‹ La vie sur les hauts plateauxChapitre 207 sur 268 · GAUTIER · texte numérisé non relu

GAUTIER

Par litre

Par 24 h.

60 à 70 gr.

44 gr.

57 gr.

25 à 40 gr.

(Phosphates)

10 à 16 gr.

(Phosphate de chaux.)

(Phosphate de magnésie.)

Planche 98.

1. — Estomac de Cochon d’Inde rempli d'aliments. 2. — Le même soumis à la décompression : il change de forme, s’allonge, s’enfle. 3. — Estomac de Cochon d’Inde presque vide. 4. — Le même soumis à la décompressiondl se dilate très peu, les gaz s’accumulent dans la partie supérieure. 5. — Intestin de Cochon d’Inde injecté avec de l’air comprimé à oatm- 5: les matières fécales refoulées par le gaz dilaté s’appliquent contre les parois de l’intestin qui se dilate notablement. 6. — Intestin de Cochon d’Inde soumis à la décompression: phénomènes semblables. 7. — Fragment d’intestin de Phrynosoma tel comme il fut trouvé au moment d’ouvrir la cavité abdominale d’un individu qui était mort sous l’influence de la décompression. 8. — Appendice vermiforme du Lapin soumis à la décompression. 9. — Le même à la pression normale, 10. — Fragment d’intestin de Lapin soumis à la décompression, n Le même à la pression normale.

Quelques observations sur le mal des montagnes. — Expériences de Mosso.

1155. Le Dr. Yiault avait dit devant les Académies de Paris et de Lima que l’anoxyhémie barométrique, pour le moins comme état physiologique chronique, n’existait pas. S’il nous est permis de parodier cette expression, nous dirons à notre tour qu’elle n’existe pas, ni comme état chronique ni comme état aigu.

Ce que nous aurions pu jusqu’à présent appeler du nom d’anoxyhémie aigue, n’est autre chose que le syndroma clinique nommé mal des ctéronautes , et d’une manière plus générale, bien qu’impropre, mal des montagnes.

En effet, les études de Paul Bert et de Jourdanet tendent à démontrer que les bouleversements qu’on observe dans ce mal, reconnaissent, comme cause prépondérante, l’action d’un air dont l’oxygénation est insuffisante à réaliser une hématose normale. On comprend certainement que la diminution de la pression atmosphérique en agissant mécaniquement, aussi bien que la fatigue et la baisse de la température devaient faire sentir leurs effets sur l’étiologie du phénomène; mais le facteur principal de ce mal, d’après l’opinion de ces auteurs, ne peut être autre que l’oxygénation incomplète de l’hémoglobine.

Cette croyance n’est pas celle qui tend à prévaloir; en effet, les expériences do Richet et de Bohr, dont nous avions déjà parlé, et les conclusions du Comité Auglais, qui ont été publiées dans des revues (vid. § § 1039 à 1058), prouvent que l’hématose est un phénomène tout-à-fait indépendant de la pression do l’air respirable, telle qu’elle est pour le moins sur les hauteurs où l’homme a pu s’élever. Si nous prenons donc comme base de nos raisonnements les faits déjà cités, nous pourrons admettre en tonte logique que ce n’est pas l’insuffisance de l’oxygénation qui produit le mal des montagnes.

On est arrivé à démontrer, il y a très peu de temps, que ce mal avait son origine dans les perturbations de la circulation, dont nous allons exposer les causes et les conséquences, en nous aidant surtout des observations relatives à ce phénomène qui ont été faites par Kronecker à Berne1 et do celles qui sont le fruit de notre propre expérience.

