‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 52 sur 275 · LA FAMINE À QUÉBEC EN · texte numérisé non relu

LA FAMINE À QUÉBEC EN

A colonie de la Nouvelle-France ne pouvait vivre que des pro-

duits de la terre, avait souvent dit Champlain. Au prin-

-a^J temps de 1629, les habitants de Québec constatèrent la vérité de cet aphorisme. Ils faillirent mourir de faim faute de provisions.

Dès le mois de mai 1629, toutes les provisions de légumes étaient épuisées. Les terres avaient été ensemencées, mais il fallait attendre la récolte. Champlain avoue l'extrême misère de sa colonie: " Le mal était de pouvoir vivre en attendant le mois d'août, pour faire la cueillette des grains; il fallait avoir de quoi passer trois à quatre mois ou mourir; notre recours, bien que misérable, était d'aller chercher des herbes et racines et vaquer à la pêche de poisson." Il dit encore qu'il enseignait à ses gens que " c'était meilleur de pâtir doucement que de manger tout en un coup, puis mourir de

Sagard décrit ainsi la situation de Québec: " Le mois de mai s'écoula sans que l'on entendît aucune nouvelle de France, ce qui mit en peine tous les hivernants à qui les dents croissaient comme l'herbe en bonne terre, faute d'avoir de quoi les employer, car, selon leur calcul, il devait être arrivé quelques navires dès le commencement du mois, et cela eût été bien nécessaire, à ce coup que tous les vivres défaillaient; car de sept écuelles de grain que le sieur de Champlain avait ordonné par semaine, dès le Noël passé pour chaque personne de l'habitation, il en fallut retrancher plus de la moitié et courir les bois jusques cinq ou six lieues loin, pour trouver des racines de bon manger, car celles des environs de Québec avaient été toutes consommées."

Champlain s'adressa alors aux Jésuites et aux Récollets pour leur demander le surplus de leurs provisions en faveur des autres membres de la colonie moins fortunés. Les uns et les autres promirent de faire tout ce qu'ils pourraient pour soulager la misère publique.

Sagard nous apprend qu'on commença alors à comprendre la

faim.

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nécessité de la culture de la terre. Plusieurs personnes demandèrent aux Récollets de leur permettre de cultiver partie de leurs terres afin d'en retirer un certain bénéfice. Mais cette culture ne pouvait donner de récolte avant deux ou trois mois et, en attendant, la famine se faisait de plus en plus sentir.

Champlain dit que sa peine la plus sensible était de voir quelques pauvres ménages chargés d'enfants qui criaient à la faim " après leur père et mère qui ne pouvaient fournir à leur chercher des racines, car malaisément chacun en pouvait-il trouver pour manger à demi leur soûl, dans l'épaisseur des bois, à quatre et cinq lieues de l'habitation."

Les Sauvages aidèrent les Français du mieux qu'ils purent en ces circonstances difficiles. Quelques-uns se rendirent à la chasse des loups marins, non loin de l'île aux Coudres, et firent une couple de prises qu'ils furent heureux de ramener à Québec.

Au milieu de juillet, aucun navire d'Europe n'était encore arrivé à Québec. La situation devenant de plus en plus critique, Champlain eut recours à un expédient pour empêcher ses gens de mourir de faim. Il fit consentir quelques nations sauvages à accepter un certain nombre de Français dans leurs villages. Les Gaspésiens, entre autres, s'engagèrent à nourrir vingt Français. C'est Eustache Boullé, beau-frère de Champlain, qui accepta de conduire ces personnes en Gaspésie dans une méchante barque de douze à quatorze tonneaux appelée la Coquine.

Champlain, chargé de voir à l'entretien des habitants de la colonie, ne désespérait pas. Il prenait patience, comptant beaucoup sur la récolte qui ne pouvait tarder à venir pour sauver la situation.

C'est au milieu de ces ennuis et de ces tribulations qu'on vint lui annoncer que des navires anglais s'approchaient de Québec.

Source: Champlain, Voyages.

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