‹ La Vie parisienneChapitre 592 sur 662 · IX. - UN COMPTE-REMDU DE JULES JANIN · texte numérisé non relu

IX. - UN COMPTE-REMDU DE JULES JANIN

Or , je sors d'un théâtre , et quel théâtre ? Le théâtre d'un pays

qui n'a pas de théâtres. J'avais oublié ma tabatière. "Voici Sganai'elle qui m'offre une prise que rien n'égale; mais je n'ai point vu Clitandre. Où est-il ? Où n'est-il pas ? Il est dans la loge de Célimène , caché au fond d'un petit pot de rouge , en compagnie du petit marquis. Ah! les bonnes gorges chaudes qu'ils ont dû faire si le petit Dumas était là. Le voici. Il appelle la comédie : Venez ça , mignonne , et elle arrive. Ils étaient tous bien étonnants, ces enfants , ces petits colosses bouffis , et tout ce monde enchanteur , et la Fin du monde , et le Neveu de Rameau, et le grand Gœtho, et Grijnm , et les Gaîtés de Toulouse , et la Beligieuse champêtre et Sanson guillotiné , et Théodore Barrière , et l'adorable Patti, et Bossini, et le bàtonniste des Champs-Elysées. Quoi ! changer de place la colonne Vendôme ? Que non pas. Ne parlons pas surtout de Béranger. Dites-moi , vous qui l'avez connue , aimée , fêtée , la petite , la grande Bachel , où sont ses rivales? Ah! c'est qu'aussi elle avait le pleur, le sourire, la chlamyde aux ongles d'or, la bonne pensée ; le pleur qui rit , le sourire qui larmoie , le péplum aux plis mouvants, la bonne, pensée, sommeil du pauvre, et dans sa petite main, la comédie qui poignarde et la tragédie qui bouffonne. Elle est née au soleil du lundi , elle a grandi à l'ombre do Molière , le tant regretté. Eh! eh! Elle va, vient, court, et la voilà perdue. Demandez à saint Chrysostûme des nouvelles de Malibran. Jamais oneques il n'entendit parler des quarante, quorum pars nonfuil Balzac, qui fit de la musique, pas plus que d'une certaine traduction d'Horace.

Exigi monumcnlum , où en étais-je? are perennius . Ovide vous dira-til un mot de la pièce nouvelle? Platon n'aurait eu garde de venir applaudir unpoëte. Qu'allais-je faire dans cette galère? Bamer des pois? Je ne sortirai pas de ce jardin. Par les dieux immortels ! di immorlales , ïïerculel On me calomnie , jamais je n'ai vu de comédie , ni au Gymnase, ni ailleurs. Je ne sais ce que c'est qu'une plume. Je ne sais qui je suis. On vous l'a dit? Pourriez-vous me citer les noms de quelquesuns de ces gens-là , par hasard ? Piètre raison. Voyez ces laitues que ne connut pas Marc Aurèle. Kitterœ lux me délectant. Voie et me ama. Tout le monde a fait son devoir.

OBSERVATIONS

Il semble que l'amour soit comme certains vins qui s'aigrissent quand ils ont trop de bouteille.

Que pcnseriez-vousd'im moraliste qui dirait; La femme est adorable amante, détestable épouse et sublime more?

La première ride d'une femme se plisse de la peur qu'on ne devine son âge.

Deux hommes avaient le sens commun; une femme survient et voilà deux sots de plus.

On serait bien vite rassasié de sa femme ou de sa maîtresse, s'il ne se trouvait toujours là quelque affamé pour vous remettre en appétit.

Les femmes perdues se rendent si rigoureuse justice , qu'un de leurs étonnements . je dirai plus, un des sujets de leur mépris pour l'homme, c'est qu'il fasse tant de folies pour si peu.

11 n'y a pas tout à fait un 'siècle , un seul homme comptait jusqu'à dix maîtresses; aujourd'hui nous entretenons une femme à dix ; quelle économie !

Demandez aux femmes ce qu'elles appellent un sot , et vous saurez où elles placent l'esprit.

La jalousie agit sur l'amour comme les fortes épices sur l'estomac qu'elles activent, mais en l'usant.

Il faut bien l'avouer, la vertu ne fait pas assez de frais de toilette.

Al,FHED B.

HISTOIBE D'UNE MINUTE.

Rhin ce titre M. Adrien Max a publié, il y a quelques jours, un charmant petit volume, plein d'humour et de gaieté toute parisienne. Nous en extrayons la bouffonnerie qui suit :

Le théâtre représente le pont Neuf.

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