PREMIÈRE PARTIE. HISTOIRE EXTERNE
après la tour du châtelain ^, et au moins jusqu'au xiii^ siècle -, la résidence des princes pendant leur passage à Douai. Spécialement, dans un côté de ce château, est nommée, depuis 1187, la <( Xova turris » ou « Nœve tour ^ », qui en était le donjon : elle contrastait naturellement avec Tancienne comme origine et, par opposition aussi de fin, elle était le
1. Suivant un principe connu, le prince, pendant son passage à Douai, devait habiter dans la Vieille tour (cf. Pirenne, Les villes flamandes, 18).
2. A ce moment en effet, et on le constate dès 1273, pour une cause inconnue, les souverains cessèrent d'habiter au château et se firent construire au delà de l'îlot Saint-Amé, dans un autre îlot auquel le premier était relié par un pont, une habitation nommée « la Bassecoui't » (Voy. Brassart, Château, II, 870, et le même. Travaux exccutts en Vhôtel de la B., 141-142 ; comme dociunents, le même. Château. Preuves, II, n"^ 120 et 121 ; joindre en 1347 notre P.J. 1160 intéressante, qui n'a pas été connue de cet auteur ; voy. encore en 1379, P.J. 13462.
3. On n'en a, par opposition à la Vieille tour, que des mentions ti'ès rares et qui ne paraissent même pas être postérieures à 1268, cju'elles soient diplomatiques ou narratives. D'une part, à la date précédente, la P.J. 503 indique bien sa situation. En 1187, « ad custodiam Nove turris », le comte donne divers revenus à son officier domanial, le notaire d'alors (Brassart, Château, II, 527, et Preuves, n° 41, p. 56 et 57). Puis, en 1195, les « tiu-res Duaci » dont il est question dans le traité de Pontoise, pouvaient désigner la Vieille et la Neuve tour (Teulet, Layettes, I, n° 428 ; cf. Brassart, Château, II, 530). Enfin, en 1200-1209, un chiltelain assigne comme douaiie à sa femme « 10 muis de foiu-ment de rente qui sont pris à le Nœuve toiu* de Douay » (Brassart, Preuves, n° 48, p. 66). D'autre part, au moment où Philippe -Auguste, en revenant de sa campagne infructueuse du Dam en 1213, à Douai
« Si fist abatre la Vies tour Mais de l'autre fist son atour.
Qui Pieron de Douwai estoit. Par devant S. Amé tout droit Comme castiel bien le ferma Et de bonne gent l'acesma ".
(Philippe Mouskes, Chron., S. S., XXVI, v. 21063 ss., p. 750). Les deuxtours sont ici bien nettement distinctes et il est impossible que « l'autre » ne soit pas la « neuve », d'autant mieux qu'à ce moment son possesseur désigné, Pierre de Douay, était bien, sinon le notaùe, du moins le receveur du domaine (Voy. sur ce personnage Bra»ssart, Château, II, 526-559), et que par conséquent cette attribution était toute natiu-elle. L'ab.sence de mention de ce donjon postérieure au milieu du xiii^' s. peut s'expliquer par l'abandon du Castel par le pouvoir central (voy. la n. précédente) et par la féodalisation partielle des successeurs des notaires, changement qui les amena à quitter leur résidence publique primitive (sur le changement juridique, voy. Finances, 1, note, § C, et matériel, Brassart, II, 571 ss.). L'officier domanial aurait donc changé d'habitation au moins deux fois,
siège de l'officier domanial du comte, du notaire ^, qui, nous l'avons dit, avait dû, avec ses magasins et ses archives ^, quitter également l'ancienne forteresse. Sans doute la tour primitive étant devenue trop ancienne à tous égards, le pouvoir public tint à se faire élever une demeure plus commode, dont une partie, tout en servant de défense en général, formerait une habitation pour le notaire en particulier. Mais justement le caractère tout à la fois de résidence passagère et d'agrément du Castel même ne peut lui faire attribuer aussi en principe qu'une origine Relativement moderne, que confirme naturellement le qualificatif de (( neuve » donné à l'un de ses éléments. En fait, la date de son apparition ne saurait être exactement précisée. Sa construction n'en complète pas moins la composition monumentale du castrum.
Mais même en néghgeant cette partie neuve, on voit que le côté ancien à lui seul constituait un véritable tout. Dans la Vieille tour et dans l'église, les diverses formes dun organisme militaire, juridique, économique et moral, politique en un mot, se trouvaient représentées et réunies, composant un ensemble qui. une fois établi, pouvait en somme suffire à tous ses besoms propres et vivre d'une vie, sinon admmistrative, au moins matérielle, indépendante. Or, si précisément on réunit ces divers traits, qu'il s'agisse en général de la situation de la petite forteresse sur les bords dune rivière navigable ou des détails de sa composition, ils ne sont pas autres, il est facile de le voir, que ceux de ces castra édifiés
1. Il s'agit évidemment de cet officier. Voj'. en général Pirenne, La Chancellerie et les notaires des comtes, 744-747 ; et spécialement pour Douai, ce que nous en a^'ons dit, Finances, 7, note, § C.
2. Au xnie s., la charge de receveur du domaine appartient à une famille descendant du notaire qui rendit le compte de 1187 (Brassart, Châteati, II, 523 ss.). En 1249, le titulaire en est appelé par Marguerite de Flandre « receptor spicarii Duacensis » (Brassart, II, 562) ; de même en 1255 (566- 667) ; en 1265, 1270, c'est « le receveur de notre espyer de Douai » (Brassart, Preuves, II, n°^ 117, p. 243, et 119, p. 246 ; et Finances, P.J. 463). pgj. conséquent, en 1245 encore, « spicarii nostri redditus habet recipere » (Brassart, II, 562). Sur « les bries de l'espier de Doay «, voy. P.J. 503, 636, 757 ; joindre en 1273, Brassart, Preuves, II, 0° 120, p. 248, etc.
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sur le sol de la Flandre par le pouvoir central à la fin des invasions normandes. En même temps, puisque selon un principe essentiel, ces châteaux ont été expressément le point de départ topographique de la ville future, il paraît donc être vrai de conclure, comme nous l'avons admis en commençant, que, dans le cas présent, c'est bien en cette partie de l'agglomération qu'on appellera au xm® siècle « li castaus Saint-Amé ^ » qu'on doit chercher le début de Douai.
Seulement, il ne faut y voir rien de plus. Il ne renferme, et dans des conditions exclusives, que des édifices de cause et d'utihté publiques, résultant d'un pouvoir extérieur et lui servant ainsi qu'au plat pays, mais n'ayant certainement pas en eux-mêmes et de quelque façon, un point de départ et un but absolus,- c'est-à-dire locaux. Au contraire, leur origine vient directement du dehors, et en quelque sorte leur fin y retourne. Aussi, matériellement, cette forteresse ne contient jamais en somme de place disponible importante pour des habitations privées : même, la construction du Castiel nouveau, pour plus récente qu'elle soit, n'en est pas moins très intéressante à remarquer, parce que finissant sans doute de faire disparaître le peu d'espace indépendant qui pouvait rester, elle achève également de caractériser la nature de l'îlot, où il semblait être impossible de voir sélever d'autres genres de demeures que celles qui existaient déjà. En effet, pohtiquement, le castrum est une résidence de fonctionnaires et qui sont d'utihté pubhque ; économiquement, il est toujours la résultante d'une civihsation purement domaniale telle que le haut Moyen- Age l'a connue. Bref, il forme le principe topographique d'une ville, mais, en fait il n'en constitue encore une à aucun degré ^.