UTILITÉ DE CETTE ÉTUDE
51. Nous avons vainement cherché dans nos livres de botanique nn chapitre intéressant au sujet de l’influence de la pression atmosphérique sur les végétaux. S’il existe dans un ouvrage Allemand ou Danois, dans quelque journal de date tout à fait récente ou très ancienne déjà il ne doit probablement pas être d’un grand développement ou d’une importance bien remarquable, puisqu’il n’est pas cité dans les revues et textes publiés à diverses époques et que nous consultons avec un véritable désir de le rencontrer.
52. Nous trouvons, il est vrai, quelques principes fondamentaux au sujet de cette question, un nombre réduit de notes de Paul Bert, d’autres de Jaccard et Bonnier, qui se rapportent aux cultures sous cloches pneumatiques et sur les hauteurs; mais nous ne connaissons aucune étude véritablement complète qui embrasse les questions de géographie, de botanique et de physiologie, celles qu’on étudie dans le laboratoire et celles que résout l’observation du voyageur naturaliste. Et comme nous ne pouvions ni ne voulions faire abstraction d’un nouvel élément d’induction très utile à notre but, nous avons accepté la tâche de remplir cette partie de notre programme sans aucune espèce de prétentions. Il nous a paru nécessaire de coordonner les diverses informations qui se trouvent éparpillées en différentes ouvrages, de les présenter avec une certaine méthode, en élargissant l’horizon de l’investigation, par l’examen de nouveaux faits de chorologie; en généralisant autant que le permettaient notre prudence et nos forces.
53. Dans le présent chapitre continue la bataille que nous livrons aux théories de Jourdanet et de Paul Bert.
Ce dernier a obtenu des résultats aussi défavorables chez les animaux que chez les plantes; d’autres s’inclinent à l’opinion contraire: ils ne croient pas que le manque de pression soit la cause de la faiblesse des plantes.
Quant à nous, nous suivons leur opinion pour les raisons que nous rapportons ailleurs; nous admettons que les espèces des plantes éprouvent des changements particuliers lorsque la pression atmosphérique varie; que leurs fonctions et leurs organes se modifient jusqu’à un certain degré, soit immédiatement, soit après nn laps de quelques jours, mais toujours dans le but de maintenir l’unité des conditions dans le milieu intérieur, afin de survivre aux vicissitudes irrémédiables de l’atmosphère, pour s’adapter, et non pour mourir, mais bien pour vaincre. Elles disposent des prérogatives de tout être vivant, de la faculté supérieure de l’adaptation, du temps pour la perfectionner et de l’hérédité qui conserve et accumule les lauriers de cette victoire gagnée sur les circonstances physiques défavorables.
54. Une plante née dans la région la plus froide qui se trouve sur la terre, est transportée à 4,000 mètres de hauteur: au commencement il se pourra que les conditions défavorables dépassent en importance toutes celles qui sout favorables, que la balance fléchisse sous le poids énorme et imprévu des premières, mais les secondes continuent à exercer leur action de compensation et peu à peu s’obtient l’optimum, c’est à dire l’équilibre parfait entre les conditions défavorables et les favorables.
55. Qu’il en soit ainsi ou non, quelle utilité pourrait rapporter à nos investigations l’examen d’une question de physiologie des végétaux? En partie l’utilité des généralisations, que Paul Bert a cherchées avec succès. Si une théorie comme la sienne est susceptible de s’appliquer aux êtres les plus divers et non pas seulement à ceux d’un règne, à ceux d’une classe en particulier, elle présentera plus de garanties d’exactitude.
56. D’autre part, si les plantes des hauteurs ont éprouvé un changement contraire dans les plus importantes de leurs fonctions, si à cause du défaut delà nutrition respiratoire quelques uns des produits par elles élaborés diminuent ou ont disparu, les-animaux et l’homme même éprouveront un effet notable. Depuis les oiseaux insectivores et les quadrupèdes carnivores qui se nourrissent d’herbivores, jusqu’à l’homme qui consomme d’une part des plantes affaiblies et peu nutritives, et de l’autre de la viande de mammifères et d’oiseaux mal nourris aussi, tous souffriront une nouvelle cause d’affaiblissement qui s’ajoutera aux circonstances anémiantes de l’atmosphère. Si cet état de choses dure longtemps, il arrivera que dans cette relation réciproque d’actions, dans cette circulation constante de la vie, dans cette espèce de système planétaire oii se meuvent les êtres comme de véritables satellites d’autres satellites, les influences perturbatrices arriveront à agir avec une énergie telle, par des voies directes ou indirectes, que l’homme et avec lui tout corps animé disparaîtra des hauteurs et le règne des minéraux en triomphera définitivement.
57. Si, en effet, le régime qualitatif est altéré et insuffisant; si le maïs, par exemple, base de l’aliment des indigènes de Mexico, ne contient pas 12 pour cent de matières azotées, mais seulement 6 pour cent, il faudra un vo-
lume double d’aliments ou bien se résigner aux conséquences d’une nourriture insuffisante: c’est-à-dire, à ce que les globules et les sels du sang diminuent, de même que l’intensité de la respiration, etc., etc.
L’organisme, alors, ne saurait lutter d’une manière avantageuse contre les conditions externes qui lui seront contraires.
58. Mais si l’atmosphère des hauteurs n’est pas une cause d’affaiblissement pour les plantes et si ces dernières conservent leurs propriétés nutritives ou bien même les augmentent, nous aurons un nouvel élément favorable et qui ne sera pas d’une petite importance, soit au point de vue de la prospérité agricole des hauteurs ou en relation avec l’étude de leurs conditions biologiques générales.
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