THEATRALE ^ Y
Journal d'Actualités Dramatiques
PUBLIANT LE TEXTE COMPLET DES PIÈCES NOUVELLES JOUÉES DANS LES PRINCIPAUX THÉÂTRES DE PARIS
Cb numéro CUNTrBNT :
j La Vierge folle •
Henry BATAILLE
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La Vierge folle au théâtre du Gymnase
FAUT-IL rappeler que la Vierge folle devait être jouée d*abord au théâtre de la Renaissance et qu*è la suite d'une difficulté, non pas d'interprétation, mais de préséance des deux principales interprètes sur Taffiche, cette belle œuvre passa au Gymnase ? Faut-il rappeler qu'alors entre le directeur du Gymnase et le directeur de la Renaissance — en possession d'une œuvre, de grande valeur elle aussi, qui avait avec la Vierge folle une vague analogie — il y eut une véritable course à la répétition générale, que le premier gagna, très juste, d'ime demi-journée ?
Ce sont là menus incidents dont il est superflu d'enregistrer les détails, et que l'on peut négliger maintenant que nous sommes en présence de ce résultat : une œuvre dramatique à peu près unanimement qualifiée de chef-d'œuvre ; un succès éclatant pour lequel se passionnent à la fois les lettrés et le grand public.
Venons-en donc tout de suite à la revue de la presse qu'il convient de faire non seulement aussi impartiale, mais aussi complète que possible, au long de ces six étroites et courtes colonnes.
Tout d'abord, dès le lendemain de la répétition générale, M. Guy Launay s'écriait, dans le Matin :
« Nous venons d'entendre un chefd'œuvre. Le grand écrivain qui nous a donné V EndHanUmerU, Maman Colibri, la Femme nue, Poliche, vient de faire jouer la plus complète et la plus dramatique de ses pièces. On demeure confondu devant la maîtrise avec la-
Suelle sont conduits les quatre actes e la Vierge folle. On est éperdu d'admiration devant la profondeur douloureuse de cette étude. Jamais un auteur français ne nous a révélé si absolument, et avec un art si poignant, la noble souffrance de la femme. Nous n'avons rien qui ressemble dans notre théâtre au troisième acte de ce chefd'œuvre. C'est une date dans l'histoire des lettres françaises. Les spectateurs acclamaient. Mais je me demande s'ils avaient conscience d'assister à ime représentation mémorable. »
Le lendemain — c'est-à-dire le surlendemain de la générale et le lendemain de la première représentation publique — les autres critiques, ayant eu le loisir de la réflexion, donnaient leur opinion en termes peut-être moins impétueux, mais pas moins élogieux. M. Léon Blum constatait, dans Comœdia, que la Viergt folle était un grand, un très grand succès, plus grand que oelui du Scandale, au
moins égal à celui de la Femme nue :
« C'est mieux que cela. C'est ce que M. Henry Bataille a jamais donné de plus pénétrant, de plus pathétique, et, en même temps, de plus vigoureux, de plus mâle, si je puis dire. Dans ce genre du drame sentimental, du drame d'amour qui est devenu un des genres courants de notre théâtre, jamais, depuis les deux chefs-d'œuvre de M. de Porto- Riche, nous n'avions applaudi rien de pareil ou rien d'égal. »
Et M. Ernest La Jeunesse proclamait, dans le Journal :
« Dans l'acclamation unanime, dans le long émoi de cette foule saisie, conquise, écoutant de toutes ses oreilles et, si j'ose dire, de toutes ses entrailles, dans le respect d'une salle mal disposée devant une parole inattendue de vérité et de grandeur, dans le culte soudain de Parisiennes et de Parisiens en présence d'une révélation de douleur et de grâce divine, dans l'enthousiasme religieux, un peu étranglé d'angoisse, d'une quasi-éiite sceptique admise en un vivant sanctuaire de sensibilité et de sublimité, il y avait une sorte de miracle, le plus rare et le plus haut : c'est que la Vierge folles ce drame si puissant, si serré, si direct, est, avant tout, une pièce de poète ; c'est que, remontant le courant, de ses triomphes de théâtre, Henry Bataille, retrouvant toute sa poésie, fondait ensemble son âme lyrique et élégiaque, sa mélancolie et sa tendresse secràte, son génie de l'inconscient et de l'inexprimé, sa pudeur et sa fougue, son horreur et sa passion, et qu'il nous apparaissait, tout d'un coup, avec tous ses dons et dans toute sa force, en tragédie, en mélodie, en monodie. »
