I. Pascal, Discours sur les passions de l'amour
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saire, et on incline à ne voir dans le caractère qu'une série de positions successives déterminable à priori ; mais on a dû préalablement éliminer toutes les apparences formelles dont nos impressions enveloppent le purconnaissable, toute intervention des individus qui suspendrait la loi immuable des essences. Consent-on à voir dans le caractère une loi individuelle, et figure-t-on cette loi sous la forme d'une courbe idéale qui rattache tous les événements de notre histoire? On évite l'illusion mécaniste, mais on se met dans l'impuis-' sance soit d'entendre ce lieu géométrique de nos pensées, soit d'en expliquer l'attache actuelle à notre nature. Enfin, le sépare-t-on brusquement de la volonté qui en est l'âme, pour l'immobiliser en un système fixe d'images et d'habitudes ? C'est qu'on le considère en dehors de la secrète vertu qui l'anime, et Ton découvrirait aisément sous cette forme figée les synthèses successi vos d'une volonté concrète. En un mot, il peut nous arriver de traduire cette volonté organisée recourant à l'idée du déterminisme, quand nous sentons un contraste sans cesse croissant entre les formes qu'elle tend à prendre et ce qu'elle est restée. Mais c'est encore la même erreur qui nous abuse : nous oublions que ce déterminisme est une forme où se projette notre liberté; nous oublions surtout que cette disposition rigide n'a de sens qu'au regard d'une pensée incapable d'exprimer autrement la loi de la transformation des faits de conscience en actes externes . Pourtant, rien n'autorise la conscience à supposer pour cette volonté des temps d'arrêt, car elle note des complications dont le nombre indéfiniment croissant devrait l'avertir qu'elle se trouve en présence, non de positions successives forcément limitées, mais d'inépuisables synthèses mentales. Si donc nous faisons à la continuité sa part en y voyant la loi, extérieure encore, d'un être identique et changeant, nous la rapportons comme à sa source à la spontanéité humaine. En psychologie, comme en histoire, aucune des formes que l'homme imagine et établit n'est immuable.
D'ailleurs, ces variations l'attestent : la personne s'ajoute à la nature par une intervention imperceptible et continue.
LE CARACTÈRE, ÉTAT DE TRANSITION iSg
Mais, tandis que des profondeurs de la nature, individuelle déjà par son orientation, s'élèvent des séries organisées auxquelles la volonté consciente communiquera la stabilité, les actes émanés de la volonté font retour à la nature pour y vivre d'une vie que nous avons en partie voulue. C'est une société, c'est un commerce qui rend la nature personnelle et la personne naturelle, on plutôt, sans cet échange il y aurait en nous un fond de forces psychiques qui tendraient vainement à l'unité de la conscience et, d'un autre côté, un pouvoir spontané dont la fécondité ne dépasserait pas les bornes des créations artificielles. Or, le caractère nous présente l'union singulière de ce qui est reçu et de ce qui est voulu : il est le point unique, peut-être, dans la vie de l'esprit où l'on verrait les démarches de la personne se peindre dans les profondeurs de la nature pour s'y étaler d'un mouvement continu. Estce à dire qu'il soit la forme parfaite dans laquelle tend h se reposer le mouvement du vouloir? Distinct du sentiment qui n'avait pas encore d'individualité bien acquise, il correspond à un degré remarquable d'organisation interne. Mais, s'il est, en lui-même, une synthèse, il n'en recouvre pas moins l'accumulation de nécessités organiques ou le résidu de volitions amorties, et il tend à se transformer en un mode d'organisation 011, après avoir été en lui et pour lui, il serait encore par lui. En un mol, le dédoublement que nous avons eu tant de peine à effectuer ex{)rime une vérité acquise à la conscience. Pendant que le caractère dominé pnr l'idée instinctive d'agir s'érige en une véritable mécanique d'images et déroule froidement, comme un compteur automatique, la suite de ses prévisions, il n'est pas rare de saisir dans la continuité même de nos volitions ou dans la soudaineté de nos inspirations, une volonté autrement souple : c'est comme un personnage qui se lève de lui-melme devant la réflexion, se reforme, se développe, agit : « tellement qu'on le bail ou qu'on Taime, et qu'ensuite on attend son retour comme celui d'un ami ou d'un ennemi *. » C'est ce personnage intérieur que la con-