CHAPITRE IX
l'esprit de l'aRCHICONFRÉRIE de NOTRE-DAME DU PERPÉTUEL -SECOURS.
En général, on ne participe aux avantages d'un état quelconque que si on en possède l'esprit. Un jeune homme est-il sur le point d'embrasser une carrière, la grande recommandation qu'on a coutume de lui faire est celle-ci : Pénétrez-vous bien de l'esprit de votre nouvelle profession. Veut-il entrer dans la carrière des armes, on lui dira : Ayez l'esprit militaire et vous ferez votre chemin. Se destine-t-il à l'état ecclésiastique, on lui donnera ce conseil : Ayez le véritable esprit du sacerdoce, et vous serez un saint prêtre, un sauveur d'âmes. La grâce le pousse-t-elle à se consacrer à Dieu, on s'empressera de lui répéter : Ayez soin de prendre l'esprit de votre ordre, et vous deviendrez une copie vivante du saint fondateur.
Ce qui est vrai pour le choix d'un état de vie, est vrai également, proportion gardée, pour l'agrégation à une de ces archiconfréries pieuses que l'Église a multipliées dans l'intérêt de ses enfants.
Nous sommes donc autorisés pour donner ce conseil à ceux qui sont ou veulent devenir membres de l'Archiconfrérie de Notre-Dame du Perpétuel -Secours : Ayez soin de bien comprendre l'esprit de cette sainte association. Si vous avez le bonheur de vous en pénétrer, vous serez un chrétien pour qui la très sainte Vierge réalisera son titre de Mère du Perpétuel-Secours. Vous jouirez de sa continuelle assistance au milieu de toutes les difficultés et de tous les dangers de la vie ; son maternel amour vous protégera jusqu'à votre dernier soupir et jusqu'au delà du tombeau.
Quel est donc l'esprit de l'Archiconfrérie de Notre-Dame du Perpétuel-Secours? Voici comment on peut le définir :
L ESPRIT DE l'aRCUICONFRÉRIE. 483
Cest un esprit de sainte anxiété^ qui, frappé des dif/icullrs et des dangers de la vie, éprouve te besoin d'un secours perpétuel, et le demande perpétuellement à la hirnheureuse Vierge Marie.
L'esprit de notre Archiconfrérie a pour premier élément, remarquez-le bien, une sainte anxiété. Je veux sauver mon âme, se dit le chrétien animé de cet esprit, je veux sauver mon âme; c'est là ma grande et principale affaire ici-bas. Hélas! que de difficultés 1 Que de tentations! Que d'oublis! Que de dangers! Ah! mon Dieu! qui me protégera? Qui me rassurera contre tant de périls réunis pour me perdre?
Trois ennemis me font la guerre et avec acharnement : c'est le monde, c'est le démon, c'est mon penchant au mal. Pourrai-je résister à tant d'assauts? Serai-je victorieux jusqu'à la fin? 11 m'est impossible de l'ignorer : ma faiblesse est extrême; je porte en moi le germe de tous les vices. A chaque instant, je me sens sollicité au mal avec une violence qui m'épouvante, et qui me contraint en quelque sorte à m'écrier avec saint Philippe de Néri : Je désespère, je suis perdu!
Il me faut, je le sens, un secours puissant. Ce secours doit m'être donné à chaque instant. Si un moment il m'est enlevé, à ce moment-là môme je succombe; il faut qu'il me soit donné aujourd'hui, il faut que je l'obtienne demain, il faut qu'il me soit assuré tous les jours de ma vie, il faut qu'il me soit continué jusqu'à mon dernier soupir; sinon, impossible à moi de persévérer, et conséquemmmt de me sauver.
Au milieu de mes alarmes, une chose me rassure : c'est ma résolution bien arrêtée de recourir pcMpéluellemont à Marie; car je suis sûr que, si je l'iiivocpn' sans cesse, elle sera fidèle à me secourir toujours. Elle est, en ellel, la trésorière, le canal, la distributrice des grâces, la consolatrice des affligés; et, pour tout dire en un mol, elle s'appelle pI elle est la Mère du Perpétuel-Secours. Par ollr. je soi ai
secouru dans les tentations, secouru dans les difficultés, secouru dans les souffrances, secouru dans les doutes et les ténèbres, secouru dans les tristesses et les dégoûts, secouru même dans toutes les nécessités temporelles, secouru en tout, partout et toujours.
