La Vie privée des anciens v. 4 1883
Lg uari&ge Eif Egypte. — Les textes font un peu défaut pour la constitution de la famille en Egypte, surtout en ce qui concerne les rapports conjugaux. Sur un grand nombre de stèles funéraires, on voit Icshommages que les parents viennent rendre au membre de la famille qui est défunt. La femme est souvent représentée beaucoup plus petite que Thomme, mais suivant M. Mariette, il ne faut tirer de là aucune conclusion sur la situation respective des époux. Nous trouvons en effet sur quelques monuments le mari et la femme placés à côté l'un de l'autre, de telle façon qu'il est impossible de voir une hiérarchie quelconque dans l'intenliOD de l'artiste (fig, 1).
La polygamie était admise dans l'ancienne Egypte : c'est du moins ce qui résulte d'un passage de Diodore de Sicile, qui avait étudié à fond celte contrée. « Chez les Égiptiens, dit cet historien, les prêtres n'épousent qu'une seule femme, mais les autres citoyens peuvent en choisir autant qu'ils en ont besoin. Les parents sont obligés de nourrir
uniUo unïiiUoui
init
tous leurs enfants, afin d'augmenter la population , qui est regardée comme contribuant le plus à la prospérité de l'État. Aucun enfant n est réputé illégitime, lors même qu'il est né d'une mère esclave, car, selon la croyance commune, le père est l'auteur unique de la naissance de l'enfant, auquel la mère n'a fourni que la nourriture et la demeure. »
L'amour filial. — Les Égyptiens, comme les Chinois, avec lesquels ils présentent tant de rapports, regardent l'amour filial comme la première de toutes les vertus et, par une association d'idées assez singulière, ils le considèrent comme une annexe obligée du culte qu'on rend au roi. II existe à la Bibliothèque nationale un livre de morale écrit par un vieillard nommé Ptah-Hotèp, qui remonte à la cinquième dynastie. L'obéissance du fils à son père, assimilée à celle qu on doit au roi, y est présentée comme la première des vertus ; au reste, la récompense promise à celui qui la pratique n'a rien de mystique et paraît être simplement la promesse d'une longue vie et de la faveur du roi. « Le fils qui reçoit la parole de son père deviendra vieux à cause de cela.... Le fils docile sera heureux par suite de son obéissance ; il vieillira et parviendra à la faveur... » L'auteur se propose lui-même pour exemple. <f C'est ainsi que je suis devenu un ancien de la terre; j'ai parcouru cent dix ans de vie avec la faveur du roi et l'approbation des anciens, en remplissant mon devoir envers le roi dans le lieu de sa faveur, n
Là CONDITION DES FEMMES. — Contrairement à ce qui s'est presque
toujours passé en Asie, la femme égyptienne parait avoir occupé une trèslarge place dans la famille. Ce qui le prouve, c'est l'usage qu'avaient les Égyptiens d'indiquer le nom de leur mère préférablement mêmeàcclui de leur père. Religieusement elles participaient au sacerdoce et politiquement elles pouvaient occuper le trône. Enfin elles n'étaient pas confinées dans un harem et paraissent même avoir rempli l'oOice de mal tresses de maison.
Quand on attendait des hôtes pour une réception, le maître et la maltresse du logis s'asseyaient l'un à côté de l'autre sur un large fauteuil, auquel était quelquefois attaché un chien, un singe, une gazelle ou tout autre animal favori. Les jeunes enfants, lorsqu'ils n'étaient pas sur les genoux de leurs parents, jouaient par terre sur des espèces de nattes.
Les enfants. — La privation d'enfants était regardée parles Ég^p-
FAMILLE ÉGYPTIENKB. •,
liens comme la pire des infortunes, et le premier âge inspirait à tout le monde la plus vive sollicilude. La circoncision a été de tout temps pratiquée chez les Égyptiens; c'est un usage qu'on retrouve également cbez plusieurs peuples de l'Asie. Au lieu d'emmaillotter les enTanls, comme cela se faisait cbez les Grecs et les Romains, les femmes ég;'ptiennes avaient l'habitude de les porter dans une espèce de poche formée par une écharpo qu'elles nouaient sur l'épaule ou sur le dos, ainsi que nous l'avons vu sur la figure 120, tome I".
On a trouvé dans les tombeaux égyptiens plusieurs jouets d'enfants. Les peiits enfants qui, il y a quelques milliers d'années, s'amusaient avec ces joujoux, ne se doutaient guère de l'importance que des hommes graves y attacheraient un jour et des savantes dissertations qui seraient faites à leur sujet.
Nous avons au musée du Louvre plusieurs jouets égyptiens, entre aulres des pou- ' pées; elles sont en bols peint avec des grains de verre pour imiter les yeux (Dg, 2 et 3). Plusieurs collections renferment des jouets analogues; quelques-uns sont extrêmement soignés. On a trouvé dans les tombeaux des petits crocodiles destinés à servir de jouets, et des pantins dont on fait mouvoir les membres au moyen d'uno ficelle (fig. k).
tSjpûeimt.
USAGES ÉGYPTIENS
La 1
Les repas égtptiens. — Les monumenrs ne nous fournissent pas sur la salle à manger et en général sur les usages de la table en Ég>'pte des renseignements aussi précis qu'on pourrait le désirer. Nous pouvons néanmoins consulter à ce sujet les représentations de repas funèbres qui, sauf certains rites particuliers, comme la mise du collier funéraire que nous voyons dans la figure 5, peuvent nous donner dans une certaine mesure une idée de la manière dont on prenait les repas.
Un fait qui semble absolument démontré, c'est que l'usage d'une
ia l^ls.tKepu tuDibre}.
lable commune, oîi plusieurs personnes dînent ensemble en puisant dans les mêmes plats, était à peu près inconnu.
Les tables étaient fort exiguës et ressemblaient assez à nos pclils guéridons posés sur un seul pied. La figure 5 nous montre une de ces tables sur laquelle sont divers aliments, mais ils y sont seulement déposés et môme d'une manière assez encombrante. C'est qu'en effet on ne mangeait pas sur la table; on y plaçait les atimenls, mais on ne tes consommait qu'après les avoir retirés,
La table au reste n'était pas du tout un meuble nécessaire à un
LSAGES ÉCYPTIESS. 7
Ég^-ptieD qui voulait faire ub repas. La figure 6 nous montre les
provisions contenues dans des paniers et tes dîneurs qui y prennent à
même le mets qui leur convient. Les liquides se servaient dans de petites
tasses que le serviteur ap-
portait et dans lesquelles ^ ''ù
il ver&ail ensuite la bois- ^--^i 1^^
son.
Athénée nous apprend que ces usages subsistaient encore au temps de la domination romaine. « Il y a, dit-il, une troisième sorte de soupers que j'appelle ceux des Égyptiens. On n'y dresse point de tables, mais les plats y sont portés à la ronde. » Les habitants de l'Egypte gardèrent donc longtemps leurs habitudes traditionnelles. Il est probable toutefois que celle-ci doit s'appliquer seulement à l'intérieur du pays, car ceux qui demeuraient à Alexandrie et dans les villes du Delta avaient complètement adopté les usages de la Grèce.
Semc* d« Ubia.
Les uoirrs a table. — Hérodote rapporte qu'aux festins des riches, on portait après te repas, devant les convives, un petit cercueil avec une figure en bois si bien travaillée et si bien peinte qu'elle représentait parfaitement un mort. On la montrait à chacun des invités en disant : « Jetez les yeux sur cet homme, vous lui ressemblerez après votre mort; buvez donc maintenant et vous divertissez. » Cette figure mortuaire était probablement une image d'Osiris, type de toutes les momies humaines. On a attribué, sans beaucoup de preuves, \ l'usage dont parle Hérodote, la confection d'un certain nombre de statuettes trouvées dans les tombeaux (fig. 7).
Fig. 1. staïuoiu fiinibre. Plutarquc parle également de cet usage, au-
quel il semble vouloir donner une signification morale plus élevée.
« Quanta la fa<;on de faire d'Egypte, où ils ont accoutumé d'apporter ordinairement au milieu d'un festin l'aoatomie sèche d'un corps
d'homme mort et le montrera tous les convives, en les admonestant de se souvenir qu'en peu de temps ils seront tels, encore que ce soit un fort malplaisant et importun entremets, toutefois a-t-il quelque commodité. Car s'il ne convie la compagnie à faire grand'chère et à se donner du plaisir, au moins les incite-t-il à se porter amour et dilection les uns aux autres, les admonestant de se souvenir, que la vie étant courte de soi-même, ils ne cherchent pas à la faire trouver longue par affaires fascheux et ennuyeux. » (Plutarque, Amyot, Banquet des sepl sages.)
Les prières. — Les Égyptiens ne prenaient jamais aucun repas sans réciter les prières d'usage. L'historien Josëphe raconte que, lorsque les soixante-douze vieillards chargés par Ptolémée Philadelphe de faire une traduction de la Bible vinrent au palais, le roi les invita à dîner et chargea Éléazar de réciter les prières pour ses compatriotes, au lieu de laisser ce soin aux prêtres égyptiens qui s'en acquittaient habituellement.
(( Lorsque les députés eurent pris place, dit Josèphe, le roi commanda à l'intendant du palais de les faire servir selon l'usage de leur pays. Il avait cru devoir éloigner de sa table ses prêtres et ses sacrificateurs, et ceux qui avaient coutume de réciter la prière avant le repas ; il engagea donc un des députés qui était prêtre, et qui s'appelait Éléazar, à la faire. Éléazar se leva pour s'acquitter de cette pieuse fonction, et debout au milieu de la compagnie, il ûtdes vœux pour la prospérité du roi et de ses sujets; l'assemblée y applaudit par de vives acclamations: chacun ensuite s'empressa de faire honneur aux mets qu'on lui servait. »
Les ablutions. — Les Égyptiens se lavaient toujours les mains avant de commencer leur repas, et il est probable que l'ablution des mains devait recommencer après chaque service. C'est un usage que nous trouvons du reste chez presque tous les peuples de l'antiquité et qui s^explique par la nécessité où on était de prendre les mets avec les doigts.
L'ablution des mains se faisait de plusieurs manières. Habituellement on se servait d'aiguières dans le genre de celles que nous reproduisons figures 8 et 9. Le serviteur versait sur les doigts du convive le contenu du vase, qui le plus souvent renfermait une eau odorante. Dans d'autres circonstances, on se lavait simplement les mains dans une coupe (fig.lO).
L'eau du Nil était fort prisée, car Polybe nous apprend que Ptolémée
USAGES ÉGYPTIENS
Philadelphe, ayant marié sa fille à Antiochus, roi de Syrie, lui faisait «nvoyer régulièrement de l'eau du Nil, parce que celte priocesse n'ea
Algnitret pour l'ablnnon dai muDi.
voulait pas boire d'autre; néanmoins l'ivrognerie parait avoir été, au moins sous la domination romaine, un vice commua en Egypte.
Athénée rapporte que les Égyptiens sont passionnés pour le vin.
« Ce qui le prouve, dit-il, c'est qu'il n'y a que chez eux oii ce soit comme une loi de manger avant tout autre aliment des choux bouillis : or la même coutume s'observe encore actuellement chezeuxic'cstd'aprôs cet usage que bien des gens commencent par avaler de la graine do (Aou pour se préserver de t'ivresse. n
« Ceux qui donnent aujourd'hui de^ repas, surtout les habitants do
la belle ville d'Alexandrie, crient, tempëleot, jurent contre l'échanson, le serviteur, le cuisinier. Les esclaves reçoiveat des coups de poing; TuQ d'un côté, l'autre de l'autre, fondent en pleurs ; de sorte que les convives soupent avec tous les désagréments imaginables. » (Athénée, Deipnosophisles, I, p. 3/|.}
Les ustensiles de table. — Les E^ptiens employaient des ustensiles dont la forme, infinimeat variée, peut être considérée comme le type le plus ancien de ta plupart de ceux dont nous nous servons aujourd'hui. Parmi les objets usuels dont nous donnons ici la représentation, un certain nombre a été déposé dans les tombeaux; les autres sont figurés sur les monuments de l'époque pharaonique. Quelques-uns appartiennent spécialement à l'^^ypte et ne se trouvent dans aucune autre contrée, d'autres semblent être au contraire le point de départ d'une forme que les Grecs et les Romainsont ensuite adoptée.
L Pig.U.
AosphotM égnitiaiiDSi.
Ainsi les figures 11 à 14 nous montrent des amphores, c'est-à-dire des vases allongés, et généralement pointus par le bas, de façon à ne pouvoir se soutenir eux-mêmes sur leur base. Ce genre de récipient dont les plus anciens modèles sont en Egypte a persisté pendant toute l'antiquité. ,
Ces vases étaient généralement destinés à contenir des liquides ou des substances alimentaires conservées. La plupart des pois égyptiens présentent une forme allongée (flg. 15 h 35), et même lorsque leurbase
VSAGES ÉGYPTIENS.
n'est pas pointue ou arrondie, comme cela arrive souvent, ils auraient été d*un emploi très-difficile si les Égyptiens avaient eu comme nous
Pig. 15
Fig. 16.
Vaiet égyptienf.
Kg. 17.
l'habitude de déposer leurs ustensiles sut des tables ou sur des meubles à surface plate. Les vases contenant des approvisionnements se
Pig. 18.
Pig. 10.
Vaset égyptiens.
Pig. ao.
déposaient dans des endroits répondant à nos caves et à nos celliers et ils étaient probablement couchés sur du sable, peut-être môme enterrés à une certaine profondeur. On allait les chercher pour les besoins du service et on les remettait ensuite à leur place, mais en aucun cas ils n'étaient considérés comme faisant partie des meubles de l'appartement. 11 ne s'agit ici bien entendu que des pots usuels et non des vases d'or-
Fig. 22.
Fig. 23.
Fig. 24.
Fig. 25.
Fig. 26.
Fig. 27.
Fig. 28^
Fig. 29.
Fig. 30.
Fig. 31.
Yaies égyptiens.
Fig. 32.
USAGES ÉGYPTIENS
nement qu'on employait comme décoration et dont nous nous occuperons en temps et lieu.
Fig. 33.
Fig. 34.
Yaset égyptiens.
Fig. 35.
On voit aussi par les figures qui précèdent que, à côté du vase fin et de forme allongée, on trouve jusqu'au récipient en forme de boule»
Fig. 36.
Fig. 37.
Plats égyptiens.
Fig. 38.
et qu'une multitude d'ustensiles en terre ou en métal, avec ou sans anses, servaient aux Égyptiens pour contenir des liquides. Les plats
Fig. 30.
Fi5. 10.
