SAINT ALPHONSE ET SON ORAISON MENTALE
qu'on ne le pense, les occasions et les moyens de réfléchir. Tantôt c'est la parole de Dieu entendue docilement; tantôt ce sont de bonnes lectures faites à propos; tantôt ce sont des incidents qui font ouvrir les yeux; tantôt et souvent c'est le spectacle de la mort tous les jours renouvelé; tantôt ce sont les croix et les peines de la vie, lesquelles nous ramènent naturellement à la religion : enfin, par mille voies diverses, Dieu fait revenir ses enfants aux sérieuses pensées sans lesquelles on ne vit pas chrétiennement.
Outre ces oraisons que l'on pourrait appeler accidentelles, il en est une plus régulière, plus officielle, qui mérite d'être placée parmi les premiers exercices de notre sainte religion. On l'appelle communément méditation, quoique ce nom n'en exprime que très imparfaitement la nature.
Or, sur l'oraison ou méditation, la plupart des saints Docteurs ont écrit. Il ne faut pas s'en étonner, car ce saint exercice est à la fois particulièrement difficile et particulièrement nécessaire. Tous se sont rencontrés sur le même terrain, et ce qu'ils en ont dit est invariable. Cependant à la doctrine commune chacun a voulu apporter son cachet propre. Signalons celui de saint Alphonse.
L'oraison, telle qu'il nous la décrit, est une quadruple rénovation de l'âme : rénovation de la vérité dans l'esprit; rénovation de la vertu dans le cœur; rénovation de la prière et de la grâce par la prière ; rénovation de la bonne volonté par la résolution ou la promesse.
Quant à la rénovation de la vérité, le saint Docteur a pour principe qu'il faut revenir constamment aux grands et fondamentaux sujets de notre sainte religion. Il n'aime pas ou il n'aime guère les sujets secondaires. Pour lui, c'est toujours le crucifix et l'éternité.
Le crucifix avec les adorables mystères dont il est le résumé : avec la connaissance de Dieu, de son amour et de sa justice; avec la connaissance de l'IIomnin-Diou, de son cœur, do ses vertus et de son œuvre rédemptrice; avec la connaissance du péché, mal de Dieu, mal de Jésus-Christ son
Fils; avec la connaissance de la Mère de Dieu, mère des hommes.
L'éternité avec les redoutables secrets qu'elle renferme : les deux séjours, ciel et enfer; les deux voies qui y conduisent; les deux morts; les deux jugements.
Le saint Docteur veut que l'âme creuse, creuse souvent ces vérités vitales; qu'elle les creuse non pas par de profondes et difficiles réflexions, mais par un souvenir assidu et attentif: car, nous dit-il, l'homme qui parvient à se les ;ixer dans l'esprit possède le principe de la vie.
Ce retour continuel aux fondements des choses, saint Alphonse l'applique non seulement à la première partie de l'oraison, mais encore à la deuxième, c'est-à-dire à la rénovation de la vertu dans le cœur.
Il ne défend certes pas de s'occuper de chacune des vertus, cependant il veut que l'on donne une préférence marquée aux deux sentiments essentiels de la vie chrétienne. D'après lui, les deux actes principaux de l'oraison sont les actes d'amour et de contrition. 11 demande que l'âme y revienne non pas exclusivement, mais principalement; et afin que personne ne puisse prétexter l'impossibilité ou la difficulté de ces actes sublimes, il a bien soin d'établir que, si l'on ne peut pas les produire tels qu'ils sont, le simple désir de les faire quand on en sera capable, plaît singulièrement au Seigneur.
La troisième rénovation qui s'opère par l'oraison, est, avons-nous dit, celle de la prière et de la grâce jjar la prière.
Ici encore le saint Docteur vise à ce qu'il y a de plus essentiel. On pourrait avec raison distinguer la petite prière et la grande. La petite serait celle qui implore de Dieu les biens inférieurs, tels que la santé et le succès des affaires temporelles. La grande, au contraire, mériterait ce nom parce que les biens qu'elle sollicite sont tous de l'ordre supérieur et parfait : ils se rapportent, en effet, au salut de l'âme et à l'amour de Dieu.
Or, sans proscrire les demandes de choses inférieures