A M. PB MONTAGNE
« Du 18 déeembre 1688.
• Monsieur, nous apercevons par les lettres que M. deBelîevre escrit au roy de Navarre que le roy a esté mal informé de ce qui s'est passé icy. Sur fausses presupposltions on ne peut que conclure faux. Et î'espere quand il aura seu la venté tant par lettres de M. de Believre que par les nostres , qu'il prendra le tout en meilleure part. Ce qui est véniel à M. de Joyeuse ne nous doit point estre mortel. Encore nostre action en toutes circonstances est elle plus supportable. Cependant on nous circuit de garnisons pour tirer la chose en conséquence. On n'a point ainsi procédé contre les aultres. Et cette inégalité ne peut procéder que de la passion de quelques uns. Ce prince ne pense qu'à la paix; et ie désire fort qu'on ne le presse point outre mesure. Vous le connaisses, mesmes lorsqu'il doit craindre , il ne veut pas. le pense que la prudence de M. de Believre modérera toutes choses. Ces inconvénients appaisés video cxteraproclivia. Et vous en orrez des marques , mais qui doivent estre aidées. le suis et seray tousjours vostre, etc.
« Du Mont de Marsan ^ ^
Le 31 du même mois de décembre, nouveDe lettre, aussi diplomatique, de Duplessis. On y voit bien clairement que Montaigne n'était pas un correspondant purement littéraire ; il agissait, dans le sens de la paix, et dans l'intérêt, loyalement compris , du roi de Navarre ; on savait , au Mont-de- Marsan , qu'il y travaillait de son mieux.