OFFICIER D’ACADEMIE
A ma petite nièce Marie-Paul Pour le jour de sa première communion
‘Margarita pretiosa.
Pour désigner la beauté parfaite, dans tous les genres, c’est-à-dire une œuvre rayonnante de vérité et de splendeur, nous employons un mot qui résume et concrétise toutes nos admirations, nous disons : c'est une perle. Ainsi, pour l'esprit humain, la perle est, de toutes les choses matérielles, le type le plus achevé de beauté absolue. Notre Seigneur lui-même, voulant nous faire apprécier la grâce infinie de son règne, l'a comparé à une ‘perle précieuse”. Et l’apôtre saint Jean, décrivant les merveilles de la céleste Jérusalem, nous dit que ‘ses douze portes étaient douze perles, et que chaque porte était d’une perle”.
Il ne faut donc pas s’étonner de voir la liturgie appliquer ce mot à Marie, Mère de Dieu, et de l’entendre lui chanter avec amour : ô Vierge, vous êtes une perle très fine, le plus beau joyau des mers orientales. Et je voudrais précisément montrer qu'il y a de réelles analogies entre la perle et la Vierge Marie.
Et d'abord, la perle a une origine mystérieuse. La science, même moderne, n'a pu découvrir ni fixer les lois de sa production : elles échappent à ses calculs. Sa naissance a quelque chose de singulier, de rare ; elle est due, non pas au jeu de forces reguliè. res, mais à un accident de la nature. Et les anciens, dans leurs croyances naïves, que, d’ailleurs, toutes nos lumières n'ont pu contredire, disaient que c'était la rosée du ciel qui venait féconder 1n nacre, et y faire &ermer ce trésor,
Quoi de plus mystérieux également, que les origines de la Vierge?—Selon une tradition, infiniment respectable, Marie est le fruit du miracle. Anne, sa mère, était stérile. Or, la stérilité, chez le peuple juif, surtout à une époque où l'attente du Messie était plus fiévreuse que jamais, et où Israël soupirait unanimement après son Sauveur, était considérée comme un opprobre. Dieu, pour récompenser la foi, les prières ardentes, les larmes, de cette noble fille des patriarches et des rois de Juda, la releva enfin de son humiliation, et exauça tous les vœux de son cœur, en la rendant mère de l'enfant la plus privilégiée qui fut jamais née. Voilà, certes, un fait merveilleux,
Mais combien le mystère de la conception immalée de Marie dépasse cette faveur pourtant signalée, Au miracle de sa germination dans le sein d’une mère stérile,—dont il y avait eu d’autres exemples sous l’ancienne loi,--l’Eternel a voulu joindre le prod ige,unique
dans l’histoire de l'humanité, de sa conception sans tache. Dès sa sortie du soufile créateur, l'Esprit Saint la couvre de son ombre, empêchant la souillure originelle de rejaillir sur son essence très pure, La conception immaculée de la Vierge, —dogme de notre foi, opération toute divine ! Aucune autre créature ne peut se vanter d’avoir une origine aussi auguste, — Cette perle, qu'est Marie, a vraiment été formée d’une goutte de la rosée céleste, —
La perle est parfaite dès sa naissance. A la différence des autres joyaux, il ne faut pas qu’une main habile la travaille pour faire ressortir sa valeur. Tout l’art d’un Cellini ne saurait ajouter à son éclat primitif. Le rôle du ciseleur consiste seulement à la sertir dans l'or, ou à l’entourer de pierreries, dont les feux ne rendront que plus séduisants ges tons chastes et discrets. Mais son vrai mérite est indépendant de sa situation. Pour la grâce mesurée de sa forme, l’exquise beauté de ses teintes, elle ne doit rien à l’art du joaillier.