Telle est ma conviction. C'est pourquoi mon anxiété s'apaise, et je repose en paix. Ou plutôt, il me reste une crainte : celle d'abandonner Marie et de ne plus l'invoquer. Cette infidélité serait ma mort; car elle m'enlèverait la grâce de la persévérance finale.
Or, pour que ce malheur ne m'arrive pas, j'ai pris la salutaire précaution de m'enrôler sous la bannière de l'Archiconfrérie de Notre-Dame du Perpétuel-Secours. Devenant ainsi d'une façon particulière l'enfant de cette bonne Mère, je serai plus excité à l'invoquer toujours; et elle, de son côté, m'obtiendra la grâce de recourir à son amour dans tous mes besoins. Mon entrée dans cette Archiconfrérie est un contrat qui me sauvera : je promets à Marie un perpétuel recours; elle me donnera son perpétuel secours. Cette pensée m'anime, me console, me tranquillise ; et, parmi les anxiétés de la vie, mon âme espère.
Voilà le langage du vrai membre de l'Archiconfrérie de Notre-Dame du Perpétuel-Secours ; voilà sa conviction, voilà l'esprit qui l'anime.
Que tel soit, en vérité, l'esprit de notre Archiconfrérie, personne n'en peut douter, puisque l'Église elle-même nous l'a déclaré. Voici, en effet, la prière qu'elle a approuvée pour rofïïce de Notre-Dame du Perpétuel-Secours : Dieu tout-puissant et miséricordieux^ qui nous avez donné d'honorer d'un culte particulier V image de Notre-Dame du Perpétuel-Secours^ accordez-nous miséricordieusement cette grâce : que parmi toutes les vicissitudes de la vie jjrésente et dans notre vogage vers Véternilé, nous soyons continuellement couverts de la protection de Marie, toujours immaculée et toujours vierge; afin que, de la sorte, nous méritions de recevoir les récompenses de V éternelle Rédemption que vous
l'esprit de r/ARCIIICO.\FRÉniE. AH'.')
avez opérée*. Et avant celte oraison chantée par le prêtre, l'Église met sur les lèvres du peuple cet appel expressif : 0 notre Souveraine, vous êtes notre refuge. Vous êtes notre secours toutes les fois que le besoin s'en fait sentir, et notre soutien dans la tribulalion- .
On le voit, il n'est pour ainsi dire pas un mot de cotte prière, où ne transpire Tesprit de notre Archiconfrérie tel que nous venons de le définir. L'Église y relève les difficultés, les tristesses et les dangers de notre vie : que imrmi toutes les vicissitudes, toutes les tribulations de la vie présente. Elle nous montre où nous trouverons notre secours : que nous soyons toujours couverts de la protection de Marie. Enfin pour nous faire bien comprendre que la perpétuité do ce secours de Marie nous procurera la persévérance et nous introduira au ciel, elle ajoute : Afin que de la sorte nous méritions de recevoir les récompenses de la Rédemption opérée par vous.
Qu'il est donc heureux, le chrétien pénétré de cet esprit 1 Sa vie se passera dans cette salutaire vigilance, dont l'Apôtre parle en ces termes : Mes frères, opérez votre salut avec crainte et tremblement ^. Il se maintiendra dans une continuelle défiance de lui-même, et cette défiance le portera à chercher son secours auprès de la Mère de Dieu que personne n'a jamais invoquée en vain. Toujours implorée, Marie l'assistera toujours, et après lui avoir obtenu, chaque jour, la grâce de la constance, elle ajoutera le comble ù toutes ses faveurs, en courormant tous ces dons, par lo don des dons, qui est la persévérance finale.
t. Oinnipoleiis et inisericors Deiis, qui dedisti nobis hoalissimx' Geniliicis iua3 iinasinom de Porpoluo Succiiisu spcc.iali tiliilo vonerari : concède propilitis, ila nos inU'i oinnes via; et vita; liiijns vaiiclalc^ Conliniia cjusdein Iininaculala! scmpenpie Vir^iiiis Maria* proict lioiir iiiuniri, nt aiternaî tuai UodiMnplionis proîioia conscciiii ini'icaiîim (OII. de nea(. Mar. Virg. de l'erp. Suce. Oral.).
2. l'acta es nobis, Domina, in refuj^iuin. A«ljiMrix in opporlunil.ilibiiN, in Iribulalione (id(!ni Oiï. Versie.}.
;î. Cuin nielu cl Ircmore vcslrain sahilein operamini (Phili. ii, l'.î,.