N.-D. DU PERPÉTUEL-SECOURS, VIERGE DE LA PERSÉVÉRANCE
petits, qu'un roi se donne fastueusement les noms les plus grands et les plus beaux, César, Auguste, ces qualifications, absolument vaines par elles-mêmes, n'opèrent rien en celui qui se les donne : les plus cruels tyrans ont eu parfois les noms les plus aimables.
Il n'en est pas ainsi pour les personnes qui ont en partage la vraie grandeur. Êtres supérieurs, exerçant autour d'eux une influence multiple qu'il est impossible de qualifier par un seul mot, ils ont ordinairement plusieurs noms, tous parfaitement vrais, parce que, tous, ils expriment quelque côté de la réalité. C'est ainsi que le soleil pourrait s'appeler tout à la fois et le grand luminaire, et la vie de la nature, et le distributeur du temps. C'est ainsi, pour passer à un ordre supérieur, que Jésus-Christ, le Soleil de Justice, s'est nommé lui-même la Voie, la Vérité, la Vie, le Sauveur, la Lumière, la Source, le Pasteur, la Nourriture et le Breuvage des hommes, le Prêtre, la Victime et l'Autel. C'est ainsi encore que la sainte Vierge, cause niiiverselle du bonheur des hommes, astre mystique brillant au firmament de l'Église, s'est donné à elle-même ou a reçu des fidèles les noms les plus variés. Elle s'appelle Vierge de Pitié, Mère du Bon Secours, Madone de la Consolation, Notre-Dame de Compassion, Notre -Daiae des Victoires. Parfois changeant de nom suivant les lieux divers où elle se plaît à manifester sa gloire, elle se nomme Notre-Dame de Lorette, Notre-Dame de Fourvières, Notre-Dame de Lourdes, Notre-Dame de la Salctte.
Or, ces diflV'rents noms, quoique étant des qualification^ d'une seule personne, servent à la multiplier autant (|uils se multiplient eux-mêmes. Il semble vraiment (jue la Vierge de IMtié ne soit pas celle du Bon Secours; que celle-ci se distingue de Notre-Dame d'Espérance; et (|u'il y ait. pour prendre une expression familière, autant de Vierges qu'il y a de titres donnés à l'uniciueet incomparable Vierge- Mère. Aussi le peuple, dans sa naïvet('' qui est une naïveté profonde comme tout ce qui vient de Dieu, établi', i! 'vif
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distinction très nette entre les différentes madones, objets multiples de son culte filial. Pour lui, invoquer Notre- Dame de Grâce, ce n'est pas prier Notre-Dame des Victoires ; et un pèlerinage à la Salette lui paraît tout autre chose qu'un pèlerinage à Lourdes. C'est à tel point qu'il se forme souvent entre les différents sanctuaires de Marie une sorte de rivalité. Lourdes, comme une nouvelle et brillante étoile, est venue prendre place bien près de cet antique Betharam où, depuis des siècles, le paysan des Pyrénées allait prier sa Mère. A l'heure actuelle, la faveur populaire s'est partagée entre la Vierge connue depuis des siècles et cette Immaculée Conception tout récemment descendue du ciel. Tant il est vrai, encore une fois, que participant en quelque sorte au privilège de la Trinité divine et de l'humanité sainte du Sauveur, la Mère de Dieu est tout à la fois une et multiple ; une par l'unité de son être, et multiple par l'inûnie variété de ses dons.
0 Marie, si le soleil, dont la lumière me paraît simple et indivisible, n'arrivait jusqu'à mes yeux qu'en traversant un prisme, dans cet astre unique j'en apercevrais sept, parce que son éclat se partagerait en sept couleurs différentes; de même, quoique en levant les yeux bien haut, j'aperçoive en vous la splendeur unique de toutes les grâces et de toutes les miséricordes, si je vous considère dans les différents dons que vous distribuez aux hommes, vous m'apparaissez alors, ô ma Mère, sous mille traits variés, dont chacun arrache à mon amour un cri de reconnaissance. Si je reçois de vous consolation dans mes peines, je m'écrie : 0 Vierge de Pitié. Si c'est la force de vaincre que vous daignez m'accorder, je vous salue du nom de Secours des chrétiens. 0 Mère immaculée : tel est le cri de mon âme quand vous me conservez la grâce de l'innocence. S'il s'agit au contraire d'une précieuse lumière me dirigeant dans ma conduite, je vous en rapporte toute la gloire, o Notre- Dame du Bon Conseil! C'est ainsi que ma naïve conûance, ne se contentant pas d'une seule mère, parvient à s'en don-