LES STUCS
Le stuc a été employé partout à la villa; presque toutes les voûtes eu étaient revêtues, fort souvent aussi les parois. Parmi ces stucs, un certain nombre ont été copiés par Ponce avant de disparaître; Piranesi en reproduit aussi, mais son dessin lourd et vigoureux ne rend pas assez cette grâce et cette légèreté qui en font tout le charme. Sur place il reste un grand fragment à une voûte de Vapoditerium des grands thermes (fig. 338-339) et aussi dans une salle basse placée sous le Casino Fede (fig. 340-342).
D'après les indications peu précises de Ponce, on peut supposer que les plafonds qu'il a dessinés à la Villa proviennent en partie des bibliothèques. « Après avoir trace versé, dit-il, une petite cour (il venait du « Pœcile) ornée de colonnades et de por- « tiques, on trouve un autre édifice fort « peu endommagé, dont plusieurs pièces « sont fort belles. D'un côté sont plusieurs « petites salles qui servaient pour la commo- « dite de la distribution, et, de l'autre, des « pièces de parade dans lesquelles sont une « partie des arabesques que nous donnons. « Dans l'une de ces pièces est une voûte
« décorée d'ornements et de petites figures en stuc assez bien conservées; elle est d'un « goût agréable et de la plus légère forme. Dans deux autres salles sont des restes de « peintures et de décorations en arabesques, dont une partie imite le bas-relief. Les couleurs « des ornements de la première de ces deux pièces sont dures et tranchantes les unes « par rapport aux autres ; mais celles de la seconde, présentées dans la figure 347, sont « d'un assez bon accord. »
Img. 338. — Stucs de iJapodytérium des grands thermes
(PHOT. MOSCIONl).
LA AILLA HADRIANA
Ces plafonds sont conçus de la plus gracieuse manière' (fig. 349-353). Dans ces décorations divisées en panneaux de toutes formes, ce ne sont que paysages, chasses et danses
FlG. 339. — DÉVELOPPEMENT DES STUCS DE LA VOUTE DE L'aPODYTERIUM DES GRANDS THERMES (d'aPRES PlRANESl).
Fig. 340. — Stucs d'une voûte de l'ancien Casino Fede (actuellement bâtiment de l'administration de la villa)
(PIIOT. MOSClONl).
1. Arabesques antiques des bains de Livie et de la Villa Adriana. .., Paris, 1789. La sincérité de Ponce nous est prouvée par une reproduction que nous pouvons contrôler : en comparant la photographie du plafond du Casino Fede avec le dessin de Ponce reproduisant le même motif, seuls quelques détails n'ont pas été compris.
ART ET NATURE
sacrifices et scènes d'initiation, amours se balançant sur une corde, génies tenant des avirons. La présence d'oies et de cigognes révèle aussi l'esprit alexandrin de plusieurs compositions. Du reste, l'idée d'appliquer le stuc à la décoration plastique passe pour être originaire d'Alexandrie, d'où vinrent les motifs d'ornementation qui, à la grâce hellénique, allièrent la distinction égyptienne.
Ces stucs avaient l'avantage de parer, sans les surcharger, les salles voûtées trop petites pour supporter les marbres. En outre, la fantaisie de l'ornemaniste avait libre cours grâce à l'emploi d'un procédé aussi expéditif que pratique, le travail devant être achevé avant que l'enduit fût desséché.
Ces stucs de la villa Hadriana ne présentent pas, toutefois, le même caractère d'art que ceux de la Famesina, à Rome, ni que les stucs de style (T architecture que nous connaissons à Pompéi et dans les tombeaux de la Voie latine.
Ici, peu ou pas de réminiscences architectoniques : la base de ces décorations est géométrique; elles ne donnent pas l'illusion d'une chose réelle vue en perspective, mais servent de cadres à de jolis motifs peints; c'est donc la peinture qui joue le principal rôle. Non seulement des tableaux ronds, carrés, polygonaux, occupent les places principales, mais encore des personnages décoratifs peints relient tout l'ensemble de la composition ; ils tiennent des banderoles, dansent, volent; alternativement aussi des hippocampes, des chimères, des chèvres, des figures humaines sont engainés dans les feuillages stylisés des frises, formant une chaîne ininterrompue pleine de grâce et de vie. Les plafonds ainsi enjolivés semblent légers et aériens, car le fond blanc du stuc, toujours réservé, appelle la lumière diffuse1.
La voûte de la salle du Casino Fede (fîg. 340-342) ne comporte que des dessins géométriques ornés depalmettes grecques; seuls les quatre coins sont formés de figures d'hommes dansant, dont les poses se retrouvent dans quelques peintures campaniennes et dans des bronzes antiques : ainsi le Satyre à l'outre de la Maison du centenaire, à Pompéi.
On voit aussi d'autres répétitions de sujets empruntés à la statuaire dans le plafond en stuc de l'apodytérium des grands thermes {fîg. 339), particulièrement un Cerf attaqué 'par un chien, groupe existant à la salle des Animaux, au Vatican. Dans ce spécimen de
Fîg. 341.
Stucs de l'ancien Casino Fede (d'après Piranesi).
1. La Renaissance, avec son goût du pastiche, imita ces charmantes compositions, surtout à la villa Madame, près de Rome, dont les stucs sont dus à Jean d'Udine.
Fig. 342. — Stucs de l'ancien Casino Fede (d'après Ponce).
Fig. 343. — Stucs (d'après Pon-
ce
Fig. 344. — Stucs (d'après Ponce).
Fig. 345. — Stucs (d'après Ponce).
Fig. 346. — Stucs (d'après Ponce).
Fig. 347. — Stucs (d'après Ponce).
'<j-.ci— C^yr-:^" >.
. -i ii-J^--l ' 'J lu - • .' .■ i. . . 1 ■ -.I.--1 . -:l. -. . | .■- 1 . -J- -i. .-:•■ ■ ■ \ ■■ i- - : , -t
ÈÊESlllSEiSSElISl^^^^E
F^^&^R';"-1' u^^iVli'P' çî^;:H^^^/T*^^2^¥:'
M $&&. Aii&
KeiKtzanfZAi&.w
1 i^^fi^rP>;fem^^w^fiS§
bbss
fàrae^
Fig. 348. — Stucs (d'après Ponce).
Fig. 349. — Stucs (d'après Ponce).
LA VILLA HADRIANA
décoration des thermes, les divisions géométriques sont fortement accusées, simulant des caissons dont le milieu est occupé par un sujet en relief, placé sur un fond colorié en ton
Fig. 350. — Stucs (d'après Ponce).
Fig. 331. — Stucs (d'après Ponce)
plat, bleu ou rouge. Des bandeaux de traverse séparent les caissons, et, à leurs points de rencontre, sont placés des disques d'où émergent des bustes, semblables aux emblema des
Fig. 352. — Stucs (d'après Ponce)
Fig. 353. — Stucs (d'après Ponce).
phiales d'argent. A chaque coin de la voûte d'arête, des Victoires, aux grandes ailes, aux draperies légères et capricieuses, portent des candélabres et des trophées.
Ces stucs, de genres divers, n'appartiennent à aucun style déterminé ; ils peuvent être classés parmi les ouvrages de style dit augustêen, qui furent un composé d'éléments grecs et alexandrins interprétés à la manière romaine.