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LE SERPENT A PLUMES AUX BOUFFES-PARISIENS

D'abord il n'y a pas de serpent ; de plumes il n'y n'en est question que comme symbole do la légèreté... du style de cette comédie; mais il y a un grand poêle que la prévoyance des auteurs a édifié en vue du sauvetage des amoureux et du couplet au public.

Devant un tel poêle dites-moi Est-il possible d'être froid.

La bonne y fait entrer un marin, Mme Croquesec sa maîtresse y a déjà caché son amant, pédicure aux gardes civiques hollandaises. Le pédicure va s'échapper quand se dessine sur le seuil de la porte, le front ravagé de Léonie le savant conservateur des Musées ; il prend Mme Croquesec alors habillée en sauvagesse, pour le serpent qui lui est annoncé et lui demande sur un motif fantaisiste : As-tu déjeuné Jacquot ?

Mais le serpent direz-vous? Le serpent s'est échappé du colis de Van Croquesec. Est-il dans la guitare où dans la fontaine, dans le piano ou dans la pendule 1

Comment le rattraper; en le charmant parbleu! — Comment le charmer morbleu ! eu chantant sacrebleu ! — en chantant quoi ? le chant du serpent ventre de serpent ! on l'a chanté, il n'y a eu de charmé que le public.

Dès les premières scènes, chacun a senti d'un commun accord qu'il était déjà bien tard pour reconduire les auteurs à Charenton, et qu'il valait mieux se prêter complaisamment à leur folie.

Citons un mot à titre d'échantillon.

— Mon ami, demande l'épouse Croquesec (la grassouillette Tostée) à son amant en lui offrant du jambon, aimez-vous le maigre?

— L'amant (lui souriant doucement et d'un air d'intelligence). Vous savez bien que non, madame.

La pièce finit parce que M. Croquesec veut faire chauffer dans le poêle le lait d'un biberon fatal. Le marin et le pédicure s'empressent d'en sortir pour donner au public des explications aussi insuffisantes que bien acceuillies.

On a ri et on rira encore longtemps de ces aventures surprenantes. — Ceci est une de ces hautes fantaisies parisiennes qui perdraient probablement à être traduites en allemand; peut-être serait-ce une tragédie de l'autre côté du Rhin; mais ce qui sera également apprécié sur les deux rives, c'est la musique de Léo Delibes; ce charmant compositeur a accompli un tour de force musical en sachant garder une forme pure au milieu de ces excentricités que demande le public des Bouffes Parisiens. Citons outre le chœur des Commissionnaires qui a été bissé, une ballade nègre fort bien dite par toute la troupe.

Il y a un lui tai pou laï pa pou qui fera la fortune de Strauss.

Mentionnons le costume ébouriffant de Tayau, un uniforme impossible avec des brandebourgs finissant dans le dos ; costume dessiné comme les autres par Cham.

Vous ai-je dit que le spirituel caricaturiste était l'auteur de la pièce. On décrète qu'il n'y a plus de Parisiens ; s'il était vrai, qui est-ce qui ferait rire l'univers ?

CHOSES ET AUTRES

La télégraphie inlrà muros commence à porter ses fruits. Michot s étant trouvé indisposé l'autre soir, on a par ce moyen fait savoir à tous les critiques qu'il était inutile de se trouver à la représentation. Comme on n est jamais content de rien, et qu'il faut que tout progresse, j'espère que la prochaine fois, le directeur préviendra les bourgeois et renverra le prix des loges.

On vient de placer, dans le Jardin des Tuileries, le groupe d'Ugolin. Il fait pendant à celui de Laocoon (le père dont les fils sont mangés par le serpent, et le père qui, pour plus de sûreté, les mange lui-même).Le public n'a qu à choisir entre ces deux leçons de morale.

Je vous l'avais bien dit qu'on ferait une exposition de vins. C'est Périgueux qui, après moi, a au cette idée-là. Cette fois, ne vous fiez pas à ce mot : exposition... il paraît qu'on boira.

Je vous ai déjà parlé de la teinture des chiens. Cette manie a pris la proportion qui caractérisa la collection des timbres-poste. A Vienne, en Autriche, les grandes dames ont cru montrer du goût, en donnant à leurs bichons la couleur des robes qu'elles portent. On s'orne d'un chien coaime d une coiffure. Dans peu on étendra cette mode aux laquais et à la voiture, en attendant qu un ukase russe force tous les passants à adopter la teinte qui siéra le mieux au visage de leur impératrice. Un jour quelque brune forcera le bon Dieu à repeindre son firmament. Tout cela vous prouve que 1 esprit des Français est relatif; ils ont le talent de s'arrêter dans la bêtise... voilà tout.

Les couleurs donnent aussi beaucoup de préoccupation au gouvernement. Voici que, pour la soixante et onzième fois depuis trois ans, ou va changer le costume de l'infanterie.

