‹ La villa impériale de Tibur (villa Hadriana)Chapitre 45 sur 111 · ACADÉMIE · texte numérisé non relu

ACADÉMIE

Les vestiges que nous allons visiter occupent sur le plateau de la colline qui domine la campagne de Rome une situation admirable. Ils forment une longue terrasse, terminée à l'ouest par la construction la plus massive de la villa, appelée Roccabruna en raison de la couleur chaude de ses murs que, tout le jour, le soleil du sud grille de ses rayons.

Cette construction (fig. 280) n'a pas la configuration d'une tour proprement dite; mais son élévation et son plan carré (fig. 231) lui en ont fait donner le nom. On arrivait au bas de ce bâtiment par une route antique qui venait de Canope. Entièrement conservé dans ses parties vives, l'intérieur offre une haute salle dont la coupole est soutenue par quatre arcs : les deux latéraux forment les fenêtres et l'arc de façade ménage une entrée en face de laquelle le quatrième arc encadre une exèdre (fig. 233) ; quatre hautes niches, descendant jusqu'au sol et placées sur les diagonales, complètent l'ensemble. Derrière les niches de l'abside centrale, et dans l'épaisseur du massif, sont ménagés deux petits réduits circulaires à coupole où l'on arrive par d'étroits corridors venant de l'extérieur ; toutefois celui de droite communique aussi par un autre corridor avec l'intérieur du monument. Une autre salle, fort obscure, placée derrière l'abside, sert de vestibule à un escalier qui monte à la terrasse de la tour.

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Fig. 231. — Plan de Roccabruxa (d'après Wixxf.feld)

LA VILLA HADRIAXA

La façade de cette construction (fig. 232) présente trois grands arcs : celui du milieu, plus petit, sert d'entrée, les deux autres forment exèdre avec niche quadrangulaire. Les faces latérales, avec leur fenêtre de même ouverture que la porte d'entrée, se ressemblent. En haut, le pourtour du monument est hérissé de consoles de travertin situées à la hauteur où la tour devient hexagonale, et destinées à soutenir de petits arcs sur lesquels était établi un balcon qui probablement reposait sur un portique. On voit encore sur le sol, tou

Fig. 232. — Façade de Roccabruna.

autour du monument, les traces d'un mur bas. Ce sont peut-être les substructions des colonnes.

Le plan actuel de la plate-forme supérieure est circulaire. Des propriétaires de Roccabruna y ont, au xvme siècle, installé trois chambres. Dans l'antiquité, cette tour servit probablement de belvédère; sa situation, merveilleusement choisie, permet de voir tout le vaste panorama qui se déroule depuis les monts delà Sabine jusqu'au Monte Cavo (fy. 234). Piranesi voit dans ce monument le Héroon de l'Académie; Gontini n'y trouve qu'un temple; Nibby le compare à la tour de Timon d'Athènes; Bulgarini en fait un temple de Prométhée, etc.

Il est admissible que cette tour, située loin de toute habitation, puisse avoir rappelé, par exemple, le Timonion qu'Antoine avait construit à Alexandrie ou même celui d'Athènes.

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Le monument présente deux parties distinctes : la rotonde et la plate-forme supérieure. A l'intérieur de ce monument, on retrouva des mosaïques qui décoraient les voûtes et le sol, A Roccabruna, dit Penna, de Angelis découvrit aussi un vase égyptien [f%g. 592), un autel triangulaire alexandrin en marbre blanc (fîg. 556) (au Vatican) où, sur la face principale encadrée de deux uraeus, on voit deux colombes et un flambeau allumé, un sistre et une patère. Du côté gauche sont représentés un coq, un autre flambeau et une guirlande tressée parée de trois bouquets en rosace ; sur le troisième côté, on distingue une corbeille remplie de fruits et de pommes de pin ; dans le haut, un thyrse et quatre gerbes, des guirlandes, des fleurs.

FlG. 233. — INTÉRIEUR DE ROCCABRUNA.

des rosaces. Cet autel, trouvé en 1702, a fait partie de la collection égyptienne des Jésuites, auxquels appartenait Roccabruna. Dans la vigne voisine, propriété de Angelis, on découvrit encore un vase égyptien en basalte noir et une urne ornée d'un scarabée ifig'. 593).

