‹ La Vierge et les Sonnets; poèmesChapitre 28 sur 40 · Jusqu'à ce que soudain · texte numérisé non relu

Jusqu'à ce que soudain

Dieu nous cède et foudroie Dans un grand cri de joie Le mal qui nous relient Comme un ligre sa proie.

Vîîï

127, — Mon Seigneur et mon Dieu, Ah! faites que j'entende Encore dans la lande Les ang-élus joyeux Qui montent et descendent?

128. — En disant : Ephpheta 1 J'ai ouvert les oreilles, Leur rendant la merveille Des beaux chants qu'entonna David durant ses veilles.

129. — Mon Seigneur et mon Dieu, Ah! faites que ma bouche Puisse parler et touche Avec des mots pieux L'infidèle faroUchè?

i3o. — Du même sourd-muet; Et sans grande harangue, J'ai délié la langue Que lé mal retenait Comme l'or dans sa gaiîgue.

i3i . — Mon Seigneur et mon Dieu, Ah ! faites que je voie Encore plein de joie L'azur qui fait les cietix Comme un grand dais de sdie?

i32. — Certes, plus d'une fois, Au Temple, à BethsaYde, J'ai guéri les yeux vides Des hommes dont la foi Rendait le cœur lucide.

i33. — Mon Seig;'neur et mon Dieu, Ah ! faites que je marche ('omme ces patriarches Qui bien qu'ils fussent vieux Accompag-naient votre arche?

i3q. — N'ai-je dit : Lève-toi, Et prends ton lit ensuite, A ce paralytique Qu'on descendit'du toit Et qui s'en alla vite?

LE CAMIÇUE DK LOUIVMF.S

i35. A la procession

Qui lentement s'avance Tels sont les cris qu'on lance Vers Celui qui répond Aux âmes en silence.

i36. L'aile (les escaliers,

Le front des basiliques, Le contour des portiques Vont, semble-t-il, plier Sous la masse publique.

187. Là-bas sur les rochers Et sur la moindre pierre Des pentes du calvaire Des hommes sont perchés Ainsi que sur des aires.

Il/j LA VIEUGE ET LES SONNETS

i38. Hosanna! Hosanna!

Ce grand cri, quand arrive Le Seig'neur par qui vivent Ces cœurs où l'amour bat, Du ciel passe les rives.

189. L'ostensoir dans les mains Immobiles du prêtre Lentement fait paraître L'apparence du Pain Aux yeux des pauvres ôtres.

i4o. La foudre frappe alors

Qui d'amour seul nous blesse.

Et les parents s'empressent Autour d'un demi-mort Qui sourit et se dresse.

i4i. La vag-ue qui naît là En ce point de la foule Va propag"eant sa houle Qui redit Vhosanna Qui lointainement roule.

[42 . Et c'est alors qu'on voit Les hommes tête basse.

Ils écartent l'espace A genoux, bras en croix, Quand le Sacrement passe.

i43. Le pèlerin g-uéri

Qui des draps se délivre, Debout, et d'amour ivre, Contemple Jésus-Christ Et se met h le suivre.

Il6 LA VIERGE ET LES SONNETS

i44' 0 visage si doux !

Petite Bernadette Qui cueillais des brancheltes, Nous sommes à genoux :

Regarde. C'est ta fête.

FliNALE

Venez donc laver vos jeux Tout brûlants du sel des larn^es Et vous rapprocher de ceux Que la mort cueille chez eux Ou bien là-bas sous les armes.

Ecoutez les pures voix Des sources qui sont à Lourdes.

Pauvre âme qui trouves lourde En secret la triste croix, Ah! si lourde qu'elle soit,

ii8

La bonne Samaritaine, Au blanc capulet de laine, Bernadette à la fontaine, En diminuera le poids.

Va donc vers cette eau sacrée Où la douleur ulcérée Qui ne se laissait pas voir Relève son voile noir Et découvre son visage Que l'existence ravag-e.

Nul ne connaît la pitié, S'il n'a vu sur la terrasse Un pauvre couple qui passe En laissant traîner ses pieds, Et qui de cette eau s'approche, En emplit un g-obelet, Et mêle à ceux de la roche Ses pleurs qui vont y rouler :

C'est un père et une mère.

Ah! ne me demandez pas Ce que la voix de l'eau claire

Vient de leur confier tout bas.

Ils s'en vont, et, sur la pierre,

Prennent un humbie repas.

Alors ces deux pauvres hères

A qui rien plus ne sourit

Se sourient parce qu'ils savent

Que c'est auprès de ce g'ave

Que s'ouvre le Paradis.

Nul ne connaît la tristesse

De celui que l'autre laisse,

Quand ensemble ils ont niché,

S'il n'a vu un jour l'épouso

Grave et de son deuil jalouse

De la roche s'approcher

Où le flot vient s'épancher.

C'est dans ce chemin qui mène

A cette môme fontaine,

Ombreux et frais comme un puits,

Que tout son cœur fut séduit

— Ohl qu'il en faut peu! — à cause

De trois mots et d'une rose.

Qu'il est lointain ! Qu'il est près I Ce temps où la jeune fille Suspendait son bouquet frais — Gomme un bouquet suspendrait Aussi bien la jeune fille... — ... Suspendait son bouquet frais Gomme un trophée à la g-rille 1 Avait-elle remarqué Au-dessus de ce bouquet Les lamentables béquilles?

