‹ La Villéliade, ou, La prise du chateau RivoliChapitre 1 sur 1 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

La poésie épiqae vit de fictions. Les auteurs de la Villéliade ont suivi ce précepte littéraire dans sa plus [îjrande latitude; usant du droit de tout oser et de tout feindre, ils ont renchéri sur leurs prédécesseurs, en inventant même le fait qui est le sujet du poème. Chanter la chute de M. de Villèle dans un moment où M. de Villèle est encore debout, c'est une innovation qui paraîtra hardie , et peut-être inconvenante. Heureusement Tavenir justifiera la hardiesse des poètes; et s'ils ont anticipé sur les événemens, on a lieu de croire que les événemens ne démentiront pas leur prédiction.

Des écrivains, dont nous ambitionnons les critiques, nous ont souvent reproché d'avoir mis dans nos satires les noms à côté des ridicules ; nous pourrions leur opposer d'autres écrivains é{;alement recommandables , qui nous ont précisément approuvé pour la même chose ; mais , sans nous arrêter ici à

viii PREFACE,

exposer nos idées sur la satire proprement dite , nous nous contenterons de justifier la Villcliade du même reproche , en faisant observer que tous les noms des héros qui figurent dans ce poème sont, pour ainsi dire , du domaine public , et qu ils s'offrent chaque jour à réloge ou au blâme des journaux. On nous saura peut-être quelque gré d'avoir raillé sans amertume et sans scandale , de telle sorte que les hommes honorables que nous mettons en scène puissent rire les premiers de leurs défaites ou de leurs succès.

Loin de nous l'idée d'avoir voulu porter atteinte au respect dû à la représentation nationale ; les IMembres d'une Chambre élective, quelles que soient les opinions et les ridicules de quelques-uns d'entre eux, ont des droits incontestables à l'estime publique ; et si on nous accusait de vouloir les déprécier aux yeux de leurs concitoyens , ce reproche serait aussi peu fondé que celui qu'on adresserait à Boileau, notre maître, d'attaquer la religion , et d'avilir le sacerdoce , en chantant les innocentes vengeances d'un prélat et les longs dîners des chanoines de la Sainte-Chapelle ; les députés ministériels , qui sont les chanoines de la Chambre, et M. de Villèlc, (jui en est le prélat, ne se montreront pas plus rigoureux envers nous , que les héros sacrés ne le furent envers Boileau. Il fut enterré et béni dans la Sainte-Chapelle par les prêtres même qu'il avait chantés.

CHANT PREMIER

ARGUMENT

Invocation. — Les Députés du Centre se rassemblent chez Villèle. — Grand dîner ministériel. — Discoiu-s de Villèle. — Plans de campagne. — Hommage lyrique de Martignac.

Vj

USE des Capitouls, toi qui sur l'Hélicon

Célèbres tes héros sur un mode gascon, Redis-nous aujourd'hui cette grande querelle Qui troubla si long-temps le sommeil de Villèle,

Comment Labourdonnaie et de fiers députés , Du comte de Toulouse ennemis indomptés, Lassés de haranguer une Chambre muette, Sonnèrent des combats la bruyante trompette, Et sur le haut balcon du château Rivoli, Proclamèrent son règne à jamais aboli.

Tout dormait dans Paris, et le peuple et l'armée;

Mais au palais Villèle, une table embaumée,

Un peuple de valets, la serviette à la main ;

Un congrès de cochers du faidîourg Saint-Germain,

Qui sur leurs bancs oiseux sommeillaient dans la rue,

La salle du festin à grand bruit parcourue,

CHANT PREMIER

Tout annonce au dehors que nos bons dépulés Veillent pour la patrie et pour nos libertés.