De la présence de ces objets à Roccabruna peut-on conclure que ce monument ait été dédié à une divinité égyptienne? Cela est possible, à moins que ces objets n'aient été disséminés lors du pillage de la villa; il est cependant permis de supposer que le Canope de Tibur ne fut pas le seul monument orné de souvenirs égyptiens.

En somme, si l'intérieur du monument ne rappelle pas un temple aux formes classiques, on peut le rapprocher du Panthéon de Rome dont Hadrien reconstruisit le sanctuaire qui, avant cet empereur, avait un plan rectangulaire.

Dans ses dispositions générales, cette construction de Roccabruna rappellerait-elle quelque souvenir d'Orient ou d'Alexandrie? Fut-elle consacrée à Antinous? Toutefois l'autel de marbre blanc indiquerait la nature alexandrine du culte exercé dans ce monument.

les

LA VILLA HADRIANA

Outre l'escalier qui conduisait de la rotonde à la terrasse, une pente douce établie à gauche du monument était installée sur des arcs que supportent les contreforts de la terrasse dite de l'Académie. Par cette rampe, on arrivait à un corridor A qui, courant sous terre, limitait les jardins de cette terrasse et aboutissait, pour les besoins du service, à une salle qui faisait partie des constructions situées au sud. La terrasse à laquelle Roccabruna est adossée sur une longueur de 300 mètres est soutenue par un mur dont les contreforts B, reliés par des arcades, dominent la campagne. A l'extrémité sud, par un escalier que signale Piranesi, on descendait au bas de la colline vers le Fosso detto Resicoli.

Fig. 23i.

UOCCAlUiUNA, VUE DE LA TERHASSE.

La villa, à cet endroit, a l'aspect d'une véritable acropole et, de Roccabruna au théâtre placé au sud, les constructions se développent sur une grande étendue, régularisant le haut de la colline. C'est dans ce groupe, voisin de Roccabruna, que furent faites de nombreuses trouvailles d'œuvres riches, statues, mosaïques, etc., dont un dicton populaire, rapporté par Sebastiani, a conservé la mémoire :

V'è un tesoro fra il Ponte e Rocca-bruna Che si potria compar Tivoli, c Roma.

On suppose que, dans cette partie de la villa, il aurait existé des constructions antérieures à Hadrien ; cela, en effet, semblerait prouvé par la présence d'une salle à colonnes et d'un dallage en mosaïque certainement plus ancien. Là, comme ailleurs, des bâtiments furent établis sur des fondations existantes; il est même possible que des salles plus anciennes

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aient été utilisées, mais cela ne peut être vérifié, vu le mauvais état de ces ruines.

Fig. 233. — Plan des bâtiments intitulés Académie par Piranesi.

Sur les terrains où sont situés ces bâtiments s'élève encore le Casino Bulgarini, qui appartient à des particuliers. Cet endroit de la villa, entouré de murs, couvert d'oliviers et

LA AILLA HADRIANA

cultivé, n'est pas visité ordinairement; toutefois la charrue y remue autant de briques que de mottes de terre. Jl y reste fort peu de chose de la villa impériale; on ne peut s'en rendre compte qu'en se rapportant aux plans de Contini et de Piranesi.

La première construction qui se présente a quelques rapports avec les salles de la Piasza d'Oro (fig., plan n° 535). Par un double perron et par deux passages situés de chaque côté d'une demi-lune A [fig. 237) dont Piranesi fait un vaste bassin, on pénétrait dans une salle B (fig. 230), où se trouvent les restes de quatre piliers creusés de niches encore revêtues de stuc. Derrière ces piliers, sur lesquels reposait la plus lourde charge de l'édifice, s'étendaient des salles C de forme absidale.

Fig. 230. — Restes de la salle li.

On a essayé plusieurs restaurations de la salle centrale B. Contini imagine un portique circulaire et ne marque pas les salles rondes latérales D retrouvées par Piranesi ; à leur place, il suppose un mur percé d'une large baie. Pour le reste, les deux auteurs peuvent s'accorder.

D'après Piranesi, la salle centrale B était un atrium octogonal, entouré sur les grands côtés, comme de deux ailes, par des colonnes formant les salles rondes D surélevées de quelques marches. Au fond d'une pièce semi-circulaire E, occupant la place d'un lablinum, on montait par quelques marches dans le bas côté du grand portique H.