Non, son cœur était bercé Et il s'épanouissait Oubliant que des misères Se penchassent sur l'eau' claire A l'heure où deux fiancés Buvaient dans le même verre.

Mais ce temps est bien fini :

L'un d'eux a quitté le nid, Peut-être est-il mort en guerre?

Et avec un orphelin Elle refait le chemin

Et sent son cœur qui se serre.

Elle se redresse et boit

Comme au temps des fiançailles,

Et soudain elle tressaille :

Elle a reconnu la voix

Qui parle par la fontaine

Et qui rend douce sa peine :

Je suis toujours avec toi

Tant que tu diras : Je crois.

Nul ne connaît la faiblesse

S'il n'a pas vu cet enfant

Qui ne comprend pas comment

Il n'a plus une maman.

Où sont les chères caresses,

Si chères qu'on n'en sait pas

De plus chères ici-bas,

Même celles de papa

Quand sur son cœur il vous presse

. .. Non, non, ce n'est plus cela.

0 l'absence maternelle

Autour de ces membres frêles 1

Où sont, où sont ces baisers?

Où donc se sont-ils posés?

Est-ce qu'ils avaient des ailes?

Dites-le nous, tourterelles!

Les avez-vous retrouvés

Dans la douceur des duvets?

Oh ! que bien plutôt il meure,

Le petit qui, à cette heure

Du Pater et de VAve,

Quand l'angélus du soir pleiirè.

Ne ressent plus sur son front

Ce fort appuiement des lèvres

Qui calme toutes les fièvres,

Mères que nous vénérons I

Ces baisers faits de silence,

Qui sont le pain dfe l'enfance,

Ils s'en sont enfuis un soir

Que tout est devenu iioif

Et la maman toute blanche.

Où sont-ils? Sur quelles bràhches?

Qui Bst-cé qui a brisé

Les ailes à ces baisers?

L'enfant ne sait pas le dire, Et il ne peut plus soUrirë.

Son père lui dit : « Ta ttlàmàtt Est au Ciel. Et la fontaine Vient du ciel. Petit, bois-eïî, Tu n'auras plus tant de peine. »

Et alors le pauvre enfant Sent la suave caresse De l'eau sainte pénctrarit Son âme dans la détresse.

Cette eau chante : C'est mamati Qui t'embrasse là-dedaris.

Nul ne sait la solitude S'il n'a vu ceux qui n'ont point Rencontré sur leur chemin Quelqu'un qui leur prît la maiti Et qui ont cette habitude De n'avoir que du chagrin.

A personne ils ne réclament Ce qu'on ne leur donne point ï

Un peu d'âme pour leur âme.

Et l'homme ainsi isolé, Ou la femme solitaire Se sont toujours ressemblé :

Leur apparence est vulg-aire, Leurs pieds prennent la poussière, Ils ont de pauvres cheveux, Et, si l'on fixe leurs yeux, On n'y voit point de lumière.

A quoi bon? Quand on est deux Les regards entre eux s'éclairent, Mais les délaissés préfèrent Souvent se cacher du feu.

Que leur reste-t-il? l'eau claire Et le pain du pauvre hère.

Quel pain? Le pain quotidien Qui fut pétri Jeudi-Saint, Le Pain qui dort dans la grange Près de l'âne et près du bœuf, De la poule qui fait l'œuf Et de l'encensoir des anges ;

LE CANTJQUE DE LOUUDES 125

Le Pain descendu du Ciel,

Le Pain du jour de Noël,

Le Pain que mon âme mang-e.

Cette eau pour les malheureux,

Dites-nous donc quelle est-elle?

C'est une eau qui bat de l'aile,

Et prie et chante pour ceux

Qui tout seuls essuient leurs yeux :

C'est l'eau qu'a faite si claire

Bernadette la berg-ère,

L'eau qui fend le cœur des pierres

Et fait l'âme solitaire

L'épouse même de Dieu.

Et ceux, ô ma chère lyre

— Fais-toi douce pour ceux-là

Comme l'enfant qui soupire

Sous les touffes de lilas

Et qui ne sait pas nous dire

Le doux malaise qu'elle a —

Et ceux qu'un remords déchire :

Cet homme au masque si dur,

Cette femme à l'œil d'azur

Qui sécrète un froid délire;

Ceux qui portent dons leur cœur

En apparence moqueur

La faute qui roidit l'âme;

Ceux qui déjà dans leur chair

Portent la terrible flamme ;

Ceux que le luxe a couverts

Mais qui sentent un enfer,

Quand même, au fond de leur être;

Ceux qui vivent dans la mort

Et qu'a rejetés le Maître :

Qu'ils conduisent leurs remords

Dans la paisible vallée

Où neige l'Immaculée

Dedans son nuage d^or.

Là, qu'ils confessent leurs crimes

En face des hautes cimes

Qui couvrent d'un blanc manteau

Le vide noir des abîmes

Où reposent les agneaux

Qui des loups furent victimes.

Qu'ils se laissent donc toucher I

Qu'ils s'ag-enoui lient à terre

Et qu'ils disent : j'ai péché

Gomme la femme adultère !

Aussitôt ils entendront

La fontaine en oraison

Faire jaser son eau claire

Avec l'accent du pardon.

Si graves que soient nos crimes,

Ils sont comme sur les cimes

Les neiges à l'orient :

Ils fondent en pleurs sublimes

Sous les pieds du Tout-Puissant.

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