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EN ORIENT ET SOUS LES TROPIQUES

types les plus beaux. Jusqu’ici l'Amérique tropicale a seule partagé cette faveur avec l’Asie. La dureté, l’éclat, la transparence, la couleur ne se trouvent réunis nu plus haut degré que dans les pierres de ces deux provenances. Fautil croire avec quelques lapidaires, échos en cela des au cicns minéralogistes, que le soleil fécond de ces climuts, que la chaude lumière qui les inonde, sont pour quelque chose dans ce phénomène? Uu n’est-ce point un effet qui reconnaît la même cause que celle que nous avons déjà invoquée pour fe gisement des métaux précieux? Une sorte d’attruit n’aurait-il pas été jeté à dessein par la nature sur ces lieux dont la fécondité végétale est à son tour si remarquable, comme pour y amener et y fixer le colon, l’homme des pays civilisés mais tempérés, qui sans cela n’émigrerait pas vers les tropiques?

Quelles que soient les raisons du phénomène, il existe. Les pays de l’or sont aussi la patrie des gemmes. En Asie, aux contrées déjà nommées il faut ajouter la Sibérie, ou, si l’on veut, les placers gemmifères dépendants de l’Altaï et de l’Oural, enfin les gîtes de l’Asie Mineure, et surtout ceux de la Syrie, d’où viennent les plus beaux grenats.

Eu Australie, on a trouvé des diamants, des topazes, des saphirs sur les placers de Victoria.

Eu Afrique, c’est la grande île de Madagascar, le pays du cristal de roche, qu’il faut surtout rappeler; puis la Haute-Égypte et l'Abyssinie, où se rencontrent principalement les émeraudes, qu'on y exploite depuis les temps les plus reculés.

Dans la mer Houge, dans le golfe Persique, dans la mer des Indes, se pêchent les plus belles perles et le plus beau corail.

En Amérique, le Mexique est renommé par ses opales, et les placers de la Californie recèlent aussi les gemmes. A

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Panama, on pèche des perles qui rivalisent avec celles de lu mer Rouge et de Ceylan. La Nouvelle-Grenade et le Pérou sont cités surtout pour leurs émeraudes, et le Chili pour ses lapis. Mais quelle province peut se comparer aH Brésil, devenu la patrie par excellence de la topaze, de l'améthyste, du cristal de roche et du diuinant? On recueille môme, dans ce district de Minas-Gcraës, déjà si fécond en or et en métaux de tous genres, des émeraudes aussi belles que celles de Bogota. Le Brésil en cela l’emporte sur l’Inde elle-même; c’est de l’ancienne colonie portugaise que viennent aujourd'hui les plus beaux joyaux. Cette fécondité gemmifèrc du Brésil ne s’est révélée que fort tard : il y a moins d’uu siècle et demi, le diamant y était pour la première fois découvert.

Après ce rapide voyage, et arrivant à notre vieille Europe, oserons-nous jeter un regard autour de nous? Citerons-nous le cristal de roche et l’améthyste des Alpes, les grenats de Bohême, les opales et les topazes de Saxe et de Hongrie, les émeraudes et les aigues-marines de Pile d’Elbe et de Limoges, les agates des bords du Rhin, pierres pâles et aux incolores reflets? Toutes ces gemmes peuventelles soutenir la comparaison avec les merveilleux joyaux que nous ont offerts l’Asie, l’Afrique et l’Amérique? Nous avons déjà nommé le rivage prussien de la Baltique pour son ambre, qu’on recueille entre Dautzick et Kœnigsberg, l’Angleterre pour scs jais du Yorkshirc; joignons-y le bassin méditerranéen, surtout les côtes de Sicile et de Tunisie pour le corail, et tout sera dit. Si la loi que nous avons timidement proposée n’est pas exacte, celle d’une accumulation des gemmes vers les contrées tropicales, il faut croire que les anciens auront extrait en Europe toutes les pierres précieuses, puisqu'il nous eu reste si peu à exploiter.

LES CHERCHEURS

LES CHERCHEURS

Les chercheurs disciplinés. — Les diamantaires californiens. — Eiploitation des placers gemmifères du Brésil, de l’Inde. — Commerce des diamants. — Les chercheurs isolés. — Pêche du corail et des perles.

