LA VIERGE MOURANTE
Le bonheur ne frappe pas à toutes :
les 2>ortes : c'est un passant d'humeur1, bizarre.
Parfois aussi, il frappe, entre, puis • s'en va. Et l'on pourrait dire que c'est presque toujours ainsi. Le bonheur, tout; comme la fortune, est capricieux et inconstant !
Un jour, d'un misérable il avait fait un bienheureux : Philippe Danjou. Puisi il avait apporté la joie dans la maison! du restaurateur, Amable Beaudoin. Pendant de nombreuses années il avait habi- ] té au foyer de M. Roussel. Or, un jour, I il avait déserté Philippe tout à coup en le mettant dans l'impuissance de soula- i ger la douleur de son patron. Oui, de- ; puis que Philippe n'avait pu rendre à M. Roussel la Vierge d'Ivoire qu'il avait trouvée et donnée à AmaMe Beaudoin
le jeune homme était malheureux très
malheureux. Il avait abandonné le res- ! taurant de la rue Notre-Dame et, sans le vouloir, il avait fait une misérable : Eugénie qui ne se consolait plus ! F.t Eugénie étant malheureuse, toute la famille tombait sous le coup de sa souffrance.
Le lendemain de ce soir où Philippe avait couru chez Amable Beaudoin pour lui redemander la Vierge d'Ivoire, le jeune homme avait demandé à sa mai- j tresse de pension de la Place Viger de j lui fournir les vivres. La bonne femme, qui estimait Philippe, ne l'avait pas refuse, et pour cela représentait un revenu supplémentaire. Du reste, elle avait : longtemps demandé au jeune homme de j prendre ses repas chez elle. Mais elle | ignorait que Philippe préférait manger | chez Amable Beaudoin par reconnais- I sance pour ce dernier et par amitié pour j; Eugénie.
Mais cette amitié s'était tout à coup j effacée lorsque la jeune fille avait annoncé à Philippe la perte de la statuette ' d'ivoire, et Philippe gardait à la jeune fille une rancune pour la négligence j qu'elle avait montrée en ne mettant pas I en lieu sûr la statuette. Il lui en vou-J lait énormément encore, à ce point qu'il y finissait par la hair.
Il n'avait donc plus reparu au restaurant de la rue Notre-Dame, et il avait tout fait pour éviter une rencontre avec Eugénie. Il s'abstenait d'aller à l'église Notre-Dame par crainte d'y rencontrer la fille du bossu. A présent c'était à l'église Saint-Jacques qu'il allait entendre la messe le dimanche. Cette église était également celle de son patron, M. Roussel.
Celui-ci, un dimanche, ayant aperçu Philippe à la sortie de la messe, l'avait pris à l'écart et lui avait dit :
— Venez faire un tour chez moi. Je vous invite à diner aujourd'hui. Ma femme désire vous connaitre et ma fille aussi. Depuis que je lui ai dit que vous avez trouvé sa Vierge d'Ivoire, elle veut vous voir. Oh ! elle est bien malade, et je sais que ce ne sera guère plaisant pour vous de vous trouver en compagnie d'une agonisante et d'un père et d'une mère désespérés ; mais je pense que votre présence nous fera du bien, venez !
Philippe avait suivi son patron. Et il avait vu la moribonde.
Son coeur s'était fendu.
Quand la jeune fille lui avait tendu sa main fine et décharnée, Philippe l'avait à peine serrée comme s'il eût craint de briser cette chose si délicate et si fragile ; mais il s'était agenouillé et, sans savoir ce qu'il faisait, il avait baisé pieusement cette main. La malade avait souri en murmurant comme toujours :
— Je voudrais bien avoir ma Vierge d'Ivoire !
— Vous l'aurez un jour, dit Philippe.
Dieu finira par vous entendre, Mademoiselle !
