‹ La vierge d'Arduène: traditions gauloisesChapitre 38 sur 38 · CHŒUR DES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

CHŒUR DES VIEILLARDS

a Fuyant les oppresseurs et resclavag;e^ nous vous délaissons , terre sacrée qui nous vis naître , cité édifiée par nos mains, champs fertilisés de nos sueurs; et vous aussi , divinités propices qui faites votre demeure dans le creux des chênes et dans les grottes de la montagne. Tout un peuple porte à la terre étrangère son espérance et ses vœux.,.. »

(c Champs paternels! les vieillards d'Arduène vous disent un long adieu ! Pour toujours , adieu.! adieu! »

Ici le monarque y inspiré par le souvenir des visions de la nuit, élève la voix, et ses mâles accens^ dominant la mélodie, font entendre cette strophe prophétique qui termine l'hymne des adieux.

TBÉODEMIR.

K Mais les dieux Tont juré , et leurs promesses ne seront point Taines! Dans les vallons de la nouvelle patrie , le Peqple-Vengeur croîtra en silence ^ et ses flots nombreux, pareils à ceux de la mer '^^ inonderont un jour ces contrées. Oui , les fils de nos fils sauront laver nos affronts : précédés de la victoire , ils rentreront triomphans dans la terre natale '». »

c< Noble tige des héros, accomplissez vos destinées. »

<( Champs paternels! recevez de nous un long adieu , mais non pas pour toujours ! Adieu ! adieu \

Ces chants, à la fois belliqueux et mélancoliques, éveillent dans leurs grottes les nymphes endormies : elles élèvent leufs têtes divines audessus des ondes; leurs yeux en pleurs suivent

4i4 l'A VIERCE JfAMffJiSlE.

la nation fugitive à travers la plaine» En la TOjrant s^éloigner^^Ues poussent de roélodtêux soopirs qui se mêlent aux sons déjà éloignes des instrufliens^ et ajoutent à la tristesse solennelle de cet instant. Penchées sur leurs umes^ ces douces divinités écoutent les derniers accens du peuple : cette mélodie lointaine^ répétée par les échos des vallées ombreuses et des champs déserts, s'affaiblit et meurt enfin , comme le souffle des vents lorsqu'il se perd dans la profondeur des forêts.

rnr du douxiàmk bt DEamEa liyie.

av

(i) \Je r empire de Rome, ] « Quelques anaées après qu'Auguste eut rétabli l'ordre dans les Gaules , les Sycamb/es > peuples d'en-delà du Rhin , ennemis du repos et craignant que cette servitude ne passât jusqu'à eux, commencèrent une longue guerre qui ne finit qu'à 1^ chute de l'empire romain dans l'Occident. >» ( Me» zerai ;> Histoire de France aidant Clovis ; livre i , page 93. )

{tl) Aux dëeises^mères, ] « Les Celtes habituellement •ccupés de la profession des armes , n'exerçaient ce pé* nihle métier qu'en laissant nécessairement un nombre iafini de malades et de blessés , dont la cure était coa*fiëe aux femmes, qui commencèrent à étudier les propriétés des plantes médicinales avec un succès qui les rendit recommandablea à la république» Quelques-unes y ajoutèrent un peu d'astroUgie et se vantèrent d'étra en état de prédire l'avenir. Les plus âgées acquirent le talent d'expliquer les songes et s'y distinguèrent d'une façon qui leur mérita les honneurs divins. Tel est , selon les auteurs de Leipsick, le principe des déesses-mères » dont les plus anciens monumens , découverts à Metz 1

4i6 NOTES

ont persuadé à un savant moderne que les Médîon^triciens en avaient emprunté leurnom. Cette conjecture est appuyée sur la manière dont l'itinéraire d'Antonin et la carte de Peutinger l'ont ortographié , en ne faisant qu'un mot de Dwoduromédio f puis ajoutant audessous, en commençant par une lettre majuscule, Matricomm, » ( Antiquités de Metz ; p. 60. )

(3) j4ux vétemens des vainqueurs, ] « On lit dans la Notice de l'empire, écrite sur la fin du troisième siècle, que Metz avait non-seulement une fabrique de draps pour les légions romaines , mais aussi un dépôt dans lequel les empereurs faisaient conserver les habits à leur usage , et une partie des ameublemens de la couronne , afin que les affaires les appelant d'une province à l'autre, ils trouvassent sur leur route les choses qui leur étaient nécessaires, sans être obligés de les faire conduire à leur suite ; c'est ce qu'ils appelaient cinhgium ou geynecium. On en avait établi dans les quinze principales villes de l'empire, sitiiées sur les voies militaires , et l'on doublait à l'officier qui en avait l'intendance le titre àe procurator gejrnicii. Metz était donc l'une des villes les plus considérables de l'empire , puisqu'elle servit de place forte à Julien l'apos* tat, pour garder les prisonniers et les bagages qui étaient le fruit de ses victoires auprès de Strasbourg. » ( Ammien Marcellin; liv. 17 , chap.» i ; Antiquités de Metz ; chap. 2 , pag. 34- )