Parmi les mineurs cherchant les pierres précieuses, les seuls qui forment comme un bataillon discipliné, sont les ouvriers des placers diamantifères. Les alluvions qne recèlent les gemmes s’exploitent comme les alluvions aurifères. Elles sont produites par les mômes causes, la désagrégation de gîtes en place, de roches siliceuses, porphyriques, granitiques, où la matière précieuse avait été d’abord déposée. L’analogie est frappante avec le gisement de l’or et du platine ; souvent meme les deux natures de gîtes existent simultanément. Aujourd’hui, en Californie, ou reprend les placers appauvris, non pour y retrouver de maigres paillettes, mais pour en retirer les diamants. L’orpailleur lave les terres dans sa bâtée, et n’y recherche plus le jaune métal, mais de petites pierres dures, essuyées sur une meule qu’il porte partout avec lui.

Au Brésil, c’est également par le lavage à la sébile ou au milieu d’un courant d’eau que s'exploitent les sables gemmifères. Ce sont généralement des esclaves qui font ce travail sous les yeux d’actifs surveillants. Le pic et la pelle sont employés pour désagréger les gra-

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viers diamantifères (lig. 101), à peu près comme nous avons vu procéder les Chiliens pour le lavage de l’or. L’eau entraîne l’argile, la terre fine, le sable. Les gros galets s’enlèvent à la main, et l’on étale au soleil le menu gra-

Fig. ICI. — Exploitation des placera dianiaulifères.

vierqui reste. Les rayons de l’astre lumineux se jouant sur les facettes de la gemme la font bien vile reconnaître. Au reste les chercheurs ont eu cela un llair tout particulier, et il est merveilleux de voir comme ils discernent à première vue les moindres parcelles de diamant nu milieu des plus volumineux cailloux.

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A mesure qu'on recueille la gemme, on l’enferme dans un petit étui en bambou (fig. |l>2), dont le pourtour est plus ou moins décoré, et auquel on attache une certaine superstition. Un étui qui a déjà contenu des diamants en fait trouver d’autres, et c’est pourquoi les nègres ont peine à se séparer de ce frêle tube de roseau.

La recherche des diamants est concentrée dans les provinces de Bahia et de Minas- Geraës. Elle est entreprise par des compagnies disposant d’un grand nombre de bras ou par des colons isolés. Ce ne sont pas seulement les sables, les graviers agglutinés, mais encore des grès talqueux dont les grains de quartz sont séparés par des cristaux de fer magnétique, les itacolumites, les Fl*di«mâmsdM itabirites, qui renferment la précieuse gemme, chercheurs <iu

1 1 , Brésil.

Ce sont ces roches (dont le nom même rap- f | pelle les localités les plus gemmifères du Brésil) qui recèlent le diamant en place, et non plus roulé comme dans les cascalhos. C’est là qu’il aurait cristallisé, à l’époque de sa formation géologique. D’autres disent, et M. Liais avec eux, que des roches porphyriques vertes et des serpentines sont au contraire les roches diamantifères par excellence. La science n’a point encore répondu à ces questions d’une manière satisfaisante. Ici, comme pour le gisement en place du platine et même celui de l’or, une partie du problème reste encore à résoudre.

Les mineurs, sans se préoccuper aucunement des spéculations de la géologie, ne spéculent que sur leurs "recherches. On acclame les découvertes de quelque importance, et quand un esclave a trouvé un beau diamant, on le met incontinent en liberté. A la fin de la journée, on fait su-

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bir aux ouvriers les visites les plus minutieuses, et malgré tout les vols sont très-nombreux. ATejuco, la Ville-Diamantinc, comme l’appellent les Brésiliens, se concentrent les produits de l’exploitation de la province de Minas- Geraës; le diamant y est reçu comme monnaie. Quand les grandes compagnies exploitantes, ou les agents des maisons de Bnhia et de Rio-Janeiro qui font cet important commerce, ont rassemblé une certaine quantité de diamants, un convoi part pour ces capitales, accompagné par des piquels de soldats (fig. 1(53). La distance à franchir est de cent quarante lieues sur Rio-Janeiro, et deux cent cinquante sur Rallia. Il n’y a pas de chemins de fer. et les Mandrins, les Cartouches brésiliens, pour peu qu’ils aient l’esprit inventif et audacieux, ont là de beaux coups de main à tenter; mais il paraît qu’il n’arrive jamais de mésaventure aux convois.

Dans l’Inde, dans l’extrême Orient, l’exploitation des terrains diamantifères est conduite à peu près de la même façon qu'au Brésil. Il faut lire dans les vieux et naïfs voyageurs, dans Tavernier, dans Chardin, les curieux récits des travaux d’autrefois, et dans Mme Ida Pfeiffer la relation des exploitations contemporaines sur les placers de Bornéo.