Plats égyptiens.
n'étaient pas moins nombreux ni moins curieux dans leur forme et il y en a quelques-uns dont la destination pourrait aisément s'établir: nous avons ici des casseroles, des tourtières, etc. (fig. 36 à /lO).
Voici maintenant des plats dont la forme aussi bien que le décor
appartiennent spécialement à l'Egypte : l'un présente l'apparence d'une oie, l'autre d'une coquille. Ces plats étaient probablement destinés h contenir quelques mets particuliers, mais aucun texte ne nous vient eu
PlaU égjpHaui.
aide pour savoir leur usage exact, car les papyrus, qui fournissent des renseignements si précis au sujet de la vie future, sont à peu prés muets quand il s'agit de l'existence terrestre el quotidienne (Ug. Al ilth)-
put) igTptl*!».
Les tombeaux égyptiens ont été, comme on sait, une véritable mine pour les ustensiles de ménage. On y a découvert entre autres des cuillères de bronze, quelquefois dorées, et d'autres en ivoire. Les unes sont surtout remarquables parleurmanche, quise termine souvent par une tête d'oiseau. D'autres sont en bois dur et ressemblent eiacletement aux cuillères dont se servent encore aujourd'hui les cuisinières. D'autres affectent au contraire des formes bizarres comme on en trouve si souvent dans les objets égyptiens (fig. ^5 à 50).
Les Égyptiens se servaient d'ustensiles du même genre pour puiser les liquides dans des grands vases. Ce sont de petits récipients dont le mancbe est extrêmement long et dont la forme générale rappelle asseï celle de nos pipes, (fig. 51 à 53).
Iva quantité de cuillères qu'on a recueillies en Egypte est trèsconsidérable, mais on n'a pas retrouvé un seul ustensile qui puisse être
DSAGBS fiGYPTIBKS.
Flg IS, Fig. 48, FiF- <
Ca-Utrot iiriptimii-'i.
employé comme nos r&urcheUes. Noua sommes donc obligés d'admettre que les Égyptiens, aussi bien que les Grecs et les Romains, mangeaient la viande avec les doigts.
Lbs relations sociales. — Hérodote raconte comment dans l'ancienne %ypte on se saluait en s'abordant : u Avec les Lacédémoniens, dit-il, les Égyptiens sont d'accord sur cet usage : lorsqu'ils rencontrent un vieillard, les jeunes gens lui cèdent le pas et font un détour ; à son approche, ils se lèvent de leur siège. Mais sur celui qui suit, ils ne se rapportent à aucune autre nation hellénique : au lieu de se saluer de la voix dans les rues, ils se saluent ,en laissant tomber leur main jusqu'au genou. » Les monuments confirment le dire de l'historien grec et on voit sur plusieurs peintures égyptiennes des hommes Iai5saot tomber leur main jusqu'au genou en signe de salutation. C'était pour eux l'équivalent de la main portée au chapeau dans les sociétés modernes.
Chaque personne qui entrait allait saluer les maîtres de la maison, qui leur souhaitaient la bienvenue. C'était un usage parmi les dames d'échanger une fleur du bouquet qu'elles portaient toujours avec elles. Puis on félicitait la maltresse de la maison sur l'élégance de son ameubiempnt, car, d'après un usage que nous retrouverons en Grèce, il eût
Pig. !J4. — Ua ulou diDi l'uicienDS âgjpM.
été malhonnête de ne pas exprimer son ravissement pour le goût exquis des hôtes qui vous recevaient.
Des serviteurs apportaient àchaque nouvel arrivant une guirlande de fleurs, en môme temps qu'ils approchaient un siège. Un d'eux servait ensuite des rafraîchissements, et un autre venait reprendre les
USAGES ÉGYPTIENS. 17
coupes vides. Chaque personne qui avait bu recevait une serviette pour s'essuyer la bouche. A mesure qu'un nouveau venu arrivait, on faisait circuler des rafraîchissements à la ronde (fig. 5ti).
La musique et la danse égayaient toujours ces fêtes, où les dames venaient en grande toilette et portaient habituellement une fleur de lotus sur le front. 11 est certain que les dames égyptiennes aimaient passionnément ce que nous appelons aujourd'hui le monde, et leurs réunions de plaisir sont figurées avec une grande naïveté sur les bas-
Pig. &S. — ConimiliaD d« dunei.
reliefs peints qui sont au British Muséum et qui proviennent des ruines de Thèbes (fig. 55).
Les Égyptiens riches connaissaient et aimaient toutes les superfluités de la vie, ainsi que le témoigne ce passage du papyrus Anasiasi : « Tu arrives à la belle retraite que tu t'es ménagée ; tu te rassasies de vin, debiëre, de mets, de g&teaux ; des bœufs ont été tués, des vins débouchés; des chants agréables sont pour toi ; ton chef parfumeur le parfume d'essences; Ion chef d'irrigation apporte des guirlandes de fleurs, etc. ii
La uosiqde bt la danse. — Si on en juge par les monuments, la fiiusique et la danse étaient forten honneur dans la société égyptienne. Sur un assez grand nombre de peintures, on voit des chanteurs, qui sont souvent accompagnés de joueurs d'instruments. L^s personnes qui chantaient avaient l'habitude d'indiquer le rhythme en battant la mesure avec leurs mains, comme on le voit sur la figure 56.
La harpe et la flûte sont les instruments dont on se sert habituellement pour accompagner le chant. La figure 57 montre un chanteur, dont les bras obéissent à un mouvement rhythmé et qui a en face de lui un harpiste et un joueur de flikte simple. Cette flâle est très-longue et
n'est pas celle qu'on trouve le plus souvent sur les monumonls : on y
rencontre bien plus communément la flûte double, telle qu'on la voit
représentée sur la figure 58,
Pjg. SB.
irptita «l a'un jourar de Oaie liinple.
avons plusieurs chanteurs dont les bras se meuvent à l'unisson ; c'est unvéritable concert vocal.
Au contraire, la figure 59 nous fait voir un concert instrumental entièrement exécuté par des femmes. La première a une harpe, la seconde une cithare, la; troisième une double
ibis nate.
fldte, la quatrième une sorte de lyre et la cinquième un tambourin de forme quadrangulaire. Le petit cône placé sur la tête de ces musiciennes montre qu'elles sont réunies pour une cérémonie funèbre.
USAUES EGYPTIENS.
La daDse était aussi bien que le chant un amusement favori des Égj-ptiens. Les hommes se livraient autant que les femmes à cet exercice; toutefois, les textes faisant défaut, il est difficile de distinguer sur
Jes monuments si les personnages que l'on voit danser exercent une profession pour amuser les autres, comme cela se fait en Orient, ou s'ils
dansent pour se divertireus-mémes, comme cela se pratique chez nous. Une peinture de Thèbes (figure 60) montre une danseexécutéeavec l'accompagnement de chanteurs qui battent la mesure avec leurs mains, et d'une joueuse de castagnettes. Malgré ce luxe d'accompagnement, le personnage qui est en l'air ressemble à un acrobate qui saute plutôt qu'à un danseur qui exécute un mouvement rhythmé La mesura
estbeaucoup mieux exprimée sur la figure 61, oùl'onvaitdeuiEdaiiseurs,
fin. ai. — UiuiqiuM duug.
dont l'un s'accompagDe lui-même en frappant sur son tambourÏD. Quant
aux danseurs représentés sur la figure 62, l'atlitude que l'artiste leur a donnée semble indiquer un mouvement de rotation assez rapide.
Jeux des ÉcTPTtENS. — Le jeu de balle figure sur les plus anciens monuments de l'Egypte. Plusieurs balles ont été retrouvées dans les tombeaux de ce pajs; le catalogue du musée de Boulaq en signale une qui est formée de feuilles de papyrus ployées et qui remonte à la XI* dynastie; elle a été trouvée à Thëbes. Mais c'est surtout dans les hypogées de Béni Hassan qu'on peut voir les jeux qui divertissaient les
USAGES ÉGYPTIENS. 21
jeunes ÉgjTJtiens; le jeu de balle y figure parmi les autres. Ces joueurs égyptiens étaient des gens assez babiles, et beaucoup de nos lycéens les plus ardents à ce jeu répéteraient difficilement leur» exercices.
Quelquefois les joueurs se contentent de faire sauter plusieurs balles i la fois (fig. 63), et en reçoivent une dans la main peadant que les
Vig. M. — leai du âgyptiaut.
deux autres sont en l'air. Dana une autre peinture (fig. 6/i), les joueurs, montés sur le dos les uns des autres, se renvoient mutuellement la balle. I^ manière dont ils sont enlevés par leurs camarades pourrait bien paraître un peu étrange et, à vrai dire, ceux qu'on porte sont assis d'une façon qui n'est assurément pas bien commode, mais cela vient peut-être simplement de l'inexpérience de l'artiste. Néanmoins quelques-uns de ces exercices ressemblent à ceux que font les
3i CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
acrobates. Voilà en effet dans cette même figura 6i un personnage qui se tient sur la tète en se croisant les bras derrière le dos et en levant les jambes tout droit en l'air avec une rectitude qui n'est pas très-élégante, mais qui ne doit pas être non plus très-aisée à garder.
La culbute joue naturellement un rAle assez important dans les exercices des Égyptiens. Nous voyons sur les peintures de Béni Hassan
Fig. Oâ. — J«ui dm Ûcjpliuu.
des jeunes hommes qui se jettent en arrière en faisant la roue avec leurs bras, d'autres qui montent les uns sur les autres pour montrer leur force et leur souplesse, d'autres enfin qui se livrent à toutes les contorsions dont le corps humain est susceptible,
Parmi les tours qui sont représentés, il y en a un qui consiste à être assis par terre, les jambes éiendues, et à se relever sans mettre les mains et sans se servir des genoux. Ailleurs on voit deux hommes ba]an(;ant par les bras deux femmes étendues qu'ils relèvent alternativement {flg. 65).
11 ne faudrait pas croire cependant que les jeux des anciens Égyptieaf consistassent uniquement en tours de force. Les amusements, analogues à notre jeu de dames ou à notre jeu d'échecs y étaient au contraire fort en honneur (Gg. 66). On les voit figurer surlcspeinturesqui décorent les hypogées; il parait que les rois eux-mêmes ne dédaignaient pas d'en user, car une sculpture de Thèbes représente Ramsés XII en train de poser son pion sur la tablette du jeu. Nos mu-
USAGES ÉGYPTIENS
Fig. 87. — Dés à jouer.
sëes renferment de petits pions en ivoire,. en poterie ou en verre, qui proviennent de jeux de cette nature.
On a trouvé aussi en Egypte des dés cubiques et couverts de petits trous noirs, dont le nombre est différent sur chaque face, comme ceux dont nous nous servons (fig. 67). Nous avons au musée égyptien du Louvre (salle historique, armoire C) une boite à jeu ou damier de forme rectangulaire, oblongue, en faïence verdàtre, qui a appartenu à la reine Hatasou. A Tintérieur, il y a une cavité destinée à contenir les pions dont se servaient les joueurs. La
partie supérieure porte une division de vingt cases et la partie inférieure une division de trente cases. Les hiéroglyphes portent avec le nom de la reine Hatasou des vœux de santé et de stabilité. Une autre boite du même genre (salle civile, armoire K), montre dans sa décoration le propriétaire occupé à diriger les pièces. On attribue à ce jeu un sens astronomique.
Une boite analogue figure au musée de Boulaq; elle a été trouvée dans un tombeau de Thèbes. Des divisions en lignes droites établissent comme une sorte d'échiquier sur la partie supérieure. La boite qui n'est qu'un damier est pourvue d'un tiroir destiné à contenir les pions. Les légendes inscrites sur ce meuble montrent que les cases du damier avaient chacune une désignation particulière, et ce nom parait astronomique.
Le jeu de cerceau se trouve sur les monuments égyptiens (fig.
68). Le cerceau est très petit et comme les joueurs ont une baguette munie de crochets qu'ils emboîtent l'un dans l'autre, il est probable qu'ils s'efforcent de faire sauter le cerceau en l'air plutôt que de le faire simplement rouler sur le sol.
Si le jeu de la main chaude n'est pas d'origine égyptienne, on voit dans les peintures des hypogées des scènes qui y ressemblent beaucoup.
Fig. 68. — Jeu de cerceau
IJd perBDDQage agenouillé baisse la tête et présente la partie postérieure de 8oa corps, sans doute pour y recevoir quelque claque. Méanmoins comme les joueurs ont le poing fermé, et non pas la main ouverte, il doit y avoir quelque différence (Gg. 69).
Peul-âtre aussi fautil ne voir le qu'une variante du jeu que les Italiens appellent la marra et qui parait avoir été connu de plusieurs peuples de l'Aotiquité.
La PBOHENADE. — l.es Égyptiens aimaient la promenade; les berges plantées d'arbres qui bordaient le fleuve et les canaux, à l'approche des
Bt bidioei égrptiiiuii».
villes, étaient, pour les oisifs, un lieu de réunion et de conversation.
Fig. Ti. — PTomamade «d liUên.
Les vieillards se servaient de cannes qui ne différaient pas beaucoup
USAGES ÉGYPTIENS
des nôtres; quelques-unes sont pourvues d'inscriptions comme celle-ci: bon bâton pour soutenir la vieiUesse. Le nom des propriétaires est généralement gravé sur ces cannes, dont on peut voir divers échantillons dans nos musées. Au reste, le plus souvent les cannes qu'on a retrouvées sont des badines comme les nôtres (fig. 70-71).
Toutefois les gens aisés sortaient plus volontiers dans des palanquins : notre figure 72 montre la construction de ces palanquins, derrière lesquels un serviteur tenait une espèce de grand bouclier recouvert en peau de bête, destiné à servir de capote. Le palanquin n'était d'ailleurs usité que pour aller dans un endroit très-rapproché et quand on n'était pas bien pressé d'y arriver ; autrement on employait les chars.
Fig. lu, •^ Char égyptien.
La forme des chars est à peu près uniforme, mais fort élégante (fig. 73). La caisse s'ouvrait par derrière et était arrondie par devant. Quelquefois le milieu de cette caisse, mais le plus souvent son extrémité postérieure repose immédiatement sur l'essieu qui est en métal et dont les extrémités sont percées de trous où on plaçait des chevillettes pour empêcher l'écartement des roues. A l'extrémité du timon, on voit le joug attaché aux harnais par des espèces d'anneaux. Les roues au nombre de deux ont de quatre à six raies. Elles devaient avoir une certaine largeur pour ne pas s'enfoncer dans le sol où elles roulaient, mais il est difficile de s'en faire une idée bien juste à cause de l'absence de perspective sur les monuments figurés. Elles paraissent avoir toujours été en métal : mais la caisse était en bois orné de peintures, et quel* quefois plaqué de métaux précieux. Leur légèreté permet môme de penser que quelques-unes pouvaient être entièrement en métal. La
caisse était solidement établie sur l'essieu : des montants en métal la retenaient même au timon, et une espèce de traverse, quelquefois terminée par une fleur de lotus, en augmentait la solidité ; mais il est remarquable que l'essieu ait été placé à l'extrémité du char et non pas au milieu.
