‹ La vie privée des anciensChapitre 2 sur 30 · L.V PÊCHE · texte numérisé non relu

L.V PÊCHE

Voici une autre pièce de l'Anthologie ; celle-ci a trait aune offrande faite par un vieux pêcheur qui ne peut plus travailler : « Des roseaux attachés bout à bout, la rame qui fend les flots, des hame(;ons aux pointes perçantes, un plomb et sa corde, le liège indicateur de la nasse, deux paniers suspendus à sa corde de jonc, la pierre d'où jaillit rétincellc, et une ancre, appui des vaisseaux dans la tourmente, voilà l'offrande consacrée à Mercure par Pison le pêcheur, dont la main tremble et que ses travaux ont épuisé. I)

Les hameçons qu'on a retrouvés ont une forme qui ne diffère pas essentiel lemeut de

colle que nous leur donnons aujourd'hui. Les (D'après uns peinture de Pompéi.) pêcheurs mettaient le hameçon au bout

d'un fil suspendu à une longue lige, absolument comme nous faisons, et l'industrie du pêcheur à la ligne parait n'avoir ni progressé ni décliné depuis l'antiquité. Les pêcheurs de profession usaient plus

Fig. 20. — Pécheur à la ligne.

Fig. 21. — Égyptien p^^chant Ik la lignu dans sua jarditi.

volontiers du lilct, et la ligne n'était guère en usage que pour les gens très-pauvres qui n'avaient pas le moyen de se procurer des filets, ou pour les personnes aisées qui faisaient de la pêche un amusement. Les peintures de Pompéi prouvent que ce délasseiiient était fort usité, car' les pêcheurs à la ligne se trouvent sur tous les paysages qui décorent

'ZS L'AGlilCULTLRE.

les murailles (fig. 20). Une peinture bien plus curieuse, tirée d'un hypogée de Thèbes (fig. 21), montre un Égyptien de la classe opulente, assis sur un fauteuil et tenant une longue ligne, avec laquelle il pêche tranquillement dans le bassin de son jardin, où l'artiste n'a pas oublié de faire figurer des poissons.

D'après Hérodote, c'est h l'aide du hameçon qu'on s'emparait du crocodile: « Il y a, dit l'historien grec, différentes manières de prendre le crocodile. Je ne parlerai que de celle qui me paraît mériter le plus d'être rapportée. On attache une partie du dos d'un porc à un hameçon, qu'on laisse aller au milieu du fleuve afin d'amorcer le crocodile. On se place sur le bord de la rivière et l'on prend un cochon de lait en vie qu'on bat pour le faire crier. Le crocodile s'approche du côté où il entend ces cris, et rencontrant en chemin le morceau de porc, il l'avale. Le pêcheur le tire à lui, et la première chose qu'il fait après l'avoir mis à terre, c'est de lui couvrir les yeux de fange. Par ce moyen, il en vient facilement à bout; autrement il aurait beaucoup de peine. »

Le trident, qui est devenu l'emblème de Neptune, était à l'origine un instrument de pèche qui parait même avoir été assez fréquemment employé dans l'antiquité. Le trident était une espèce de fourche à trois dents, quelquefois ces fourches n'avaient que deux dents et on les appelle alors bidcnts. La manière de s'en servir était d'ailleurs exactement la même. Les Égyptiens employaient le bidont pour prendre certains poissons d'un assez fort volume qu'il fallait saisir au passage dans le moment où ils remontaient le fleuve. Ce genre de pêche, qui demandait beaucoup de temps et d'adresse, devait être par cela môme peu lucratif, et il est probable que le peuple ne s'y adonnait guère. Aussi, la figure qui nous montre la pêche au bident représente un personnage dont le rang élevé est caractérisé par son énorme stature (fig. 22).

C'est toujours à l'Egypte qu'il faut s'adresser pour trouver les plus anciens types des instruments dont nous nous servons. Pour les filets do la pêche, notamment, les Grecs et les Romains ont apporté bien peu de modifications à ceux dont se servaient les Égyptiens. Ceux-ci en employaient d'ailleurs de plusieurs sortes. Les plus grands étaient de forme oblongue avec des montants en bois, et un morceau de plomb était placé au fond. Quelquefois le filet était lancé d'un bateau ; mais les monuments représentent bien plus souvent des pêcheurs placés sur le rivage et tirant avec effort des cordes attachées au bout d'un grand filet. Pour prendre le poisson dans les eaux peu profondes, on se servait d'un filet beaucoup plus petit et qui pouvait être manié par un

LA l'KCIIE.

homme seul. Ceux-là étaient garnis de chaque côté d'une perche, et le pécheur en tenait une dans chaque main. 11 épiait ainsi le moment où les petits poissons traversent l'eau en troupes nombreuses et le lançait alors pour prendre une grande quantité de poissons à la fois.

