‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 46 sur 275 · L'ANTICOTON BRÛLÉ PAR ORDRE DE CHAMPLAIN · texte numérisé non relu

L'ANTICOTON BRÛLÉ PAR ORDRE DE CHAMPLAIN

1E célèbre Père Jésuite Pierre Coton, confesseur de Henri IV, avait été un des promoteurs de la mission des Jésuites en Acadie. Il l'avait soutenue de toutes ses forces, et, quand elle fut détruite, nul n'en fut plus attristé que lui.

Le Père Coton était le confident et peut-être l'ami le plus intime de Henri IV. Lors de l'assassinat du roi par l'infâme Ravaillac, en 1610, les ennemis des Jésuites attaquèrent leur doctrine et firent même courir les bruits que ces religieux avaient armé le bras du parricide. Le Père Coton, dont l'influence était très grande à la cour et dans tout le royaume, publia alors une Lettre déclaratoire de la doctrine des Pères Jésuites conforme aux doctrines du concile de Constance, afin de détruire les fausses opinions qu'on répandait dans le peuple sur les fils d'Ignace de Loyola.

Les adversaires des Jésuites, désarmés un instant par ce plaidoyer écrit avec une vigueur extraordinaire et qui détruisait un à un, avec des preuves indiscutables, tous leurs avancés, se ressaisirent bientôt et lancèrent dans le public le pamphlet L' Anticoton ou réfutation de la Lettre déclaratoire du P. Coton, dans laquelle on prouve que les Jésuites sont coupables et co-auteurs du parricide commis en la personne de Henri I V.

Quelques années plus tard, lorsque les Récollets vinrent demander aux Jésuites de France de partager avec eux les missions de la Nouvelle-France, le Père Coton, qui était alors provincial de la maison de Paris, accepta avec joie l'offre généreuse que l'on faisait à son ordre.

Quelle ne fut pas la surprise des Pères Jésuites en arrivant à Québec au mois de juin 1626! On avait fait circuler de main en main l'odieux pamphlet L' Anticoton, et catholiques comme protestants, prévenus contre eux, refusèrent de les recevoir.

Champlain était alors en France. Emery de Caen, qui commandait en son absence, très peu sympathique aux Jésuites, leur dit qu'il n'y avait place pour eux ni à l'habitation ni au fort. Heu-

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reusement, les Récollets étaient là et ils amenèrent les Jésuites à leur couvent de Notre-Dame des Anges.

Dès son retour à Québec, Champlain fut informé que V Anticoton circulait encore parmi la population. Afin de faire acte de réparation envers les Pères Jésuites, il ordonna de brûler l'infect pamphlet. C'est la Relation de 1626 qui nous apprend ce fait.

Le Père Charles Lalemant, supérieur de la mission du Canada, écrivant à son frère, le Père Jérôme Lalemant, le 1er août 1626, lui disait:

" Votre Révérence croirait-elle bien que nous y avons trouvé L 'Anticoton, que l'on faisait courir de chambre en chambre, et qu'enfin l'on a brûlé quatre mois après notre arrivée ?"

L' Anticoton, publié en 1610, était un libelle atroce contre les Jésuites. Daurignac, dans son Histoire de la Société de Jésus, donne comme auteur de L' Anticoton Pierre Dumoulin, ministre réformé, de Charenton.

Source: Relation des Jésuites, année 1620.

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