CHAMBRE AUX COLONNES. — PAVILLON DE TEMPE
Les constructions que nous allons décrire sont situées sur le cote nord de la cour dite des Bibliothèques; mais leurs façades ne font pas vis-à-vis aux palais privés impériaux que nous connaissons.
Fir,. 124. — Mur de soutènement de la terrasse des Bibliothèques.
Ici encore, orientation absolue vers le nord, surtout indiquée dans les deux bâtiments jumeaux connus sous le nom de Bibliothèques grecque et latine. Nous savons par Vitruve que, pour les bibliothèques, il fallait éviter la disposition au couchant; c'est d'après ses principes que se présentent les deux constructions désignées.
Ces deux bibliothèques, situées à un niveau inférieur a celui de l'habitation impériale, s'élèvent sur un des plateaux de la colline, soutenu et régularisé par un mur de plus de
eu
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100 mètres de longueur, percé de 27 niches rectilignes et curvilignes, ornées alternativement de statues et de fontaines [fig. 124).
Le long de ce mur, un portique établissait une communication entre les bâtiments qui entouraient la terrasse de Tempe et ceux qui étaient voisins du Pœcile. Devant la terrasse des Bibliothèques tracée en ligne droite, un vaste plateau s'étendait en contre-bas, maintenu par des murs de soutènement épousant la forme de la colline qu'on gravissait par une pente douce vers l'est; il dut y avoir à cette place quelques chambres et une tour dont on voit des vestiges.
Fig. 126. — Façade de la Bibliothèque crecuue, vue de la terrasse.
A la pointe de la colline, non loin des restes d'une conserve d'eau, un escalier donne accès à la plate-forme actuellement plantée d'arbres que l'on appelle Jardin des Bibliothèques, mais que l'on pourrait nommer Jardins de l'Académie, si, comme le suppose M. Daumet, Hadrien avait, à l'exemple de Cicéron à 'sa villa de Tusculum, compris dans le Lycée les bibliothèques et leurs dépendances.
De ce jardin, on montait directement à la terrasse des Bibliothèques par deux perrons Z', Z\ enclavés dans l'épaisseur du massif et analogues à ceux de la terrasse du palais impérial.
La Bibliothèque grecque (fig. 126-127) était le bâtiment le plus élevé ; elle possédait une tour d'observation (fig. 128) ou sorte de Tour des Vents, bien placée, suivant M. Daumet,
dans un lieu consacré à l'étude. Hadrien, en effet, au goût des lettres joignait celui de l'astrologie.
Sur le côté ouest de cette Bibliothèque court un corridor voûté qui desservait plusieurs escaliers dont l'un, tournant sur lui-même, conduisait à la tour bâtie sur la partie la plus massive des constructions. Un escalier plus large, faisant aussi retour et adossé au Portique circulaire, menail aux chambres supérieures de la Bibliothèque grecque.
Fn,. 127.
La Bibliothèque grecque, vie du portique K.
Fit,, d 28. — Escalier et tour
DE LA BllîLlOTIlÈiJl'E GRECJUE.
Les deux Bibliothèques, par leur plan, se ressemblent beaucoup; la grecque est plus spacieuse et les lignes du plan sont simples, tandis que la latine a plusieurs salles absidales.
On accédait au rez-de-chaussée de la Bibliothèque grecque par deux perrons semblables donnant dans une grande salle A, qui, sur trois côtés, avait des exèdres rectangulaires ; le centre était probablement décoré de statues et de bustes d'auteurs célèbres ; on y a trouvé des candélabres en marbre. Nous savons par Piranesi que les voûtes étaient décorées de mosaïques bleues, et l'extrémité de la salle A était percée de deux portes conduisant, celle de droite, au corridor qui se dirigeait vers les escaliers et vers la cour des Bibliollièques (fig. 129) contigué au palais impérial; celle de gauche, au portique qui mettait en communication les deux bibliothèques.
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De A, qui était une sorte de vestibule, on passait à la pièce B, probablement la salle d'étude. Celle-ci ne communiquait avec le vestibule que par deux passages latéraux desservant en même temps deux petites salles, dont l'une, celle de gauche, donnait accès à deux pièces C et D; dans la dernière, absolument sombre, un bassin était alimenté par un canal qui traversait le mur du corridor E. Les autres pièces environnantes sont indépen-
Fig. 129. — La Bibliothèque grecque, vue de l'angle nord-ouest de la cour.
dantes du corps principal. Le corridor E, auquel on arrive par la cour des Bibliothèques, conduit, par un palier situé au bas de quelques marches, à des chambres voûtées dont la première reçoit la lumière par trois ouvertures; en poursuivant vers l'est, et en tournant dans le corridor à droite, on aboutit à l'escalier de la tour sous lequel fut trouvé le Bacchus du musée des Thermes. Depuis l'année 1845, des contreforts de briques soutiennent une partie de l'étage supérieur.
La Bibliothèque latine (fig. 130), d'un gracieux aspect, est élevée d'un seul degré audessus du sol. On pénétrait dans la première salle F, ouverte sur un portique semi-circulaire supporté par deux colonnes. Dans cette salle, on retrouve les mêmes exèdres latérales que dans la Bibliothèque grecque et les deux mêmes passages conduisant à la
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salle du fond u'; colle-ci se termine par une abside peinte en rouge où se dresse un piédestal qui a supporté quelque statue, probablement celle d'Antinous sous les traits de Bacclius
Fig. 130. — Façade de la Bibliothèque latine, vue de la terrasse.
ou d'Apollon que Ligorio mentionne en termes élogieux. Le mur de cette abside est
percé, dans la partie supérieure, d'une fenêtre. On pénétrait ensuite de la première salle F dans une chambre H (////. 132) qui a conservé sa voûte et son dallage de marbre blanc divisé par des filets rouges, puis en 1 dans une sorte de vestibule ouvert sur la cour des Bibliothèques. Par une autre ouverture, la chambre H était en communication avec un petit portique cintré J, donnant sur la terrasse. D'autres parties indépendantes ont un dallage de marbre veiné dont les divisions sont serties de filets d'un marbre
Fig. 131. — - Portique nord de la coun des Bibliothèques.
plus clair.
