau : têtes ; nobles et pensives, avec de beaux corps, cheveux très-bien relevés, la | taille fine et ployante, la robe à fins plis marquant bien la taille et toute l'ondulation du corps. — Toute une vie de rêves et de pensées ! a peut-être été employée à trouver ces types. Là est le bonheur de l'artiste ; quand il travaille et qu'il a du génie, il arrive à voir debout devant lui et à douer d'un corps réel son profond rêve, la plus intime aspiration de son cœur, ce qui a été refusé à tous les autres hommes. Quelle joie en ce temps-là de découvrir qu'une taille ployante, une forme fine de tôle, sous un ondoiement de cheveux souples rend visible une âme chaste et lière!

L'intérieur est ce que j'ai vu de plus beau en gothique. On entre, c'est une sorte de nuit. Pas une fenêtre à vitres claires : toutes ont des vitraux coloriés et sombres; et ces fenêtres régnent partout des deux côtés du rez-de-chaussée, des deux côtés des hautes galeries. — Un jour étrange, une pourpre ténébreuse envahit le vaisseau énorme.

Point de chaises dans la grande nef; à peine cinq ou six personnes à genoux ou vaguant comme des ombres silencieuses. Le misérable ménage, la friperie des insectes humains est chassée. Le large espace

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entre les piliers s'étale nu sous la voûte, peuplé de clartés douteuses et d'une grande ombre presque palpable.

En face, le chœur tout noir ; seule, une fenêtre lumineuse se détache au fond de l'abside, pleine de figures rayonnantes, comme une percée sur le paradis. Le chœur est rempli de prêtres pourtant , mais on n'en distingue rien, tant les ténèbres sont épaisses et la distance, grande. Point d'ornements visibles ni de petites idoles ; deux chandeliers seulement étincellent avec leurs flambeaux allumés comme des 'âmes tremblantes aux deux coins de l'autel, dans l'obscurité, parmi les grandes formes qu'on devine. — Des chants montent et redescendent à intervalles égaux, comme des encensoirs qui se balancent; parfois les voix claires et lointaines des enfants de chœur font penser à une mélodie de petits anges ; de temps en temps une ample modulation d'orgue couvre tous ces bruits de sa majestueuse harmonie.

Je suis allé jusqu'à l'entrée du chœur; et de là, la rosace orientale plus sévère et plus noble que partout ailleurs, a éclaté dans la bordure noire et bleue, au-dessus de l'énorme obscurité des premiers arceaux. Les piliers allongeaient leurs fils colossaux immuables; la profondeur des ombres et la splendide opposition des jours rares étaient comme une image de la vie chrétienne plongée dans ce triste monde avec des échappées sur l'autre. — Des deux côtés, à perte de vue, jusqu'à la voûte, les processions violettes, rougeàtres , toute l'histoire, sacrée luisait sur les vitraux, comme une révélation appropriée à notre pauvre condition humaine.

Comme ces gens ont senti l'effet des jours et des ombres! Cette, cathédrale parle tout entière aux yeux, et du premier regard. A quoi bon raisonner? Le symbole donne tout d'abord et fait tout sentir. Impossible avec des mots de représenter cette énorme allée, avec les piliers graves régulièrement rangés qui ne se lassent pas de porter cette sublime voûte. Il y a un monde ici, un abrégé du grand monde. Ramper, tâtonner des mains contre des parois humides, dans cotte voie ténébreuse, parmi les vacillements de clartés incertaines et les bourdonnements, les chuehottements aigris de la vermine humaine, et pour consolation entrevoir ça et là, dans les sommets, des figures rayonnantes, le manteau d'azur, les yeux divins d'une vierge avec son petit enfant, d'un Christ tendant ses mains bénissantes, pendant que de nobles chants, de hautes notes tendres, un concert d'acclamations triomphantes 'emportent lame là-haut, dans leurs enroulements et dans leurs accords...

Beaucoup de beaux débris, la crypte et le chœur, dont les voûtes en cintre indiquent l'antiquité énorme; cela est solide à l'œil, romain encore ; c'est là le centre, tout à l'enfour le gothique s'est épanoui. Dans une chapelle du nord, presque noire, déserte, repose la grande statue de pierre de l'évêquc Conrad de Lichtenberg, le fondateur, couché sur la tombe, un livre à la main; il semble que, comme un Plia-' raon, il doive là dormir toute l'éternité. — La chaire, assez petite, de 1486, est une merveille de délicatesse : feuillages, ligures, entrelacements, près de cinquante statues ; le gothique en finissant tourne au bijou.

