ACTE QUATRIÈME 187 DIANE Oh! c’est pas des larmes, çal
MHEAURY
« Mais tu. serais bien embarrassée de dire ce que c’est? (S'agenouillant.) Mon amour adoré, n’aie pas peur, n’aie pas de mauvais pressentiments, surtout. |
DIANE-
Je n'ai pas de mauvais pressentiments. Ce fou de Gaston, seulement? J'ai peur qu’on te fasse du mal. ;
ARMAURY
11 n’y a aucun danger.
DIANE
Et puis, moi aussi, je voudrais tant ne pas te . procurer de peine, et c’est ce petit bout que je suis 4 qui ét cause dé tout. Autrement, pour moi-même, Ge j'ignoré ce que c'est que la peurl.… Tiéns, quand 4 ’ai cru que tout était fini, quand on a tout décou: vert chez moi, qu’on allait m'envoÿer au couvent, ‘ | eh bien, j'étais décidée à mourir! Un soir de ces … huit jours-là, je m’en souviens. il ÿ avait dans le cabinët de toilette qui donne dans ma Chambre,
188 LA VIERGE F o!. LE
une aie une bougie, parce que je n’ai jamais pu dormir sans lumière... (S'interrompant.) Au fait, où Lucy a-t-elle mis la veilleuse préparée? |
ARMAURY Là, sur la cheminée... Qu'est-ce que tu disais d’effroyable, mon petit?
DIANE
. Je disais qu’un soir, en décoiffant ces cheveux: qu’on avait voulu me couper, je les ai laissés flotter
sur la bougie... je me rappelle, je les balançais’
comme ça... et je me disais : « Allons-y, Dianettel »
L’horreur même d’être brûlée vive ne m’épouvan-
tait pas. Un petit bout s’est mis à grésiller. D’un mouvement instinctif de la main je l’ai éteint...
. mais-au fond, ce soir-là, il s’en-est fallu de pas grand’chosel.…. :
ARMAURY, lui prenant la on
C’est l’anéantissement de l'amour, ce goût de ‘anéantissement auquel il faut savoir résister.
Puis, tu n’as pas vingt ans. Il n’y a que les vieux qui L
ont peur de mourir. La jeunesse fait bon marché
. de la vie. Ton frère lui-même,qui n’est pas un trou- blé, répète tout le temps : « Aller se faire casser. lag
tête en frique, .s » La moindre midinette en: mal
| ACTE QUATRIÈME | * 189 d’amour allume si facilement un réchaud! On fait bon marché de la vie parce qu’on n’en connaît pas le prix; mais, plus tard, tu verras comme on apprécie âprement la valeur de tous les instants. Il semble que toutes les minutes, on vous les vole.
DIANE, qui se lève. . °
Ge n’est pas une question d'âge. Si on a connu à vingt ans ce qu'il y a de plus beau dans l’existence, le reste vaut-il la peine d’être vécu? (Elle prend la veilleuse.) Si on à brûlé toute l’huile, comme me le disait l’abbé Roux, la veille de notre fuite...
ARMAURY Quoi?
Oui, il me citait la parabole de l'Évangile; le banquet des vierges folles et des vierges sages. tu
sais ?
Elle craque une allumette.
ARMAURY "a Oh! l'Évangile et moi.
DIANE
Si, tu sais. (Elle Has dans son souvenir.) les vierges folles qui ont usé. imprudemment toute l'huile
Li \ M
de leur lampe, et qui, pour cela, ne seront pas | invitées au banquet et ne verront pas la face de
l’époux.., (Elle allume la veilleuse.) Et puis, ça finit par
une phrase terrible : « Veïllez, car vous ne savez :
ni le jour ni l'heure... »
Elle souffle l’allumette. Silence.
ARMAURY, riant,
Eh bien, j'espère que nous avons une conversa-
tion excitante! S’il n’était pas si tard dans la nuit, je nous ferais monter un souper avec des boissons voluptueuses pour nous dégourdir...(l l'embrasse,
'étreint) Va, ma chère beauté, tu peux t’en rap-
porter à moi... Je suis ton gardien robuste et vigi- .
lant.
On frappe à la porte.
| DIANE ro Tiens! A cette heure-ci.. qu’ést-ce qué ça peut bien être? | ARMAURY FR Je vais voir. (l va à la porte. Elle veut le retenir.) Qui est la? ve | “Va LE PORTIER, à travers la porte. Ç Une lettre. D: 24100 } | | ARMAURY À
… Une léttre à une heure du matin! qu ouvre. Lé por- | tier entre, remettant une lettre.) De la part de qui?
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..- Une dame. L'IPRSEA : 7112 Marcel ouvre la lettre, i] la lit à voix basse. x ie
DIANE | 24 Qu'est-ce que c’est, chéri? ‘ <$
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Pr (Au RS Voulez-vous re la réponse dans le cuir, s’il vous ce past mr , D; ÿa 5 LE PORTIER ;
Bien, monsieur. RER 7
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«Je te conjure, en tot cas, de ne pas sortir de ta
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"He LA VIERGE FOLLE CON chambre, de ne pas même traverser un couloir. Reçois-moi une seconde, une seconde seulement, a faut que je te mette au courant... Ne vois dans cette lettre aucun subterfuge. C’est très grave...»
Il lui tend la lettre. E)
C’est très grave. Tu vois, j'en avais le pressen- : timent.. Un danger! Pour qu’elle ‘écrive ainsi, c’est ta vie qui doit être en jeu. Avais-je assez raison de vouloir que tu restes enfermé?.… Reçois- Ja : vite, je vais entrer dans ma chambre. |
ARMAURY
Mais non, mon enfant; pourquoi la recevoir et | pourquois’émouvoir comme tu le fais? Billevesées : tout ça, chimères de femmel.…. Il n’y a rien/à craindre. |
DIANE
Oh! les femmes ont un sentiment du danger que | es hommes n’ont pas... (Elle reprend la lettre.) Il n’y a. qu’à voir l'écriture de cette lettre. Reçois-la, j je Le en | api je t’en supplie... il faut savoir. |
* ARMAURŸ
Eh bien, je vais descendre... | She
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