Les Grecs et les Romains étaient très-grands amateurs de poissons, et la pêche au lilet s'exerçait sur une très-grande échelle pour satisfaire

l'iK. ■i\i. — La (iijcho au bidont. (O'apris uno pciuluro cgyptioiiiio.)

ce goût, qui devenait parfois exirèmoment (li-|)iMiili(Mix, comme le prouve l'histoire suivante racontée par l'iine : « Asimus Celer, personnage consulaire, grand amateur de rougets, en acheta un sous le rèfino de Calignla, au prix de 8,000 sesterces (1,168 francs). Cette proiligaiité reporte la pensée sur ceux qui, dans leurs doléances sur U' luxe, s- plaignaient (ju'un cuisinier coulât plus cher qu'un cheval. Mais aujourd'hui un iwisson voùio le pi-i\ d'un cuisiiiiei', un cuisinier le prix d'un triomphe. Mainli'uaul, il n'\ a guère- d'Iionnne plus estimé (|ue celui qui sait \r mieux ruiner son maitri-. Licinius Muciaiuis a rajiporté (lu'un rouget de

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80 livres avait été pris dans la mer Rouge. Combien nos gastronomes l'aiiraient-ils payé s'il avait été péché d;ms la mer qui baigne nos villas suburbaines? »

Horace, qui avait assurément quelque droit à être rangé parmi les gourmets, a raillé les faux connaisseurs qui estiment le poisson en proportion do sa rareté ou de sa dimension inusitée : « Et ce loup de « mer à la gueule béante, es-tu de ces délicats qui discernent à coup « siu' s"il a été péché dans le Tibre ou dans la mer, à l'emliouchure de « la rivière, ou bien entre les deux ponts! n Maladroit! Tu fais cas d'un barbeau détroit livres et n'en peux tâtersans le mettre en pièces. Que tu es bien la dupe de l'apparence... Un gros barbcav, mais un petit bar, voilà ta fête, justement parce que les petits bars sont aussi rares que les barbeaux de trois livres. Heureusement l'estomac à jeun n'y met pas tant de recherche. »

La gourmandise des Romains dépassait toutes bornes, et il n'est pas d'exiravagance dont un homme riche ne fût capable pour satisfaire sa passion pour les mets extraordinaires. On peut en juger par cette autre histoire que nous empruntons à Athénée : « 11 y avait à Rome, dit-il, sous l'empereur Tibère, un homme voluptueux et très-riche, nommé Apicius. C'est de son nom que plusieurs sortes de gâteaux ont été appelés apiciens. Son ventre lui coûtait par an des sommes énormes. 11 demeurait ordinairement à Minturnes, ville de Campanie, oîi il mnngeait des squilles qu'il payait fort cher. On en pèche là de si grosses que ni celles de Smyrne, ni les écrevisses d'Alexandrie n'en approchent pas. On lui dit un jour qu'on péchait des squilles monstrueuses en Afrique; il s'embarque sans tarder d'un seul jour. Après avoir essuyé une furieuse tempête, il arrive à la côte où le bruit de son voyage l'avait déjà devancé. Avant qu'il ait mis pied à terre, les pêcheurs viennent à son bord, lui apportent ce qu'ils ont de plus beau. — N'en avoz-vous pas de plus grosses? leur dit-il. — Non, il ne s'en pêche pas de plus belles que celles que nous apportons. Se rappelant aussitôt les squilles de Minturnes, il ordonne à son pilote de retourner en Italie, sans approcher davantage de la côté où ils étaient... »

La figure 23 montre une pêche au filet, d'après une peinture antique découverte à Rome. Trois enfants placés dans un bateau tirent à eux leur filet qui ne diffère pas de ceux qu'on emploie de nos jours.

Il y avait aussi quelques animaux que l'on péchait sans employer pour cela aucun engin spécial, par exemple les tortues. Diodore de Sicile nous donne les renseignements suivants sur les l^ihiopiens qui

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