— Monsieur Danjou, balbutia la jeune fille, venez me voir souvent ! Celui que j'aimais est parti venez prendre sa place ! Il me semble, depuis que vous êtes là, que votre jeunesse fait revivre la mienne !
Philippe avait rougi très fort. Il connaissait toute l'histoire de Fernand, son ami, et il n'ignorait pas que le jeune homme, frappé par un désespoir curieux.
était parti pour une destination inconnue. Et en lui-même il pensait que la maladie de cette jeune fille s'agravait peut-être duj départ ou mieux de la fui-
te de celui qu'elle aimait ou qu'elle avait aimé.
Et les paroles que venait de lui dire Lysiane l'avaient fait frémir et rougir. Pour la première fois Philippe venait de sentir son coeur tressaillir de joie inconnue et mystérieuse. Une immense sympathie, pour ne pas dire plus, venait de pénétrer son âme tout entière, et un attrait puissant, presque irrésistible, paraissait l'attacher près de cette couche sur laquelle gisait une mourante. Mais cette mourante venait d'exercer sur lui un charme prodigieux. Et ce n'était pour- 1 ant qu'une petite chose, presque inerte, lui au moindre souffle pouvait tomber en Poussière !
Qu'importe ! De même que Philippe l'avait pas été maître du mouvement rie pitié qui l'avait agité à la vue de la malade, de même il ne pouvait repousser le sentiment nouveau qui, dans son coeur, faisait place à la pitié.
Car Philippe avait conservé le soutenir de cette vision intérieure qu'il avait iu sur la Place Jacques-Cartier, le soir où il avait quitté son ancienne pension et Hortense Deschênes. Cette vision d'une jeune fille blonde, à l'air maladif, était demeurée une image ineffaçable dans son esprit et dans son coeur. Et cette
image, il venait de la revoir il la
voyait là, vivante sous ses yeux-— oh ! si peu vivante ! — mais vivante, réelle quand même !. ..Et c'était la même image blonde, pâle, soaffrante là, sur ce lit !
Quelle etr.in.sre aventure !
Philippe avait donc promis à Lysiane de revenir, et il était revenu souvent depuis ce dimanche. Et à présent il en était rendu à se dire que si Lysiane mou rait. son coeur à lui ne pourrait pas survivre !
Comprend-on qu'il était devenu très malheureux ? Il vivait entre l'espoir et l'épouvante !
Et quand il entendait Lysiane murmurer avec insistance :
— Je voudrais bien avoir ma Vierge d'Ivoire
Alors Philippe était saisi de rage violente, et malgré lui une malédiction s'envolait de sa pensée vers (eux ou celui qui gardait en sa possession la statuette en dépit dels avis réimprimée chaque jour
dans les journaux.
Quoi i à la fin cette statuette serait-elle perdue pour tout de bon ? se demandait Philippe avec horreur.
Un soir, vers les dix heures qu'il revenait de la rue Sainte-Famille et gagnait son appartement., il s'entendit interpeller par une voix féminine qui ne lui semblait pas tout à fait inconnue.
Tl s'arrêta, surpris et regarda la jeune personne qui était devant lui. Il la
reconnut.
— Ah ! mademoiselle Jeanne !
Dites-moi comment va votre amie> Hov-
tense ?
Philippe avait connu cette Jeanne au temps où il domiciliait à la pension de la Place Jacques-Cartier. C'était l'amie intime d'Hortense, sa compagne de travail, et cette jeune fille venait souvent à la Place Jacques-Cartier. Naturellement Hortense avait présenté l'ouvrière à Philippe
— Hortense ? répliqua la jeune fille.
Vous ne savez donc pas qu'elle va se marier à Pâques ?
— Non, je ne sais pas. Je ne l'ai pas revue depuis
— Ah ! c'est vrai, depuis que vous êtes parti de la Place Jacques-Cartier ?
— Oui.
— Eh bien ! il y a du nouveau.
— Elle n'est donc plus sur la Place Jacques-Cartier ?