Les diamants de l'Inde sont envoyés à Amsterdam et à Anvers, où depuis des siècles, depuis que le Hollandais Berqueen eut perfectionné, sinon trouvé la taille de l’incomparable gemme (1473), est concentré entre les mains des Israélites presque tout le commerce du diamant. Depuis quelques années, Londres et Paris ont aussi des tailleries importantes, alimentées surtout par le Brésil, et généralement par toutes les autres provinces diamantifères de l’Amérique, la Nouvelle-Grenade, le Pérou, le Mexique, la Californie. On peut estimer à cent cinquante mille

Fig. 103. — Un convoi de diamants au Brésil.

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carats, ou environ trente kilogrammes, la production annuelle en diamants bruts des deux Amériques. En fixant le carat a cent francs, c’est une valeur de quinze millions de francs1; mais ce chiffre double par la taille. L’Asie doit fournira peu près la même quantité que l’Amérique.

En Europe, la recherche des gemmes n’est pas disciplinée comme au Brésil, en Californie et dans l’Inde. Ce sont de simples coureurs de montagnes, sortes de croyants et d’illuminés, patients, tenaces, qui d’habitude sont à la piste des gemmes. Dans les granits, dans les quartz, un peu à l’avenant, obéissant à une sorte d’instinct, ils pratiquent des coups de mine ou attaquent la roche avec le pic. La masse se fendille, éclate, et bien souvent apparaissent dans l’intérieur de magnifiques géodes, des poches profondes, où le cristal de roche, l’améthyste, l’émeraude, l’aigue-marine, le grenat, la topuze se montrent aux regards émerveillés du chercheur. Les pierres ont tout l’éclat du premier jour, les belles et étincelantes couleurs que leur donna la nature, il y a des milliers de siècles, quand elle les déposa dans cette mystérieuse cachette.

J’ai connu quelques-uns de ces chercheurs isolés, aux types fort originaux, l’un entre autres, cantonné à l’ile d’Elbe et que chacun peut y voir encore, l'infatigable et intelligent Pietro Pinotti, dit Cervello fine ou cervenu rusé. Ce sobriquet lui vient autant de son habileté merveilleuse à découvrir les gemmes, que du talent particulier qu’il a de se les faire acheter au plus haut prix.

D’autres chercheurs non moins méritants, sont ces braves pêcheurs de corail, ces rudes marins de Gènes et de Naples, qui vont, par les plus gros temps, arracher aux profonds abîmes l’arbuste de pierre aux rameaux

I. On n’cHtime pas & plus du cinquième de ce chiffre la valeur des pierres fines de couleur annuellement exploitées.

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blancs et roses. 11 ne faut pas oublier non plus ces hardis plongeurs qui, à Panama, à Aden, à Colombo, à la Paz (golfe de Californie), descendent ou péril de leur vie au fond de la mer, pour y enlever le coquillage nacré dont la perle ornera plus tard les belles et paresseuses dames. A Panama, on a vu le pêcheur, restant trop longtemps sous l’eau , perdre le sang par la bouche et les oreilles; mais ce n’est là que le moindre des dangers qu'il court. 11 plonge avec un couteau à la ceinture pour se défendre contre les requins. Sur les lieux mêmes, on m'a conté qu’un Indien fut un jour dévoré par le squale, et qu’une tache rouge, montant en bouillonnant à la surface, avertit seule de cette catastrophe le compagnon qui attendait dans la barque. Fou de désespoir, celui-ci n’écoute que son courage; il plonge immédiatement, cherche le monstre, le trouve achevant son hideux repas, l’évenlrc et remonte triomphant, content d’uvoir vengé son ami. Les types de ces rudes pêcheurs de corail, de ces hardis plongeurs de perles, méritent d'être mis en parallèle avec ceux des courageux mineurs dont nous avons décrit précédemment les luttes.

LE FAUX ET LE VRAI

LE FAUX ET LE VRAI

Les pierres artificielles. — Les verroteries de Venise. — Les imitateurs de la Dature. — Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. — Rôle social des gemmes.