1156. Avant d’étudier les observations recueillies par ce médecin durant une excursion qu’il fit au Breithorn, nous ferons remarquer qu’il y a une contradiction au commencement de l’article cité, quand il rapporte

1 Revue Scientifique. Paris, 4ème- série, tome III, N" 4.

les expériences pratiquées à Schœneck, sur dix-sept personnes soumises à ce genre d’observation: elles restèrent toutes dans une atmosphère continuellement renouvelée, sous une pression de 450 mm- (celle du Jungfrau, 4173 mètres), et toutes sentirent les effets caractéristiques du mal des montagnes. Yoici la conclusion que Kroneckèr en tire: “Nous voyons, dit-il, que les symptômes du mal des montagnes peuvent se produire par la seule raréfaction de l’air/’ Cette conclusion, prise dans son acception générale est exacte; mais à première vue on pourrait croire, en entendant cet énoncé, qu’on en assigne, comme cause principale, la diminution relative de l’oxygène de l’air; mais nous croyons que ce serait nous éloigner de la vérité et de la pensée de l’auteur, si nous interprétions ainsi ces paroles. D’ailleurs, la suite de l’article et les conclusions auxquelles est arrivé ce médecin nous démontrent pleinement qu’il n’avait en vue que l’action que l’air exerce mécaniquement, quand la pression a diminué notablement, sur les réseaux des capillaires cutanés et iutra-pulmonaires.

De toutes les expériences de Kronecker on déduit comme nous l'avons déjà indiqué, que le mal des montagnes doit son origine, d’une manière tout spéciale, aux perturbations vasculaires. On comprend, en effet, quand a lieu la diminution de la pression exercée d’une manière normale sur les parois des capillaires de la peau et du poumon, qu’il se produit vers ces endroits une fluxion sanguine, et par conséquent une baisse de la tension intra-vasculaire, surtout dans les dernières ramifications du réseau artériel;1 alors apparaît la dilatation forcée du cœur droit, comme on put l’observer, avec la plus grande précision, dans le cas de la dame cité par Kronecker. On vit en effet, chez cette daine, l’apparition d’une lésion organique qui la fit assez souffrir les jours suivants: cependant, au bout d’un an cette lésion avait disparu complètement.

1157. Il existe un autre phénomène non moins intéressant qui confirme aussi notre opinion: quand les vaisseaux ont perdu, par suite de certaines circonstances d’origine organique, l’élasticité propre de leurs parois, comme dans l’athérome des vieillards, et quand la rigidité qui remplace cette élasticité les rends moins dilatables, ils deviennent alors libres, jusqu’à un certain degré, de toute dépendance des effets mécaniques de la pression extérieure; et voilà sans doute, pourquoi Kronecker a pu observer des individus qui, dépassant les 70 ans, ont supporté parfaitement bien la raréfaction du milieu respirable, aussi bien à l’intérieur des cloches pneumatiques que sur les sommets les plus élevés des montagnes. Yoici ce que dit cet expérimentateur quand il parle des observations faites an laboratoire, et nous aurons ainsi une confirmation de ce que nous venons d’assurer: “Le sujet le flus âgé, un homme de 77 ans, attaqué d’artério sclérose ne ressentait aucun malaise; les battements de son cœur, aussi bien que le nombre de ses respirations n’eurent à souffrir qu’une accé-