Lis cttituanit
Lis convou sus li Mil. — La police des toaiBAUi.
Les cérémonies PuniBHES. — Pendant le deuil, les Égyptiens laissaient croître leur barbe et leurs cbeveux, en signe d'abandon et de désolation; car en tout autre temps ils étaient rasés. Les parents, pendant le temps qui précédait l'embaumement du corps, restaient autour du défunt en gémissant et en se frappant la poitrine. Les femmes
se souillaient le visage avec de la fange et parcouraient la ville en chantant des hymnes h la louange du mon. Leurs chants lugubres étaient accompagnés par le son des tambourins sur lesquels elles frappaient. En mfime temps qu'elles font entendre leurs complaintes, elles agitent des rameaux verts (fig. 7i). La verdure, les branchages, les
Lt3 MORTS EN EGYPTE. 27
(leurs et les fruits, jouent un très-grand r61e dans les fuairaillesdesËgyp-
liens, parce que tout ce qui tient
à la végétation était à leurs yeux
un symbole de résurrection. En eiïet,
quand la plante a perdu sa verdure,
OD la voit reverdir; quand la fleur
est fanée et le fruit tombé, on voit
la plante porter de nouvelles fleurs
cl de nouveaux fruits.
Les repas funèbres accompagnaient toujours les cérémonies qui
avaient lieu à fa mort d'un membre to - pom du eouw
de la famille. Ces repas et la toilette spéciale qu'on faisait aux convives, avant qu'ils fussent appelés à y
Fig. ■». -
* poM in cdni tDjiéniin.
prendre part, forment le sujet de diverses représentations assez curieuses. La toilette consistait principalement dans la pose du collier et des cônes funéraires.
La pose du collier est représentée sur la figure 75; et il est bon de noter que sur plusieurs monuments retraçant des scènes funèbres on voit des colliers identiquement pareils à
celui-ci, ce qui semblerait prouver que cette forme appartiens à un type consacré par l'usage. La figure 76 montre un personnage sur la tête duquel on est en train de poser le cône funéraire. Dans le groupe placé à côté, les personnages, dont la tête est déjà surmontée du cône, tiennent en main la fleur du lotus, emblème d'immortalité.
Des scènes dans le genre de celles qu'on vient de voir se retrouvent avec quelques variantes (fig. 77).
Lb culte des morts. — Si nous avons peu de renseignements sur
Fig. 78. — L'Âme volant au-dessus du delunt.
la vie intime des t:gyptiens, une foule de monuments nous fournissent de précieuses indications sur leurs usages funèbres, car ce peuple
semble n'avoir vu dans la vie qu'une préparalion à la mort. La croyance absolue à la résurrection des corps a donné lieu à de nombreuses pratiques qui ont toujours pour but de maintenir l'intégrité absolue du corps, jusqu'au moment où l'âme reviendra prendre possession de son enveloppe terrestre.
Dans les monuments figurés, Tàme apparaît sous la forme d'un épervier à tête humaine que Ton voit voler au-dessus du défunt couché sur son lit funèbre (fig. 78). La raison de cet emblème est que l'épervier représente le soleil dans le symbolisme égyptien, et que Tàme devait comme le soleil renaître après avoir disparu de la terre.
Ki^. "ÎU. — Veuve devant la momie do son mari.
Ll!S MORTS EN EGYPTE.
La momie étail pour les Égyptiens l'objet d'un véritable culte : de nombreuses repr^ sentations en font témoignage. La figure 79 représente une veuve devant la momie de son mari. Pour cette veuve, le personnage contenu dans la momie est toujours vivant ; il est insensible et sans mouvcmeol jusqu'au jour de la résurrection, mais il reprendra son corps, et il doit le retrouver intact.
La fleur de lotus symbole d'immortalité, est placée au-dessus de sa tète, et tous tes soins que sa famille prend de sa dépouille terrestre ont pour but de conserver son corps tel qu'il l'a laissé, afin qu'il puisse un jour l'animer dune vie nouvelle.
Tous les emblèmesreprésentés sur les momies et
les sarcophages ont trait à la même croyance, qui était admise non-seulement dans l'Egypte, mais encore en Ethiopie et dans toute la vallée du Nil. La fîgure 80 est tirée d'ua moDument découvert en Nubie. Le personnage qu'elle représente lève ses deux bras en l'air et on voit à ses côtés des signes astronomiques faisant allusion aux espaces célestes quQ le défunt dait parcourir à l'image du soleil. Mais quand on approche de la tête, les emblèmes changent de caractère, et on trouve le scarabée, l'animal qui naît de la pourriture, et qui, pour les Égyptiens, représente l'idée de la résurrection.
Le respect que les Égyptiens avaient pour la momie de leurs parents a donné lieu à un usage très-singulier. Lorsqu'on contractait une dette, on donnait habituellement un gage au préteur, et le gage le plus sacré, le plus solennel était la momie des parents. Celui qui, après l'avoir prêtée, ne la relirait pas, était noté d'infamie et condamné à être luimême privé de sépulture, ce qui constituail, aux yeux d'uo %yptien, la plus redoutable des pénalités. Quelquefois les petlts-flls, devenus plus riches, acquittaient les dettes de leurs aïeux et, après avoir obtenu la levée de la condamnation, leur faisaient de magnifiques funérailles (Diodore de Sicile). Ainsi le corps embaumé, précisément parce qu'il était l'objet le plus cher à la famille, acquérait une sorte de valeur de négoce el pouvait en quelque sorte servir de billet de commerce.
Les prescriptions religieuses ordonnaient l'embaumement des corps, et quelques savants ont vu là une mesure hygiénique, à laquelle le sacerdoce avait donné une consécration religieuse. Le christianisme triomphant proscrivit les anciennes coutumes comme entachées de paganisme. Cham poil ion- Figeac et d'auires savants ont attribué à l'abandon des antiques usages relatif:; à l'embaumement /.^P^^S^ '-^ ces terribles épidémies qui, pendant le
-«■•AéLI'Hï rTM moyen âge et les temps modernes, ont si sou-
vent ravagé lÉgypte et se sont répandues de là sur d'autres pays.
L'eubaumeuent. — Hérodote nous a laissé des détails assez circonstanciés sur la manière dont les Égyptiens s'y prenaient pour embaumer les corps. « Les embau~ meurs, dit-il, travaillent chez eux et ils procèdent de la manière suivante à l'embaumement le plus précieux.
D'abord il3 tirent la cervelle par les oarines.enpariieavecunfcrrementrecourbé, CD partie par le moyeu de drogues qu'ils introduisent dans la lâte [lig. 81). lis font ensuite une incision dans le flanc avec une pierre d'Ethiopie tranchante (fig. 82). Ils tirent par cette ouverture les intestins, les nettoient et les passent au vin de palmier; ils les passent encore dans des aromates broyés ; ensuite ils remplissent le ventre de myrrhe pure broyée, de cannelle et d'autres parfums, l'encens escepté; puis ils le recousent. Lorsque cela est fini, ils salent le corps, en ,1e couvrant de natron pendant soixante-dix jours. Il n'est pas permis de le laisser séjourner plus longtemps dans le sel. Ces soixante-dix jours écoulés, ib lavent le corps, et l'enveloppent entièrement de bandes de toile decoton enduites de commi (gomme), dont les Égyptiens se serrent ordinairement comme décolle. Les parents retirent ensuite le corps; ils font Taire en bois un étui de fonne humaine, ils jr renferment le mon et le mettent dans une salle destinée à cet usage; ils le placent droit contre la muraille. Telle est la manière la plus magnifique d'embaumer les morts.
n Ceux qui veulent éviter la dépense chobissent cette autre sorte : on remplit des seringues d'une liqueur onctueuse qu'on a tirée du cèdre; on en injecte le ventre du mort, sans y faire aucune incision, et sans en tirer les intestins. Quand on a introduit cette liqueur, on bouche l'orifice, pour empêcher laliqueur injectée de sortir; ensuite l'on sale le corps pendant le temps prescrit. Le dernier jour on fait sortir du ventre la liqueur injectée :
elle a tant de force qu'elle dissout le ventricule et les entrailles et les entraîne avec elle. Le oatroa consume les chairs, et il ne reste du corps que ta peau et les os. Cette opération finie, ils rendent le corps <^ns y faire autre chose.
« La troisième espèce d'embaumement n'est que pour les pauvres. On injecte le corps avec la liqueur nommée surmala; on met le corps dans le natron pendant soixante-dix jours, et on le rend ensuite à ceux qui l'ont apporté. ■
Après les soixante-dix jours d'Immersion dans le natron, on procédait à l'ensiwelissement du corps. On commençait pnr envelopper chaque doigt séparément dans une étroite bandelette. Ensuite on les réunissait dans une bandelette plus large qui enveloppait toute la main. La mâme opération se faisiiitpour les bras et pour les membres inférieurs. Puis on passait à la tétc, qui était la partie la plus soignée. On se servait de la toile la plus line et quelquefois de très-belle mousseline de manière qu'elle adhérât absolument dans loules ses parties. On enveloppait le corps dans toute sa longueur; celte dernière enveloppe, arlistement cousue, était cnGn déposée dans le cercueil {fig. 83).
Au-dessous des bandelettes, ou entre leurs diverses couches, on Irouve des bijoux, des pièces d'étotTes diverses, des manuscrits, ou dos petiis objets ayant appartenu au défunt et qu'il a affectionnés. Les doigts ont souvent des bagues ; il y a des colliers autour du cou (Dg. &It), Des petites figurines, enveloppées de bandciciies, sont quelquefois placées
entre les jambes. Des objets du mftme genre se trouveot encore plus souveot en dehors des baodelettes et dans l'intérieur du cercueil. On y mettait entre autres des objets de toilette, de grasses tresses de cheveux, de volumineuse! perruques, des chaussures, etc. Quelquefois aussi ce sont des instruments relatifs à la profession que le défunt a
exercée pendant sa vie. Ainsi dans les momies des scribes on trouve la palette d'écrivain avec ses godets, les calâmes ou plumes avec le canif pour les tailler; dans celles des marchands on trouve la coudée ou les mesures diverses; dans celles des enfants des joujoux avec lesquels ils pouvaient s'amuser au jour de la résurrection.
Sous les Ptolémées on attachait aux caisses des momies des étiquettes portant le nom et Végo du défunt. C'étaient des planchettes de formes quadrangulaires et peicées de trous par lesquels passait une cordelette qui les reliait à la momie.
Ls CARTONNAGE DES MouiES. — Quaud la momie était sufllsam-
Pig. 83. — - CoQfccliDn de limomia.
Fig. 88. — Potitugc ie la
ment préparée et entourée de ses bandelettes, on la recouvrait d'une pâte molle (fig. 85 et 86) qui s'adaptait exactement en se dessôchaniet for-
3t CONSTITUTION DB LA FAUILLE.
mait l'étui où le corps était renfermé. Cet étui était couvert entièrement de sujets symboliques ; on y incrustait des yeux d'émail, et les clieveux des femmes étaient reproduits avec leurs nalles, telles qu'elles les avaientportées de leur vivant. Pour les personnages considérables, ce premier cercueil, contenant la . vérltablemomie,étaitcoQtenu.
lui-môme dans un second, et celui-ci dans un troisième..
Tous ces cercueils sont couverts de peintures et d'inscriptions (flg. 87). Les masques des cercueils sont dorés ou peints. « Les cercueils du< roi Aulen, dit M. de Bougé, montrent que, dès la plus haute antiquité, quelques-uns de ces masques furent dorés et ornés d'yeux incrustés ett ûmail. L'usage des masques composés d'une feuille d'or remonte ai> moins à la xvni* dynastie. Les masques en cartonnage doré furent usités^ dans tous les temps. Les masques dans lesquels on a donné à la peau une couleur rose sont beaucoup plus récents; plusieurs masques defemmes de cette couleur sont coiiïi^s d'ornements étrangers à l'Egypte ; ce sont des monuments gréco-égj'ptiens, ainsi que les masques en. cartonnage doré du même style. Des portraits peints remplacèrent les masques à l'époque romaine, n
Les peintures qui recou\Tent les boites de momies se rapportent toujours à la vie future. Les divinités bienfaisantes étendent leurs ailes devant la poitrine du défunt en signe de protection et des petitesfigurines représentent des scènes du rituel funéraire.
Dans le cartonnage de momie représenté sur la figure 88, l'oiseau sacré est reproduit deux fois, luoe au-dessus de l'autre, et dans la même posture, c'est-à-dire la tête tournée du côté gauche. On remarquera aussi l'énorme coiffure du personnage et sa barbe postiche dont les tresses sont enroulées comme une natte. 11 est remarquable que les Égyptiens, dont le menton était complètement rasé, ne manquent jamais de représenter cette barbe postiche dans les monuments funéraires. Une suite de riches colliers est également figurée sur le cou et les épaules du défunt, qui doit être un Pharaon, puisqu'on voit sur sa poitrine les deux urœus portant sur leur tête la couronne de la haute Egypte. Des hiéroglyphes, des emblèmes solaires, des images de divinités et des figures d'adorants complètent cette représentation. Les cartonnnsos
LLS UOltTS EN ÉUYPTË.
. de momies diffèrent entre I eux parce que les emblèmes l de résurrection, ^u'on y rencontre toujours, n'occu- I peni pas la même place mais le principe décoratif qui guide le peintre se rattache invariablement à la Oléine idée.
« Pour ceux qui ont des sépultures piivées, dit Dio- I <loro de Sicile, le corps est , déposé dans un endroit réservé. Ceux qui n'en ont pas construisant dans leur maison utie cellule neuve et y placent le cercueil debout contre le mur. » En effet, la momie restait quelque temps dansl'habilation avant d*aller prendre sa place dans les nécropoles. La famille et les amis venaient Jui faire des offrandes, consistant en vases, en paniers de fruits, et en objets divers qu'on meltaildevantelle. La figure 89 nous montre deux momies placées sur un traîneau qu'on tire avec des cordes, jusqu'à la petite c apelle où aura lieu la cérémonie funèbre. C'est là que la momie re<;oil les honneurs qui lui sont dus el que le prOlre vient brûler devant elle des parfums.
Sur quelques monuments, la momie déjà placée
dans sa chapelle funéraire a devant elle une table d'c^randes-, on
verse des parfums et on brûle de l'encens en son honneur; tandis que des femmes échevelées donnent tous les signes extérieurs de la douleur la plus profonde.
