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VIE TRAGIQUE DE VINCENT VAN GOGH Vincent datant de cette époque sont parmi les plus émouvantes qu'il ait écrites. Le conflit entre le mysticisme religieux et le sentiment esthétique qui finira bien par triompher est à son paroxysme. Il décrit avec une justesse étonnante le paysage de Wasmes qui devait par la suite tenter bien des fois le pinceau de Constantin Meunier :
« Ces jours derniers, écrit-il, le 26 décembre, c'était un tableau curieux avec la neige blanche le soir, à l'heure du crépuscule, quand les travailleurs rentraient chez
eux de la mine. Ces gens sont complète- | ment noirs quand ils reviennent au jour du
fond des sombres mines. Ils ressemblent à des ramoneurs de cheminées. Leurs maisons sont pour la plupart petites; on pourrait les appeler plutôt des huttes, éparpillées le long de ces chemins creux, au flanc des collines. Par-ci par-là, on voit encore des toits moussus et le soir, la lumière luit amicalement aux fenêtres à petits carreaux, }
Vincent raconte qu’en dehors 2e grandes
réunions qu'il préside dans son «salon »,
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PARMI LES MINEURS DU BORINAGE
il assiste à des lectures de l'Évangile dans les maisons ouvrières (1). Il leur a parlé notamment sur le thème de la graine de . moutarde (?), sur le figuier stérile, l’aveugle-né et l’étable de Bethléem.
Notre Hollandais s’assimile quelque peu
le rude patois wallon de ses ouailles.
Et revoici un tableau qui a la vigueur d’un Baertsoen : « Il a dégelé cette nuit et je ne puis te dire à quel point ce pays monstrueux est pittoresque maintenant avec le dégel, alors que la neige fond et que les champs noirs avec le vert du blé d’hiver redeviennent visibles, »
Vincent ne cesse de dire son affection grandissante pour ces populations boraines au milieu desquelles il vit. Il trouve que ces gens ont quelque chose de simple et de cordial. Mais en même temps, avec beaucoup de perspicacité, il note que ces Borains ont une haine instinctive pour quiconque veut briser leur indépendance.
Dans une lettre d'avril 1870, il raconte sa
(x) La pratique est courante encore chez les protestants du Borinage.
home EME
descente à Marcasse, «l’une des mines les plus anciennes et les plus dangereuses de la région», Il va jusqu'à l'étage de 700 mètres. Il décrit fort exactement le travail de la mine, illustrant sa lettre qe quelques croquis fort simples.
1879, année tragique : une épidémie de typhus « la sotte fièvre » survint, et puis une grande catastrophe endeuilla le pays (le coup de grisou de l’Agrappe à Frameries).
Vincent se dévoua sans compter pour
soigner les malades et les brûlés, au visage noir et boursouflé. Une grève éclata ensuite : les mineurs révoltés ne voulaient plus entendre personne, sinon «l’pasteur
Vincent» en qui ils avaient confiance.
Cependant, Van Gogh dessinait de plus en plus. Un jour, il part pour Bruxelles à pied. Il arrive chez le pasteur Pietersen, dégue-
nillé, les pieds en sang, porteur de quelquesuns de ses dessins (Pietersen fait de l’aqua-
relle en amateur). L'accueil est cordial,
réconfortant, Il est décidé que Van Gogh ;
repartira pour le Borinage, mais il ira cette
fois dans une autre commune, à Cuesmes.
Cependant, une transformation étonnante s'est faite en lui: les considérations religieuses et les textes bibliques se font de plus en plus rares dans ses lettres jusqu’à
disparaître tout à fait. Il dessine beaucoup,
lit passionnément Shakespeare, Dickens, Hugo, Michelet, Mais il est sans but précis : « Mon tourment n’est autre que ceci, écrit-
1l à son frère (1) : à quoi pourrais-je être bon, ne pourrais-je pas servir et être utile
à quelque chose? »
Toujours ce besoin de servir et de con-
soler les hommes, ses frères. Mais peu à
peu, il voit clair en lui et à la fin de son
séjour à Cuesmes, c’est comme un cri de
délivrance qu’il lance quand il écrit : « Je
me suis dit je reprendrai mon crayon, je me
remettrai au dessin et dès lors, tout a
changé pour moi. Ne crains rien, si je puis
continuer à travailler, je remonterai en-
Il passe le rude hiver de 1879 à 1880 dans
| (z) Cette lettre, très belle, est en français.
(ne —
un dénuement extraordinaire. C'est tout juste si de temps en temps quelques subsides de son frère ou de ses parents viennent lui assurer le morceau de pain dont
il a besoin pour subsister, Avec quelques
francs en poche, il entreprend des voyages à pied. Il se rend à Bruxelles, à Tournai, à Maria-Hoorebeke, un village de la Flandre Orientale qui fut toujours un îlot de protes-
tantisme en terre catholique. Mieux ! Vincent se rend à Courrières, dans le Pas-de- Calais, où habite Jules Breton, peintre et
poète pour l'œuvre duquel il nourrit une grande admiration. Vincent couche dans les granges, dans une meule de foin, dans
une voiture abandonnée, toute blanche de givre et essaie de vendre ses dessins en
cours de route. Il arrive à Courrières, voit l'atelier tout neuf de l’auteur des Champs
et la Mer et, impressionné, gêné... bat en
retraite, sans oser se présenter. Il va marcher encore deux ou trois jours dans l’âpre bise
pour regagner la maison du mineur De-
crucq à Cuesmes. | Vincent s'analyse en termes émouvants
Lies
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‘rei Moi, je suis un homme à pas- | sions, capable et sujet à faire des choses plus ou moins insensées dont il m'arrive % De me repentir plus ou moins.
! HAE Anne j'étais dans un autre entou-
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Et il fait un retour en arrière, rappelle sa
vie ratée, la succession de ses expériences
désastreuses : «l'avenir est pas mal sombre », ajoute-t-il, « Jusqu'à quand, Ô mon Dieu !» « Mais quel est ton but défini, diras-tu; ce but devient plus défini, se dessinera lentement et sûrement, comme le
croquis devient esquisse et l’esquisse ta-
bleau, au fur et à mesure qu'on travaille
plus sérieusement, qu'on creuse davantage
l’idée d’abord vague, la première pensée fugitive et passagère à moins qu'elle devienne fixe. »
Et le voilà qui parle avec dédain des « Messieurs évangéliques, incapables d’émo-
tion humaine », C'est la révolte ! Il ne veut
pas qu’oû le considère comme un fainéant.
« Il y a celui qui est fainéant par paresse
et lâcheté de caractère, par la bassesse de
sa nature, tu peux si tu juges bon me pren-
dre pour un tel.
« Puis il y a l’autre fainéant, le fainéant bien malgré lui, qui est rongé intérieure-