PROPRIÉTÉ
« Toute contravention au présent Arrêté sera pour- « suivie conformément à la Loi.
« M. le Commissaire de Police, « La Gendarmerie, « Les Gardes Champêtres, « Et les Autorités de la commune, « Demeurent chargés de l'exécution du pré- «sent Arrêté.
« Fait à Lourdes, en l'hôtel de la Mairie, le 8 juin,
« Le Maire, A. Lacadé. »
Vu et approuvé.
Le Préfet, 0. Mass)
Le 16 juillet, fête de Notre-Dame du Mont Carmel, Bernadette avait entendu en elle-même la voix qui s'était tue depuis quelques mois et qui l'appelait, non plus aux Roches Massabielle, alors fermées et gardées (1), mais sur la rive droite du Gave, dans ces prairies
où la foule se rassemblait et priait, à l'abri des pro-
cès-verbaux et des vexations de la Police. Il était huit heures du suir, A peine l'enfant se fut-elle agenouillée et eut-elle commencé la récitation du chapelet, que la très sainte Mère de Jésus-Christ lui apparut. Le Gave qui séparait Bernadette de la Grotte, avait en quelque sorte cessé d'exister aux yeux de l'extatique. Elle ne voyait devant elle que la Roche bénie, dont il lui semblait être aussi près qu'autrefois, et la Vierge Immaculée qui lui souriait doucement, comme Pour confirmer tout le Passé et illuminer tout l'avenir. Aucune parcle ne sortit de ses lèvres divines. A un certain moment, Elle inclina la tête vers l'enfant, Comme pour lui dire un « Au revoir » très lointain ou un adieu suprême. Puis, Elle disparut et rentra dans.
(1) Par l'Arrété Cu 8 juin.
Li VIERGE IMMACULÉE i 217
les cieux, Ce fut lu dix-huitième Apparition : ce devait être la dernière !
Cependant j'Arrété du 8 juin restait en vigueur. Au Ministère des Cultes, M. Rouland s'obstinait à vouloir se mettre en travers de la plus sainte des libertés et à prétendre arrêter la force des choses,
A la Grotte, Jacomet et les Gardes persistaient à veiller Jour et nuit, et à traduire les croyants devant les tribunaux, Le juge Duprat condamnait toujours !
Ce fut dans ces circonstances que Mgr de Salinis, Archevêque d’Auch, et un autre personnage éminent de ce pays se rendirent ensemble auprès de l'Empereur qui se trouvait en ce moment à Biarritz (1). Napoléon III reçut en même temps de divers côtés des pétitions demandant instamment, et réclamant, en ver- ‘tu des droits les plus sacrés, le retrait des arbitraires et violentes mesures du baron Massy.
Napoléon 1ii était un monarque peu expansif; sa pensée se traduisait rarement par lu parole. Elle se manifestait par des: actes. En apprenant les violences absurdes par lesquelles le Ministre, le Préfet et Jours Agents discréditaient à plaisir le Pouvoir, son œil terne s'illumina, dit-on, d'un éclat de froide colère ; il haussa convulsivement les épaules, et le nuage d'un
(1) Petite ville, à deux lieues de Bayonne, sur le Golfe de Gascogne, avec des Bains de mer, très fréquentés,
profond mécontentement Passa sur son front, violemment,
Il sonna
— Portez ceci au télégraphe, dit-il.
C'était une dépêche laconique pour le Préfet de Tarbes, ordonnant, de la part de l'Empereur, de r'aApporter à l'instant l'Arrêté sur la Grotte de Lourdes et de laisser libres les populations.
Quand une catastrophe subite tombe sur Hous, nous avons peine à l'accepter comme définitive et nous nous débattons encore, alors que tout est perdu. Le baron Massy n'échappa point à une telle illusion. Il espérait * “egnement que l'Empereur reviendrait sur sa décision,
Duns cette pensée, il prit sur lui de tenir pendant quelques jours (1) la dépêche secrète et de ne pas obéir. Il écrivit à l'Empereur et fit en outre intervenir auprès du Souverain le Ministre Rouland, moins publiquement mais aussi complètement atteint
que lui-même par l'ordre inattendu venu de Biarritz.
Napoléon III fut aussi insensible aux réclamations du Ministre qu'aux instances et aux supplications du Préfet. Le jugement qu'il avait porté était basé sur l'évidence, et il était irrévocable. Toutes ces démarches n'eurent pour résultat que de lui apprendre que le Préfet avait osé méconnaître ses ordres et en différer
(1) On était arrivé à la fin de septembre,
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l'exécution. Une seconde dépêche rartit de Biarritz. Elle était conçue en des termes qui ne permettaient ni une observation ni un retard. Il n'y avait done plus à hésiter, et le 4 octobre, le Préfet, au nom de l'Empereur, donna ordre au Maire de Lourdes de rapporter publiquement l'Arrêté et de faire enlever les poteaux et les barrières par Jacomet.
La proclamation fut lue dans toute la ville, au son de la trompette et du tambour. En même temps on
.2fichait sur tous les murs le placard suivant :
« LE MAIRE DE La VILLE DE LouRpes,
« Vu les instructions à lui adressées