Convoi d'dn scniBS rotal. — Les funérailles d'un scribe royal, peintes sur les mur? de son tombeau, dans la nécropole de Thèbes, peuvent nous donner l'idée d'une cérémonie funèbre sous la xviu* dynastie.
En lëte de la procession, un serviteur soutient d'une main une table
Pig. «0.
à offrandes chaînée de fruits et de pams sacrés; de l'autre main il lient un bouquet de fleurs de lotus. Deux hommes, dont les épaules sont chargées d'amphores, marchent après lui : le premier porte un c6ne
funéraire dans la main droite ; le second tient en laisse un veau tacheta et porte dans l'autre main trois petits oiseaux perchés sur un juchoir. Immédiatement après celui-ci vient un groupe de personnages dont le premier et le troisième soutiennent des tables, tandis que celui
" Lu eùBntt, Im UblelMi, la* poignard* «I lue.
qui se trouve au milieu a un pliant placé en sautoir autour de la poitrine, une peau de" panthère pend à son bras. Les objets sacrés dont il est chargé montrent qu'il appartient à la caste des prêtres : il tient une
Fit. M.
petite table sur laquelle sont placées des fioles à encens. Les deux autres tables sont chaînes de vases de diverses formes, et laissent pendre, la première une paire de sandales, l'autre une tablette de bois (fig. 90 et 91).
Le groupe suivant (fig. 91 et 92) est composé d'hommes velus de la tunique courte et d'une pièce d'étoiïe blanche à franges, qui est posée
3S CO.\STlTUTION DE LA FAMILLE.
sur l'épaule et retombe do chaque ct>ti au-dessous de la ceinture. Ces personnages, qui sont tous costumés de la même manière et qui marchent du mémo pas lent et régulier, soutienaent des coffrets de dii-
Fig. S3. — La Uble 1 otmA^i.
fércntes formes placés sur des supports, d'où pendent divers ohjels ayant appartenu au défunt, des poignards, des sandales, un éventail de plumes de paon, des tablettes pour écrire, un arc, un carquois.
Le déOlé des meubles est extrêmement curieux. La première pièce que l'on voit emporter est une table à oiïrandes (fig. 93) chargée de fruits et recouverte de palmes. Un prêtre, portant une peau de léopard, insigne de sa dignité, tient un pliant, et les hommes qui marchent derrière lui emportent une chaise et un lit de repos (fig. 9k). Les meubles qui avaient servi au défunt devaient l'accompagner jusqu'à sa dernière demeure, afin qu'au jour du réveil il ne manquât de rien et pilt retrouver autour de lui tous les objets qui lui avaient élé familiers pendant sa vie. (Test ainsi que des serviteurs portent (fig. 95) un char au timon duquel sont suspendus deux carquois assez longs et probablement destinés à renfermer des javelines. Voici maintenant un autre char, celui pn^ablement que le défunt affectionnait le plus, car il est trahie
par deux chevaux accouplés, et dirigé par le cocher, qui le suit à pas
lents, en tenant les rênes
(ûg. 96). Des hommes
portant sur leur tête des
coOrets marchent à c6té
du char, qu'ils semblent
escorter.
Une table d'où pend UD large éventail à plumes apparaît ensuite :
elle est chargée de trois vases d'or et d'une cuillère (lig. 97). Deux autres tables chaînées de la même manière viennent après celle-ci; derrière elles on porte des coffrets oïl sont enfermés des objets que le défunt avait aimés pendant sa vie, ou des présents que des parents ou amis lui font à l'occasion de ses funérailles.
Une grande caisse en marqueterie, dont la base pose sur un petit
Fig.Si. — Lm chut.
pig. M. — La dur ptUtri
traîneau porté par quatre hommes, renferme probablement des objets sacrés, car elle est accompagnée de chaque cdté d'un prélre vêtu d'une longue Tobe et qui lève la main en signe d'adoration. Les porteurs de la caisse sont suivis par deux serviteurs tenant chacun sur son épaule une Dgure d'Osiris, image des ancêtres (lig. 98).
lia buste de grande dimension ouvre ensuite une série nouvelle : ce
buste, dont la Tace et les cheveux sont entièrement dorés dans la peinture,
Fig. 91. - Lu ta
duit représenter le père du défunt, si ce n'est le défunt lui-même. Le
Fig. 06. — L* caÛM en marqnetarïe.
scr>ite)ir qui le porte tienl m même temps à f^on hran un énorme collier
Fig 09, — Lu objaU uciu.
auqiiel est suspciidu un scarabée, gage d'immortalité {ûg. 99).
Les objets qui vienDent ensuite composaient sans doute le trésor du défunt ou, tout au moins, la partie la plus riche de son mobilier. Ce sont des vases d'or, un étui pour renfermer l'arc et les flèches, une masse d'armes, un fouet et un pédum, signes de la puissance, puis des sceptres, de riches colliers et des vautours d'or aux ailes déployées (Gg. 99 et 100).
Après les vautours d'or, on lire à l'aide d'une corde un traîneau portant une barque sacrée, escortée de serviteurs tenant des caisses sur l'une desquelles est représenté l'œil mystique d'Horus. Ce grand œil, qui paraît souvent dans les représentations égyptiennes (Gg. 101), figure ici comme gage d'immortalité. Mythologiquement, le r61e d'Horus apparaît surioul dans sa lutte contre Typhon, principe du mal et de l'obscurité. Comme soleil levant, Horus est naturellement vainqueur des ténèbres, et comme flis
PIg. Ml. — L'ail BjulqiM •! U birqna uctta.
du dieu bon par excellence, Osiris, il est vainqueur du mal ; mais cette lutte n'a pas été sans péril, puisqu'il y a perdu un œil. Le souvenir de cette blessure a donné lieu à un emblème très-fréquent et qui est bien de circonstance ici, puisque l'obscurité dans laquelle te mort semble a jamais plongé sera remplacée aussi par l'éblouissante lumière de la vie Douvcib.
On porte encore quelques images d'Osiris. la deroiëre sous la forme de répervier sacré (fig. 102), puis le cortège change complétemeot de caractère et devient plus intime et moins honorifique. Après quelques caisses de verdure (flg.
103} suspendues à des gaules que des hommes porlentsurleursépaules, nous voyons apparaître le groupe des pleureuses.
Enveloppées de l'épaule à la cheville dans de longues robes blanches, elles ont les bras nus et les cheveux ceints d'un bandeau (Gg. 10b). La dernière se retourne en invoquant le mort et en chantant sa louange.
Les chants funèbres des Ég^ptiensavaienltoujoun: la formed'hymnes religieuxen l'honneur du défunt. Rosellini eu a copié ud dans la tombe d'un prêtre d'Ammon, qui était mort frappé d'apoplexie pendant l'exercice de son sacerdoce. Comme ces chants étaient tous conçus dans le mémo esprit, celui-ci peut nous donner une idée des autres : u Oh ! obi au grand et principal oblatcur des libations. Oh ! le principal prêtre oblateur d'Ammon. Oh I il a vécu en parfaite justice, et il est mort dans la quatre-vingt-huitième année de son âge, en voyantAmmon, pendant que son bras faisait son oblatioo, et dans le temps qu'il servait Ammon... et qu'il présentait la royale offrande àson seigneur... Ohl
oh! des milliers de biens e Améoémoph, homme véridique. n
Le petit traîneau qu'on V(Ht ensuite (fig. 105) , précédé de gens qui le tirent à l'aide d'une corde, renferme une espèce de sac peint en bleu, dont le contenu a exercé la saga< cité des archéologues, mais est jusqu ici demeuré inconnu. Des prêtres tenant an vase à libation, un aspersoir et
offrandes à lui, Osirien, prêtre d'Ammon,
! cuillère à encens, suivent
Pig. lOS. — L» pctU Ualueui.
ce traîneau e.t précèdent le catafalque, dont un prêtre qui se retourne
Pig. 100. — Lm haatt
semble vouloir régler la marche avec le mouvement de ses mains ifig. 106).
p^g. m —lA ctaiàinm.
4t CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
Le catafalque est dressé sur une barque, emblème du voyage que ie' défunt va accomplir, et la barque repose elle-même sur un traîneau. De grandes fleurs de lolus, symbole de vie éternelle, décorent les angles de ce monument funèbre, de chaque cdté duquel on voit les images d'isis et de Nephlis, emblèmes du commencement et de la fin (fig. 107 et 108).
Ce char en forme de barque posée sur un traîneau ne se trouve pas partout, mais il est fréquent sur les monuments. La barque devait titre préféréeau chariot ordinaire, dans un pays où les communications se faisaient le plus ordinairement par la navigation du fleuve. Ces barques imitaient dans leur forme générale celles qui sillonnaient le Nil; mais elles étaient fabriquées pour la circonstance et n'étaient nullementdeslinées à une navigation qu'elles eussent même probablemcn 1 été incapables d'accomplir. Au lieu d'être portée sur un traîneau, la barqueest quelquefois posée sur un char à roues, mais ce mode de transport était extrêmement rare.
Le cortège se termine par les parents et amis du défunt, qui portent totude longues robes blanches (figl09). Les uns se frappent la poitrine, et d'autres tiennent à la main de longs b&tons, insignes de la haute . position qu'ils occupent.
Les cérémonies n'éuient pas toutes aussi pompeuses que celle qui
LUS HUItTS un ËUYPTË.
vient d'être décrite, mais elles présentaient en général un caractère analogue. Dans ses études sur le rituel, E. de Rougé décrit ainsi une vignette qui ouvre le livre des morts, a Les parents et les pleureuses ouvrent la maiclie ; on traîne ensuite les coffrets funéraires et la barque où la momie repose dans son cercueil.
Un prôire conduit une génisse devant la momie, et huit autres personnages portent des enseignes sacrées. Un veau bondit devant sa mËre, symbole de la nouvelle naissance qui doit donner la vie étemello au défunt. Les sacrifices et les morceaux d'olTrandes sont accumulés en sa faveur; le prêtre Ht le formulaire sur un volume déployé entre ses mains; la momie, debout entre les bras d'Anubis, reçoit un flot de libation purinante, ce qui se rapporte au chapitre XIV. n
Les CONVOIS SUR LB Nil. — Les convois se faisaient quelquefois par eau, car le cimetière était souvent placé sur une rive du fleuve et la ville surl'autre.EUi outre, les environs des grandes cités étni.nt extrêmement peuplées, et ceux qui les habitaient étaient souvent obligés de descendre le fleuve pour amener la momio de leurs parents jusqu'à sa dernière demeure.
Enfin il y avait un grand nombre de dévots, qui voulaient être transportés, après leur mort dans des lieux qui avaient une réputation de sainteté et qui étaient des rendez-vous de pèlerins. Le Nil était en tout temps sillonné par ces flottilles funèbresqui remontaient ou descendaient le fleuve. Dans les peintures qui décorent les hypogées, les représentations de processions funéraires sur le Nil sont aussi fréquentes que celles qui ont lieu sur la terre ferme.
Les cérémonies qui s'accomplissaient à ces funérailles nautiques étaient d'ailleurs les mêmes, bien que la mise en scène en fût forcément différente. Nocs y retrouvons tout le luxe habituel aux familles opulentes. Le mobilier avec les offrandes, les amis et la famille, les
prêlres et les pleureuses, tout se retrouve ici comme précédemment"; seulement les personnages sont placés sur des bateaux (Ae. 110). On
remarquera seulement les grandes fleurs'de lotus qui décorent ta tente où est abritée la momie et qui, dans le symbolisme égyptien, sont un gage d'immortalité (fig. lli).
Pig. m.
Le même emblème apparaît dans les barques Tunèbres, comme nous le voyons aussi sur la figure 112. Les pleureuses gémissent en se tournant vers une autrebarquesurlaquelleestla momie. Elles sont placées sur une terrasse, tandis que les rameurs occupent les côtés latéraux de la barque. Accroupies ou debout, elles pleurent et gesticulent en regardant la barque funèbre qui emporte le défunt. La plupart de ces femmes sont
LES HORTS EK EGYPTE. fl
enveloppées de lougues robes, d'aulres ont le buste découvert, mais toutes ont la chevelure pendante derrière le dos.
Fig. 111. — Lm ploBNiuM lut nu bateau.
EnfiQ la figure 113 va nous montrer un CODVOÎ nautique d'apparence plus modeste, car il y avait plusieurs classes d'enterrement dont le tarif
¥ig. tJ3, — CoDioi pu un.
était fixé par une administration analogue à celle des pompes funè-
La police DBS TOMBEAUX. — Le3 lombeaux des particuliers étaient placés sous la ^rde d'une catégorie de prêtres nommés eolchites. Ces colchites avaient pour mission de célébrer les rites funéraires en l'honneur des morls qui leur avaient été confiés, et dont le tombeau était généralement à eux appartenant et faisant partie de leur habrtilion. Le
fait est prouvé par des contrats de vente où un colchite, achetant une maison à un autre colchite, stipule qu'il devient en môme temps possesseur des tombeaux qui y sont et quMl sera par conséquent chargé des cérémonies funèbres. Les noms des morts sont soigneusement enregistrés dans ces sortes de contrats, parce que les cérémonies que les familles demandaient pour chacun d'eux étaient fort bien payées et constituaient un revenu considérable.
Une plainte en violation de tombeau a été adressée par un colchite, sous le règne de Philoméior; Toriginal de cette plainte, conservé parmi les manuscrits du musée égyptien au Louvre, est ainsi conçu :
ce À Denis, un des amis, hipparque des hommes et archiphylacite (préfet de police) du Peri-Thèbes; de la part d'Osoroeris, fils d'Horus, colchite d'entre ceux des Meumonia. Je porte à ta connaissance que ranxLiv, lorsque le stratège Lochus est venu [à Dlospolis la Grande, certaines personnes ont envahi l'un des tombeaux qui m'appartiennent dans le Peri-Thèbos; l'ayant ouvert, ils ont dépouillé quelques-uns des corps qui y étaient ensevelis, et en môme temps ont emporté les effets que j'y avais mis, montant à la somme de dix talents de cuivre (environ sept cents francs). 11 est arrivé aussi que, comme la porte fut laissée toute grande ouverte, des corps en bon état ont beaucoup souffert de la part des loups, qui les ont en partie dévorés. Puisque j'intente action contre Poëris et et Phtonis, son frère, je demande qu'il
soit cité devant toi, et qu'après mûr examen, on rende la décision
convenable.