Corbière, Peyronnet, Frayssinous en étole, La main sur la poitrine ont salué l'idole ; Sur des sièges d'honneur on les a fait asseoir ; Auprès d'eux sont rangés les élus du pouvoir, Ces députés ventrus à la faim indomptable,

Qui votent des budgets et

On distingue entre tous, Ravez à l'oeil de feu, Éternel président, bardé d'un ruban bleu; Puymaurin, Martignac, à la douce faconde, Tous les ac qu'à Paris envoya la Gironde ; Civrac, Castelbajac, Camarsac, Solilhac, Saintenac, Mayrinhac, Clarac, Cressac, Flaujac; Non loin sont alignés Cardonnel, Pampelunc,

Mortillet, jusqu'ici vierge de la tribune; Desbassyns, orgueilleux de sa fraternité^ ; Anthès, dont le gosier constamment humecté, D'une voix de Stentor commande la clôture ; Roux, qui d'un nom trop court ennoblit la roture ^ ; Chifflet, Salaberry ; Dudon, de qui la voLx Sur les bancs ennemis retentit autrefois ; Piet, traiteur du sénat ^ ; le riche Lapanouze ; Les députés du Nord au grand complet de douze ^ ; Pardessus, échappé de l'École de droit; Et tous ceux, en un mot, que chaque jour on voit Au signal qu'on leur donne, et suivant l'occurrence, Applaudir avec bruit ou dormir en silence.

Après que du festin les convives élus Eurent béni cent fois le nouveau Lucullus,

CHANT PREMIER

Au moment où chacun par un dernier caprice

Allait faire au dessert un léger sacrifice,

Le Ministre se lève et dit : « Nobles mortels,

» Que j'ai conduits ici du fond de vos castels,

» Comtes, marquis, barons, soutiens du ministère,

» Qui n'avez de souci que celui de vous taire,

» Vous, que j'ai chamarrés de cordons et de croix ;

» Vous, mandés par le peuple à l'appui de mes droits,

» Ecoutez : Un danger menace le royaume ;

» Et cette fois, du moins, ce n'est pas un fantôme ;

n Ce n'est plus un pétard allumé par Bouton,

» Un pamphlet de Kœcklin, un complot de Berton ;

» Ce ne sont plus ici de ces peurs ridicules

» Qu'insinue un journal à ses lecteurs crédules ;

» Sachez que ce palais, élevé par ma main,

» N'est plus un endroit sûr; on l'attaque demain ;

■ On veut me renverser ; une ligue insolente » Déjà s'est rassemblée et campe sous la tente : n A la plaine Grenelle où je veux faire un port, n De ses ardens Ultras réunissant l'effort, » Le fier Labourdonnaie, injuste par système, » Veut à mon noble front ravir le diadème ; » Et ce n'est pas moi seul qu'il prétend détrôner : » A tout mon ministère il ne peut pardonner. » Contre mes vice-rois sa haine se déclare ; » Songez-y, vous, d'abord. Excellence en simarrel » Vous, Corbière, chéri des bons ignorantins, » Il veut vous reléguer au milieu des bouquins ! » Pour vous, sage prélat, aux phrases si polies, » Hélas ! il vous condamne à vivre d'homélies ! » Vous enfin, dont le bras agite un vain trident, » Vous qui loin de la mer, Argonaute prudent,

CHANT PREMIER

» N'avez jamais des flots éprouvé la secousse,

» Jean-Bart du Garde-Meuble, et Neptune d'eau douce,

» On veut, pour vous apprendre un pénible métier,

» Comme Pierre-le-Grand, vous placer au chantier;

» Vous frémissez. Messieurs; mais j'ai dû vous le dire,

» L'infatigable Droite incessamment conspire ;

» On nous accuse tous : pourtant de bonne foi,

» Que peut-on reprocher aux conseillers du Roi ?

» Depuis près de douze ans quel autre ministère

» Se montra plus que moi constamment populaire ?

» Dois-je vous retracer tous les faits éclatans

» Qui de mon règne heureux ont illustré le temps?

» J'ai, pour donner le calme à l'Espagne alarmée,

» En cordon sanitaire allongé mon armée,

» Et si les Castillans ont reconquis leur roi,

n Leurs couvens, leur misère, ils le doivent à moi ;

10 LA YILLELIADE.

» C'est moi qui pour sept ans signant vos privilèges,

» Ai dressé mes préfets à former ces collèges,

» Où pour être assuré de l'effet du scrutin,

» Le nom du candidat est inscrit de ma main.

» La Chambre a, par mes soins, accordé sans scandale,

» Un large milliard à la faim féodale.

» Rotschild a fait jaillir de mon cerveau pensant,

» Sur les débris du cinq, l'illustre trois pour cent.