A bientôt la Vie de César de S. M. Kapoléeon III. Des difficultés survenues

LA YIE PARISIENNE

24 décembre 1864.

au ministère de l'Intérieur et à la Préfecture de police, ont retardé l'apparition de ce livre. Mais il paraît probable que l'auteur obtiendra l'estampille.

Ni I Angleterre ni la Franco ne se le tiennent pour dit. La terre brave le ciel et 1 Océan. Il s'agit, d'un nouveau câble transatlantique... celui-là très-solide. Le dernier est toujours plus solide que les autres. J'attends qu'on en fasse un, w solide, qu'une l'ois achevé, on ne pourra plus le transporter, ni par conséquent 1 établir. Le conte finira la,

Le Courrier d'Arcaclion, journal plus parisien qu'on ne croirait, vient de donner son premier banquet semestriel. La presse de la capitale n'était représentée que par deux de ses membres. Seuls, MM. Charles Monselet et Henry Maret avaient eu l'audace de planter là le bil de l'Opéra, pour partager ces agapes lointaines. Ils ne s'en sont pas repentis. En revanche, il y avait là tout ce; qui tient une plume de, la Garonne aux Pyrénées. On s'est fort amusé. Des cepes a la Bordelaise et les cinq grands crus ont fait bonne figure. Quelqu'un a on à la propagation do cë système de confraternité. On annonce, pour le mois de juin, une invitation générale à toute la presse littéraire de Paris.

Un ami nous a fait visiter, hier, un atelier de sculpture fort intéressant, c'est celui de M. Van Clef. M. Van Clef est uu de ces bous esprits qui cherchent dans la pratique des arts un délassement à leurs préoccupations d'affalés. Nous avons vu chez lui une collection de bustes et de statuettes dont quelquesuns sont parfaitement réussis. Entre autres une tète de christ, qui dénote en même temps qu'une grande sûreté de main, un juste sentiment de l'art.

A propos de ce christ, il nous a été dit une curieuse histoire. M. Van Clef aurait été prié de la faire, reproduire à 200,000 exemplaires — presque amant d'exemplaires que le livre de M. Renan. Une partie du produit de la vente de ces petits bustes serait consacrée à l'édification d'un établissement de retraite qour les prêtres infirmes. On voit que le métier d'amateur a parfois son mérite.

Du reste, M. Van Clef ne se borne pas à faire de petits bustes. Sa statue équestre de Napoléon le' visitant le port de Cherbourg, en 1807, a obtenu au concours une place, honorable et métite des éloges à son auteur, et nous avons trouvé remarquable, dans son ensemble, un projet de statue en pied du roi don Pedro IV, pour l'exécution de laquelle le roi de Portugal a demaudéle concours des artistes de tous pays.

M. Charles Monselet, déjà nommé, a publié récemment un livre sur Fréron. Si l'ombre de ce dernier venait se promener parmi nous, elle serait étonnée de tout l'esprit dépensé en sa faveur. Je souhaite pour le saint futur de M. Monselet que 1 âme de Fréron soit en Paradis.

Le général MourawieIT convertit. Après avoir battu, il sermonne. C'est commencer par la lin et finir par le commencencement.

Près de la Bastille s'élève un théâtre. On l'avait annoncé grand comme le Panthéon ; il sera grand comme le Petit Journal. Il donnera deux représentations par jour. Les places les plus chères vaudront vingt-cinq sous... encore faudra-t-il adresser une. lettre obligeante an directeur pour qu'il accepte ses vingtcinq sous. Tout cela est bien tentant, et quand on aura établi un chemin de fer souterrain, ou que Nadar aura organisé ses machines, nous irons y faire un petit tour.

L'année prochaine, plus de salon des refusés... c'est le Moniteur qui l'a dit» quand il n'y aura plus de salon des reçus, tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes.

A 1 une des premières représentations de la Belle Hélène, aux Variétés, on voyait aux avant-scènes un certain petit chapeau. Etait-ce bien un chapeau 1 Non, c'était un morceau de crêpe blanc chiffonné, ou plutôt aplati d'un coup de poing comme celui dont les aspirants de marine gratifient leur casquette d'ordonnance pour leur donner le chic voulu. Derrière pendait uu appendice pareil aux couvre-nuques des officiers de l'armée des Indes. Le tout était parsemé de diamants. C'était une femme du monde, ou ne pouvait s'y tromper; les impures sont en général plus jolies et n'osent pas tant.

La vue des diamants a été pour Mlle Schneider ce qu'est un coup d'éperon pour un cheval de race :

« Ah ! tu mets des brillants pour aller aux pelits théâtres ! attends, je vais t'en fourrer des bijoux! »

Et au second acte, la belle Hélène met toutes voiles dehors : diamaots parci, escarboucles par là, un firmament do pierreries.

