VOYAGES D'HADRIEN. — VILLA IMPÉRIALE ET DÉLICES ROMAINES
FlG. 1.
Hadrien.
Fig. 2.
Sabine.
Avant d'étudier en détail la villa de Tibur, nous croyons utile de suivre Hadrien dans ses voyages à travers l'empire '. Toutefois nous n'en retiendrons que ce qui concerne les
monuments et les sites dont cet empereur a fixé le souvenir dans sa villa et les principales œuvres d'art qu'il y avait rapportées2. Au mois d'août de l'année 117, Hadrien, devenu empereur à la mort de Trajan, partit d'Antioche, où il était légat, pour aller à Jérusalem (Aelia Capitolina). Il arriva à Alexandrie à la fin d'octobre de la même année^. Cette ville, relevée de ses désastres, séduisit particulièrement l'empereur, qui mit même une sorte de dilettantisme à en apprécier l'élégance raffinée, et y acquit de nombreuses sculptures égyptisantes et alexandrines. Non loin d'Alexandrie, à côté de l'Eleusis égyptienne et de ses hôtelleries aussi bien achalandées que mal famées, se trouvait Canope et son Sérapéum, très réputés pour les guérisons qu'on y venait chercher ainsi que pour la vie facile qu'on y menait : souvenirs chers à Hadrien, qui voulut posséder à Tibur les délices de Canope. L'empereur vit aussi à Sais le temple et la sépulture des Pharaons, visite attestée par la présence à la villa tiburtine de quelques statues provenant de ce lieu célèbre. Après diverses inspections militaires en Dacie et en Pannonie, il fit, en qualité d'empereur, son entrée à Rome le 7 ou 8 août de l'année 118, comme en témoignent les médailles, et, à cette occasion, combla de largesses le peuple romain.
1. Aicnn prince, dit Spartien, n'a parcouru autant de pays avec la même célérité, se faisant suivre par une véritable armée d'arpenteurs et de géomètres, de constructeurs et de décorateurs, qu'il avait organisée, sur le modèle des légions militaires, en cohortes et en centuries.
2. Plusieurs des médailles frappées par les provinces en l'honneur de l'empereur donnent chronologiquement 1 ordre de ses voyages. Celles que nous reproduisons appartiennent toutes au cabinet des médailles de Pans. MM. Babelon et de la Tour m'en ont obligeamment procuré des empreintes.
3. Pour la chronologie des voyages d'Hadrien, nous nous reportons à la Chronologie de l'Empire romain de M. Goyau.
Fie. 3. — Judée.
Fig. 4.
Aelia Capitolina.
LA VILLA HADRIANA
— Egypte.
Fig. 6.
Alexandrie.
Ce fut seulement après le 21 avril 121 qu'Hadrien entreprit ses grands voyages. Il passa en Gaule, de là en Germanie, puis dans File de Bretagne, au commencement de l'année 122. A la fin de cette même année il revint en Gaule et s'arrêta à Nîmes pour élever un monument à Plotine. il gagna ensuite l'Espagne, où, au début de l'année 123, il s'embarqua pour l'Afrique1; de là il serait allé à Rhodes. Nous le retrouvons ensuite à Halicarnasse, où s'élevait le tombeau de Mausole, dont son propre tombeau, aujourd'hui château Saint-Ange, rappelle les proportions gigantesques. Dans la même région, à Aphrodisias, florissait une école de sculpture se rattachant à celle de Rhodes et à laquelle, grâce au goût éclairé d'Hadrien, nous devons les deux Centaures en marbre noir
d'Aristéas et de Papias aujourd'hui au Musée du Capitole (Voir fig. 536 et hors texte n° XI). Continuant son voyage, Hadrien se rendit probablement à Magnésie, où le temple d'Artémis offrait d'ingénieuses particularités, imitées peut-être dans les portiques du monument qu'on appelle aujourd'hui Piazza d'Oro (Voir p. 111). De tout le littoral asiatique, ce fut, ainsi que nous l'apprend Philostrate, Ephèse que préféra Hadrien ; aussi a-t-on découvert, dans les palais impériaux, une statue de l'Artémis éphésienne (Voir fig. 493).