Eiïe y a conservé sa chambre.
Mais en ce moment elle est à Burlington.
— A Burlington ?
— Oui. Mais elle va revenir la semaine prochaine.
— Mais avec qui se marie-t-elle ?
— Fernand Drolet.
— Hein ! Fernand Drolet ?
— Vous le connaissez ?
— Si je le connais c'est un de mes
amis !
— Tiens ! comme ça se trouve !
— Mais dites-moi comment la chos^ s'est faite ?
- — Ma foi, je n'en sais guère plus que vous. Hortense m'a écrit qu'elle se mariait à Pâques av^c ce Fernand Drolet. voilà tout. Seulement, je sais qu'elle avait connu un peu ce jeane homme à Montréal, puis le hasard les a placés sur
le m£me chemin à Burlington. Si vous voulez lire la lettre d Hortense, ajouta la jeune fille en tirant une enveloppe de sa sacoche qu'elle tendit à Philippe.
— Il n'y a pas de secret ? demanda le jeune homme en hésitant à prendre la lettre.
— Pas le moindre. D'ailleurs vous
connaissez Hortense... c'est du badinagt
tout le long.
Philippe lut la lettre. Tout à coup il s'écria :
— Hein ! est-ce possible qu'elle ait trouvé la Vierge d'Ivoire ?
— La Vierge d'Ivoire ! fit Jeanne interdite.
Tous deux se regardèrent avec surprise.
— Oui, dit Philippe la voix et les mains tremblantes, la Vierge d'Ivoire.
C'est une petite statuette qu'on a perdue. Je l'avais trouvée moi-même sur la Place d'Armes, puis je l'ai donnée à un restaurateur de la rue Notre-Dame.
— Ce n'est pas le bossu que vous voulez dire ?
Lui-même.
— Et bien ! je comprend comment il se fait qu'Hortense ait trouvée la statuette. Le bossu fait laver son linge chez nous, et je comprends que la statuette se sera trouvée égarée parmi des pièces de lingerie quelconque et qu'elle serait tombée.
Et elle raconta à Philippe tous les détails de la trouvaille d'Hortense à la buanderie.
Philippe chancelait de joie folle :
enfin la Vierge d'Ivoire était retrouvée !
— Et vous pensez qu'Hortense possède encore cette statuette ? demandat-il ave inquiétude.
— Je le pense, oui.
Philippe à son tour dit à l'ouvrière l'histoire de la statuette, et termina en disant comment, celle qui l'avait perdue, se mourait de chagrin.
— Eh bien ! mademoiselle Jeanne, je pars de suite pour Burlington. Voulezvous me donner l'adresse d'Hortense ?
— Elle est là sur la lettre. Mais je ne vous conseille pas de faire ce voyage, attendu qu'Hortense sera revenue dans quelques jours.
— Vous avez peut-être raison.
Philippe soulhaita bonne chance à cette amie d'Hortense et, presque fou, il rebroussa chemin et se dirigea à grande allure vers la demeure de son patron pour l'informer de l'excellente nouvelle.
L'IRREDUCTIBLE HORTENSE
Hortense Deschênes était revenue à Montréal le 16 janvier.
Le soir même de ce jour Philippe se rendit en toute hâte sur la Place Jacques-Cartier.
Il trouva Hortense très gaie si
gaie qu'elle lui sauta au cou en criant :
— Un revenant ! Eh bien ! c'est le premier que je vois en ma vie, je l'embrasse !
Elle paraissait folle de joie.
— Tu siais, Philippe, je me marie !
Elle le tutoyait comme un frère.
— Oui, je sais, et je te félicite. Mais je suis venu pour autre chose, Hortense. que pour t'apporter mes félicitations et t'oiïrir mes voeux de bonheur.
— Ça m'est égal pour quoi tu es venu. Je gage que tu ne connais pas mon futur mari ?