(4) Ses coursiers rapides. ] « Les Trévîriens passaient pour lesplusvaillanset les meilleurs cavaliers de toute la Gaule , et ils conservèrent leur liberté jusques sous Yespasien. » ( Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine ; tome I. )

0) Leurs vastes arsenaux, ] « Il n'y avait , dans la Gaule , que huit fabriques ou officines d'armes : elles étaient distribuées en sept villes. Chacune de ces fabriques avait son attribution particulière: celle de Mâcon , pour les flèches et javelots ; Autun , pour' les cuirasses ; Soissons , les épees et les arbalètes ; Reims , les épées ; Amiens , les épées et les boucliers ; Trêves , deux fabriques , l'une pour les épées et Tautre pour les arbalètes. Il n'y avait que celle de Strasbourg qui eût le droit de faire toute espèce d'armes. »> ( État de la Gaule au cinquième siècle , par M. Fournel ; p, 29. )

(6) De r odieux étranger, ] « Les Belges , en quelque sorte devenus Romains , méprisèrent toiit ce qui servait à leur rappeler d'une façon humiliante leur férocité primitive. Rome, pour ne rien faire à demi , les engagea k se servir du latin , et se conduisit en cela d'une manière si captieuse , dit saint Augustin , que tout le monde aurait cru qu'elle agissait par un principe d'union, bien qu'elle n'y fût portée qu'en vue d'affermir sa domination. » ( Antiquités de Metz; chap. i , p. 3oi. ) •

(7) A la place de nos rois, ] « Tous reconnaissaient que Rome ne combattait pas comme eux pour la glpire et par amour pour les armes, mais par intérêt, mais pour les asservir , pour changer leurs lois , pour substituer ses préteurs à leurs che& particuliers , pour lever sur eux des impôts énormes, et pour armer ensuite leurs bras en faveur de sa propre cause. » ( Guerre des Gaulois en Italie ; tome I , page 65. )

(8) .De la. Gaule. ] « C'est sans doute mie chose digne de méditation^ de voir que les Romains ^i, par politique , avaient ouvert leurs temples à tous les

4i8 NOTES.

Jieux I et dont la ville était le centre de tontes les ligions 9 aient précisément , aussi par politique , anéanti ie culte des Gaulois , proscrit leurs rites et leurs cérémonies I et poarsuîvi le fier k la main les ministres de leurs autels ; et de remarquer que , de tons les peuples çonqub , nos ancêtres aient été les seuls dont les dienx n'aient pu trouver une place dans le Panthéon.

M La fureur dont étaient animés les Romains contre la religion druidique , fut le prélude de celle qu'ils devaient ressentir bientôt contre la religion évangélique c et les martyrs de la secte expirante couvrirent de leur sang la même terre qui , peu d'années après , devait être rougie encore par celui des propagateur» de la doctrine du Christ.

M Le prétexte d'anéantir un culte qui permettait rimmolation de victimes humaines , aocusation dont la vérité ne fut jamais bien prouvée , (;ou¥rit le vrai motif de la proscription des druides; leur magique pouvoir devait porter ombrage aux Romains qni voulaient régner sans partagé Les raisons politiques

se couvrant alors , comme dans d'autres temps , du manteau de l'humanité, le sang coula à grands Rots dans les Gaules ; toutes les classes des prêtres , les druides qui régissaient la nation , les bardes qui chantaient ses exploits et les eubages qui cherchaient l'assurance de ses succès dans les entrailles des victimes, furent enveloppés dans la même condamnation , poursuivis dans leurs retraites , forcés et massacrés dans les sombres forêts que la hache avait respectées jusqu'alors j et qui virent tomber leurs arbres antiques , leurs autels abattus, et leurs simples monunaens brisé» ea éclata. »» ( Recherdies kisêoriquet^et archéologie

DU LIVRE DOUZIÈME. ^t^

ques sur le dépariement des Basses^Âlpes ; pitges 27 et a8. )

(9) Gauloise ou romaine (p. 4oo,l. 19).] « LesOîmbres et les Teutons , après avoir ravage notre pays , l'abaiidonnërent et nous laissèrent au moins la liberté. Mais que veulent les Romains? Nous opprimer d'une ëtemelke slervitude. Ils ne font point la guerre à d'autre dessein ; et si vous ignorez ce qui se pave dans lesprovioceséloignéai, jetez les jeux sur la Gaule narbonnaise qui languit depuis tant de temps sons les haches . les faisceaui, privée de ses lois et de ses coutumes* » ( Discours de Critognatus aux Gaulois bloqués dans Alise en Bour^ gogne , et pour les encourager à la défense de ceiiê place; Commentaires de César ; liv* 7 , p. a45. )