(( Sois heureux^ ! »
Il est à remarquer que le plaignant s'adresse ici au chef de la gendarmerie, dont les agents devaient prévenir ou empêcher le délit. Mais en même temps la plainte nous informe des raisons pour lesquelles ils n'avaient pas pu l'empêcher : en effet, quand le gouverneur visitait la province confiée à son administration, il passait en revue les troupes cantonnées dans le nome, et les voleurs ont profité de leur absence pour faire leur coup. Il y a au reste dans cette plainte deux choses distinctes : le plaignant a bien pu retrouver les objets soustraits si les voleurs ont été arrêtés, il a pu réclamer une indemnité pour le dégât matériel, mais les loups qui sont entrés en ont commis un bien autrement grave aux yeux des familles des défunts, et le pauvre colchite, responsable des corps qui lui avaient été confiés, a dû recevoir de
1. Théodule Deréria, Catalogues des manuscrits égyptiens, p. 235.
graves rédamations pour cette mutilation qui blessait si profondément le sentiment religieux du pays.
Les gardiens des tombeaux formaient dans les grandes villes, à Tbèbes par exemple, des compagnies qui exploitaient les enterrements pal* quartiers. Ces compagnies empiétaient quelquefois les unes sur les autres, et il existe des papyrus contenant les pièces de procès relatifs à ces empiétements de terrains. Dans les contrats relatifs à ces terrains, on mettait non-seulement les noms des parties contractantes, et ceux des propriétaires limitrophes, mais encore on énonçait minutieusement remplacement et Torientation du terrain cédé. Le musée du Louvre possède plusieurs de ces contrats.
Les richesses immenses que renfermaient les hypogées étaient bien faites pour tenter les voleurs, et les papyrus nous révèlent les enquêtes judiciaires qui ont eu lieu à propos de ces spoliations. Le catalogue du musée de Boulaq nous fournit aussi un renseignement bien curieux dans la description suivante : tt Une stèle de bois, couverte de stuc doré, a été trouvée avec ce cercueil dans la chambre souterraine qui a fourni au musée un si riche ensemble de monuments funéraires. L'or de cette stèle, comme celui qui couvrait le visage des cercueils des momies, a été soigneusement gratté. Mais, chose singulière, Toutil qui profanait sans scrupule la figure et les titres de Tat-ankh s'est arrêté subitement devant l'image d'Osiris, qu'il a laissée intacte. C'est ce respect craintif du violateur de la tombe pour le dieu de l'enfer égyptien qui nous autorise à penser que les profanations dont cette tombe a été l'objet remontent à l'antiquité. »
La polygamie orientale. — La famille chez les Hébrecx. Les ebpas des Hébrecx.— Mariages babyloniens. — Les repas assyriens.
Usages de la Perse. — Usages lydiens.
La polygamie orientale. — La polygamie a toujours existé en
Orient. A quelques nuances près, la famille orientale est constituée
partout comme une simple propriété. La femme est comme la chose de
lepoux, elle n'a aucun droit personnel, elle est honorée si elle est
féconde, méprisée ou chassée si elle est stérile, mais nulle part on ne la voit maîtresse de maison, nulle part on ne la voit avoir une autorité quelconque dans la famille, un rôle dans la société. Le mari peut en prendre plusieurs, s'il le désire, et leur donner au même titre le nom d* épouse : les enfants qui naissent appartiennent au père et augmentent sa richesse, au môme titre que les agneaux que se3 brebis mettent bas. Femmes, enfants, bestiaux, tout cela appartient également au chef de la famille, dont l'autorité est partout incontestée.
Ce caractère est surtout frappant dans la vie patriarcale, mais on le retrouve dans toutes les sociétés orientales, dans la vie politique aussi bien que dans la vie de famille. Habituellement c'est le fils aîné qui succède au père, et la famille qui s'est augmentée par les collatéraux se transforme en tribu : quand les tribus, au lieu d^ôtre errantes, parviennent à se grouper d'une façon fixe, la monarchie s'établit, et le roi possède son peuple comme le père de famille possède sa femme et ses enfants. Nous verrons quelques différenoes entre les diverses nations de l'Orient, qui se modifient peu à peu à mesure que la civilisation se développe, mais le régime fondamental demeure le môme au fond et peut, quant à la famille, se résumer ainsi : possession absolue et sans contrôle de tous les membres par le chef.
La famille cuez les Hébreux. — La polygamie était admise chez les Hébreux, au moins dans^ les temps primitifs. Les patriarches ont plusieurs femmes, et dans la grande période historique du peuple hébreu, on voit les rois, notamment Salomon, avoir de grands harems organisés comme ceux de tous les monarques orientaux. Néanmoins la polygamie ne paraît pas avoir été dans les habitudes de la nation, et elle disparaît tout à fait à partir de la captivité de Babylone. Les rabbins assurent même que, bien que les livres de Moïse ne défendent pas la polygamie, elle n'existait dans le peuple que d'une manière tout à fait accidentelle : par exemple, un homme marié dont la femme était stérile en prenait ordinairement une autre. Mais nous voyons par l'histoire d'Abraham que l'enfant qu'un patriarche avait d'une servante était peu de chose à ses yeux, puisqu'il n'hésite pas à le chasser et à le laisser sans ressource quand sa femme légitime est devenue mère à son tour. D'un autre côté, Jacob épouse Lia et Rachel sans que l'une des deux sœurs soit subordonnée à l'autre. Tout ce qu'on peutaflirmer, c'est que, si la polygamie existe, la nation en fait rarement usage.
Le mari était maître absolu de sa femme et pouvait la renvoyer : (( Quand quelqu*un aura pris une femme et qu'il se sera marié avec elle, s'il arrive qu'elle ne trouve pas grâce devant ses yeux, parce qu'il aura trouvé en elle quelque chose d'infâme, il lui écrira une lettre de divorce, et, la lui ayant mise entre les mains, il la renverra hors de sa maison. » La loi juive spécifie, comme on voit, que la répudiation doit avoir pour cause une chose infâme; mais comme elle institue le mari seul juge du cas d'infamie, la femme reste vis-à-vis de lui sans aucune garantie légale. Cette infamie, au reste, ne saurait être Tadultère, car l'adultère est puni, non de la répudiation, mais de la mort. « Pour l'homme qui aura commis adultère avec la femme d'un autre , on fera mourir l'homme et la femme adultères. »
Un usage assez singulier qu'on trouve chez les Juifs consiste à épouser la femme de son frère, lorsqu'elle est devenue veuve : l'enfant qui naissait de cette ' seconde union passait pour appartenir au premier mari. C'est pour cela que Juda dit à Onan : « Viens vers la femme de ton frère, et prends-la pour femme, et suscite des enfants à ton frère. »
Les filles qu'on mariait n'étaient pas dotées, mais bien plutôt vendues par leur père. Cet usage, que nous retrouvons chez plusieurs autres nations orientales, est attesté par plusieurs passages de la Genèsê, et notamment dans l'histoire de Jacob, qui donne sept années de son travail pour avoir Lia et sept autres pour avoir Rachel. Au reste, si quelqu'un avait séduit une fille qu'il ne pouvait pas épouser, il devait payer la môme somme que sMl l'épousait. Le texte est formel à cet égard : « Si quelqu'un suborne une vierge qui n'était point fiancée, il faut qu'il la dote, la prenant pour femme. Mais si le père de la fille refuse de la lui donner, il lui comptera autant d'argent qu'on en donne pour la dot des vierges. »
Une fille ne pouvait hériter de son père que si celui-ci n'avait pas d*enfants mâles, et parmi les garçons c'était Talné qui primait ses frères. Le pouvoir absolu du père de famille durait pour ses fils tant qu'il vivait; mais il perdait toute autorité sur sa fille dès qu'il l'avait mariée. Telle est dans i*ensemble la constitution de la famille chez les Hébreux.
Les repas des Hébreux. — Chez les Hébreux le principal repas se faisait à midi : « Alors Joseph vit Benjamin avec eux et dit à son maître d'hôtel : Mène ces hommes dans la maison, et tue quelque bète et Tap-
Îi2 CONSTITUTION DE LA FABllLLE.
prête; car ils mangeront à midi avec moi. » Cette heure de midi est signalée à plusieurs reprises dans la Bible comme celle des repas. Mais il arrivait sans doute que les gourmands les prolongeaient quelquefois un peu tard, car Isaïe se plaint de ceux qui commencent leurs festins le matin et le continuent jusqu'au crépuscule.
À l'origine, les Hébreux mangeaient assis. Jacob dit à son père : (c Lève- toi, je te prie, et assieds-toi, et mange de ma chasse, afin que ton âme me bénisse. » Plus tard l'usage semble avoir prévalu, du moins dans les classes riches, d'être couchés en mangeant. Un prophète s'élève contre ceux — t qui couchent sur des lits d'ivoire, et mangent les agneaux choisis du troupeau et les veaux près du lieu où ou les engraisse. » Au reste, les textes sont souvent sujets à interprétation, et l'absence de tout monument figuré nous réduit à ne pouvoir faire que des conjectuies.
L'usage du pain était général parmi les Hébreux dès la plus haute antiquité; on voit aussi Tusage des gâteaux dès le temps des patriarches, u Abraham s'en alla en hâte dans la tente de Sarah et lui dit : Hâte-toi, prends trois mesures de fleur de farine, pétris-les et fais des gâteaux. » Pour moudre le grain, on se servait du moulin à bras, et il y eu avait dans toutes les maisons. Le moulin se composait de deux parties : la partie inférieure, qui restait immobile, et la partie supérieure, que des femmes esclaves faisaient tourner. La cessation du bruit que produit le moulin est dans la poésie hébraïque l'image de la désolation.
La viande pouvait se faire rôtir ou bouillir; les deux procédés étaient connus : u Et ils en mangeront la chair rôtie au feu cette nuit-là; ils la mangeront avec des pains sans levain et avec des herbes amères. N'en mangez rien à demi cuit, ni qui ait été bouilli dans Teau; mais qu'il soit rôti au feu, sa tête avec ses jambes et ses entrailles. »
On engraissait les animaux pour la table des riches : a Or les vivres de Salomon, chaque jour, étaient trente cores (environ 3 hectolitres) de fine farine, et soixante cores d'autre farine, dix bœufs gras et vingt bœufs des pâturages, et cent moutons, sans les cerfs, les daims et la volaille engraissée. » Le poisson était aussi fort en usage, et les Phéniciens de Tyr en apportaient au marché de Jérusalem.
Nos collections ne possèdent pas d'ustensiles de table ayant appartenu aux Hébreux; mais il est probable que par la forme, ils ne devaient pas différer essentiellement de ceux dont se servaient les Égyptiens, lis étaient en métal ou en terre, mais le métal é ait préféré, et les prescriptions religieuses se montrent sévères envers les poteries de terre, qui
doivent être impitoyablement cassées quand elles ont une souillure, tandis que les ustensiles de métal ou de bois peuvent être simplement lavés. Or le contact avec la chair morte de certains animaux suffisait pour constituer une souillure : u S'il en tombe quelque chose, ijuand elles seront mortes, sur quoi que ce soit, il sera souillé, soit va^isseau de bois, soit vêtement, soit peau ou sac; quelque vaisseau que'^xe soit, dont on se sert à faire quelque chose, sera mis dans Teau et sera souillé jusques au soir, et après cela il sera net. Mais s'il en tombe quelque chose dans quelque vaisseau de terre que ce soit, tout ce qui sera dans ce vaisseau sera souillé, et vous casserez le vaisseau. » Le législateur dit encore, un peu plus loin, à propos des souillures : «Et le vaisseau de terre que celui qui est impur aura touché sera cassé; mais tout vaisseau de bois sera lavé dans l'eau. » Avec de pareilles prescriptions, Tusage des poteries de terre devait être peu répandu, et il est présumable que les gens riches avaient des ustensiles de métal, et que les pauvres devaient se servir de cuillères ou d'écuelles de bois. {Lévitique, ch. ix et xv.)
Mariages babyloniens. — Hérodote rapporte une singulière coutume des Babyloniens relativement au mariage. Comme il n'existe aucun document sur le même sujet, nous sommes bien obligés de nous en tenir au curieux récit de Thisiorien grec, a De toutes les coutumes, voici, à mon avis, la plus sage; j apprends qu'on la retrouve aussi chez les Vénètes, peuple dlllyrie. Dans chaque bourgade, ceux qui avaient des filles nubiles les amenaient tous les ans dans un endroit où s'assem* blaient autour d'elles une grande quantité d'hommes. Un crieur public les faisait lever et les vendait Tune après l'autre. Il commençait par la plus belle, et, après en avoir trouvé une somme considérable, il criait celles qui en approchaient davantage; mais il ne les vendait qu'à condition que les acheteurs les épouseraient. Tous les riches Babyloniens qui étaient en âge nubile enchérissant les uns sur les autres, achetaient les plus belles. Quant aux jeunes gens du peuple, comme ils avaient moins besoin d'épouser de belles personnes que d'avoir une femme qui leur apportât une dot, ils prenaient les plus laides, avec l'argent qu'on leur donnait. En effet, le crieur n'avait pas plus tôt fini la vente des belles qu'il faisait lever la plus laide, ou celle qui était estropiée» s'il s'en trouvait, la criait au plus bas prix, demandant qui voulait répouser à cette condition, et l'adjugeait à celui qui en faisait la promesse. Ainsi l'argent qui provenait des belles servait à marier les laides et les estropiées. 11 n'était point permis à un père de choisir un époux
ù sa fille, et celui qui avait acheté une fille ne pouvait l'emineDer chez lui s'il n'avait pas donne cautiOD de l'épouser. Lorsqu'il avait trouvé des répondants, il la conduisait à sa maison. Si l'on ne pouvait s'accorder,
la lot portait qu'on rendrait l'aident. Il était aussi permis indistinctement à lousceuxd'un autre boui^ de venir à cette vente et d'y acheter des filles.
Celte loi, si sagement établie, ne subsiste plus, n
Ce qui vient à l'appui de ce récit d'Hérodote, ce sont les petites olives en terre cuite qui ont été trouvées. Ces olives, percéesd'un petit trou, étaient altachéesaucoudes filles ainsi acquises, et [portaient une petite inscription contenant le nom du mari, celui de la femme et la date de l'acquisition. Plusieurs de ces olives sont au musée du Louvre.
L'une d'elles porte l'inscription suivante : V Mannutamat, qu'a acquise Bakit-Ahl, le jour de la fête de Sabat, l'an 9 de Mérodachbaladan, roi deBabylone. » Deux autres olives portent des inscriptions analogues : il n'y a que le nom de changé. Il est pourtant supposable que, dans les familles riches, les jeunes
filles D'étaieDt pas ainsi envoyées au marché ; on sait même que le père consiîtuait quelquefois uno dot à sa fille en lui assurant ud immeuble. C'est un de ced contrats que représente le fameux caillou Midiaux, pierrebabyloniennequ'onpeulvoirà la Bibliothèque nationale (lig. llfi]. L'inscription indique la nature de l'immeuble, qui est placé sous la garantie d'imprécations terribles: les divinités babyloniennes sont figurées en haut du caillou et ont sans doute pour mission de protéger la mariée.