De tout temps on a cherché à imiter les gemmes. Cette fabrication a fait aujourd’hui de tels progrès, qu'il est bien difficile, même aux plus habiles, de distinguer à première vue entre certaines pierres fausses et vraies. Dans les pierres artificielles, obtenues ou moyen d’oxydes métalliques que l'on incorpore au cristal, les défauts qu'ont souvent les plus belles gemmes out disparu, ce qui tend encore à donner le change; mais si l’on y regarde de près, si l'on fait surtout quelques essais, on reconnaît immédiatement l imitation. La dureté, l’éclat, les propriétés optiques, c’està-dire la façon de réfléchir et de réfracter la lumière, ne sont plus les mêmes; le clivage n'existe plus, le poids spécifique est différent; enfin l’analyse ne révèle plus, dans les pierres d’imitation, que des verres transparents ou colorés. Le cristal limpide, le strass, remplace le diamant et le cristal de roche; coloré en violet par le manganèse, c’est l’améthyste; en rouge, par le cuivre ou l’or, le rubis; en vert, par le cuivre, le fer ou le chrome, l’émeraude; en bleu, par le cobalt, le saphir; en jaune, par l’antimoine

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ou le plomb, la topaze, etc. Les pierres compactes sont encore plus aisées à imiter. Ainsi l’on fait à volonté, avec des émaux à porcelaine colorés, des turquoises, des opales, des lapis, des malachites, des agates. L’ambre, le jais, le corail s'imitent également, et si bien, si avantageusement dans certains cas, que l’exploitation de ln pierre naturelle a presque disparu devant cette exploitation nouvelle. Le jais imité ou jais français a tué l’industrie du jais naturel, qui depuis longtemps s’exerçait dans quelques-uns de nos départements, par exemple dans l’Aude et l’Hérault, et qui s’exerce encox’c, nous le savons, sur une très-grande échelle en Angleterre, dans le Yorkshire. On est de même arrivé, au moyen des écailles d’ablettes et du verre souillé, à imiter les perles d’une façon si vraie, que les connaisseurs eux-mêmes peuvent s’y laisser prendre.

Le commerce des gemmes artificielles constitue l'une des branches les plus intéressantes et les plus curieuses de l’industrie parisienne. Exercé d’une façon différente, à Venise, et dans un autre but, il compose ce qu’on nomme la fabrication des verroteries. Tous les navires qui trafiquent sur les côtes orientale et occidentale d’Afrique emportent. avec eux île nombreuses caisses de ces verroteries de Venise, qu’ils troquent avantageusement contre les produits indigènes. A leur tour, nègres et négresses trouvent là, à bon marché, des bijoux qu’ils affectionnent, tandis qu’ils foulent très-certainement sous leurs pieds, dans les placers aurifères de leurs pays, des gemmes du plus haut prix : les diamants, les rubis, les saphirs. Mais que sont souvent ces pierres, quand la taille ne les a pas dégrossies, dégagées en quelque sorte du vernis opaque qui les recouvre? Que sont-elles toutes ces gemmes, sans le luxe d’une civilisation raffinée, sans les bougies et les lumières, les réunions de bal et de théâtre, qui viennent

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comme à plaisir en rehausser l'éclat, et les l'aire plus que jamais valoir? Et puis la gemme incolore n’est-elle pas surtout réservée aux blanches? Les nègres et leurs compagnes au ton d’ébène ne semblent-ils pas nous répondre que les gemmes naturelles ne sont pas chez eux à leur place, et que le moindre morceau de strass ou d'émail fortement coloré fait bien mieux leur affaire?

A côté de la fabrication des pierres, entreprise dans un but commercial, se range celle que les savants essayent encore tous les jours dans un but de spéculation purement scientifique. Les Ebelmen, les Despretz, les Gaudin, les Daubrée se sont surtout distingués dans cette reproduction artificielle des gemmes, et sont arrivés à surprendre presque, au fond de leurs creusets, les secrets de la formation naturelle. C’est affaire de fusion, de dissolution, ou même d’évaporation gazeuse, en un mot de décompositions chimiques et de cristallisations lentes. Les résultats jusqu’ici obtenus n'ont rien qui doive tenter ou inquiéter lu spéculation commerciale. Ceux-ci sont arrivés à fabriquer du diamant, mais en quantité microscopique; ceux-là ont reproduit le rubis, le saphir, l’émeraude, le grenat, l'améthyste, mais en poudres impondérables, ù peine colorées, à peine cristallisées. Le succès n’en est pas moins complet, frappant; car ici l’on joue franc jeu. Ce n’est plus une imitation, c’est une reproduction complète de la pierre que l’on essaye; la composition chimique est la même, sinon toutes les qualités extérieures, et la science se montre la digne rivale de la nature dont elle pénètre les secrets. Celte fois l’on peut dire que la pierre philosophale a été véritablement trouvée.