— Si j'accepte le pari, tu vas perdre : c'est Fernand Drolet.
Hoitense regarda le jeune homnnavec surprise et dit :
— Je vois que tu as fait la rencon tre de Jeanne Dumais.
— C'est vrai. Mais Fernand te di ra lui-même que lui et moi nous sommes de vieux amis.
— Vrai ? vrai ? tu ne veux pas blaguer ?
— Quand je te le dis !
— Mais comment se fait-il qu'il ne m'ait pas parlé de toi ?
— Et toi-même, ïui as-tu parlé de moi ?
— Non.
— Eh bien ! dans le feu de votre amour vous avez oublié vos amis, même les meilleurs. Que veux-tu, Hortense ?
c'est ce qu'on appelle l'égoisme humain, une tare ineffaçable dans notre nature.
Mais je reviens à ce qui m'amène, car je suis pressé.
— Oui, tu as l'air à ça. Que veuxtu ?
— Je viens te demander si tu as encore la petite statuette d'ivoire que tu as trouvée à la buanderie ?
Hortense regarda Philippe avec étonne ment.
— Est-ce qu'elle t'appartient par hasard ?
— Es-tu bien certain de ça ? demanda Hortense, défiante.
— Veux-tu savoir autre chose, Hortense ?
—Dis, pour voir !
— Cette statuette, je l'avais déjà eue en ma possession, et je l'ai perdue.
— Alors, c'était à toi.
• — -Non comme toi je l'avais
trouvée.
— Tu ne me dis pas !
— Je te l'affirme.
— Mais qui l'avait donc perdu d'abord ?
— Lis cela !
Philippe lui tendit une découpure de journal.
Hortense lut lentement l'avis que M. Roussel avait fait insérer dans les journaux. Puis elle esquissa une moue dédaigneuse et demanda en rendant 'c bout de papier à Philippe :
— Tu connais ces gens -là ?
— C'est mon patron.
— Ah bien ! ne m'en colle pas, hein !
— Je te jure
—Et cette statuette, c'était à lui ?
— Non ! c'était à sa fille.
— Ah ! il a une fille ?
— C'est tout comme c'était à sa
fille.
— Oui et elle est bien malade.
— Tiens ! Est-elle jolie ?
— Peut-être
— -Peut-être ?
— C'est une moribonde elle se
meurt. Elle demande saras cesse sa Vierge d'Ivoire. Donne-moi la statuette, Hortense.
La jeune fille avait perdu son sourire, et ses sourcils contractés se rapprochaient pendant qu'elle paraissait réflé chir. Au bout d'un moment elle demanda :
— Sais-tu une chose, Philippe ?
— Allons, parle, mais dépêche-toi !
Déjà Philippe s'impatientait. Oh !
c'est qu'il lui tardait de courir chez M. Roussel avec la petite Vierge d'Ivoire.
— Cette statuette m'a porté bonne chance, et si je la donne, cela me portera peut-être malheur. Philippe, je la garde !
■ — Hortense, tu es folle !
Non. Je la garde, elle est à moi
maintenant !
— Mais c'est un vol !
— Je l'ai trouvée !
— Qu'importe !
— Un objet trouvé n'dst pas un objet volé !
Nos, peut-être quand on ne
sait pas qui en est le propriétaire. Mais là, Hortense, tu le sais, tu connais le propriétaire ! !
Ça ne fait rien, je garde la statuette;
Une secousse de colère violente fit
trembler Philippe. L'obstination de la
jeune fille faisait bouillonner son sang.
Il essaya de raisonner Hortense.
— Hortense, si tu gardes cette statuette quand tu sais à qui elle appartient, tu commets une bien vilaine action. Cette action est presque un crime, quand la perte de cet objet peut faire mourir une jeune fille que ses parents aiment beaucoup. Car elle mourra, cette jeune fille, à moins que sa Vierge d'Ivoire ne lui soit rendue. Elle ne cesse de la demander. Ah ! si tu l'entendais, une fois seulement, lorsqu'elle murmure avec son sourire livide et désespéré : "Je voudrais bien avoir ma Vierge d'Ivoire!" Hortense, rends-moi la statuette ! supplia Philippe.
