‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 40 sur 275 · LE MONASTÈRE DE NOTRE-DAME DES ANGES · texte numérisé non relu

LE MONASTÈRE DE NOTRE-DAME DES ANGES

Dès leur arrivée à Québec, les Récollets s'occupèrent de culture. D'après Sagard, ils défrichèrent une terre à la haute ville qu'ils échangèrent plus tard avec une autre que Louis Hébert possédait près de la rivière Saint-Charles. Les Récollets eurent aussi une autre terre située à mi-chemin entre l'habitation de Québec et leur futur monastère de Notre-Dame des Anges. Cette terre était appelée, dit Sagard, le "jardin du Père Denis."

C'est en 1620 que les Pères Récollets s'établirent à Notre- Dame des Anges où les terres qu'ils cultivaient leur donnèrent bientôt tout ce qui leur fallait pour leur subsistance.

Une lettre du Père Denis Jamet au grand bienfaiteur des Récollets, le grand vicaire de Pontoise Charles des Boues, nous donne d'intéressants renseignements sur le premier monastère de Notre- Dame des Anges. Cette lettre en date du 15 août 1620, dit:

" A notre arrivée, nous sûmes que le sieur du Pontgravé, capitaine pour les marchands dans l'habitation, avait commencé à nous faire bâtir une maison, laquelle depuis notre arrivée nous avons fait achever, dont je suis fort réjoui, tant pour l'assiette du lieu, que de la beauté du bâtiment. Le corps de logis donc est fait de bonne et forte charpente, et entre les grosses pièces une muraille de 8 à 9 pouces jusques à la couverture; sa longueur est de trentequatre pieds, sa largeur de vingt-deux; il est à double étage; nous divisons le bas en deux ; de la moitié, nous en faisons notre chapelle en attendant mieux; de l'autre une belle grande chambre, qui nous servira de cuisine, et où logeront nos gens; au second étage, nous avons une belle grande chambre, puis quatre autres petites, dans deux desquelles, que nous avons fait faire tant soit peu plus grandes que les autres, il y a des cheminées pour retirer les malades, à ce qu'ils soient seuls. La muraille est faite de bonne pierre, bon sable et meilleure chaux que celle qui se fait en France, au-dessous est la cave de vingt pieds en carré et sept de profondeur."

Les Sauvages n'avaient jamais attaqué l'habitation de Champlain. Les Récollets, éloignés de tout secours, prirent leurs précau-

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tions pour se mettre à l'abri des attaques possibles. Le Père Jamet dit: " Nous avons aussi fait faire trois guérites pour la défense de notre logis, une de cinq pieds en carré dans le milieu du pignon, qui regarde le septentrion, et deux autres de quatre pieds aux deux coins d'icelui qui regardent le midi; nous ferons une demi-lune devant notre porte avec des boises fortes, afin qu'elle ne soit aisée à attaquer."

Le Père Jamet s'extasie ensuite sur le site de leur couvent: " Quant à l'assiette du lieu, elle est des plus belles du pays, car le fonds de la terre est très bon, et sans pierre aucune, les arbres y sont clairs et partant aisés à déserter ; nous avons du côté du septentrion la petite rivière, qui néanmoins n'est pas petite, principalement quand la mer est pleine, mais elle se nomme ainsi en comparaison de la grande, dans laquelle elle se va emboucher; nous avons un fossé du côté de l'orient et fort profond et large, un autre du côté de l'occident, dans lesquels y a des ruisseaux qui se vont presque rencontrer du côté du midi, il ne s'en faut pas plus de cinquante pieds, si bien que nous sommes presque comme dans une île de fort belle étendue. Tout le pays deçà et delà la rivière est de même façon de terre, nous avons aussi la commodité des prés le long de cette petite rivière, au bord de laquelle nous sommes bâtis; il ne faut qu'arracher certaines broussailles que rompent les faux quand on fauche, si bien que la nourriture du bétail nous sera fort aisée."

Disons ici que la chapelle mentionnée par le Père Jamet, laquelle occupait la moitié du rez-de-chaussée de Notre-Dame des Anges, fut remplacée la même année par une église conventuelle formant un bâtiment à part, entièrement en pierre. Cette église fut bénite par le Père Jamet le 25 mai 1621.

Sources: Chrétien Le Clercq, Premier établissement de la foi; R. P. Odoric-Marie Jouve, Les Franciscains et le Canada.

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