Et de même, l’âme de la Vierge fut ornée, dès l’origine, de toutes les vertus et de tous les dons de l'Esprit Sairt. Tout ce que Dieu peut verser, de son essence infinie dans une âme humaine, Marie le reçut, dès l'instant de sa conception. La Toute-Puissance divine ne pouvait ajouter aux faveurs extraordinaires dont elle la combla alors.—Tandis que nous devons faire effort, lutter, prier, pour acquérir telle ou telle
vertu, dont le germe a été déposé dans notre me, par la grâce du baptême, et que cette qualité ne s'obtint que par degrés successifs, sujets à toutes les contin- &ences de là tentation et de la faiblesse, —la Vierge les pose” lait toutes, en naissant, et dans une mesure supérieure, et sans crainte de pouvoir en perdre aucune,
Les diverses circonstances de sa vie n'ont servi qu'à les mettre en relief, dans tout leur jour. Ainsi, son amour de la virginité, son humilité profonde ont éclaté au moment sublime de l'Annonciation, quand elle posa une timide question à l’Ange du Seigneur, et que, rassurée par lui sur un point délicat,elle a jouta simplement, sans être éblouie de l'ineffable honneur qui lui e..it proposé : ‘Je suis la servante du Seigneur, Qu'il me soit fait selon votre parole’”, Tout le cours de son existence, se sont révélés encore son obéissance, son esprit de sactifice, sa sagesse, sa Sénérosité, son abandon à Dieu, et tant d'autres vertus. La volonté divine lui fournissait l'occasion de manifester ce qu'elle avait dans l'âme. Mais son tré. sor spirituel ne s'en augmentait ni ne s’en diminuait. —Toutes les situations, que Marie a traversées, ont été comme une Couronne de gemmes, ou comme une sertissure d’or fin, n'en faisant que mieux resplendir le bel orient de cette perle mystique, sans ajouter
quoi que ce fut à sa beauté essentielle, complète dès l'origine.
Avez-vous jamais vu une perle, une vraie perle ? Avez-vous remarqué de quelles teintes suaves elle se
nuance?—Sa note dominante, c'est la blancheur, mais une blancheur luisante et chaude, veloutée, Son argent est imprégr’ de soleil, fécond en reflets chatoyants. On croit Y saisir parfois comme des lam. beaux de ciel, des vestiges d’aurores, Et tout s'y fond en couleur discrète et tendre. Rien de trop vif, ni de trop éclatant, Quand la belle lumière orientale, pour laquelle elle est née, la frappe, elle y produit des effets d'une telle douceur infinie...
La blancheur ! N'est-ce Pas aussi la qualité mat. tresse de la Vierge?—Marie, c’est la femme idéale. ment blanche, Sitot qu'on la nomme, elle s’évoque à nos yeux en forme immaculée, On ne l’imagine Pas autrement qu'en absolue blancheur. Elle est le type de la pureté, Mais sa vertu n'a rien de stoique ni de superbe, Sous sa Parure sans tache, vibre un Cœur affectueux qui rayonne son ardeur, Que d'autres qualités s'ajoutent à sa virginité parfaite ! Sa vie reflète le divin, les nuances les plus diverses de vertus avivent sa candeur. Et toujours leur éclat se tempère., Ses dons brillants se noïent à demi en la pure essence nacrée, s'atténuent en demi-teintes, extrêmement fines et douces.
Et maintenant que cette perle habite en l'or êter. nel, et qu’elle est sertie dans le diamant de la lumix. re divine, qui peut dire la splendeur vierge, semée d’azur et de rose, de son orient ?—
Les joailliers sertissent les perles dans l'or
pur, les rehaussent de fines pierreries. Et un écrin
soyeux reçoit ce trésor. —Cette perle céleste qu’est la Vierge, enchâssons-la dans l’or de notre amor. Que notre cœur devienne l'écrin où elle repose. Notre vénération, nos délicatesses à son égard, notre fidélité à son culte, seront comme autant de Semimnes destinées à lui faire une Couronne d’honneur, et à re possible, sa Presque infinie beauté.
O Marie, ‘perle précieuse’?
gardions toujours comme Unsceau surnotre cœur, comme un joyau à notre doigt. ‘“Pone me ut signaculum super cor tuum, ut signaculum Super brachiun tuum”.—Si votre désir est d’être à nous, notre vœu est aussi de vous Posséder à jamais.
lever, si
faites que nous vous