‹ La vieille (volume 2)Chapitre 7 sur 22 · COUPLETS · texte numérisé non relu

COUPLETS

LA COMTESSE

Au beau pays de France,

Séjour charmant, par les arts embelli ,

Tous deux jadis vous passiez votre enfance ,

Et j'ai voulu , vous rendant un ami , Pour un instant vous rendre encore ici Ce beau pays de France.

( 2e couplet. )

EMILE, à la Comtesse.

Au doux pays de France , Tout est soumis anx loix de la beauté; Mais dans ces lieux et malgré la distance. Lorsque l'on voit tant d'esprit, débouté, Et tant de grâce, on se croit transporté Au doux pays de France.

LA COMTESSE

Mais voyons? que ferons-nous ce matin pour égayer le convalescent? je vous apportais là un cahier assez curieux... ce sont des aventures et anecdotes sur la dernière campagne de Russie... tous les ëvcncmens singuliers dont on m'a fait le récit ou dont j'ai été témoin je les ai consignés dans ce volume, et ce matin je comptais vous les lire.

EMILE

Ah! volontiers.

LA COMTESSE

Oui, entête-à-tête... mais puisque nous avons un ami...

EMILE

Écoutez... Léonard était venu pour faire votre portrait.

LA COMTESSE

Ce n'était là qu'un prétexte pour l'attirer auprès de nous.

EMILE

Qu'il le commence dé* aujourd'hui... vous me

le donnerez, et quand je ne serai plus prisonnier de guerre, quand je retournerai dans mon pays , vous serez encore avec moi, car votre portrait sera comme votre souvenir, il ne me quittera jamais.

LA COMTESSE

Si VOUS me donnez de pareilles raisons, je n'ai rien à répondre.

EMILE

Allons, à l'ouvrage : asseyons-nous (à Léonard.) prends tes pinceaux ( à la Comtesse. ) voici votre tapisserie.

LA. COMTESSE

Je pourrai travailler ?

LÉONARD, s asseyant près de la table à droite et se disposant à peindre.

Sans doute... {à Emile) et toi?

EMILE

Moi, je VOUS regarderai et je ne ferai rien... c'est le privilège des convalescens.

LA COMTESSE

A merveille ! ce sera une matinée d'artistes.

EMILE

Vous serez contente de mon ami Léonard... c'est un vrai talent... il fait surtout d'une ressemblance...

LA COMTESSE

Tant pis... à vingt ans, on aime qu'un portrait soit exact et lidèle... mais à mon âge, on craint les miroirs... [à Emile ) Ce qui me rassure, c'est qu'on France, ce porlrait-là n'excitera pas la jalousie de vos mailresscs.

EMILE

Ce serait difficile... car je n*en ai pas.

LA COMTESSE

Vraiment?

J'ai tout rompu... j*ai tout cède à mes amis; quand on part pour la Russie , il faut faire son testament...

LA COMTESSE

Quoi!., vous n'avez jamais eu de passion véritable?

EMILE

Ma foi, non... j'ai beau chercher... Dis donc^ Léonard, te souviens-tu?...

LEONARD

Dam !... vois tes notes, tu me parlais tout à rheure d'un amour d'imagination.

EMILE, lui faisant signe.

Veux-tu te taire... pardon, madame, celui-là ne compte pas.

LA COMTESSE

Quoi! vraiment, jamais!! s'il en est ainsi j mon ami... je vous plains... il faut avoir aime une fois en sa vie, non pour le moment où l'on aime.., car on n'éprouve alors que des tourmens... des regrets , de la jalousie... mais peu à peu ces tourmens-là deviennent des souvenirs qui charment notre arrière saison. J'ai entendu des gens de mon âge dire en se rappelant le passe: «c Nous étions bien malheureux , c'était là le bon tems i> ; ces souvenirs-là influent plus qu'on ne croit sur le caractère et adoucissent notre humeur... Ils rendent Tâgemùr plus aimable j le nôtre plus indulgent ^

et quand vous verrez la veillesse douce, facile et tolérante, vous pourrez dire, comme Fontenelie votre compatriote : u l'amour a passe par là. i>

LÉONARD

Prenez garde, madame , car vous êtes si bonne et si aimable, que, d*après votre système, nous allons penser...

EMILE

Voyez-vous ces artistes... ils ont sur-le-champ des idées... Apprenez, monsieur , que la comtesse de Xënia a toujours été la femme de la cour la plus sage et la plus raisonnable.

LA COMTESSE, souviant.

Il y a à la cour bien des réputations usurpe'es..non pas que je ne mérite la mienne... mais souvent cela dépend de si peu de chose, qu'il n'y a pas de quoi s'en vanter... Songez donc que, veuve à dix -huit ans, j'étais maîtresse de ma main et d'une fortune immense, lorsque je rencontrai dans le monde... un beau jeune homme...

EMILE, virement.

Qui vous aima?

LA COMTESSE

Non... au contraire c'était moi ! car lui ne %en doutait seulement pas!

EMILE

Ce n'est pas possible... contez-nous donc cela?

LA COMTESSE

Cela peut-il vous distraire un instant? Aussi bien cela vous tiendra lieu de notre lecture. i.ui-LY.^ approchant son fauteuil, A merveille !... toi surtout, Léonard, ne fais pas de bruit.

LA COMTESSE

Ecoutez-moi bien.

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