DERNIERES FEUILLES
Quand ce temps est venu, quand de sa robe verte Le bois a rejeté les guirlandes au vent; Le long des parcs en deuil, quand la terre est couverte De feuillages criards que Ton foule en rêvant ;
Alors, cette forêt, par ce temps qui décline. Garde encor cependant quelques festons mouillés. Feuilles que le vieux pâtre, assis sur la colline, Peut compter à travers les rameaux dépouillés.
Cela résiste un jour au vent qui le secoue. L'une est d'un bleu foncé, l'autre de vermillon;
DERMERLS FEUILLES. 257
Celle-ci, presque rose, a des taches de boue; De la pourpre des rois l'autre semble ua haillon.
Et c'est ainsi de nous! Quand vient notre hiver sombre, Lorsque le vent du sort, qui llétrit les meilleurs, De nos illusions a décimé le nombre.
Qu'il a bien secoué nos feuillages en pleurs,
11 est parfois encore, aux branches les plus fortes. Quelques restes pendants, faciles à compter : Amours presques fanés, amitiés presque mortes, Croyances qu'un zéphyr sullit pour agiter !
Alors, vienne un passant qui jette l'ironie,
Un livre qu'on feuillette, un sombre événement.
Et tout ce qui restait de la forêt jaunie
Au bout de ses rameaux frissonne éperdument.
0 souilles désolants plus que bise et que neige, Pitié! ne venez pas nous ravir sans retour Cette mourante foi que chaque doute assiège. Cet idéal suprême et ce dernier amour!...
[In jour, le bel avril rajeunira le monde,