» L'Etat n'a plus besoin d'une armée aguerrie ;

» Aussi n'ai-je songé qu'à ma gendarmerie ;

» Ces braves cavaliers, par nombreux régimens,

» Inondent tout Paris et les départemens ;

» .T'ai donné sans regret à ces soutiens du trône

» Le cheval andaloux et la culotte jaune.

» Sous le feu roi Louis, comme sous Cliarles Dl\,

» J'ai peuplé mes bureaux de maigres Cadédis ;

CHANT PREMIER. 11

» Vous avez vu placer, grâce à mes apostilles, » Les plus bas rejetons de vos nobles familles. » Par l'organe pieux de mon Garde-des-Sceaux, » J'ai remis au clergé la hache et les faisceaux : » L'Eglise, avant mon règne, expirait de famine ; » Quel prélat aujourd'hui n'a son chef de cuisine, » Et dans son diocèse apôtre bien dodu, » Ne peut se promener en un char suspendu? » Bien plus, à Loyola rendant ses confréries, » J'ai glissé ses suppôts jusques aux Tuileries ; » J'ai tout sacrifié pour leur plaire ; Tharin » Est chargé d'élever le futur souverain, » Et pliant à leur goût mon humeur indocile, » Au pan de mon habit j'ai cousu Rainneville ^.

» Passons à l'étranger : Mon ministre à Madrid

» Prohibe nos auteurs dans le pays du Cid ;

» Par un ambassadeur ma suprême Excellence

» Traite avec Metternich de puissance à puissance ;

» Au bord de la Newa, Marmont expédié,

» Est reçu par le Czar comme un vieil allié ;

» Pour plaire à Mohammed, d'une large coiffure,

» J'ai chargé quelquefois mon étique figure ;

» Et les cent officiers vers Memphis envoyés,

» Par mon trésor royal sont les premiers payés ;

» Mes bienfaits ont séduit les enfans du Prophète ;

» Cinquante jeunes Turcs arrivés de Rosette,

» Entrant dans Saint-Acheul comme dans un sérail,

» Du friand Loriquet vont peupler le bercail ^ ;

» Aux chantiers marseillais les charpentiers jésuites

» Lancent pour Ibrahim des frégates construites ;

» Qu'importe qu'en ce lieu des bourgeois hébétés,

CHANT PREMIER. 13

» Aux proscrits de la Grèce ouvrent leurs comités?

» Mon fidèle Bruat, à mes ordres docile ^,

» Tartufe Philheliène, agit en Turcophile,

» Et si des Levain tins le commerce a langui,

» En revanche, Messieurs, j'ai pris Missolonglii !

» Voilà ce que j'ai fait, voilà tout mon ouvrage :

» Je sais qu'un peu d'orgueil perce dans ce langage ;

» Mais quand dans son honneur on se voit insulté,

» Certes, la modestie est une lâcheté.

» Maintenant, dites-moi, ces censeurs frénétiques,

» Qui vomissent partout leurs noires philippiques

» Contre le ministère et contre ses élus,

» S'ils eussent gouverné, qu'eussent-ils fait de plus?

» Je vois que ce récit en secret vous attère,

» Que vous avez des cœurs voués au ministère,

» Eh bien ! jurez-moi tous, jurez, les bras levés.

» Que ces bras généreux, pour moi seul réservés, » Près de moi formeront un mur impénétrable ; » Que vous aurez au camp la même ardeur qu'à table, » Et que dans les combats votre zèle affermi, » Ainsi que sur les bancs domptera l'ennemi. »

Pendant que cette voix vibrait à leurs oreilles, Le Champagne versé dans les coupes vermeilles, Le moka chaleureux, le kirch de Neufchatel, Exaltaient les soutiens du trône et de l'autel ; Ils se levèrent tous : en voyant leur figure, On eût dit qu'ils allaient demander la clôture ; Debout, le regard fier, les bras levés aux cieux : « Oui, nous le jurons tous. Ministre gracieux, » Par tes pénates d'or, par ta rare éloquence, •) Par ces riches banquets où tu manges la France ;

CHANT PREMIER. 15

» Nous jurons d'asservir ces membres révoltés » Qui du ventre absolu bravent les volontés ; » S'il faut les attaquer aux plaines de Grenelle, » Marchons ; notre devise est : Montjoie et Villèle ! » Fais briller pour signal, à nos yeux satisfaits, » Ton porte-feuille rouge au donjon du palais ^. »

Lors Martignac se lève ; au valet en livrée ^ Il demande sa lyre avec de l'eau sucrée, Et de la même voix qui module un rapport, Jusqu'à l'hymne lyrique il guindé son transport.