(10) La frugalité ^ la pudeur,"] « Jamais peuple n*a été plus jaloux de sa liberté et ne Ta plus long-temps et plus heureusement défendue que les Germains. On peut même dire qu'ayant été chassée de tout l'univers par les Romains, elle s'était réfugiée au-delà du Rhin , oii elle avait pour compagnes et pour gardie unes , la pauvreté , l'innocence , la frugalité, la pudeur. C'est dans l'enceinte de ces forêts et de ces marécages , que tantôt Attaquée et tantôt faisant de courageuses sorties ^ elle combattit durant cinq ceirts ans contre )a tyrannie et toute sa suite , je veux dive l'ambition , le luxe , les volnpté^, la flatterie , les divisions et tous les moyens dont cette cruelle ennemie du genre humain se sert pour forger des chaînes et des menottes. » ( Mézerai ; Histoire de France avant Cloyis ; p. 67. )

(11) Au doux pays de la GrëcOé ] « Leur liberté mourante vint tomber aux pieds du grand Cjtn$ ; alors

éehappantau joag.qu'ik ne pouyaîent briser, les cî^ toyens de Phocée résolurent de chercher au-^elà*des mers une patrie indépendante , et firent un salut d'adieu k Todorante lonie , second ciel des déités du paganisme. >» (Marchangy ; Gaule poétique, )

(la) Ou pour jr mourir, ] « €e fut la réponse que lit , soîxante-treize ans plus tard^ le chef des Ansivares, peuplade malheureuse , qui chassée par les Cauces ses voisins , demandait (Fhabiter les terres en friche de la Belgique. Leur conducteur se nommait Bpjocalus^ homme d^ine vieillesse vénérable , et d'une grande ^réputation parmi les siens ; mai» qui ne devait pas moins être estimé par les Romains, parce qu'il avait servi sous leurs armes ; aussi leurs chefs ayant écouté ses remontrances , lui offrirent des terres en son particulier; mais le vieillard les refusa comme le prix d'une trahison , et ajouta ces généreuses paroles : Terre ne peut nous manquer pour y vivre ou pour j' mourir; après quoi il rompit l'entretien et se retira fort en colère. » ( Mézerai ^ Histoire de France avant Clovis ; liv. 2, p. l32.)

(i3) De Jriinges de cuir. ] « Les voituriers étaien^t vêtus d'une robe courte de toile\ et tenaient un fouet dont la poignée était couverte de cuir. » ( Lureau ; Histoire de France avant Clovis ; tome I , p. ^o,)

(i4) Qui vous entourent- ] « La vallée qui s'étend depuis Faucon jusqu'à St.-Pàul, département àe% Basses-Alpes , était connue autrefois sous le nom de

Vallis muiia ; ce nom lui avait été donné , dit-on , par un chevalier rdmain qu'on y avait exilé et dont on

crut retcouvor les ossemens au commencement du

5iëcle dernier; mais ce squelette, dont le crâne était entouré d'une bande d'airain , semblerait plutôt être celui d'un Gaulois , ainsi que cet ornement l'annonce. » ( Recherches archéologiques sur le département des B asses^'Alpes j par M. Henry; p. 36. )

(iS) Le divin F'olcanus,'] « Les Gaulois reconnaissaient la divinité de Vulcain et lui donnaient place parmi leurs autres dieux ; son culte était trës-ancien dans les Gaules , car, deux cents ans avant Jésus-Christ, les Gaulois ayant déclaré la guerre aux Romains, pour réparer les pertes qu'ils avaient faites en deux différentes guerres , leur roi Yiridomarus fit vœu de consacrer à Vulcain toutes les armes des ennemis. » (P/iitarque; Florus , livre 2 , chap. 40

(16) V argent le plus pur.'] u L'adresse des Gaulais à mettre en œuvre les métaux et à faire des ouvrages curieux et utiles oii le secours du feu était nécessaire , leur avait été un motif pressant de prendre Vulcain pour un de leurs dieux , peut-être pour lui référer la gloire de l'invention , car Pline remarque qu'ils avaient les premiers trouvé l'art d'étamer si proprement les vaisseaux de cuivre qu'on ne pouvait guère ]es discerner des vaisseaux d'argent , et qu'ils avaient porté la perfection de cet art jusqu'à vernisser avec de l'argent les barnois des chevaux et l'attelage des chars.

