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LES SŒURS DE LA CONGRÉGATION À LA BASSE VILLE

MGR de Saint- Vallier en confiant son Hôpital général aux Hospitalières ne voulait pas priver la ville de Québec des services des sœurs de la Congrégation. Il leur avait fait donation, le 19 janvier 1689, de la maison qu'elles occupaient à la haute ville, en mettant pour condition expresse que si elles venaient à se transporter dans un autre quartier, elle serait vendue à leur profit, et le prix employé à l'achat de l'emplacement où elles s'établiraient. Cette donation fut acceptée par la sœur Bourgeoys le 12 mars 1689.

Les sœurs de la Congrégation achetèrent peu après, encore à la haute ville, une autre maison plus avantageuse, mais elles y étaient à peine installées qu'elles durent en sortir, à la suite des menaces de procès que leur fit un prétendu porteur d'hypothèque.

Au sortir de cette maison, les sœurs de la Congrégation furent obligées de se loger dans une étable.

La sœur Bourgeoys, qui connaissait les besoins de Québec, savait que la haute ville pouvait se passer des services de ses sœurs puisque le couvent des Ursulines suffisait aux besoins de la population. Elle jugeait que les sœurs de la Congrégation étaient plutôt nécessaires à la basse ville où on manquait d'écoles. Elle descendit à Québec au mois de mai 1692, et acheta, de M. François Hazeur, une maison située à la plate-forme qui servait de magasin.

Mais pendant que la sœur Bourgeoys arrangeait ses affaires avec M. Hazeur, le vendeur de la maison de la haute ville que les sœurs avaient dû abandonner les citait en justice pour en obtenir le paiement immédiat. Il lui fallait trouver de l'argent et personne ne voulait lui en prêter.

La sœur Bourgeoys raconte elle-même comment elle se tira de cette affaire: " Je vais à la chapelle de la sainte Vierge des Jésuites, et je me jette à ses pieds, sans pouvoir lui faire d'autre prière que ces paroles: " Sainte Vierge, je n'en puis plus." En sortant, je trouve à la porte une personne à qui je n'avais nullement pensé, qui me demande comment allait notre affaire. Je puis,

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ajoute-t-elle, vous prêter 1000 livres, argent de France, dont vous ne me paierez point d'intérêt, et qui peut-être vous demeureront selon que mes affaires réussiront ; n'en parlez à personne, vous pouvez vous en servir."

La sœur Bourgeoys paya aussitôt son vendeur et se débarrassa d'un procès ennuyeux.

Le couvent des sœurs de la Congrégation fut donc ouvert en 1692. Les enfants de la basse ville de Québec reçurent le bienfait de l'instruction des sœurs de la Congrégation jusqu'en 1844, soit pendant plus d'un siècle et demi. Les sœurs de la Congrégation allèrent ensuite se fixer à Saint-Roch, où elles ont aujourd'hui un couvent fréquenté par plusieurs centaines de jeunes filles.

Le couvent des sœurs de la Congrégation à la basse ville s'élevait sur le site actuel du magasin McCall et Shehyn, rue Saint- Pierre et côte la Montagne. Cette partie de la côte la Montagne qui longe le magasin McCall et Shehyn porta jusqu'en 1891 le nom de rue des Sœurs, en l'honneur des sœurs de la Congrégation qui y avaient enseigné si longtemps.

Signature de la Sœur Bourgeoys

Signature de François Hazeur

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u TARTUFE " À QUÉBEC EN 1693

Dans ses intéressants Mémoires sur la vie de M. de Laval, l'abbé de Latour prétend que le gouverneur Frontenac aurait fait jouer le Tartufe, en 1693, au château Saint- Louis, chez les Jésuites, aux Ursulines et à l'Hôtel-Dieu, puis aurait eu le dessein de faire répéter la pièce au Séminaire, et n'y aurait renoncé que sur les représentations des directeurs.

Le Tartufe a-t-il réellement été représenté à Québec en 1693 ? L'abbé de Latour écrivait plus de trente ans après l'événement. Nous croyons qu'il a été trompé par ceux qui lui donnèrent cette information.

Pendant l'hiver de 1693, le comte de Frontenac avait monté un petit théâtre au château Saint-Louis. On y joua plusieurs pièces, entre autres Mithridate et Nicomède. Les rôles étaient tenus par des personnes de la société et les officiers des troupes.

Vers la fin de décembre, on parla de jouer le Tartufe. L'annonce qu'on allait jouer chez le gouverneur cette pièce scandaleuse de Molière créa toute une sensation dans la ville. Le 10 janvier 1694, M. Charles Glandelet, par ordre de l'évêque, prononçait à la cathédrale un sermon où il fulminait contre les comédies et blâmait vertement les personnes qui prenaient part aux représentations de comédies. Six jours plus tard, le 18 janvier, MF de Saint- Vallier lançait une lettre pastorale où il distingue les comédies " qui sont honnêtes de leur nature mais ne laissent pas d'être dangereuses par les circonstances de temps, de lieu ou de personnes " et celles qui sont " absolument mauvaises et criminelles d'elles-mêmes, comme pourrait être la comédie de Tartufe ou autres semblables."

Nous avons là la preuve qu'à la date du mandement, c'est-àdire le 18 janvier 1694, le Tartufe n'avait pas encore été joué.

Une lettre de l'intendant Bochart de Champigny au ministre du 27 octobre 1694 nous autorise à croire que le Tartufe ne fut représenté à Québec ni en 1693, ni en 1694.

" M. l'évêque, dit l'intendant, ayant eu avis que M. le gou-

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verneur voulait faire représenter la comédie du Tartufe, fit son possible pour l'empêcher, et par son ordre il fut fait une explication publique, dans une messe de paroisse, des comédies impures, comme était, dit-il, celle du Tartufe, à laquelle on ne pouvait aller sans péché mortel ; et animé du zèle qu'il fait paraître contre tout ce qu'il croit être mal, il prit l'occasion que j'étais avec M. de Frontenac pour le prier de ne pas faire jouer cette pièce, s'offrant de lui donner cent pistoles; ce que M. de Frontenac ayant accepté, il lui en fit son billet, qui fut payé le lendemain.

" J'avais regardé cette action entre ces deux messieurs, comme une chose qui ne devait servir qu'à engager M. le gouverneur de se désister du dessein qu'il avait pu avoir de faire jouer le Tartufe, afin de donner cette satisfaction à M. l'évêque, avec lequel il était étroitement uni, et qu'il ne tarderait pas à lui faire l'honnêteté de lui renvoyer ses cent pistoles, comme il me semblait qu'il devait faire par rapport à l'amitié réciproque qui était entre eux.

" Mais la suite me fit voir des choses tout opposées. L'entreprise faite contre Mareuil en même temps commença à aigrir M. le gouverneur contre M. l'évêque; et depuis leur division est venue à un point qui me fait croire avec beaucoup de fondement que le remède ne s'en peut trouver que dans l'autorité de Sa Majesté."

Dans sa lettre au ministre du 4 novembre 1695, Frontenac tourne toute la chose en plaisanterie :

" A l'égard des cent pistoles que M. l'évêque m'a données, dit-il, c'est une chose si risible, que je n'ai jamais cru qu'on la pût tourner à mon désavantage, mais qu'elle donnerait matière de se réjouir à ceux qui en entendraient parler."

Sources: La tour, Mémoires sur la vie de M. de Laval; Bulletin des Recherches

Historiques, vol. II (1896) et vol. IV (1898).

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