Les nspis abstriers. — Les fouilles de Koyoundjik ont mis au jour un monument unique en son genre et infmiment précieux par les renseignements qu'on y trouve sur le mobilier royal. Le roi est ici dans son barem, mollement étendu sur un lit de repos, prés duquel est une table fort petite, mais somptueuse. Au pied du lit, la rp'np, Rssise en face de
PiR. US. — ?ntia do ml AtuibaddOD, Ut de r<poi, Ubla M fanleuU uiTriiii*.
lai sur un fauteuil, prend part au festin (ftg. 115). La fête est égayée par de jeunes esclaves qui accompagnent leurs voix des accords de la harpe.
Ce roi est Assarhaddon; à Khorsabad, le terrible Sargon n'apparaît que sous l'éclat de la majesté royale, mais il semble qu'ici la vie soit
plus molle et plus douce. Ce bas-relief, dont nous ne donnons qu'un fragment, est eitrëiuemeDt important pour l'histoire des mœurs de l'antiquité, parce que c'est le plus ancien monument oîi l'on voit un homme dtner en demeurant couché sur son lit; d'après cela, cet usage qui s'est répandu dans tout le monde antique aurait eu son origine en Assyrie, car nous n'avons jamais rien vu de semblable en Egypte.
Le lil sur lequel repose- le roi est exirâmement élégant, et on peut en dire autant de la table, dont les pieds en griffes de lion portant sur un cône renversé sont du plus bel effet. La femme assise auprès de lui est sur un fauteuil assez élevé, ce qui l'oblige à poser sur un tabouret ses pieds, qui sans cela seraient pendants.
L'usage de se tenir couché sur des lits n'était pourtant pas général, car nous voyons (fig. 116) des personnages ayant le verre en main et
assis devant une table. Cétail peut-être un pnvil^ rojal que de se tenir couché pendant qu'on dinait . aucun teste ne nous éclaire sur ce sujet Mais une particularité qu il est bon de signaler ici, c'est que les personnages qui tiennent leur verre le portent en 1 air, comme s'ils faisaient une invocation à propos de la liqueur sacrée. Les deux qui sont debout semblent môme vouloir rapprocher leurs coupes, comme s'ils allaient trinquer : si cette explication est acceptable, nous aurions ici la plus ancienne représentation d'un toast, car rien de pareil ne se voit sur les monuments égyptiens.
Le service de la maison du roi se faisait par des eunuques : c'est au moins ce qui parait résulter des monuments. La figure 117 montre un eunuque tenant en main deux coupes d'une forme particulière. Il les porte au moyen d'une anse qui est placée à la partie supérieure du
LA PAUILLfi EN ASIl^. 57
récipient, dont la base est une tête de lion. Ces coupes, ne pouvant pas être posées sur la table, se vidaient probablement d'un seul trait, comme les rhylons des Grecs ; mais leur forme ne permet pas de ■croire qu'on les buvait de la même manière, au moyen d'uo jet s'échappant par un petit trou.
Usages DE LA Febse — Du peu de renseigoemonts que l'on possède sur la constitution de la famille dans l'ancienne Perse, il résulte pourtant que la polygamie était admise dans tous les rangs de la société : seulement il estprésumablequelesnches seulsen profitaient. Le harem royal, élevé à la hauteur d une institution d'État, avait un de veloppement immense et une magniQcence sans égale Les historiens nous montrent le roi entouré de ses concubines cl vivant néanmoins avec la reine, qui ne se formalise nullement de cet entourage. Ces mœurs, du reste, étaient commuoesà tout l'Orient, Un autre usage qu'on retrouve aussi chez plusieurs peuples d'Asie, c'est celui de vendre les filles à celui qui veut les épouser. Cet usage, d'ailleurs, cxisiait également chez les Grecs de l'âge héroïque, comme nous lo voyons dans l'histoire des filets de Vulcain,oCi l'époux outragé par Vénus réclame de Jupiter l'argent qu'il lui a donné pour posséder sa fille. Quant au rôle de la femme dans la famille, il est le même dans toute l'Asie : elle appartient en propre à son mari, qui est son seul juge si elle est coupable, ci sou maître en tout temps et pour toutes choses.
Les monuments relatifs aux usages de la table clicz les Perses font absolument défaut, mais les textes sont assez nombreux, au moins pour -ce qui cODcerne la table du roi; car les historiens aucîeos, lorsqu'ils
P( 111 — BiiDuqa*
veulent parler des usages orientaux, parlent assez volontiers du monarque, mais jamais des particuliers. Athénée, qu'il faut toujours consulter lorsqu'il s*agit des repas, cite le passage suivant d'Héraclide de Cumes : « Ceux qui servent le roi de Perse à table, dit-il, sont occupés la moitié du jour aux préparatifs du repas. Quant aux convives du roi, les uns mangent hors de la salle, et on les voit quand on veut; les autres sont dans rintérieur avec le roi, mais ils ne mangent pas à la môme table : il y a deux salles en face Tune de Tautre, dans l'une desquelles le roi mange; les convives sont dansTautre. Le roi les voit à travers un rideau tiré devant la porte; mais eux ne le voient point. Lorsque le roi fait une débauche (or il en fait souvent), il y a au plus douze personnes qui mangent avec lui; c'est ordinairement après le souper, le roi ayant mangé seul à sa table et les autres à la leur. Alors un des eunuques appelle ces douze compagnons de la bouteille ; lorsqu'ils sont tous réunis, ils boivent avec le roi, mais non pas du même vin, et ils sont assis à terre, tandis que lui est couché sur un lit à pieds d*or. En général, le roi dine et soupe seul ; quelquefois sa femme et ses ûls soupent avec lui. Pendant le repas, plusieurs concubines chantent et jouent des instruments : l'une d'elles prélude, et les autres chantent toutes ensemble. Le souper du roi semblerait être de la plus grande somptuosité si Ton en jugeait parce qu'on dit; mais si Ton examine bien, on verra que tout y est fait avec économie et réglé avec Tordre le plus précis. 11 en est de môme à regard des autres Persans constitués en dignité. On tue, il est vrai, pour le service du roi, mille bêtes par jour, savoir : des chevaux, des bœufs, des ânes, des cerfs, nombre de moutons; il se consomme aussi beaucoup d'oiseaux, tels que des autruches d'Arabie, des oies, des coqs; mais on ne sert de tout cela aux convives du roi qu'avec mesure, et ils peuvent emporter ce qui reste : les autres viandes se portent au pavillon des gens que le roi nourrit et qui se partagent tout entre eux par portions égales, tant pain que viande. Si, d'un côté, les soldats grecs reçoivent de l'argent pour leur solde, de l'autre, les militaires persans reçoivent ces aliments de la part du roi à titre de payement. »
L'armée faisait partie de la maison royale et les soldats étaient nourris à ses frais, ce qui explique le chiffre de mille bêtes par jour qui serait incompréhensible sans cela. Les bas-reliefs de Persépolis ne reproduisent pas ces grands repas de corps, mais on voit sur l'un d'eux toute une légion de serviteurs qui gravissent les marches d'un escalier monumental en portant tous des provisions de bouche ; ce sont les gen<5 de la maison du roi qui vont préparer le repas (fig. 118).
Au sujet de l'étiquette qui entourait la personne royale , les historiens nous fournissent encore quelques renseignements.
a Lorsque les échansons des rois, dit Xénophon, leur présentent la coupe, ils tirent javec une cuillère un peu de la liqueur qu'elle contient; ils la versent dans leur main gauche et Triaient; s'ils y avaient mêlé du poison, ils en seraient les premières victîuies. »
Aux yeux des Grecs, les Perses étaient sous le rapport delà cuisine des êtres tout à Tait extraordinaires. « Hélas ! dit le comique Antiphane, cité par Athénée, que pourraient faire des Grecs qui vivent si mesquinement I des mangeurs d'herbes, et qui n'ont qu'une obole ï dépenser pour trois ou quatre lambeaux de viande I Vivent nos aocétresl ils vous mettaient des bœufs, des cerfs, des agneaux tout d'une pièce en broche. Enfin, n'a-t-on pas vu un cuisinier, chose prodigieuse, il est vrai, faire râtir un chameau entier et le servir tout brûlant au roi de Perse? »
Les mêmes faits sont racontés par plusieurs auteurs; ainsi dans les Aehamùns d'Aristophane, l'ambassadeur qui revient de la cour de Perse raconte qu'on y sert des bœufs entiers cuits au four. Hérodote est encore plus explicite, et il attribue la même coutume non-seulement au roi, mais encore à tous les Perses de la classe opulente, h Les Perses honorent plus que tout autre jour celui de leur naissance; ils le célèbrent par UD festin plus abondant) Ic!; riches, ce jour-là, étalent un t>œuf, un cheval, un chameau et un âne râtis tout entiers k la fournaise; les pauvres se contentent de servir sur leur table une tète de menu bétail. Ils n'ont point beaucoup de plats, mais de nombreux borsd'œuvre, qu'on leur apporte l'un après l'autre. Aussi disent-ils que les
Grecs sortent de table affamés; on ne leur oiïre rien de bon après lo repas, ajoutent-ils, et si on leur apportait quelque bonne chose^ ils ne cesseraient pas de manger. »
D aprôs le môme historien, l'eau du Choaspe, rivière qui coule aux pieds des murs de Suze, était la seule dont le roi usât, et lorsqu'il était loin, on la mettait dans des flacons d'argent, après l'avoir fait bouillir, et on la plaçait sur des chariots à quatre roues traînés par des mulets. On raconte aussi que le roi de Perse récompensait d'une manière extraordinaire ceux qui inventaient quelque mets nouveau capable de flatter son goût, mais il tenait essentiellement à ce que rien ne fût apporté de Fétranger et à ce qu'on ne servit à sa table que des aliments provenant de ses États. Athénée rapporte à ce sujet une anecdote assez curieuse. « On servait sur la table du roi de tous les aliments que produisaient les pays de sa domination, et c'étaient comme les prémices (le chacun. Le roi pensait qu'il ne devait user d'aliment ni solide ni fluide tiré de l'étranger; et cet usage devint ensuite une loi positive <!ans ses États. Mais un de ses eunuques lui ayant servi des ûgues sèches parmi les desserts, le roi demanda de quel pays elles venaient. Dès qu'il eut su qu'elles venaient d'Athènes, il donna ordre à ses pourvoyeurs d'en acheter jusqu'à ce qu'il lui fût possible d en manger sans les payer. On dit que Tcunuque qui lui en avait servi ne l'avait fait que pour lui rappeler le souvenir de déclarer la guerre aux Athéniens . »
Après la mort, on ne devait ni brûler le corps, ni l'ensevelir, nî le jeter dans une rivière : c'eût été souiller le feu, la terre ou l'eau. On avait deux manières différentes de se débarrasser du cadavre sans dommage pour la pureté des éléments. On pouvait le recouvrir d'une couche de cire et Tenterrer: l'enduit passait pour empocher la souillure qu^aurait produiîe un contact direct avec la terre; on pouvait l'exposer en plein air et le laisser dévorer aux oiseaux et aux botes de proie : en ce cas de grandes tours rondes servaient de cimetières.
Usages lydiens. — L'Asie Mineure, par sa situation entre la Grèce et rOrient,et par sa population mêlée d'éléments grecs et d'éléments asiatiques, servait naturellement d'intermédiaire entre les deux nations dont les mœurs déteignaient également sur elle. Mais, dans les temps primitifs, l'Asie, dont l'industrie était beaucoup plus avancée, avait naturellement la prépondérance et imposait son goût à la Grèce, tandis que le contraire est arrivé dans la période macédonienne.
La figure 119 représente Hercule couché le personnage mythologique que nous
devons voir ici, c'est le
icutle et le costume lydiens. Nous retrouverons en Grèce et cnEiruric des lits analogues, mais celte forme est d'oripne lydienne, et la coutume
I rJInor couché vint également do l'Orient par la Lydie. Il est bon de remarquer toutefois que cet usage n'est pas mentionné dans Homère, et rien n'autorise à croire qu'il oxislâl au temps de la guerre de
■relief du temple d'Assos (fig. 120) montre que l'habitude de
62 CONSTITUTIOiN DE LA FAMILLE.
prendre ses repas couché existait en Asie Mineure dans une antiquité assez reculée. Toutefois la construction du temple d'Assos est postérieure à l'époque homérique. Ce bas-relief présente en outre une particularité assez remarquable, qull a été difficile de rendre dans la gravure à cause de l'état trop dégradé de la sculpture : les personnages représentés sur le monument d'Assos se distinguent par des yeux très-relevés aux angles et un type analogue à celui que nous avons remarqué sur des monuments étrusques, et notamment sur le beau sarcophage du Louvre (tome r','fig. 510). Gela n'a rien de surprenant, puisque les Étrusques sont considérés comme venant d'Asie Mineure. Mais le même caractère se retrouve également sur les figures du temple d'^gine, tandis qu'on ne le voit plus sur le Parthénon et les autres monuments de la Grèce.
Les habitants de l'Asie Mineure passaient pour extrêmement voluptueux. Athénée nous fournit quelques renseignements sur leurs repas : n Les Lydiens, dit-il, ont un certain mets qu'ils appellent candaule; mais il y en a de trois différentes espèces, tant ce peuple s'étudiait à raffiner sur ce qui pouvait flatter les sens. Hégésippe de Tarente dit qu*on lo prépare avec de la viande bouillie, du pain râpé, du fromage de Phrygie, de l'aneth et du bouillon gras. Alexis en fait mention. G'est un cuisinier qui parle dans un dialogue :
A. — En outre, nous vous servirons un candaule.
B. — Loin d'en avoir mangé, je n'en ai jamais entendu parler.
A. — G'est quelque chose d'admirable et de mon invention. Quelque copieux que je vous le serve, vous sucerez vos doigts jusqu'à les ronger: nous ferons aussi des itrious.
B. — L'ami, fais-les très-blancs; ensuite tu songeras à un plat de saline de poissons ordinaires et à un plat de viande; aussitôt tu nous ajouteras un plat d'œufs durs hachés, du lait nouveau pour une sauce au miel, du fromage frit en poêle, ce que tu feras en coupant des tranches de fromage nouveau de Cythne.
A. — Et quelque grappe de raisin, sans doute"; unechorie, un verro de vin doux, car on en répand toujours quelques gouttes dans les autres assaisonnements; c'est ce qui fait l'essentiel du repas.