— Non je la garde !
— Oh ! Hortense ! Hortense ! es-tu si méchante ?
— Tu sais bien, Philippe, que je ne suis pas méchante. Tiens ! je vais faire un marché avec toi.
—Dis !
— Quand je serai mariée, je te II rendrai !
— Quand tu seras mariée ?
— Je me marie à Pâques.
— A Pâques ! Mais, malheureuse, la fille de M. Roussel a le temps de mourir cent fois !
Je
— Elle ne mourra pas, Philippe veux me marier.
— Prends garde, Hortense, que ton entêment ne te porte malchance !
— Je te la rendrai à Pâquies, Philippe.
— Eh bien ! non. Moi, je la veux de suite !
Cette fois la figure de Philippe était menaçante.
— Tu vas me la prendre de force ?
se mit à rire la jeune fille.
— S'il le faut, oui.
— J'aimerais voir ça !
— Tu vas le voir, Hortense. Donnemoi la statuette !
—Non !
— Tu me la donneras !
Philippe brusquement saisit les deux mains d 'Hortense.
— Oh ! par exemple, ne fais pas le vilain comme ça !
— Donne-moi la statuette, Hortense !
Philippe rugissait et serrait les deux mains à les briser.
— Donne la statuette !
— Tu me fais mal, Philippe !
— Jamais !
— Donne !
— Lâche-moi !
Avec une vigueur insoupçonnée Hortense dégagea ses mains prisonnières dans celles de Philippe et repoussa rudement le jeune homme.
Lui jeta un hurlement de rage, fit • un bond vers la jeune fille et lui saisit la gorge qu'il se mit à serrer fortement.
— Ah ! veux-tu m'assassiner, Philippe ? râla Hortense que la frayeur tuait à demi.
— La Vierge d'Ivoire, vite ! commanda Philippe dont le visage était ef- j frayant à voir.
— Au secours ! cria Hortense.
— Tais-toi, misérable, et obéis !
— Laisse-moi ! A l'aide ! à l'aide.
— La statuette ! vociféra Philippe.
— Au secours ! On me tue !
Dans la maison un bruit de pas et de voix se fit entendre.
Mais Philippe ne percevait rien.
— Hortense, si tu ne me rends pas la Vierge d'Ivoire, je vais te tuer !
La jeune fille avait fermé les yeux et demeurait inerte et livide. Sans 1; vouloir Philippe Danjou avait serré plus fort qu'il n'était nécessaire.
Tout à coup il tressaillit violemment.
La porte de la chambre de la jeune fille venait d'être ouverte avec fracas, puis trois hommes robustes se jetaient sur Philippe, lui faisaient lâcher prise et Je maintenaient solidement.
Hortense venait de rouler sur le ta pis de sa chambre où elle demeurait inanimée
Alors de toutes parts des cris retentirent.
Des femmes, des hommes, des enfants criaient par les fenêtres, par les portes ouvertes de la maison :
— A.u meurtre ! A l'assasin !
Philippe, aux mains des trois gaillards qui le maintenaient, se débattait et hurlait.
Mais les trois hommes ne lâchaient pas.
Des agents de police survinrent peu après et s'emparèrent de Philippe.
Pendant ce temps la maîtresse de pension, assistée de quelques femmes du voisinage, essayait de ranimer Hortense qui n'était qu'évanouie.
Pour plus de sûreté on appela un médecin.
Mais avant que l'homme de science n'arrivât, les policiers emmenaient Philippe à l'Hôtel-de-Ville.
Le jeune homme eut beau protester, rien n'y fit. On l'emmena menottes aux mains.