‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 944 sur 993 · S2SI · texte numérisé non relu

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procédés qui permettent au marchand di'apier d'arriver à ses fins. Mais, d'autre part, la situation économic[ue variée des individus modifie nécessairement aussi les moyens par lesquels il se propose d'atteindre son but.

Prenons tout d'abord les maîtres dans leur ensemble. Il emploie à leur égard toute une variété de procédés. S'il s'agit de la vente de la matière i)remière, la laine iju'il leur procure est d'abord de mauvaise qualité ^ ; en général, « non mie telc ke ele deust * », elle est trop « grose ^ » ; un sac se compose de i< lokes... mauvais et pourris^»: dans un autre rempli K d'estontures », seule on le sait, la partie supérieure est bonne *. En même temps, il ne donne pas le poids réglementaire *. D'autre part, les prix sont trop élevés '. Egalement dans les matières tinctoriales, il achète de la garance au-dessous, il vend de l'alun au-dessus de leur valeur réelle *. Naturelle-» ment, la ])luijart de ces procédés entraînent un double avantage pour l'entrepreniuir. un doul)le tort pour le talu'icant. Le premier a conclu des marchés aux conditions ordinaires, (|uel ((ue soit l'état de la matière, pour de la laine de bonne qualité et en quantité déterminée : il gagne donc dès l'origine et sur l'une et sur l'autre et, le cas échéant, il s'est débarrassé d- ses j)roduits mauvais. Si, inversement, la matière fabriquée a (iuel({ue défaut, il ne la règle (jue telle iiu'elle est réellement : on le sait, il n'est pas responsable de la manipulation. Tout au contraire, le petit patron paye de la laine de mauvaise (pialité au pri.x de la bonne, ou une partie de la marchandise au prix de la totaUté. En outre, il ne peut fabriquer que des produits inférieurs ou en moins grande cpiantit'^; peut-être même lui arrive-t-il de ne rien pouvoir f;'.bri(iuer : en tout

1. § 5, 2U<>, 25, 3U, 45 ; le § 22 .sr rnppurto il de la laine donnée en paiement comme • truck-sydtem -.

7 § 3ti.

S. § 31) pui.s 35.

cas, il aura plus de peine et n'obtiendra qu'un salaire moindre. Le marché de reprise lui seia donc aussi désavantageux que le marché de livraison.

On voit aussi avec quel esprit arbitraire Boinebroke falsifie les prix de vente. Sa conduite n'est pas différente pour les prix d'achat. Des « rechincheurs » se plaignent de n'avoir reçu que d'insuffisantes « desiertes » pour le lavage de la laine ^. Fréquemment, des étoffes fabriquées sont payées au-dessous de leur prix ^ ; en particulier, le lainage des draps et des tiretaines, qui devait être réglé au « grant fuer », l'est au moyen, et lorsque le travail a demandé trois jours, le drapier ne veut régler le salaire que pour deux ^. Puis, ce sont des tisserands et des pareurs qui ne sont pas payés au terme convenu ou r|ui ne le sont pas du tout ^. Une peigneuse, travailleuse directe, et un csmoleur, travailleur indirect de l'entreprise, sont également victimes de cette façon d'agir ' : « Jou n'eut onques obole ne denier », déclare l'un des plaignants ". Dans tous ces cas, les procédés employés sont par eux-mêmes assez explicites jiour qu'on n'insiste pas ; ils démontrent jusriu'à l'évidence le jirincijie habituel du patricien : payer peu ou point.

Quelques situations méritent une mention spéciale, bien que certaines d'entre elles aient déjà été signalées. Boinebroke doit à un tisserand pareur 24 Ib. qu'il ne lui paye pas '. Le fabricant achète à son employeur un sac de laine, non pas semble-t-il, pour l'utiliser, mais pour le revendre afin de se procurer quelques ressources *. Comme il ne possède, nous venons de le dire, aucune somme disponible, il ne peut prendre cette matière « à ses deniers» mais «à dette», non au com]itant

2. Etoffes teintes : § 24, 30 ; otoffes tissée» ou parées : 1 0, 25. 34, 45.

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