B. — Eh ! l'ami, je crois que tu ne songes qu'a plaisanter. Quitte-moi sur-le-champ, avec tes candaules, tes chories et tous les plats dont tu me parles. Peste soit de toutes ces délices I
« Les Lydiens, dit Hérodote prétendent avoir inventé les jeux qui leur sont communs avec les Grecs. Voici quel est leur récit: Sous le roi
Là Famille en grège. 63
Athis, fils de Manès, une famine cruelle dévora toute la Lydie. Le peuple pendant longtemps en prit son parti; mais ensuite, comme elle ))ersistait, il chercha des adoucissements ; chacun s'ingénia d'une manière ou d'une autre. C'est alors qu'ils inventèrent les dés, les osselets, la balle et tous les autres jeux de cette sorte, excepté les dames, car ils n'en réclament pas l'invention. Voici comment ils les employèrent contre la famine : de deux journées, ils en passaient une tout entière à jouer, afin de point songer à prendre de nourriture; pendant l'autre, ils suspendaient les jeux et mangeaient. »
La paternité.
Lb rOTBR DOMESTIQUE. — LeS LOIS CONJUGALES. — Lb GYNÉCÉE.
Lb Célibat. — Les étrangers. — Les serviteurs.
La paternité. — Toutes les lois et toutes les coutumes qui régissent la famille antique partent de l'idée religieuse qu'on attachait à la paternité. Le père, c'est-à-dire l'être pourvu du pouvoir créateur, est essentiellement revêtu du caractère divin, mais ce caractère n'appartient pas à la femme, qui porte l'enfant et le nourrit, mais ne lui donne pas rétincelle do vie. Cette idée, qui est commune à toute l'antiquité, est irès-nettement exprimée dans les Euménides d'Eschyle : « Vous êtes mère, dit Apollon, mais votre enfant, ce n'est pas vous qui lui avez donné véritablement la vie. Vous n'êtes que la nourrice du germo nouveau-né. La mère, étrangère à l'hôte qu'elle a reçu, abrite l'enfant jusqu'au bout si le ciel ne vient à la traverse. »
De cette manière de voir, ressortent les deux principes constitutifs de la famille antique : 1<> le culte des ancêtres, culte qui s'adresse aux aïeux du sexe masculin, mais noii à ceux du sexe féminin, qui ne sont pas considérés comme revêtus du caractère divin; — 2® la subordination absolue de la femme à l'homme, subordination qui est de plus en plus accentuée, à mesure qu'on remonte plus avant dans les temps primitifs.
Le foïer domestique. — En dehors des rites officiels et deTingèrence du sacerdoce, on trouve dans les sociétés antiques un culte spécial à la famille, le culte des ancêtres. Ce culte a pour autel le foyer domestique, et pour pontife le pijre de famille, destiné à devenir dieu lui-môme et à recevoir de ses enfants les honneurs qu'il rend à celui qui l'a engendré. En donnant la vie à son fils, le père lui transmettait le droit de recevoir un jour Thommage de ses descendants et le devoir d'accomplir les rites sacrés que réclamaient ses aïeux. Aussi la stérilité de la femme entraînait nécessairement le divorce; car le mariage avait pour but suprême, non une association mutuelle, mais la continuation de la race. Pour veiller à la perpétuité de la famille, on avait, à défaut d'enfant, la ressource de l'adoption. Tout le plaidoyer de Démosthènes contre Léocharès est fondé là-dessus. L'enfant adopté était initié au culte domestique, et son ancienne famille lui devenait étrangère, à tel point que son père naturel n'avait plus le droit de conduire ses funérailles.
Dans un procès athénien où Ton contestait à un fils adoptif ^a iégi» timité de l'adoption, le défendeur s'écrie :' u Ménéclès ne voulait pas mourir sans enfants, il tenait à laisser après lui quelqu'un pour l'ensevelir et pour lui faire dans la suite les cérémonies du culte funèbre... Si vous annulez l'adoption, vous ferez que Ménéclès sera mort sans laisser de fils après lui, qu'en conséquence personne ne fera les sacrifices en son honneur, que nul ne lui offrira les repas funèbres, et qu'enfin il sera sans cuite. » (Isée.) Pour être adopté, il fallait être émancipé par sa propre famille, L'émancipation impliquait le renoncement au culte de ses véritables ancêtres.
L'autel primitif de la famille était la pierre du foyer. Le feu y était perpétuellement entretenu et on y déposait avant le repas les prémices de la nourriture. C'est là aussi que se faisaient les libations du vin, et chaque jour, la famille assemblée adressait sa prière à la divinité protectrice. Dans la tragédie d'Euripide, Alceste sacrifiant sa vie pour sauver son époux ne manque pas d'invoquer son foyer : « 0 divinité maîtresse de cette maison, c'est la dernière fois que je m'incline devant toi et que je t'adresse mes prières; car je vais descendre où senties morts. Veille sur mes enfants qui n'auront plus de mère; donne à mon fils une tendre épouse, à ma fille un noble époux; fais qu'ils ne meurent pas comme moi avant l'âge, mais qu'au sein du bonheur ils remplissent une longue existence, »
Placé au centre de Thabitation, l'autei domestique était un lieu sacré
el le fugitif qui s'asseyait sur la cendre de l'autci étajl par cela seul réputé inviolable. Co caractère d'asile donoé à la pierre du foyer a fouroî plus tard aux poètes comiques le sujet de plusieurs situations
^^^ avant lui ^^^L aoD père
burlesques. Ainsi dans le devenant dePlaute, un esclave, pour échapper à la colère de son maître, va s'asseoir sur la pierre du foyer, et là, cerlaio de l'impunité, il nargue tous ceux qui tenteraient de s'approcher de lui. Un sujet analogue est représenté (0^.121) sur un petit bas-relief en terre cuite.
Les LOiscoBJCCALES. — U cst impossible de savoir historiquement quelle a été l'origine du mariage en Grèce. Les anciens attribuaient cette insdtulion à Gécrops, personnage regardé aujourd'hui comme mythologique. « Ce fut chez les Athéniens, dit Athénée, que Cécrops établit le premier l'union individuelle d'un homme et d'une femme; car, avant lui, les femmes étaient en commun, et personne ne connaissait aoD père dans le nombre de ceux qui pouvaient l'être. »
Le mariage a été consacré par la loi dans toutes les cités grecques; partout aussi il a été constitué exclusivement au point de vue de la cité. La femme est citoyenne; elle appartient h son mari, mats elle est protégée par les lois de sou pays. Un citoyen ne peut épouser qu'une citoyenne, et les enfants de sa femme légitime héritent seuls de son nom et de son patrimoine.
S'il a des enfants avec ses concubiaes, la loi ne les reconnaîtra pas. La monogamie est donc le premier principe du mariage (Hg. 122).
Un Athénien n'a pas le droit d épouser une étrangère, et la loi a prévu le cas où il y aurait une tromperie : « Si quelqu'un marieune étrangère h un Athénien, comme étant sa fille, il perdra ses droits civils ses biens seront conÛSqués et le tiers appartiendra 6 l'accusateur. Tout citoyen non interdit pourra le poursuivre devant les Ihesmothëtes, juges des étrangers. » Le but de cette loi est clairement indiqué dans un plaidoyer de Démosthènes ; le cas est grave, car l'accusàe Keœra n'est pas seulement une étrangère, mais une courtisane, et la famille dans laquelle elle est entrée contrairement aux lois occupe une haute position dans la cité; si elle est condamnée, elle sera chassée ou môme vendue. L'orateur, après avoir démontré que Neœra est étrangère et qu'elle a mené une vie dissolue, supplie les juges de ne pas tolérer un pareil opprobre. « De retour dans vos maisons, drt-il, que pourrez-vous dire à une épouse, à une fille, à une mère, après avoir absous cette femme? u D'oîi venez-vousî deman- « deront-clles. — Nous venons de juger. — Qui? ajouteront-elles aussilAt. « — Neœra , direz-vous sans doute. — Pourquoi? — Parce que étant «étrangère, elle a épousé un citoyen contre la loi; parce qu'elle a marié «sa fille, couverte de souillure, àThéogène, au chefde la religion; parce «que cette même fille acélébrélessacrilicessecrets... «Après vous avoir entendu : « Eh bien, qu'avez-vous fait? répliqueront-elles. — Nousl'avons «acquittée, a Les Athéniennes lesplus modestes seront révoltées que vous
jugiez une Neaera digne de partager avec elles les droits civils et religieux; aux plus vicieuses vous déclarerez qu'elles peuvent suivre toutes leurs fantaisies, puisque la loi et les juges leur assurent l'impunité... Permis désormais à la femme dissolue d*épouser qui elle voudra et d^attribuer ses bâtards au premier venu. Ayez égard à nos citoyennes, et n'empêchez pas la fille d'un Athénien pauvre de s'établir. A présent, quelle que soit l'indigence de la jeune vierge, la loi lui fournit une dot suffisante, pour peu qu'elle ait reçu de la nature une figure agréable. Mais si vous outragez cette loi, si vous l'infirmez par Tac* quittement de Neaera, l'infamie des prostituées va passer sur le front des filles de vos concitoyens qui, faute de dot, ne pourront être mariées; et la courtisane jouira de tous les pnvilôges des femmes honnêtes : libre à elle, en effet, de s'entourer d'une famille, de prendre place aux initiations, aux sacrifices, de partager tous les droits civils. Ainsi, que chacun de vous soit bien convaincu qu'il va prononcer pour une épouse, pour une fille, pour une mère, et tous pour Athènes, ses lois, ses temples, ses cérémonies saintes. Que, grâce à votre arrêt, la vertueuse mère de famille ne soit pas confonduo avec la lie de son sexe; que la citoyenne formée par une éducation pudique, et mariée par la loi, ne descende pas au rang d'uno étrangère qui, plusieurs fois le jour, a connu plusieurs époux, esclavo docile à toutes les exigences de la débauche.»
Le gtnécêe. — Les femmes mariées vivaient dans un appartement spécial qu'on appelait le gynécée, et elles ne participaient nullement aux occupations ou à la société de leurs maris. Sauf la polygamie, leur existence était assez semblable à celle que les femmes mènent encore aujourd'hui dans les pays orientaux. Aucun homme ne pouvait pénétrer dans leur appartement, et comme il eût été malséant à une femme de se montrer dans la rue sans être accompagnée, la galanterie, telle qu'elle a été comprise dans le monde moderne, n'existait pour ainsi dire pas dans la société grecque. Les femmes étant recluses, et les hommes, même mariés, pouvant sans aucune honte fréquenter les courtisanes, il y avait en réalité deux classes de femmes : les épouses des citoyens, que tout le monde respectait et qui n'avaient aucun rapport avec ce que nous appelons aujourd'hui le monde; les courtisanes, dont le salon était le rendez-vous des hommes opulents, et qui avaient dans les affaires de la cité une influence bien plus réelle, quoique indirecte. C'est pour cette raison que Tadultère tient si peu de place dans la litté-
rature; les Grecs c'auraient pas compris du tout le sel de la plupart de DOS comédies modernes.
Les peiatures de vases qui se rapportent à la vie intime des femmes
peuvent se rattacher à trois catégories de sujets ; ceux qui montrent les occupations du ménage, ceux qui ont trait à la toilette, et ceux qui
Fig. lit. — Panima nagsaDt
représentent les distractions que pouvaient avoir les femmes grecques dans leur vie de recluses.
Dans la première catégorie nous rangerons les figures 123 et I2k
LA FAMILLE E> GRÈCE. eS
qui montrent des femmes occupées à nettoyer ou à ranger des vêtements. Les sujets qu'on voit représentés ont un caractère absolu-
Pig. lU. — Bcin* d'inUiiaui.
ment intime; mais, parmi ceux qui vont suivre, il y en a quelques-uns auxquels les ardiéoiogucs attribuent un caractère soit religieux, soit
Fig. lis. — Soiii ds ptoprMé.
mythol(^que. Nous n'avons pas à nous en préoccuper, car ce n'est pas le sens cacbé des symboles que nous devons étudier, mais simplement l'apparence extérieure des représentations. Ainsi on
peut donner un nom mylholt^que aux deux personnages représentés sur la û{p]re 125, le sujet n'en montre pas moins une femme
assise qui regarde dans son miroir l'efTet de sa coifTure pendant que sa servante déplie devant elle une sorte d'écharpe qui va sans doute entrer dans son ajustement. C'est donc une simple scène de toilette que nous devons voir ici.
II en sera de même pour la Bgure 126, où nous trouvons une femme nue entre ses deux servantes. L'une d'elles verse un vaso dont l'eau coule à ilôt sur le dos de la baigneuse. L'autre tient en main le miroir et la cassette où sont renfermés les onguents.
Les peintures do vases nousmontrent quelquefois des petites scènes qui sont de nature à jeter un certain jour sur les habitudes intimes des femmes grecques et que nous ne devons pas négliger, puisque aucun document écrit ne nous vient en aide sur cette question. Voici, par exemple (fig. 127), une femme abritée sous son parasol, qui tourne la tête vers une autre femme; celle-ci vient de se baigneretestentrainde
Fig. IW.
daljn.
presser sa chevelure au-dessus d'une vasque d'eau. La présence du parasol indique UDendroitoù le soleil arrive d'aplomb, c'est>à-dire une
Fig. 119. — PamaiM gneqnai. (D'iprè* bds gtnun de TifsJ
cour, et la vasque d'eau montre la présence d'une fontaine dans cette cour, ce qui s'accorde d'ailleurs parfaitement avec ce que nous connaissons de la disposition des maisons grecques.
Remarquons en passant que cette cour appartenait sans nul doute au gynécée, qui n'était pas toujours situé au premier étage comme on l'a dit quelquefois. Dans tous les cas, il devait y avoir dans les maisons une petite
cour où les femmes pouvaient se livrm- aux soins de leur toilette s redouter les regards indiscrets.
Fig. lao. — OruM si perddi j
Les Grecs étaient passionnés pour la musique, et ce goût que les femmes partageaient avec les hommes, a donné lieu à un assez grand nombre de représentations dont quelques-unes peuvent se rattacher au sujet qui nous occupe. La lyre (fîg. 128), et la double flûte charmaient souvent les loisirs du gynécée (fig. 129).