M. Raoul Aubry écrivait, dans Oil BliUy que cette pièce avait triomphé par la seule vertu de son éclatant mérite :
« Cette comédie dramatique étudie la passion qui brise tout obstacle, rapproche invinciblement deux êtres parmi les ruines et les fautes. Et, à cette passion forcenée, criminellement égoïste, elle objecte un autre amour, fait de renoncement, de victoires sur sa douleur. H y a deux morales : celle de l'avocat libre penseur et celle du prêtre traditionnel ; il y a aussi deux amours : celui de la vierge folle et oelui de la femme forte. Â la rage dévastatrice de l'un s'oppose la sublimité féconde de l'autre : admirable chefd'œuvre qui porte en lui des pensées si nobles, des leçons si hautes, qui fait trembler d'angoisse, cependant qu'il ennoblit l'exemple. »
M. Robert de Fiers — homme de théâtre s'il en fut ! — analysait ainsi dans la Liberté ce qui fait le mérite particulier du théâtre d' Henry Bataille :
« C'est qu'il est à la fois très artiste
et très public, c'est qu'il ne néglige rien de ce qui doit émouvoir et rien de ce qui doit séduire, c'est qu'il est d'une étonnante richesse, que l'observation y fait bon ménage avec le lyrisme et qu'il sait, dans le même temps, demeurer vigoureux et délicat. M. Henry Bataille, tandis que tant d'autres se contentent ou d'une action habilement menée ou d'un caractère vigoureusement tracé, entend apporter im soin aussi rigoureux, aussi minutieux à la peinture achevée de ses personnages qu'à la composition même de son œuvre. Je sais peu de rôles aussi complets, aussi tendrement, aussi profondément pathétiques que celui de M"*^ Armaury, et le divin Jean Racine lui-même eût admis cette épouse douloureuse et sublime à converser avec ses héroïnes. Toute l'œuvre d'Henry Bataille, d'ailleurs, nous apparaît nettement racinienne. »
M. J. Ernest-Charles déclarait aussi, dans rOpiniony que la Vierge folle est une œuvre admirable.
Voilà donc l'opinion de ceux que nous pourrions appeler les maîtres de la Jeune Critique. M. Régis Gignoux, critique du Paris-Joumal, la résumait fort bien en exprimant ainsi son propre sentiment :
« Cette fois, c'est le chef-d'œuvre et, en même temps, c'est le triomphe :
double victoire pour M. Henry Bataille et pour nous. »
Et aussi M. Henri de Weindel, dans V Indépendance belge, qui, exprimant sa joie a profonde », son enthousiasme <( réfléchi », écrivait :
« Il est bon de considérer dès à présent que la date du 25 février 1910 est une date mémorable dans l'histoire du théâtre. On peut l'inscrire sur une pleMjue de bronze à côté du 21 novembre 1670, qui vit apparaître Bérénice, de Racine ; du 27 avril 1784, qui vit représenter le Mariage de Figaro, de Beaumarchais ; du jour, enfin, de l'année 1880, qui vit naître Maison de Poupée, d'Henrik Ibsen. »
Mais les critiques de la génération précédente ne célébraient pas avec moins d'enthousiasme la valeur de cette œuvre.
Ainsi M. Henri de Régnier disait, dans le Journal des D&Mts, que la Vierge folle est une des plus belles, des plus solides pièces que M. Henry Bataille ait encore écrites.
M. Francis Chevassu pensait — et il le dit dans le Figaro — que, même après Maman Colibri et la Femme nue, la Vierge folle grandirait M. Henry Bataille.
Dans VEcJto de Paris, M. François de Nion, après avoir rappelé comment
(Voir la suite à l'avant-dernière page de la couverture.