‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 181 sur 275 · LA MORT DE LA MÈRE MARIE-CATHERINE DE SAINT-AUGUSTIN · texte numérisé non relu

LA MORT DE LA MÈRE MARIE-CATHERINE DE SAINT-AUGUSTIN

" "^T T"ers la fin d'avril 1668, la Mère Marie-Catherine de \/ Saint-Augustin fut attaquée d'un crachement de sang.

v On lui fit promptement des remèdes qui la soulagèrent assez pour faire espérer que cela n'aurait point de suites. Cependant, le 2 mai, qui était l'anniversaire de sa naissance, fête de la Sainte-Croix, qu'elle célébrait toujours avec une dévotion extraordinaire, elle ressentit de si violentes douleurs qu'elle fut obligée de se rendre à l'infirmerie. Elle s'alita après avoir renouvelé le sacrifice qu'elle avait fait d'elle-même tant de fois à Notre-Seigneur. Elle supplia l'infirmière de ne la point consulter sur ses propres besoins, afin qu'elle ne se procurât aucun soulagement par son choix, désirant pratiquer l'obéissance en toutes choses jusqu'à la mort, à l'exemple de Jésus-Christ. Elle donna dans cette maladie, ainsi qu'elle l'avait fait toute sa vie, des marques de ses grandes vertus, sa soumission, son humilité et sa patience furent mises à de rudes épreuves. Le mépris qu'elle avait d'elle-même lui faisait recevoir les petits services que chacune s'empressait de lui rendre, avec des sentiments si pleins de reconnaissance, qu'il semblait qu'elle s'estimât indigne de tout.

" Son mal devenant tous les jours plus dangereux, on jugea à propos de lui donner les derniers sacrements qu'elle reçut avec des dispositions charmantes. Le Père Chastelain, son confesseur, était fort assidu auprès d'elle. Enfin, après une grande faiblesse dont on eut de la peine à la faire revenir, elle tomba dans un état où elle n'avait ni poulx ni mouvement. On fit les prières des agonisants, toute la communauté était présente et fort attentive à la considérer, parce qu'elle avait les yeux élevés au Ciel comme une personne bien appliquée et qu'on jugeait qu'il se passait en elle quelque chose d'extraordinaire. Elle revint un peu et prononça quelques paroles fort intelligibles qu'elle adressa à Dieu pour lui témoigner sa soumission et son amour, puis se tournant vers ses sœurs avec un visage gai, elle demanda quelle heure il était. On

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lui répondit qu'il était trois heures du matin. Voilà qui va bien, dit-elle, entre cinq et six, il y aura du changement dans nos affaires, mais cependant je suis guérie, on me vient d'assurer que tous mes maux sont passés, que tout est fait, qu'il n'y a plus de douleurs.

" Ce qui parut admirable, c'est qu'en effet elle n'avait plus aucune apparence de mal, elle demanda agréablement à la Mère Supérieure permission de prendre sa robe et d'aller au chœur, pour remercier Notre-Seigneur parce qu'il ne fallait pas être ingrat d'un bienfait reçu. La Mère lui dit que ce serait pour une autre fois. La malade se soumit avec douceur, la pria seulement de trouver bon qu'on chantât le Te Deum, ce qui lui fut accordé. Elle l'entonna elle-même avec sa belle et ravissante voix. Toute la communauté poursuivit avec elle jusqu'au verset: In le Domine speravi, qu'elle répéta trois fois. Elle remercia ensuite ses sœurs, leur dit que c'était tout de bon qu'elle était guérie et qu'on pouvait lui donner à manger. On lui apporta un bouillon qu'elle prit, disant en riant: ce n'est pas assez pour une personne qui se porte bien.

" Peu de temps après elle demanda à se coucher afin de se reposer, car elle avait été pendant toute sa maladie dans un fauteuil à cause de la difficulté qu'elle avait à respirer. Quand elle fut au lit on se retira bien consolé, dans la pensée qu'elle allait jouir d'une parfaite santé. Comme il était près de cinq heures et demi, on alla au chœur dire l'office, la supérieure resta auprès de la malade avec les infirmières et le Père Chastelain. On la regardait fixement, n'osant se flatter qu'elle se portât mieux, quoiqu'elle reposât avec la tranquillité d'un enfant, un beau vermillon lui couvrait les joues et lui donnait un air d'embonpoint. Comme on craignait de l'éveiller, on gardait le silence, mais l'infirmière ayant mis la main sur la bouche, trouva qu'elle ne respirait plus.

" Elle mourut en odeur de sainteté le 8 mai 1668, âgée de 36 ans et 5 jours, regrettée universellement de toute la colonie comme une âme qui attirait de grandes grâces sur ce pays."

Source: Mère Juchereau de Saint-Ignace, Histoire de V Hôtel-Dieu de Québec.

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