Près des royales Tuileries, Voy^z-vous ce vaste palais, Et ces pompeuses galeries

Où veillent des Suisses-Français?

Que de fenêtres, que de salles, De cours, d'escaliers en spirales !

C'est le labyrinthe crétois, Où loge un petit Minotaure Dont la dent terrible dévore Et notre fortune et nos lois.

Quand Dieu, par une route aisée, Fera-t-il tomber dans ces lieux Quelque monarchique Thésée Qui sortira victorieux?

Faut-il que cet affreux dédale Soit notre prison sépulcrale?

Et nos fils couverts de lambeaux, Sont-ils, par un destin atroce.

CHAINT PREMIER. 17

Contraints de le voir en carrosse Se promener sur nos tombeaux?

Ainsi , dans leur plainte Irivole,

Quelques novateurs factieux

Veulent arracher l'auréole

A l'élu du prince et des cieux ;

Mais le géant du ministère

Ne craint pas le flot populaire ;

Près du trône il trouve un appui ,

Et, fier de la faveur suprême,

11 rit de l'obscur anathéme

Que la France jette sur lui.

0 vous banquiers Israélites, Qui sous vos pieds foulez la croix, Qui de tant d'augustes faillites Avez souvent sauvé les Rois ; Dans votre caisse fraternelle Enfermez le noble Villèle, C'est votre frère en Israël ; Sauvez cette tête gasconne Et des ordonnances du trône Et des caprices de l'autel !

Si l'astre de sinistre allure Qu'Arago voit sur l'horizon, Par un jeu de sa chevelure, Changeait notre globe en tison, Villèle, incrusté sur sa place.

Serait l'homme juste qu'Horace

CHANT PREMIER

Nous peint si calme dans ses vers, Et, narguant la comète errante, Il coterait encor la rente Sur les débris de l'univers.

ARGUMENT

L'armée ministérielle se rassemble au palais Rivoli : elle est passée en revue par Peyionnet. — Itinéraire de l'armée. — Par les conseils de Chabrol , ils suivent la rive gauche du fleuve; — ils sont en présence des ennemis ; — Villèle leur députe deux ambassadeurs pour les engager à rentrer dans le devoir. — Dénombrement de l'armée alliée. — Réponse laconique de Labourdonnaie. — Message inutile. — On se prépare au passage de la Seine.

)e soleil, s'élançant aux voûtes éternelles, De la vieille Cité dorait les tours jumelles ; Le faubour(if d'outre-Seine et le quartier d'Antin Savouraient mollement le sommeil du matin ;

Dans son palais désert le grand Ministre veille ; Mais ses Ventrus, chargés des vapeurs de la veille, S'avancent lentement les yeux clos à demi, Dans chaque marronnier voyant un ennemi, Et maudissant tout bas cette ardeur si guerrière Qui les porta trop loin pendant la nuit dernière. A. peine sur la place et sous les longs arceaux Se sont-ils rassemblés, que le Garde-des-Sceaux ' , Le fleuret à la main, la toge retroussée. Lisant l'ordre du jour d'une voix cadencée, Nivelle ses soldats, les serre en bataillon ; Frayssinous les bénit avec son goupillon, Et, la Bible à la main, un héraut leur rappelle Le terrible serment qu'ils ont fait à Villèle.