Ces patients imitateurs, ces infatigables fabricateurs de gemmes qui, dans l’un ou l’autre cas, obéissent à des mobiles si différents, ne poursuivent-ils point, par leurs tra-

LES MINES DE PIERRES PRECIEUSES

vaux, deux buis également louables? Les labricateurs, euimitant artificiellement la gemme naturelle, produisent le joyau du pauvre, et mettent à la portée de tous les pierres précieuses, sans que la différence entre le vrai et le faux soit bien sensible à première vue. Les chimistes, en imitant de tous points la pierre, découvrent quelques-unes des lois les plus curieuses, les plus saisissantes, qui ont présidé aux grands phénomènes géologiques, à la formation même du globe.

Et quant aux gemmes, aux gemmes vraies, faut-il avec quelques économistes les proscrire de la République, comme Platon faisait les poètes? Ce que ces adeptes de la science sociale voient, c’est la pierre qui vaut des millions, et dont le rôle se borne à parer, peut-être pour une seule soirée chaque année, telle reine de nos salons. Ce qu’ils ne voient pas, c’est la liberté qu’un esclave a recouvrée en trouvant ce caillou; c’est le pays que cette exploitation a fécondé, colonisé ; ce sont les villes qu’elle a fait naître, aux lieux mêmes où naguère, comme au Brésil, campaient encore les Botocudos cannibales; ce sont enfin les familles d’ouvriers que le commerce cl la taille de la gemme ont fait vivre. Et puis, comme l’a écrit un de nos savants, là ou les riches peuvent acheter des diamants les pauvres peuvent acheter du pain.

Ce que voient les économistes, c’est un capital immense qui semble réduit à rien dans les gemmes, ne rapporter aucun intérêt, et flatter seulement l’orgueil et la sottise humaine. Mais, à ce compte, il faudrait aussi proscrire et les somptueux palais et les tableaux des maîtres, et toutes les collections de livres curieu?!, et tous les objets d’art de tons genres, en un mot toutes les raretés. Et cependant, ces trésors accumulés, ne les retrouve-t-on pus intacts, et quelquefois augmentés de voleur, quand les moments

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difficiles sout venus et qu’il faut s’eu dessaisir? C’est en engageant les diamants de la couronne de France que Napoléon trouve de l'argent, le nerf de la guerre, et gagne la bataille de Marcngo.

Ce qu’ils ne voient pus, les économistes, c’est tout un peuple de travai Ileurs, d’artistes, groupés de tout temps autour des gemmes, et s’en inspirant pour répondre aux exigences les plus délicates de l’art décoratif. Quand vous aurez remplacé le Régent par cet échantillon en strass qui le reproduit si exactement, et qui est à l’École des Mines de Paris, croyez-vous que tout sera dit? L’éclat, le poli, la dureté, la faculté de réfléchir la lumière, seront-ils les mêmes dans la copie et dans l’original? Demandez a nos plus grands orfèvres, à nos plus habiles joailliers, si les pierres précieuses ne les inspirent pas. Que répondraient aussi à pareille question tous ces artistes persans, hindous, chinois, japonais, qui ont orné les parois et les dômes de leurs temples avec les plus belles gemmes? Et Benvenuto, croyez-vous que les gemmes ne soient pas venues eu aide à son esprit déjà si inventif? Et tous ces graveurs égyptiens, étrusques, grecs, romains, qui nous ont laissé ces scarabées, ces pierres d’anneaux, ces coupes, si délicatement fouillés que l’art de la Renaissance et l’art moderne n’ont jamais pu faire mieux, n'ontils rien emprunté à leur tour aux pierres précieuses? Les gemmes n'ont-elles pas été l’origine de cette branche si curieuse de l’art, la glyptique ou l’art de graver sur les pierres dures, une des gloires de l’antiquité?

A son tour la science moderne, pour aborder un autre ordre d’idées, ne doit-elle pas aux gemmes quelques-uns de ses plus merveilleux progrès? L’optique, la cristallographie, la minéralogie n’ont presque avancé que par les gemmes. Que de découvertes dues à ces joyaux de la na-

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turc, où les Ilniiy, les Malus, les Arago, les Biot, les Fresnel, pour ue citer que des savauts français, ont gagné une partie de la célébrité qui s’attache à leur nom. N’cst-ce pas là surtout ce qu'il faut voiç dans ce charbon limpide, dans ces boues cristallisées et colorées, que la nature a si parcimonieusement répartis ici-bas? Une certaine harmonie semble régner en toutes choses. Tout ce qui est doit avoir quelque raison d’être, et il parait difficile de faire mieux. Les gemmes elles-mêmes, que beaucoup accusent d’être inutiles et de ne pousser qu'à un luxe ruineux, les gemmes remplissent ici-bas un rôle des plus marquants et des plus élevés.

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