Ce genre d'atrium, particulièrement curieux, fut, suppose-t-on, couvert. 11 est possible, en effet, que les gros piliers aient supporté une coupole. Les murs de toutes ces salles étaient, d'après Piranesi, percés de nombreuses fenêtres. Le sol était richement décoré d'un pavement de mosaïque jaune et les parois recouvertes de marbre cipolin. C'est dans cette construction, probablement dans les salles D, qu'en 1730 Furietti trouva les deux Cen-

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taures en marbre noir qui sont au Capitole (PI. hors texte n° XI et fig. 536). Nous savons par Bulgarini que, à côté, gisait une colonne cannelée en jaune antique de près de 5 mètres de hauteur, qui avait appartenu à cet atrium corinthien d'un nouveau genre. En 1825,

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Fig. 237. — Salles C et bassin1 A (d'après Penna).

FlG. 238. — PÉRISTYLE Y ET CASINO BULGARINI (d'APRES PENNA).

on y retrouva aussi des stucs peints. Deux passages F conduisaient aussi au portique qui entoure une vaste area H, de 60 mètres sur 28. Le bas côté ouest du portique, d'ailleurs plus large que les trois autres, est divisé dans sa longueur par un grand mur percé au centre

Fin. 239. — Vue de l'area H; a gauche, salles I, .1, K

AU FOND, SALLE P; A DROITE, PORTIQUE Y (d'aPRÈS PENNA).

Fig. 240. — Salle I (d'après Penna).

d'une porte Y {fig. 238). Il rappelle singulièrement le mur du Pœcile que nous connaissons, mais réduit à la mesure donnée au Pœcile d'Athènes, c'est-à-dire à 60 mètres. Pour satisfaire au récit de Spartien, Piranesi appelle Académie l'ensemble de ces constructions.

Parmi les salles dont les murs sont encore debout, autour de l'area H {fig. 239), il y a lieu de remarquer la rotonde I [fig. 240-241), qui ne présente actuellement qu'une pièce semi-circulaire rasée à l'appui de la coupole. Ouverte de plusieurs côtés, cette salle était décorée de vingt colonnes imitant le marbre et ornées de motifs en terre cuite. Entre chaque colonne était ménagé un panneau; au-dessus de la corniche, les fenêtres alternaient

LA VILLA HADRTANA

avec des niches garnies de statues. Piranesi a fait de cette rotonde, on ne sait pourquoi, un temple d'Apollon. Elle communiquait avec un réduit rectangulaire contigu à plusieurs petites chambres. C'est dans cette salle qu'on a trouvé la mosaïque des colombes (PI. hors texte n° II), si souvent reproduite par les artistes modernes (Musée du Capitole), et aussi,

Fig. 241. — Salle I.

d'après les renseignements fournis par Bulgarini, le Faune en rouge antique du Capitole (fig. 535), l'hermès du philosophe Antisthène {fig. 465) (Vatican), la mosaïque alexandrine

qui est au Vatican, entre deux fenêtres du Cabinet des Masques (Voir p. 221), et un candélabre de marbre blanc.

Sur le côté droit de la salle I, s'ouvre une cour J terminée en abside. Des trous, percés dans le mur h une certaine hauteur, permettent de supposer qu'elle était entourée d'un portique. On y pénétrait par un vestibule K, qui, outre sa porte d'entrée, avait un dégagement sur une petite salle en exèdre avec tribune contiguë au grand portique H.

Des parties situées à gauche de la salle I, il ne reste à peu près rien ; les plans de Contini et de Piranesi sont aujourd'hui nos seuls guides. Ils indiquent une salle rectangulaire L dont le mur

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Fig. 242. — Plan des bâtiments SIK] existe encore dans sa partie inférieure; on peut constater qu'il

APPELÉS OdÉON PAR PlRANESI

(Voir plan n° 70) (d'après avait des portes et des niches.

p.ranes, et Win.weld). A ^ ^.^ en ^ on pénétrait dang une salle ressemblant à

un oecus corinthien qui ouvrait à droite et à gauche sur de petites chambres. De chaque côté du vestibule N qui le précédait, deux grandes salles, que Piranesi dit avoir été dallées en mosaïque, conservent encore des colonnes garnies de stuc. Les grands escaliers marqués sur le plan descendaient dans des souterrains. En 1831, on trouva, non loin de ces esca-

SOUVENIRS DE VOYAGE ET CONSTRUCTIONS ORIGINALES

liers, quelques salles voûtées et ornées de stucs peints. Enfin, près de la lettre G, un autre escalier plus petit montait à des chambres situées au-dessus des salles du rez-de-chaussée et ouvrant sur le péristyle.

