‹ La vierge folle: pièce en quatre actesChapitre 12 sur 29 · LA DUCHESSE, DL*.NE · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE, DL*.NE

La Duchesse. — Diane, nous avons résolu, ton père et moi, de te mettre au couvent.

Diane. — Au couvent?... Mais je n'y ai jamais été... Je n'ai été que quelques mois rue de Lubeck.

La Duchesse. — Justement. Devant la gravité des circonstances, et de ta faute, il n'y a pas à hésiter. Le moment de la réflexion est venu pour toi. Koas te mettrons sous une direction qui modifiera ton état d'esprit, qui te ramènera, je l'espère, dans le droit chemin, et à la religion... Nous te mettons au couvent moins pour te punir que pour te sauver.

Diane. — Et pour combien de temps?

La Duchesse. — Nous verrons. En principe, jusqu'à ta majorité.

Diane. — Jusqu'à ma majorité?

La Duchesse. — Mais, d'ici là, si tu te modifies, si tu t'éclaires, si tu commences à reconnaître la déchéance où tu es tombée...

Diane, avec une volubilité inquiète. — Oui, enfin, ça

fait un au ou deux ans au minimum, n'est-ce pas? Et à quel couvent? Où ça?

La Duchesse. — En Belgique ou en Angleterre.

Diane. — A l'étranger? Et quand est-ce que j'irai au couvent?

Ses narines frémissent, ses mains s'agitent.

La Duchesse. — Tout de suite. Tu partiras dans vingt-quatre heures. Tu as besoin de ce recueillement et de cet éloignement de la vie passée qui t'a perdue.

Diane. — Dans vingt-quatre heures! Mais, voyons, maman, c'est impossible! D'abord, nous avons promis de dîner chez les de Bellines, dimanche prochain... on donne ce dîner pour nous... Et puis, il y a la soirée des Dupuy; nous ne pouvons pas ne pas y aller!

La Duchesse, stupéfaite. — Ah çà!... mais, tu es inconsciente ou folle, Dianette! Tu ne te rends pas compte !... Tu en es encore là ! Ah ! bien ! si c'est là ton état d'esprit, par exemple! Non! non! plus de dîners, plus de monde!... Tu partiras dans vingtquatre heures.

Diane. — On ne va pas m'eut ener deux ou trois ans, dans un couvent! Je n'ai plus l'âge!

La Duchesse. — Oui, inutile de nous rappeler que tu n'es plus, hélas! une enfant; mais tu as encore l'âge où l'on doit l'obéissance, et nous te le montrerons.

Diane, au comble de l'émoi et ne réfrénant plus une rage

épeurée. — Non ! faites de moi ce que vous voudrez... je promets tout ce qu'on voudra, mais ne me mettez pas au couvent! Je ne veux pas aller au couvent !

La Duchesse. — Ah ! c'est ainsi ?... Ton père avait bien deviné ta résistance! Non, Diane, plus de monde, plus de flirt, plus de toilette, plus rien

de tout ce qui a été ta perte. (Elle a l'air de se rappeler les objurgations et les conseils de l'abbé.) D'abord^ doilBe-

moi tes bijoux... tu ne devrais plus ies porter... je te confisque tes bagues...

Diane, haussant l'épaule. — Oh! cela tant que vous voudrez!... C'est ça qui m'est égal!... Tiens, voilà toutes mes bagues... tiens, prends mon sautoir aussi., mon collier.

Slle les enlève et les jette sur la t«ble. <

La Duchesse. — Et ne compte pas avoir au couvent d'autre trousseau que le trousseau des pensionnaires.

Diane, étonnée de cette menace inopinée, regarde «a mère

fixement — Pourquoi me dis-tu ça? Et en quoi veuztu que cela me gêne?

La Duchesse. — Ça se g&tef Dianette, ça se gâte!

Diane, entre les dents. — Ce n'est pas ce qui me privera, allez!

La Duchesse. — Eu effet, ce n'est pas cela qui te privera... Je le redoute, en effet, mais ce sera pour toi une forme de discipline, et c'est la discipline qui t'amènera peut-être un jour au repentir et aux idées religieuses qui t'ont quittée, hélas! <Elie rassemble ses efforts, subitement.) Et je Vais, tout à l'hcure,

te couper les cheveux.

Diane, se retourne, comme si elle tie comprenait pas. —

Tu vas me couper les cheveux?

