‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 61 sur 275 · L'ÉGLISE DE NOTRE-DAME DE RECOUVRANCE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DE NOTRE-DAME DE RECOUVRANCE

|E beau vocable de la sainte Vierge, rendu célèbre au

Canada par Samuel de Champlain en 1633, l'était déjà en

— France au moins quatre siècles auparavant. En 1252, en effet, les Cordeliers (Franciscains) de Pons, en Saintonge, découvrirent, alors qu'ils faisaient creuser le roc de leur propriété pour la construction d'un monastère, une petite chapelle contenant une statue de la sainte Vierge, à laquelle ils attribuèrent le vocable de Notre-Dame de Recouvrance, en mémoire d'une antique chapelle érigée sous ce titre en l'honneur de Marie, à Saintes, dès les premiers siècles chrétiens. Sous l'impulsion des Cordeliers, le culte de Notre-Dame de Recouvrance reprit toute sa vigueur d'autrefois. L'église des Franciscains de Pons devint vite un lieu de pèlerinage célèbre dans la région, et le théâtre de nombreux miracles. Au temps de Champlain, c'était la grande dévotion mariale de la Saintonge.

" Le fondateur de Québec emporta au Canada le culte de Notre-Dame de Recouvrance; et, lors de la prise de la ville par les Kirke en 1629, c'est à la Vierge de Saintonge qu'il recommanda spontanément et en toute confiance le sort de la colonie perdue, faisant le vœu d'ériger à Québec une chapelle en son honneur si le Canada était rendu à la France.

" Aussitôt la grande grâce obtenue, en 1632, par suite du traité de Saint-Germain-en-Laye, Champlain, revenu au Canada, voulut sans tarder accomplir le vœu " qu'il avait fait depuis la prise de Québec par les Anglais" et, en 1633, il fit ériger, avec l'aide de la Compagnie des Cent Associés, " tout près de l'esplanade du Fort," à l'endroit où est aujourd'hui le maître-autel de Notre- Dame de Québec, une nouvelle chapelle, qui fut appelée Notre- Dame de Recouvrance, tant en mémoire du recouvrement du pays, que parce qu'on y plaça un tableau recouvré d'un naufrage." Il s'agit ici du naufrage qui eut lieu aux îles de Canceau, en 1629, et où périt le missionnaire jésuite Noyrot.

" L'église de Notre-Dame de Recouvrance fut l'unique temple

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paroissial de Québec, de 1633 à 1640, alors qu'elle fut détruite par un incendie. Dès 1632, en effet la chapelle construite par Champlain, en 1615, à la basse ville, lors de l'arrivée des Récollets, était en ruines. Aussi, le Père Le Jeune pouvait écrire, dans la Relation de 1640, " la chapelle que M. de Champlain a fait dresser proche du Fort, a donné une belle commodité aux Français de fréquenter les sacrements de l'Église; ce qu'ils ont fait aux bonnes fêtes de l'année, et plusieurs tous les mois, avec une grande satisfaction de la part de ceux qui les ont assistés spirituellement."

" Trois événements mémorables ont marqué l'histoire, d'ailleurs modeste et brève, de l'église de Notre-Dame de Recouvrance : les funérailles de Champlain, en 1635; la dédicace de l'église à l'Immaculée Conception par les Pères Jésuites, en 1636; la réception faite dans son enceinte, le 1er août 1639, par les missionnaires et par le peuple, aux Ursulines et aux Hospitalières de l' Hôtel- Dieu arrivant de France.

" Dix mois après ce joyeux événement, le 15 juin 1640, la chapelle de Notre-Dame de Recouvrance était rasée par le feu, qui détruisait du même coup la résidence voisine des Jésuites. " Cela se fit si soudainement," raconte la Relation de 1640, " qu'en moins de deux ou trois heures, on ne vit de tous ces bâtiments et de la plupart de tous nos meubles, qu'un peu de cendres et quelques pans de murailles qui sont restés pour publier cette désolation."

Source: Madones du diocèse de Québec, article de l'abbé Antonio Huot.

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