Au delà du portique H, au sud, tout un groupe de bâtiments, appelé Académie par Piranesi, était isolé par un grand mur sans ouverture, qui existe encore en partie. Il se composait d'une salle P en forme d'oecus corinthien, de plusieurs chambres et d'une pièce octogonale. Dans les constructions qui occupaient la droite, on a cru reconnaître des bains dont la salle circulaire R aurait été le caldarium ; à l'extrémité sud, en Q, étaient creusées les citernes qui les alimentaient. Ce petit groupe n'avait aucune communication avec les bâtiments voisins, et, d'après Piranesi, les thermes auraient été ornés d'une colonnade dominant la campagne romaine. Une partie de ces constructions a été utilisée pour le casino Bulgarini. Six mosaïques provenant de ces bâtiments ont été reproduites par Penna (fig. 323-328).

Parmi toutes les constructions énumérées dans ce groupe important de bâtiments, rien ne peut faire reconnaître Y Académie d'Athènes mentionnée par Spartien, et où Diane,

Fig. ïW. — Théâtre du sud (voir plan n° 70) (d'après Piranesi et \Yinnefeld).

Fig. 244. — Façade du théâtre du sud.

Bacchus, Apollon, Prométhée, Minerve, Eros, avaient des autels. Aucune des divinités ci-dessus désignées n'a été signalée comme provenant de ces parages. On n'y a trouvé que deux centaures et des mosaïques d'esprit alexandrin, trouvailles peu favorables à l'attribution proposée par Piranesi; la présence de l'hermès d'Antisthène, philo-

LA VILLA HADRIANA

sophe qui n'était sans doute pas le seul représenté ici, ne suffît pas pour la justifier. La construction qui se trouve à la suite, vers le sud, et que Piranesi, qui en a reconstitué le plan (fig. 242), regarde comme un Odêon, offre de bien rares vestiges. De forme rectangulaire et élevé sur un soubassement, cet édifice était entouré d'un portique A, ainsi que d'un corridor servant à isoler davantage la salle centrale B à laquelle étaient adossées

de petites chambres ouvertes seulement sur le corridor qui, par quatre portes, desservait la salle principale. C'est dans ce bâtiment que Furietti dit avoir trouvé des colonnes en marbre jaune antique, ainsi que le Satyre à la chèvre en marbre rouge1 (au Capitole); c'est aussi dans les bâtiments du sud que furent trouvés les deux candélabres Barberini (Vatican).

Le monument qui termine la construction de la terrasse du sud est un théâtre dont la salle, envahie par les oliviers, conserve cependant ses dispositions antiques. Ligorio, puis Piranesi en ont relevé le plan (fig. 243), qui offre quelques particularités. Extérieurement, la façade du théâtre (fig. 244) présente un long vestibule D, éclairé par six fenêtres cintrées et percé de trois portes élevées sur des petits perrons; celle du centre est plus grande que les autres. Devant ce vestibule (fig. 245), Penna place un portique extérieur décoré de peintures à compartiments; toutefois il n'en reste aucune trace et Piranesi ne le mentionne pas. Au côté est du monument, un escalier conduisait aux corridors souterrains. Selon Ligorio, la scène (fig. 246) était décorée de 12 colonnes de granit (bigio)2 encadrant trois portes au-dessus desquelles s'élevait l'architrave qui abritait des figures allégoriques. Devant cette colonnade, un balcon B conduisait par trois petits perrons sur le podium C, haut de lm,50 et large de 35 mètres, et, de là, par trois autres petits perrons, à l'orchestre D. L'hémicycle était divisé en deux précinctions : celle du bas, dallée de marbre grec, reposait, suivant Piranesi, sur des soutiens en forme de pieds de lion placés aux six escaliers qui desservaient les gradins ; le

Fig. 245.

Intérieur duTyestibule du théâtre du sud.

1. Ce satyre est le rrême que celui noté par Bulgarini comme provenant, des salles désignées p. 172.

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