» C'est aussi de cet art des Gaulois et de cette invention que parle Philostrate quand il dit que les barbares qui habitaient l'Océan enduisaient fort délicatement d'or, d'argent et d'autres couleurs le cuivre sortant rouge du feu, en sorte que tout ne faisait qu'un seul corps solide et un mélange d'émaux excellens. » ( Rc' ligion des Gaulois ; tome II , livre 4 9 page 6.)

4^2 NOTTS

(17) Reconnaître un maître. ] Un peuple victime d'une in Ame déloyauté vient, de nos jours ^ d'offrir à l'Europe ce spectacle attendrissant. Parga, vendue an Turcs par ses protecteurs , a préféré la pauvreté à la honte , l'exil à l'esclavage ; elle a quitte ses murs antiques j ses moissons florissantes^ ses champs d'oliviers, et n'a emporté dans sa fuite que les ossemens de ses përes , les regrets de la patrie et le noble sentiment de son indépendance. Voyez V Exposé des faits qui ont précédé et suivi la cession de Parga; publié par Amaury

, Duval.

(18) Pareils à ceux de la mer,"] te II y a , sur le Rhin , une nation de Celtes. La nature les a tellement formés pour la guerre, qu'on leur a donné le nom de' Fracti^ qui , dans la langue grecque , exprime cette vigoureuse constitution (forts et puissans), nom que le vulgaire ignorant a changé en celui de Francs.

» Lorsque ce peuple combat , il ressemble aux flots de la mer; quand son premier flot s'est brisé, il en succède un second . puis un troisième, ainsi de suite , jusqu'à ce que le vent soit apaisé.

» C'est ainsi que combattent ceux auxquels nous donnons le nom de Fracti. Leur fureur dans l'actiou est portée à un tel excès , qu'à peine un corps avancé est détruit^ qu'il en paraît un autre sous la conduite d'un nouveau chef. » (État de la Gaule au cinquième siècle ; tome II , page 3i i .)

(ig) La terre natale.] n Les sa vans Spencer » Audigérius, Volateran,, Bodin et Trivorius ont soutenu cette identité entre les Gaulois et les Francs > et l'on ne peut se dissimuler combien est poétique ce système aussi

Traisemblable que tout autre. N'éprouTe-t-on pas , en effet , un intérêt mêlé de surprise en reconnaissant dans ces Francs intrépides des Gaulois échappés à la servitude et à la corruption ou languissaient leurs frères sous les Romains ; en voyant cette ancienne portion de la patrie , qui , conservée pure et vierge dans les frimas de la Germanie , est restée dépositaire de rind«pendkiice et des vertus primitives , rapporter ces trésors à la Ganle asservie et lui rendre les pénates de la liberté qu'elle a sauvés. >» (Marchangy ; Gaule poéti que*, tome I , page i3g.)

« Reconnaissez vos frères à leur haine implacable pour les Romains ; reconnaissez en eux ces intrépides compatriotes qui ont porté sur toute la terre la gloire du nom gaulois , les compagnons d'Annibal et de Mithridate , recherchés par les plus puissans princes de l'Asie et de l'Afrique, et souvent l'objet de leur terreur. Honorer la nation des Francs c'est vous honorer vousmêmes : leurs exploits , leurs succès , leur renom vou» appartiennent; car la gloire acquise par une colonie devient commune à toute la nation. » {Justin ; liv. 38, chap. 4* Josèphe Vhistorien\ liv. i , chap. i5. Pausanias , État de la Gaule au cinquième siècle; tome II y page 3840

«c II est assez piquant pour l'amour-propre des Français d'aujourd'hui de retrouver leurs ancêtres dans ces colonies gauloises qui ont rempli la terre de leur nom, qui ont saccagé Rome au plus haut degré de sa puissance , et réduit ses fiers habitans à se réfugier sur le haut d'un rocher; qui ont visité Alexandre à Babylone et battu ses successeurs ; franchi le défilé des Thermopyles et attaqué Delphes ; qui ont été tour à tour l'effroi

et l'espoir des princes d'Asie et d'Afrique ; qui out , à leur gré , donné ou ôté des couronnes ^ élevé , rétabli ou renversé des trônes , changé des républiques en empires et des empires en républiques.

» Quand on se, rappelle que tous ces exploits sont l'ouvrage de ce même peuple qui est aujourd'hui connu sous le nom de peuple français , et lorsqu'on les compare avec les^ événemens de nus jours , alorâ on trouve l'explication de ces prodiges d'audace et d'intrépidité qui ont étonné l'Europe , et l'on en concltit seulement que les.enfans n'ont pas dégénéré des përes. » ( État de la Gaule au cinquième siècle ^ par M. Fôurnel ; tome II, page 387. )

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