La Duchesse. — Parfaitement, courts... jusqu'à la nuque!...

Elle fait le geste.

Diane, sourît. — Voyons, maman, tu plaisantes!... (Puis sa figure se cris»-.) Ah! je Comprends, c'est pour me défigurer! Allons donc, je te connais, jamais tu n'oseras!... D*abord, on t'a soufflé cette idée-là. p]lle

ne vient pas de toi... (Ell^ dévisage sa mère en haussant

les épaules.) Du reste, je ne reconnais plus ton langage... tu parles autrement... tu te forces... je le vois bien... tu te forces...

La Duchesse, énergique, sans sourcii'er. — Mais, moi aussi, je me modifierai, en effet. Et tu vas le voir.

Diane, presque souriante, dans un geste de défi. — Eh

bien, tiens... essaye donc. Il y a des ciseaux sur la table. Pourquoi attendre?... Va, va...

Elle tend les ciseaux à sa mère.

l'A Duchesse, acculée, s*empare des ciseaux. — Mais

parfaitement, je le ferai!

Diane. — Va! (D'un mouvement net, elle défait ses cheveux qui s'écroulent sur les épaules. Elle s'assied stir une chaise. La duchesse manie avec quelque timidité les ciseaux, elle fait un effort considérable sur elle-même, qui n'est pas exempt de maladresse; puis elle s'avance, prend les cheveux à Dianette. Elle y met gauchement les ciseaux. Dianette, alors, se lève avec un petit cri sauvage et naïf d'épouvante. Rassemblant tous ses cheveux dans sa main.) Mais, je 116

veux pas, mais c'est absurde! Non, non, je ne veux pas qu'on me coupe les cheveux, non, je n'irai pas au couvent, je n'iiai pas au couvent !

La Duchesse. — Nous verrons.

Diane. — Qu'on fasse de moi tout ce qu'on voudra, mais je veux rester à Paris... je veux res...

Elle a les yeux pétillants de rage et des larmes s*écrasent dans sa voix aiguë .La porte s'ouvre, le duc se précipite.

L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE

Les mêmes, LE DUC

Le Duc. — Qu'est-ce que e'estî Qu'esl-ce que j'entendsT Tu te révolles! Ah! tu n'iras pas au couvent... Âhl tu te rebelles contre nous... Te voilà dans toute ta franchise et dans toute ta beauté... Eh bien, moi, je te jure que tu iras, entends-tu! Et je te jure que tu vas nous demander pardon... Je sais qui tu voulais revoir, heinî Tu n'es qu'une fille perdue, lu seras la boute de notre nom... tu n'es plus qu'une petite saleté!... A genoux!.,, à genoux!

bruUlcQ

La DiTCHESSE, ipouTuiCie, lupplianic. — Améd^e ! voua en prie! Je vous en supplie!...

Le Duc, se ressaisit, comme effrayé de son acic. Il

«trouve «in éléganle dignité, le gesLe u fait pslcrnel. Il p maintenant d'une voix douce el chagriTrie. — Ouî, Vi

avez raison... du calme... Je n'aurai pas besoin iW ployer la force, elle retrouvera d'elle-même le respect qu'elle nous doit. (Diane se relève.) Diane, mon enfant, ma chère eufanl, je fais appel, non pas à ta soumission, mais à ta raison et à Ion (le\'oii-, je n'ai i besoin de faire valoir des droits DatemeU dont je

suis décidé à user jui^u'au bout, c'est de toi-même, de ton propre mouvement que tu vas revenir sur ce premier cri de révolte que je n'attendais pas de loi dans des circonstances aussi lamentables et aussi ^'raves. Et c'est raaiiiteuant, et j>as plus tard, que lu vas prendre la décision que nous attenUuiiîi de toi... En tout cas, dis-nous d'une fagon catégorique ce que tu décides de ton propre mouvement. Si tu ne veux pas aller au couvent, c'est bien..., nous déciderons «e que nous aurons à faire dans ce cas; si tu acceptes, c'est, pour nous, la porte ouverte à l'espoir. Oh! ne te presse pas... lu as le ternies... réfléchis quelques minutes.,. Réfléchis, nous atlendoos, ta mère et moi, ta réponse avec confiance!

Diane garde le nlence, puis elle va devant la glace.

c délacé. Elle ramas»

e écharpe d'tnléHeur

, (u nt partiras paf !

Page 1