Remontant encore la côte, l'empereur se rendit à Smyrne, où il contribua à l'ornementation d'un gymnase que Philostrate trouvait le plus beau de l'Asie. D'un séjour à Pergame il rapporta ensuite quelques œuvres d'art, entre autres probablement une copie de la célèbre mosaïque des Colombes, œuvre de Sosos (Voir PI. hors texte n° II).
Vers la fin de l'année 123, Hadrien, s'éloignant du littoral, atteignit l'Euphrate, alla à Trapezus (Trébizonde), puis en Bithynie, où il se plut tellement qu'il donna son nom à une partie des forêts giboyeuses de la plaine de Thémiscyre (Hadrianotherai, chasses d'Hadrien), souvenir rappelé par les médailles et peut-être aussi par quelques bas-reliefs représentant des chasses (Voir p. 244-245). Fut-ce pendant ces chevauchées que le Petit Grec, comme plusieurs auteurs se sont plus à nommer Hadrien, connut le pâtre
Fig. 7.
Voyage par mer.
Fig. 8. — Dacie.
Fig. 9. — Dacie.
Fig. 10. — Dacie et Pakthiè.ne.
1. Il fit en Afrique deux voyages, l'un ea 123, l'autre en 128.
INTRODUCTION
Fie. il.
Rome reçoit Hadrien.
Fie. 12. — La Libéralité.
Antinous', originaire de Bithynium? De Cyzique il se rendit à Ilion, puis, à la fin de l'année 124, à Lesbos et à Samothrace.
En Thessalie, la vallée de Tempe, où coulaient les claires eaux du Pénée, fut particulièrement chère à Hadrien, au point qu'il en donna le nom à un des sites de sa villa. Vers la même époque, il visita Delphes, puis Thespies, d'où provenait une statue d'Eros, dont, à notre avis, il fit faire une copie {YoiTfig. 542).
D'après Eusèbe et Spartien, Hadrien alla d'Asie en Grèce par les Cyclades; il visita Paros, célèbre par ses carrières et ses ateliers de sculpteurs ; Scyros, d'où l'on tirait des colonnes et de brillantes parois en marbre veiné; Délos, qui, sous son règne, exportait des
œuvres d'artistes athéniens tels que Adamos, Eutychidès, Démostratos, etc., auteurs des copies interprétées d'après les maîtres de l'Attique, et dont la villa impériale dut posséder quelques spécimens. Enfin, le 1er septembre de l'année 125, Hadrien arrivait à Athènes.
Certains lieux de la cité hellénique séduisirent particulièrement le plus grec des empereurs, qui en transporta le souvenir à Tibur : le Pœcile, portique décoré des peintures de Polygnote (Voir p. 132) ; le Lycée consacré à Apollon ; l'Académie, un des lieux de prédilection d'Hadrien ; toutefois, dit Pausanias, l'Académie n'était plus qu'un gymnase, et les oliviers qui ombrageaient les jardins avaient été replantés depuis Sylla. Non loin s'élevait la tour de Timon. Il réunit aussi toute une série de bustes hermétiques de personnages grecs, parmi lesquels : Aristogiton, Solon, Heraclite, Aristophane, etc., etc. (Voir p. 271). A Athènes, il bâtit un gymnase dont nous retrouvons peutêtre le plan dans une des parties de la construction dite Piazza d'Oro (Voir p. 111).
Après avoir été initié une première fois aux mystères d'Eleusis2, Hadrien, durant l'été de l'année 126, parcourt le Péloponèse, voit Mégare, Corinthe, Olympie, Mantinée et Argos. A Sparte, sans doute, il conçut la première idée de son Natatorium ou Portique Circulaire,
Fig. 13.
Remise des créances.
Fig. 14. — Libéralités.
Fig. 15.
Gaule.
pi
Fig. 16.
Germanie.