UN CONSEIL HURON À QUÉBEC EN
N 1633, des délégués d'un bon nombre de tribus huronnes
vinrent à Québec pour rencontrer M. de Champlain. Celui-
— ci voulait envoyer des Jésuites chez les Hurons afin de rendre leur travail apostolique plus efficace.
C'est le 29 juillet 1633 que le conseil huron se réunit à Québec. Le Père Le Jeune qui assistait à cette réunion en fait une peinture vivante.
" J'ai appris," dit le Père, "que Louis XI tint un jour son conseil de guerre en la campagne, n'ayant pour trône ou pour chaire qu'une pièce de bois, un arbre abattu qu'il rencontra par fortune au milieu d'un champ. Voilà le portrait du conseil des Hurons, excepté qu'ils sont assis encore un peu plus bas, c'est-à-dire à plate terre, tous pêle-mêle sans aucun ordre, sinon que ceux d'une nation ou village se mettent les uns près des autres, pendant qu'on dispute en France de la préséance et qu'on s'amuse à présenter une chaise à celui qu'on jugerait impertinent de l'accepter, on aurait achevé et conclu trois conseils parmi les Sauvages, qui, au bout du compte, ne laissent point d'être fort graves et sérieux dans leurs harangues assez longues. Ils étaient environ soixante hommes en leur assemblée sans compter la jeunesse qui était éparse çà et là."
Le premier discours fut prononcé par un capitaine huron. " Sa harangue finie, dit le Père Le Jeune, tous les Sauvages pour approbation de ses dires tirèrent du profond de l'estomac cette aspiration ho! ho! ho! relevant fort la dernière syllabe.
" Le même capitaine commença alors une autre harangue pour offrir les présents de tous à M. de Champlain. Ils consistaient en trois paquets de robes de castor. Les Sauvages approuvèrent encore en criant ho! ho! ho!
" Vint ensuite le tour de M. de Champlain. Il dit aux Hurons qu'il les aimait, qu'il les défendrait contre les Iroquois et qu'il voulait leur donner des Jésuites pour leur montrer le chemin du Ciel.
" Deux capitaines hurons succédèrent à M. de Champlain. Ce
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fut à qui honorerait le plus M. de Champlain et les Français. L'un d'eux dit que les Français n'étant plus ici, la terre n'était plus terre, la rivière n'était plus rivière, le ciel n'était plus ciel, mais qu'au retour du sieur de Champlain tout était retourné à son être, la terre devenue terre, la rivière était devenue rivière et le ciel avait paru ciel. L'autre orateur huron confessa que les Sauvages étaient tous craintifs et peureux, mais que le sieur de Champlain était effroyable en ses regards; qu'étant en guerre il jetait d'une œillade la terreur dans le cœur de ses ennemis. Dans un grand mouvement d'éloquence, l'orateur huron apostrophant ensuite la jeunesse de son pays, lui dit : Prenez garde maintenant, écoutez ce qu'on nous dit: ne dites pas qu'on n'a point parlé de tout ceci en plein conseil; je vous avertis afin que par après vous obéissiez.
"C'est le Père de Brébeuf qui prononça le dernier discours dans ce conseil qui se prolongea pendant plusieurs heures. Il dit aux Hurons dans leur propre langue que les missionnaires jésuites iraient avec eux pour y vivre et mourir, qu'ils seraient leurs frères, que, dorénavant, ils seraient de leur nation et que si les Pères ne demeuraient point dans tous leurs villages, ce n'était point qu'ils n'aimassent toute la nation, mais qu'ils ne pouvaient pas habiter en tant de lieux, parce qu'ils n'étaient pas en assez grand nombre, que le temps viendrait où les missionnaires seraient assez nombreux pour se placer en chacune de leurs demeures.
" La harangue du Père de Brébeuf fut reçue par des ho! ho! ho! répétés, puis les Hurons l'entourèrent, lui prirent les mains et le supplièrent de se rendre au plus vite dans leur pays."
Source: Relation des Jésuites, année 1633.
Signature du R. P. Le Jeune
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