1 Voir: L’air raréfié et son mode d’action sur la tuberculose pulmonaire. Chapitre X.

lération presque négligeable.” ITn peu plus loin, quand Kronecker décrit son excursion au Breithom, il ajoute que “le vieux Perm (âgé de 70 ans), bien que n’ayant jamais fait l’ascension de liantes montagnes, donnait 70 pas, sans éprouver une grande fatigue et sans reprendre haleine. Les autres (beaucoup moins âgés que lui) n’étaientpasmême capables de déterminer la mise au point d’un appareil photographique.” PEUT Ê TKE UN BAN- DAGE DU COBPS ET DES MEMBRES DES ALPINISTES DIMINUERAIT-IL LES ACCIDENTS. Quand la tension diminue, il s’en suit nécessairement l’accélération de la marche du fluide sanguin et le pouls devient plus fébril. Le sang qui occupe en grande quantité le système veineux, où il conserve davantage l’acide carbonique produit par les combustions organiques, excite avec plus d’énergie le centre respiratoire du bulbe; et voilà pourquoi la respiration devient également accélérée jusqu’à arriver à l’anxiété: ce résultat, comme conséquence de l’automatisme bulbaire, est tout-àfait confirmé. Le manque de sang artériel dans le cerveau entraîne l’envie de dormir, l’apathie, les vertiges, le bourdonnement des oreilles, l’épistaxis do la muqueuse nasale, l’œdème de la muqueuse pulmonaire, les phlegmasies, les hémoptysies et les hémorrhagies a vacuo. Dans le cas malheureux de Mr. Jacottet, la clinique aussi bien que la nécropsie assignèrent, comme cause de sa mort, la congestion du poumon et du cerveau. Le ralentissement du cours du sang dans la veine porte produit l’inappéteuce, des vomissements, des nausées, et rend difficile le débarras de l’acide carbonique, dont nous avons déjà parlé antérieurement et qui alors a augmenté par suite de la contraction musculaire inusitée, pendant l’ascension aux montagnes; enfin, il hâte la fatigue des muscles, aussi bien ceux de la vie de relation comme ceux de la vie organique, qui se rendent vite incapables de tout travail.

Nous sommes arrivés à un des plus importants facteurs dont doit tenir compte Celui qui fait l’ascension d’une montagne. Il n’y a aucun voyageur qui n’ait observé la recrudescence des symptômes dont il souffre, aussitôt que ses efforts musculaires arrivent à un certain degré qui varie chez chaque individu. La Coudamine qui passe son temps à taquiner sou savant compagnon et qui pour le fatiguer choisit ses points trigonométriques sur des pics où l’on peut à peine arriver et à des hauteurs qui mesurent presque 5000 mètres, se sent à son tour pris du mal des montagnes sur le Chimborazo, quand il s’apprête à gravir une pente rapide couverte d’une neige très dure et fort glissante; mais aussitôt qu’il s’arrête pour prendre un repos indispensable, il voit disparaître in situ toutes ses souffrances. L’astronome Janssen qui se vante, en parlant de ses ascensions pasives au Mont-Blanc, d’avoir conservé l’usage de ses facultés pendant les ascensions et d’avoir même pu résoudre sur la montagne un problème qu’il aurait été incapable de résoudre dans la plaine, était pris d’accidents aussitôt qu’il tentait de faire l’ascension à pied. Yoici la maniéré dont il s’ex-

prime: “Mais il m’était indispensable de ne pas me livrer à aucun travail corporel, parce qu’au même moment la respiration me manquait, et si j’eus insisté, j’aurais éprouvé toutes les perturbations propres aux stations élevées.” Il ajoute un peu plus loin: “Je fis des efforts pour monter, mais malgré mes efforts presque surhumains, je tombai la face sur la neige. Je pris haleine et je voulus continuer l’ascension, mais il me fut impossible d’aller en avant, et je retombai de nouveau sur ce calvaire d’un nouveau genre aussitôt que tâchais de faire une nouvelle tentative.”

1158. Il est facile d’éloigner l’action de cette fatigue musculaire et l’on doit faire en sorte d’y arriver, pour pouvoir étudier ses effets indépendamment de ceux qui sont produits par d’autres facteurs qui contribuent à occasionner le mal des montagnes: ces facteurs sont: l’expérience de monter, la diminution de pression et la baisse de la température. Nous avons monté plusieurs fois sans interruption par un petit escalier de l’Institut National de Médecine, qui mesure 4m 14 de long et qui est composé de 13 échelons de 17 centimètres de hauteur sur 31 centimètres de largueur.

L’expérience commença à 4h 30pm-; elle dut être interrompue à 4h44 pour une cause imprévue, pendant 16 minutes, et on la continua ensuite jusqu’à 5h32.p m Herrera monta 59 fois, et Yergara, 162 fois.

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