Mais Villèle se montre assis sur un pavois ;

Il exhorte les siens du geste et de la voix , Leur promet cent diners, ou leur prix en monnaie, S'ils peuvent, vif ou mort, happer Labourdonnaie. Ils partent : leur gaîté s'évapore en éclats ; Le pavé Rivoli tremble au loin sous leurs pas ; Ravez ouvre la marche ; en guise de trompette, L'éternel président fait sonner sa sonnette ^ ; Et l'inégal Roger, par des chants belliqueux ^, SemlDle un autre Tyrthée, et s'avance avec eux : L'armée a tressailli d'un élan électrique ; Elle longe la rue en file symétrique, Laisse le Garde-Meuble où gouverne Chabrol, Et tournant vers la gauche, elle foule le sol Que, pour éterniser une lugubre histoire, Mont-Rouge va charger d'un marbre expiatoire. Ils allaient s'avancer sur ce pont régulier

26 LA ^ ILLELIADE.

Qui porte nos Solons au sénat roturier, Quand Chabrol : » Arrêtez, laissons-là ce passage, » Joignons en ce grand jour la prudence au courage ; » Songez que les ligueurs, par leurs nombreux partis, » Seraient de notre marche à l'instant avertis ; » D'autres routes par moi vous vont être tracées ; » J'ai là mon intendant des ponts et des chaussées, » Il connaît son métier ; par son heureux secours, » Je puis improviser quatre ponts en deux jours , » Et grâce à mon trident, je veux qu'à l'autre rive, » Sans pleurer un soldat, toute l'armée arrive. »

D'un bravo général Chabrol est accueilli : Ainsi gardant toujours la rive de Neuilly, Ils évitent ce pont que le nouveau régime A paré gauchement d'un chillre légitime.

Et découvrent bientôt sur le bord opposé

Tout le camp des Ultras en carré disposé.

Debout, sur son pavois, comme une Renommée,

Villèle fait héler tous les chefs de l'armée ;

Ils accourent Iremblans : « Compajjnons, leur dit-il,

» De la Seine en courroux ne troublons point le fil,

» Bientôt vous déploirez votre mâle courage ;

» Mais avant de tenter ce glorieux passage,

» Pour épargner le sang, il faut que Martignac

» De Gaudiche suivi, parte et passe le bac ' ;

» L'olivier à la main, que mon parlementaire

» Transmette à ces ingrats des paroles de père ;

» Car, malgré leurs erreurs et leurs dédains amere,

» Je l'avoùrai. Messieurs, ils me sont toujours chère. <

Il dit : par de longs cris, la nombreuse audience

Exalta jusqu'aux cieux sa sublime clémence,

Et ces pieux soldats, à la douleur livrés, Plaignirent, un moment, leurs frères égarés.

Martignac s'inclina ; le commis de Corbière Ravi d'un tel honneur fit deux sauts en arrière, Et dociles tous deux à l'ordre souverain, Ils arrivent bientôt au rivage voisin.

A peine de leurs pieds ont-ils foulé la rive. Qu'au premier avant-poste ils entendent qui vive ! « Voyez, dit Martignac, ce feuillage de paix ; » A travers votre camp qu'on m'ouvre un libre accès ; » Je veux être introduit comme parlementaire, » Car je porte à vos chefs des paroles de père. » Il se tait : à ces mots un long rire moqueur vS'élève dans le camp et se prolonge en chœur;

Gaudiche qui jugeait des faits par le prélude,

Regrette des bouquins la douce solitude ;

Plein d'un trouble secret, il se signe trois fois.

« De hérauts tels que vous nous respectons les droits,

» Leur dit-on ; vers le chef un envoyé fidèle

» Va de votre arrivée annoncer la nouvelle ;

» Celui qui nous commande est campé loin d'ici ;

» Nuit et jour occupé sur les hauteurs d'Issi,

» Il consulte la carte, et de sa longue vue

» De la campagne au loin explore l'étendue ;

» Avant qu'en sa présence il vous fasse appeler,

» Vous pouvez librement réfléchir et parler. »

Cependant tous les chefs, le front parfumé d'ambre. Dormaient sur le gazon comme on dort à la Chambre ; Les deux héros veillaient, et d'un œil attentif

Parcouraient tout ce camp à cette heure inactif;

Gaudiche, curieux, interroge son maître

Sur les noms des guerriers qu'il brûle de connaître :

« Quel est dans ce recoin ce chevalier qui dort,

Appuyé sur le fer d'un large coffre-fort ?

Son ame tout entière y paraît renfermée.