La femme du monde n'a pas élé vaincue, c'est vrai, mais l'actrice est arrivée bonne seconde j elle lui rendait cependant les diamants de famille.

C est 1 événement du quartier. Les bijoux d'à côté en sont éclipsés. Ce n'est pas un polichinelle ordinaire; sa taille est celle d'un entant do deux ans; la tète est en cire : c'est bien là le masque railleur, et cependant bonhomme, du polichinelle classique. De son élégant pourpoint en satin rose et blanc surgissent deux bosses dont — naturellement — • l'une est derrière, l'autre devant. Ces deux bosses me l'ont .1 effet d être creuses et de recéler dans leurs profondeurs quelques .Wips. de sucreries; vraiment, ce polichinelle l'ait rêver' les enfants. Comme il a l'air à l'aise dans sa culotte de satin, dans ses sabots à bouffettes ! Il va partir, il va danser. Gare aux bonbons nui sont fragiles. . ., i

Siraudin nous gâte. S'il continue ainsi, chaque année, à faire de plus fort en plus fort, je tremble, je crains qu'il ne lui reste plus, bientôt, un seul cheveu. Si vous avez donné Polichinelle au pelit Charles, votre aîné, à sa soeur Louise revient naturellement la bergère qui lui t'ait vis-à-vis dans la montre, il ne faut pas faire de jaloux. Siraudin lo comprend ainsi, car pour vous, mesdames, j'aperçois d'immenses boites richement ornées, grandes comme des petites malles, chinoises, japonaises, de toutes les couleurs et de toutes les nations, mais exclusivement remplies de bonbons Siraudin, que vos blanches mains iront y puiser à chaque instant, car j'ai bie:i envie de proclamer ces bonbons les premiers du monde.

Parmi les articles d'étrennes les plus recherchés, nn doit citer ceux de la maison Svsse (place de la Bourse), maison que l'on pourrait en quelque sorte désigner sous le nom de : Musée des gens de goût.

\ coté des bronzes d'art les plus remarquables, on admire chez Susse toutes les fantaisies imaginables; je n'en veux pour preuve que la course des haies; un bronze porte-a'lumettes du plus ingénieux effet. . ° .

Plus loin, ce sont des bronzes pour pendules, des porcelaines et des faïences montées, etc., etc.

La papeterie, la maroquinerie et la librairie illustrée offrent aussi de grandes ressources, et je recommande particulièrement à l'attention des amateurs l'album du marquis de M un, à 20 ou4'Jl'r. Quel joli cadeau à faire à des chasseurs I

Dans le salon des jouets, ce sont de nouveaux enchantements. "Voici les noms de quelques pièces remarquables que je soumets particulièrement à l'appréciation des bébés de tout âge : '

La poupée qui marche. — Un déménagement de Lima. — Une bergère des Alpes. — Ecuries d'Artois (d'après modèle). — Panoplies. — Fourniment militaire. — Sacs d'artiste. — Sacs de campement.— Parc û'anillerie. — Corbeille de Compiègne. — Petits meubles de laque de Chine. pour enfants. — Trousseaux, javanais. — Une flotte hollandaise. — Joueur d orgue. — Tir JeVincennes. — Costumes de jockey, etc., etc.

La part des enfants faite, parlons des jolies femmes , ces autres entants si fantasques et plus difficiles à contenter.

A celles-ci je ne vois rien déplus charmant à offrir qu'un de ces artistiques mouchoirs de Chapron, élevés tout simplement, par les amateurs au rang des oeuvres d'art.

Ce sont, du reste, de véritables tableaux que ces merveilleuses brodems où l'imagination tient largement sa place, et l'engouement féminin est tel à ce sujet qu'une jolie femme m'affirmait un jour que, si son mari voulait s'engager à lui essuyer les yeux avec un -mouchoir Chapron, elle trouverait facilement des larmes!

J'ignore si son mari a compris la réticence, mais j'engage vivement ces messieurs à ne pas réduire les femmes à de si. dures extrémités.

Mlles Rul'fin sœurs, place de la Bourse, n'ont, pas voulu laisser fuir l'année sans nous ménager une surprise. Jl s'agit d'un petit renard blanc lormant coussin ; avec sa faveur rose, au cou, ses yeux pleins d'animat on , on dirait le familier de la maison, se chauffant arrondi et couché au coin du foyer. C'est un charmant cadeau à offrir, et j'envie Jes petits pieds qui viendront chercher la chaleur dans cette blanche et douillette fourrure.

Nous reparlerons prochainement de Mines Ruffin, chez lesquelles nous n'avons eu que le temps d'entrevoir une casaque en velours bleu garnie de chinchilla et d'une grande élégance, un joli petit manchon en velours de la même couleur et enfin une peau de tigre royal formant un tapis d'une beauté rare.

VICOMTESSE DE

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