Je revenais toujours au chœur et à l'abside, à leurs colonnes rondes, à leur cercle solide, massif, sombre et fort, au vieux christianisme romain, tige enfoncée dans la terre, épaisse et indestructible, autour de laquelle est venu fleurir le reste.

La Forét-Noivc.

Je quitte le chemin de fer à Aarchon, jolie petite ville d'une propreté hollandaise, demi-village pourtant, mais riante et charmante, avec des maisons à pignons toutes blanches, de jolis sites pittoresques, des eaux courantes, un vrai village d'opéra comique! A mon avis, ce soin extrême, cette rusticité élégante et tous les goûts, toutes les facultés que cela suppose annoncent d'abord une autre race.

C est plaisir que d'être marchand de saucisses, cordonnier ici. 11 y a une poésie dans ces toits, ces belles eaux, cette verdure! — Impossible d'imaginer un plus beau soleil ; les toits bruns s'élèvent dans lazur, les saillies blanches des murs, les pointes- tranchantes des pignons font relief. — On devient gai en dépit de soi.

Les vallées commencent; il y a des prairies partout, arrosées par des eaux aménagées, toujours rafraîchies ; dix rigoles par prairie. Tout cela bouillonne et bondit et se déverse dans do gros ruisseaux qui bordent la route, puis dans le ruisseau du fond. — Des moulins sont posés çà et là ; des tuyaux de bois amènent l'eau par-dessus les enfoncements jusque dans les maisons; les plantes ont pullulé silices vieux bois, dans ces eaux courantes, et le conduit est tout panaché de fleurs rouges, de graminées dressées ou pendantes. — Sur les routes, à tous les étages des hauteurs, paraissent des chalets en bois, à fenêtres étroites, à longs toits proéminents, avec de petits toits supplémentaires pour garantir chaque fenêtre et chaque étage. Dans cette riche verdure, avec leur pignon qui avance et leur devanture bariolée par les poutres qui la forment, ils semblent faits exprès pour lo plaisir des yeux.

0 est un bon pays ; les prairies donnent quatre ou cinq récoltes par an. Il n'y a pas de neige l'hiver. Le grand duc et sa femme sont bienfaisants, aimés, paternels, s'intéressent aux sciences, font des chemins dans tous les endroits où ii y a des beautés naturelles. — On dit qu'ils ne lèvent pas d'impôts, qu'ils se contentent de leurs revenus et de la roulette. — Cependant on émigré, il y a trop d'enfants. Un plus grand défaut, ce sont les redingotes à haute taille ridicule des paysans, leurs chapeaux noirs à larges bords. On dirait des séminaristes en vacances.

L'no longue montée à pied sous un dome de verdure, puis Kellcrhciligen dans un fond entre de hautes montagnes boisées.

C'est une ancienne abbaye en ruines ; les arbustes ont poussé dans les fentes des pierres qui tremblent 'disjointes. — De là, pendant une demi-lieue, le torrent roule et tombe dans une étroite rainure bruu et clair sur des feuillets de roches brunes.

Peu de choses m'ont paru plus belles. Il y a des descentes abruptes sur des escaliers de pierre, de longs corridors d'arbres et des percées subites. — Les arbres s'accrochent comme ils peuvent, et empanachent tous ses lianes rougeàtres. Parfois la montagne perpendiculaire reste nue, et il faut renverser la tète en arrière pour apercevi ir la raide paroi âpre, lumineuse, tapissée de lichens, avec sa cime blanche qui raie brusquement le ciel.

Mais le ehei-d'œuvre du paysage, c'est la vue du Teufel-Kausel. Une troupe de montagnes rendes, en cone, pêle-mêle, entassées les unes derrière les autres, se presse sous l'azur ardent, sous le magnifique épanchement du jour clair, dans la lumière ruisselante. Rien do plus riche, de plus opulemmcnt beau que leurs teintes. L'automne, a commencé; les tètes des arbres rougissent, la verdure, entretenue par l'eau incessante, par les courants, parla brume qui monte et toutes les nuits la baigne, a pris un coloris intense. La noirceur des pins y ajoute encore, et la splendeur du ciel pur centuple la puissance des tons. Chaque montagne monte toute vivante et peuplée, demi-noire et demi-pourpre, dans la. bordure de lapis-Iazuli céleste ; et les dernières à l'horizon, dans une teinte pâle et charmante, souriante et tendre, font'encorc mieux sentir la gloire du ciel,

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