L'espace qui sépare les deux Bibliothèques est occupé par une construction isolée (fig. 131 j qui, de chaque côté, est flanquée d'un passage réunissant la terrasse à la cour. Sur
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un des murs de ce passage, on voit encore les traces d'une décoration en couleurs brillantes, composée d'une cimaise rouge vif, de même ton que celle du mur extérieur du nympheum, et d'une zone brun violacé haute de 2 mètres ; au-dessus, la muraille est divisée en panneaux verts et blancs encadrés de bandes noires et brunes.
Fie. 132. — Salle H de la Bibliothèque latine.
Dans cette construction L (////. 133), on avait installé une grotte de rocaille ouvrant sur la cour ; les murs doubles, creusés de niches ornées de fontaines, supportaient, croit-on, le réservoir qui les alimentait. On voit encore au bas du mur des bases de piliers, et, sur le sol, au milieu de l'exèdre, un piédestal qui supportait une statue, peut-être celle de Bacchus découverte à proximité, aujourd'hui conservée au Musée des Thermes, à Rome.
Le péristyle de la cour des Bibliothèques était décoré de marbres d'une grande richesse ; on en suit les limites aux nombreux fragments du stylobate de marbre qui sont restés fichés dans le terrain. Ce péristyle fut l'un des plus fréquentés de la villa ; tous les bâtiments environnants y donnaient accès et il leur sert de grande cour intérieure. Au centre, il y eut pro-
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bablement quelques fontaines; mais le sol exhaussé et planté d'oliviers ne permet pas de s'en rendre compte.
De cette cour, à l'est, on accède à cinq chambres rectangulaires, souterraines, séparées par un corridor dont les murs étaient peints; on suppose que ces pièces servaient à des domestiques.
Au côté est de la Bibliothèque latine, et par un passage étroit donnant sous un petit portique, on arrive dans une salle M, ou chambre à coucher avec une petite alcôve, derrière laquelle une chambre oblongue pouvait contenir le lit d'un esclave; enfin un vestibule N conduisait, soit à un corridor 0, soit, par quelques marches, à un palier Y' qui s'ouvrait
FlG. 133. — E.XEDRE MONUMENTALE L.
sur la cour des Bibliothèques et probablement aussi à des salles souterraines destinées à la domesticité.
A la chambre M est contigu un local P, assez curieux ; ses murs latéraux sont creusés de deux niches placées en vis-à-vis et réunies par un petit canal de marbre ménagé dans le dallage ; cette petite salle, fort coquette, peut très bien avoir été un cabinet de toilette. Le fond était occupé par une alcôve ou une apotheca, dont le carrelage n'est pas de même nature que celui du reste de la salle ; une large baie y verse la lumière ; le mur d'appui de la fenêtre est perforé pour livrer passage à une conduite d'eau qui alimentait probablement la fontaine dont il ne reste plus, en face de la terrasse, que deux socles en maçonnerie. Dans l'axe de la chambre M, et au dehors, une autre fontaine, plus spacieuse, portait de chaque côté des statuettes formant jets d'eau.
A l'est, la terrasse des Bibliothèques est close par un mur qui longe un corridor Q sur lequel donnent de petites chambres R, dont l'une ouvre sur le corridor 0. De ce corridor (fig. 134), par une large porte, on entre dans une vaste antichambre R commune aux
Fig. 13i. — Les Dix chambres ou « Ospiïali », vues du corridor 0.
Fig. 135. — Les Dix chambres ou « Ospitali», vues de la terrasse située au-dessus de la salle U.
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Dix chambresS, munies d'alcôves, au-dessus desquelles, dans le haut du mur, s'ouvraient de petites fenêtres. Le sol de ces chambres, admirablement conservé, est en mosaïque noire et blanche formanl des dessins géométriques de combinaisons variées (fig. 330-334). Vers le corridor Ose trouvent des latrines spacieuses (fig. 136) et deux alac1\ à l'autre extrémité
de l'antichambre R, qui devait être couverte, une grande salle U (fig. 137), entourée de pièces accessoires et pavée aussi en mosaïque blanche et noire, semble avoir servi de lieu de réunion aux habitants des chambres S. Devant le mur du fond, construit en arcades réservant des niches, s'élève un piédestal de pierre sur lequel se dressait peut-être quelque statue de lare ou d'empereur. En cet endroit furent trouvées des briques dont la date ne peut être ni antérieure à l'année 120, ni postérieure à Tannée 141.
Hadrien, qui aimait s'entourer de rhéteurs, de poètes, de savants, a pu les loger dans ces pièces que Piranesi appelle Ospitali. S'il semble juste de rechercher les Bibliothèques et
Fig. 136. — Latrines Z des Dix chambres.
Fig. 137. — Salle U, commune aux Dix chambres.
même le Lycée de ce côté de la villa, il est naturel qu'ils soient voisins des logements destinés aux intimes d'Hadrien. Un promenoir V longe extérieurement ces chambres sur le côté ouest et débouche de plain-pied sous le péristyle de la cour des Bibliothèques (fig. 138). L'une des alae T ouvre sur un vestibule A' d'où un escalier descend dans un vaste local B (fig. 139), dont la voûte, percée de larges baies exposées au sud, repose sur un mur de
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Fig. 138. — Porte du promenoir V