Ecce inalcr tua (Joaii. \ix
Mais, dira-t-on, pour converser avec cette céleste famille, il faudrait la voir. On ne parle pas à des absents, et on ne jouit de la présence que par la vue.
C'est une erreur, une erreur profonde, qui ne contribue pas peu à rendre l'oraison difficile. Beaucoup de personnes s'imaginent que quiconque se livre à ce saint exercice peut et doit tout d'abord se procurer une demi-vision de l'invisible, être saisi de la présence de Dieu comme on le serait d'une apparition, se sentir près de Jésus-Christ à peu près comme saint Jean pendant la Cène, et voir la sainte Vierge un peu comme l'a vue Bernadette. Avec une pareille méthode, l'oraison est impossible, parce que les efforts tentés pour se mettre en rapports sensibles avec l'insensible énervent l'esprit sans aboutir à rien.
Saint Paul nous dit : Si quelqu'un veut s'approcher de Dieu^ il faut qu'il croie K Cela signifie que pour entamer conversation avec le ciel, il faut commencer par l'acte de foi. Voulez-vous, dans le secret d'une cellule solitaire, entrer subitement en communication avec la sainte Trinité elle-même, et vous écrier comme Jacob : Vraiment Dieu est en ce lieu et je ne le savais pas-^. Ne cherchez pas une sorte de vision des trois Personnes, comme quelques saints l'ont eue, une ou deux fois durant leur vie; mais contentez-vous de cette parole : Mon Dieu, je crois! je crois à votre sainte présence en ce lieu, et à la réalité de l'entretien que je vais avoir avec vous.
. Que cette parole : Je crois! soit également adressée à Jésus- Christ quand c'est lui que vous avez choisi pour interlocuteur divin, ou à la sainte Vierge, si l'entretien doit avoir lieu avec cette céleste Mère.
Et pourquoi recourir ainsi à la foi, toujours à la foi? Pour une raison profonde qu'il faut expliquer ici.
L'âme humaine peut avoir trois sortes de lumières : celle
1. Credere enim oportet accedentem ad Deum quia est (Hebr. xi, 6).
2. Vcre Dominus est in loro islo, et ego nesciebarn (Gen. xxviir, 16}.
LA LUMIÈRE DE LA FOI DANS l'oRAISON. 429
du miracle, celle de la science et celle de la foi. La première fut donnée à saint Paul quand il vit de ses yeux Jésus-Christ sur le chemin de Damas. La deuxième fut départie aux philosophes païens qui connurent par la raison l'existence d'un Dieu. La troisième éclaira saint Pierre quand il déclara au Sauveur : Vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant K
Or, il y a cette différence entre ces trois lumières, que celle du miracle, précisément parce qu'elle est miraculeuse, ne peut pas être le pain quotidien de notre esprit ; et que celle de la science ne nous impressionne pas, tandis que la lumière de la foi envahit peu à peu toute notre âme.
Qu'on en tente, si l'on veut, l'expérience; que l'on conseille à deux hommes de s'occuper activement de la présence réelle de Jésus-Christ au très saint Sacrement. Que l'un s'y applique en savant; que durant des semaines et des mois il étudie les docteurs pour s'amasser sur ce point un trésor de science, mais sans exercer sa foi; que l'autre au contraire, sans dédaigner la doctrine, retourne souvent auprès du tabernacle, et que là il répète fréquemment la prière de l'aveugle de Jéricho : Je crois, Seigneur; mais aidez mon incrédulité-. Après avoir ainsi diversement travaillé, qu'ils reviennent, et qu'on les interroge.
Le premier sera réduit à répondre : J'en sais plus, mais je n'y pense pas davantage. Sur la vie eucharistique de Jésus-Christ parmi nous, je pourrais écrire un volume, et cependant je n'en suis ni pénétré ni saisi. Ma lumière est comme éteinte dans un coin de mon intelligence. Elle m'a rendu savant, mais elle ne me fait pas vivre.
L'autre au contraire sera en droit de s'exprimer de la sorte : Grâce aux actes de foi que si souvent j'ai répandus en présence de mon Dieu dans mes visites silencieuses au saint Sacrement, je sens que Jésus-Christ n'est plus pour