Une grande distraction des jeunes ûlles était aussi d'avoir des animaux privés, et les anciens étaient arrivés à domestiquer certaines bêtes qu'on ne voit guère aujourd'hui qu'à Tétat sauvage. Cest ainsi que sur la figure 130 nous voyons deux jeunes filles en présence d'une grue et d'une perdrix privées. La coutume d'avoir dans sa maison des animaux complètement inutiles et qui servaient simplement de joujoux à leurs maîtresses était devenue générale à la fin de l'empire romain. Les pères de TÉglise, qui battaient en brèche tous les usages de la vieille société, se sont élevés fortement contre cette habitude qu'ils considéraient comme contraire à la charité chrétienne. « Quelques-unes, dit saint Clément d'Alexandrie, élèvent et nourrissent à. grands frais des oiseaux de l'Inde et des paons de Médie. Elles préfèrent une petite chienne de Malte à une veuve chaste et modeste; elles n'ouvrent point leur demeure à l'orphelin sans asile, mais elles la remplissent de perroquets. Elles exposent sur la voie publique les enfants nés dans leurs maisons et nourrissent avec soin de nombreux poulets. Des vieillards pauvres et vertueux sont pourtant aussi beaux que des singes, aussi éloquents que des rossignols. »
Le célibat. — Les céhbataires étaient méprisés dans toute la Grèce, mais plus particulièrement à Sparte.
0 Lycurgue, dit Plutarque, attacha au célibat une note d'infamie : les célibataires étaient exclus des combats gymniques des filles, et les magistrats les obligeaient, pendant Thiver, de faire le tour de la place tout nus, en chantant une chanson faite contre eux, et qui disait qu'ils étaient punis avec justice pour avoir désobéi aux lois. Dans leur vieillesse, ils étaient privés des honneurs et des égards respectueux que les jeunes gens rendaient aux vieillards. De là vint que personne ne blâma ce qu'un jeune l^acédémonien dit à Dercyllidas, qui d'ailleurs était un général de grande réputation. Un jour qu'il entrait dans une assemblée, ce jeune homme ne se leva point pour lui faire place, et lui dit : « Tu n'as point d'enfants qui puissent un jour me céder la place, n
Si les hommes sans famille n'étaient pas honorés, il va sans dire qu'il en était de môme dés femmes. En dehors des femmes mariées, il
n'y avait guère en Grèce que les courtisanes, et les écrivains anciens ont pris soin de nous renseigner sur leurs mœurs.
Les écrivains, si discrets lorsqu'il s'agit des femmes honnêtes, parlent» continuellement des courtisanes, et quelques-unes, comme Laïs et Aspasie, ont acquis une véritable célébrité qui du reste est due à leur esprit bien plus qu'à leurs aventures. Leur salon était souvent le rendez-vous des hommes les plus éminents, qui n'hésitaient pas à les consulter sur les questions les plus délicates. Dans un dialogue rapporté par Xénophon, Socrate cause avec un de ses disciples; il est question des avantages et des inconvénients qu'un mari peut trouver dans une épouse très-jeune, dont il aurait en quelque sorte fait lui-môme l'éducation. « Ces maris, que tu me dis quipossèdent de bonnes compagnes, demande le disciple, est-ce qu'ils les ont élevées eux-mêmes? — C'est une question qui mérite examen, reprend Socrate; maisAspasie, à qui je te présenterai» t'instruira de cela plus pertinemment que moi. »
11 ne faut pas se tromper sur le terme de courtisanes, qui est souvent employé par les auteurs anciens dans des sens très différents. Quand on parle d'Aspasie, par exemple, il ne faut pas donner au mot de courtisane une signification trop littérale ; mais si Ion voulait faire un rapprochement historique, on le trouvererait peut-être dans Ninon de Lenclos. En somme, les grandes couriisanes historiques de la Grèce répondaient à peu de chose près à ce que l'on appellerait aujourd'hui les femmes galantes. N'étant pas, comme les femmes mariées, recluses dans le gynécée, elles avaient un salon où se réunissaient les beaux esprits, que leur conversation amusait, et qui venaient s'y délasser de leurs travaux et de leurs affaires. Toutefois les courtisanes de ce genre étaient assez rares même à Athènes, et la plupart du temps le mot de courtisane s'ap* plique uniquement à des femmes dissolues et universellement méprisées.
Au reste, si nous en croyons Épicrate, les courtisanes les plus célèbres arrivaient à une vieillesse assez triste : « Celte Laîs est à présent oisive et ivrognesse, ne faisant que regarder pendant la journée ceux qui boivent et qui mangent. Elle me parait ressembler aux aigles, qui, dans la force de leur âge, fondent des montagnes pour enlever et dévorer des chevreaux et des lièvres, tant ils ont de force; mais qui dans la vieillesse se tiennent sur le faite des temples, dévorés eux-mêmes par la faim ; et Ton regarde cela comme un mauvais augure. Laîs pour* rait donc être regardée de même. En effet, lorsqu' elle était jeune et dans toute sa fraîcheur, elle était intéressée et d*une extrême fierté. Mais, depuis que les années, l'ont portée au bout de sa carrière, et que *• „. iO
le bel ensemble de sa personne est tombé en ruines, elle va de tous côtés boire avec le premier venu. Un statère, une pièce de trois oboles est une fortune pour elle et elle tend la main à tout le monde indistinctement nour recevoir l'argent qu'on veut bien lui donner. »
Les étrangers. — A Athènes et dans la plupart des cités grecques, le titre de citoyen constitue un privilège. Les étrangers domiciliés dans la ville relèvent d'une juridiction spéciale et la naturalisation ne peut être obtenue que par un décret du peuple, fondé sur un service rendu à la république. Aussi, dans chaque cité, ceux qui n'étaient que résidants constituaient une classe à part, et à laquelle sa position exceptionnelle donnait une situation particulière. A Athènes, par exemple, la loi avait des rigueurs terribles : a Si un étranger, dit-elle, cohabite avec une citoyenne par intrigue ou par une fraude quelconque, tout Athénien pourra l'accuser devant les thesmothètes. S'il est condamné, qu'il soit vendu lui et ses biens dont le tiers sera dévolu à l'accusateur. »
Dans toutes les villes grecques il y avait un assez grand nombre de familles établies dans chaque cité, mais n'y exerçant pas les privilèges de citoyen. Néanmoins elles conservaient complètement leurs mœurs et leur liberté d'allure. Dans les Syracusaines, ThéocTiie nous rapporte une couversation de femmes grecques venues à Alexandrie sous lesPtolémée.
« Gorgo. Praxinoé est-elle au logis?
— Eanoa. Vous voici bien tard! Oui, elle y est.
— Praxinoé. Je suis émerveillée de te voir. — Eunoa, donne un siège, mets-y un coussin.
— Gorgo. Il n'est pas nécessaire.
— Praxinoé. Assieds-toi donc.
— Gorgo. Heureuses les âmes sans corps! Praxinoé, quelle peine pour arriver ici! Je suis excédée. Partout des quadriges, des gens à chiamydes, à bottines, des soldats sous les armes; partout une foule immense; et quel trajet! J'ai cru n'arriver jamais.
— Praxinoé. C'est mon imbécile de mari qui est venu me loger an bout du monde, dans un antre plutôt que dans une maison; c'est pour nous séparer, je crois. Qu'il aime à me contrarier. Oh! c'est ma mort que cet homme-là.
— Gorgo. Ma chère, ne parle pas ainsi de ton mari devant cet enfant; vois comme il te regarde.
— Praxinoé. Zéphyrion, mon fils, va, ce n'est pas de ton papa que je parle.
— Gorgo.V^T Proserpine I cet eof aot comprend.. Il est beau, ton papa.
— Praxinoè. Dernièrement, comme on dit, son père allait acheter du nitre et du fard pour moi, et ce grand génie m*apporte du sel.
— Gorgo. Mon mari Dioclidas, ce bourreau d'argent, n'en fait pas d'autres. Il acheta hier, pour sept drachmes, cinq toisons, vrai poil de chien, besaces en lambeaux, haillons pièce sur pièce. Mais prends ton voile et ta mante, et allons au palais du grand roi Ptolémée voir la fête d'Adonis. On m'a dit que la reine a préparé tine pompe solennelle.
— Praxinoè. Chez les grands tout est grand. On conte ce qu'on veut à ceux qui n'ont rien vu.
— Gorgo. Il est temps de partir. Il est toujours fête pour les oisifs.
— Praxinoè. Eunoa, de l'eau. — Ah! qu'elle est lente! Le chat veut se reposer mollement. — Mais remue-toi donc; — vite, de l'eau ; c'est de Teau qu'il me faut d'abord. Avec quelle grâce elle rapporte! Allons, verse; mais, maladroite, pas si fort. Malheureuse, vois comme ma robe est trempée ! C'est assez ; je suis lavée comme il plaît aux dieux. — La clef de cette armoire? Donne-la-moi.
— Gorgo. Cette robe à longs plis te sied à merveille, Praxinoè. Dis* moi» qu*en vautrétoffe?
— Praxinoi. Je fen prie, ne m'en parle pas, Gorgo ; une ou deux mines d'argent fin, peut-être plus encore, sans la broderie qui m'a coûté un travail infini.
— Gorgo. Du moins tu dois être contente.
— Praxinoè. Il est vrai. — Mon manteau et mon voile, place-les avec goût. — Je ne t'emmène pas, mon fils, il y a des loups et les chevaux mordent les petits enfants. — Pleure tant que tu voudras, je ne veux pas te faire estropier. — Partons. Holà ! nourrice, fais jouer l'enfant, appelle le chien et ferme la porte. — Grands dieux, quelle foule 1 Comment traverser? C'est une vraie fourmilière. — 0 Ptolémée I depuis que ton père s'est élevé au rang des dieux, que de bienfaits tu verses sur nous! Le voyageur aujourd'hui marche en sûreté, sans craindre de hardis fripons, de vrais Égyptiens. — Ma chère Gorgo, qu'allons-nous devenir? ce cheval se cabre! Qu'il est rétif!... Sotte Eunoa, veux-tu reculer?... 11 va tuer son maître!... J'ai bien fait de laisser mon fils à la maison.
— Gorgo. Rassure-toi, Praxinoè, ils nous ont dépassées et sont déjà près de la place d'armes.
— Praxinoè. Enfin, je respire! le cheval et le froid serpent, voilà ce que j'ai toujours craint depuis mon enfance. Hâtons-nous, car la foule s'approche.
— Gorgo. Vois, Praxinoé, vois quelle foule sur la porte!
— Praxinoé. C'est à faire trembler. — Gorgo, donne-moi la main; toi, Eunoa, prends celle d'Eutychidus, et tiens-toi bien à lui de peur de l'égarer. Nous entrerons tous ensemble... Eunoa, serre-toi près de nous.. . Ah I ciel I mon manteau est déchiré. Que Jupiter vous soit propice, seigneur étranger; mais, je vous en prie, ménagez mon manteau. — Quelle cohue! on nous presse comme des pourceaux... On étouffe Eunoa!... Allons, ferme, et tu passeras... Très-bien I Ah I tout le monde est entré.
— Gorgo. Approche, Praxinoé; vois cette tapisserie; qu'elle est belle ! Que ces tissus sont fins ! on dirait l'ouvrage des dieux.
— Praxinoé. Auguste Minerve! Quelles mains ont tissé ces ouvrages? Quels artistes ont peint ces figures? On croit les voir marcher! Ce ne sont pas des peintures, mais des êtres vivants! Combien l'homme a d'esprit! Comme il est admirable, là, couché sur ce beau lit d'argent et les joues embellies d'un tendre duvet, le trop aimable Adonis, aimé même aux enfers !
— Un étranger. Paix donc, bavardes impitoyables, qui roucoulez comme des tourterelles vos syllabes traînantes.
— Gorgo. ParTellus, d'où sortez-vous donc, l'ami? Que vous importe notre babil? Commandez à vos esclaves. Voudriez-vous par hasard nous dicter des lois? Sachez que nous sommes Corinthiennes d'origine, aussi bien que Tillustre Bellérophon, et que nous parlons la langue du Péloponnèse. Eh bien! défendrez-vous à des Doriennes de parler dorien?
— Praxinoé. OProserpine! gardez-nous d'un nouveau maître; un seul nous suffit. Mon ami, sachez que je ne vous crains pas.
— Gorgo. Tais-toi, Praxinoé! La célèbre Argienne, dont le talent l'emporte sur celui de Sperchis, va chanter les louanges d'Adonis. Je suis sûre qu'elle va commencer, voilà qu'elle prélude... Ah! quel plaisir!
— Gorgo. Praxinoé, quel chant ! Femme heureuse ! Oh ! oui, elle est heureuse de son admirable talent! Quelle voix mélodieuse!.. Mais il est temps departir:Dioclidasest à jeun, et quand il a faim, malheur à qui l'aborde î »
Cette petite pièce, d'un caractère absolument intime, est extrêmement curieuse, parce qu'elle nous initie aux caquetages des femmes grecques à propos de leurs maris. On y voit aussi percer le dédain que les Grecs avaient pour les autres nations : il semble à entendre ce qu'on y dit de l'Egypte, qu'avant le règne de Ptolémée, qui est un prince grec, ce pays était plongé dans une sorte de barbarie.
LA FAMILLE EN (iRÈCE.
Les SERVITEURS. — En Grèce, il n'y avait guère de domestiques dans la classe des hommes libres; presque tons étaient esclaves. L'escbvage antique était organisé sur des bases tout autres que celui des nègres dans ies colonies ; Tesclave était protégé par certaines lois, et, dans la famille même où il servait, il occupait un rang assurément très-inférieur, mais il était quelqu'un et non quelque chose, « La religion domestique, dit Fustel de Coulanges, dansla Citèantique, ne permet pas d'admettre dansla famille un étranger. Il faut donc que par quelque moyen le serviteur devienne un membre et une partie intégrante de cette famille. Cestàquai l'onarrive par une sorte d'ioilia- Uon du nouveau venu au culte domestique. Ma curieux usage, qui subsista longtemps dans les maisons athéniennes, nous montre comment l'esclave entrait dans la famille. Od le faisait approcher du foyer, on le mettait en présence de la divinité domestique; on lui versait sur la tête de l'eau lustrale, et il partageait avec la famille quelques gâteaux et quelques fruits. Cette cérémonie avait de l'analogie avec celle du mariage et celle de l'adoplion. »
Le nombre des domestiques était assez considérable dans les maismis riches, et leur emploi était à peu près le même que de nos jours.
Les peintures de vases montrent souvent des servantes apportant des rafraîchissements ou des fruits placés dans un panier qui est généralement posé sur leur télé {fig. 131). — Sur un autre monument, on voit une femme assise et une servante qui agite près d'elle un éventail à long manche (Gg. 132).
Les jeunes filles d'ionie étaient particulièrement recherchées pour esercer des fonctions analogues à celles que remplissent aujourd'hui les femmes de chambre. Elles passaient pour s'entendre fort Uen aux choses de la toilette, et elles avaient presque toutes un certain talent pour la musique et pour la danse. Mais la légèreté de leur caractère avait aussi des inconvénients dont il est fait mention dans le Marchand de Plante :