— C'est Sanlot-Baguenault, le questeur de l'armée ; C'est lui qui soutenant les Ultras aux abois, Ravive Y Aristarque expirant chaque mois ;

Plus loin rêve Bonnet, fameux par un mémoire ; Long-temps blanche, sa boule a pris la couleur noire. Remarque dans ce groupe auprès d'eux rassemblé Féligonde et Gazan qui n'ont jamais parlé ; Reconnais bien surtout à son visage austère Mirandol, contempteur des dons du ministère.

— Et ce fier combattant, qui sur son ccu noir

Étale une tiare et deux clefs en sautoir?

— C'est Berthier, député de la Seine et du Tibre : Sa vigueur de la Droite entretient l'équilibre,

Et d'un projet de loi quand il fait l'examen,

Il se signe à l'exorde et finit par amen.

Vertueux député ! Si jamais tu composes

Des vers assaisonnés d'encens, d'ail et de roses,

Tu seras Marcellus ! . . . » Gaudiche s'attendrit.

Et séchant une larme, en ces mots il reprit :

« Mais quel est ce guerrier de qui la queue énorme

Charge le collet bleu d'un superbe uniforme.

Et dont la blanche poudre imprégnée avec soin

S'évapore en nuage et l'annonce de loin?

— Tu vois le colonel d'une cohorte urbaine, Coupigny, que Boulogne envoya vers la Seine; Sans haine contre nous, il habite avec eux,

Malgré son air guerrier il est peu belliqueux.

Garde-toi par les traits de juger du courage,

L'âme d'un député n'est point sur son visage ;

Qui dirait en voyant ce teint hâve et flétri,

Ce corps frêle et tremblant, par la guerre amaigri ,

Que de nos ennemis c'est le plus redoutable ?

Quel bras peut museler ce lion indomptable ';'

Villèle est effrayé de ses rugissemens ;

Par ses amendemens et sous-amendemens

Il combat ; près de l'urne il tient la boule noire.

Et jamais sans honneur ne cède la victoire.

Ce guerrier près de lui, qui gronde en sommeillant,

Est le frère et l'ami de ce rude assaillant ;

Le bruit de leurs exploits lasse la Renommée,

Ce sont les Grénédans, les Aja\ de l'armée.

De Cousserguc, après eux, se dislingue à son tour;

Et tant qu'un porte-feuille, envoyé par la cour, N'aura pas adouci sa pétulante emphase.

Tout ministre pour lui sera toujours Decaze.

— Pouvez-vous me nommer cet essaim d'ennemis Qui semblent en parlant s'être tous endormis ?

— Je les connais; cent fois affrontant leur audace. J'ai contre eux au Sénat combattu face à face ;

Je vois d'abord Delpit ; un collé{je en défaut Conquit en sa personne un autre Delalot ^ ; Puis vient Kerouvriou, présent du Finistère, Dont le vote a trompé l'espoir du ministère ; Fiîjarol, qui long-temps illustré parmi nous, A. la fin se lassa de plier les genoux, Et des nouveaux ligueurs arbora la bannière ; Je reconnais plus loin le fougueux Lézardière, lîoulhillicr, Bellamare élus, du Calvados:

34 L\ VILLELUDE.

Dans le camp de Condé, jadis ces deux héros,

La hallebarde au poin^j, signalèrent...» Gaudiche

Arrête Martignac tout court à l'hémistiche :

« Suspendez ce discours, dit-il, voilà l'huissier

» Affublé de rubans et de chaînes d'acier :

1) L'orgueil de son état dans ses regards s'annonce

» Je crois que de son maître il porte la réponse. »

Gaudiche avait bien vu ; le hardi messager , Sur le gazon fleiu'i volant d'un pied léger, Va droit à Martignac, et lui remet sa lettre. On y lisait ces mots : « Dites à votre maître » Que notre cœur altier ne s'est point amolli ; » Je coucherai demain à l'hôtel Rivoli. »

«Je le reconnais là, ce chef de Wtrislarqiif,

» Dit Martignac ; fuyons, regagnons notre barque. » Il dit, et secouant par un geste hautain Les pans d'un frac d'azur rassemljlés dans sa main : « Vous voulez donc la guerre, insensés que vous êtes ; » La voilà ! que ses maux retombent sur vos têtes ! »

Ils partent : sous l'esquif l'eau du fleuve a blanchi , Et du rivage au camp le chemin est franchi.

A peine dans ce camp l'active Renommée

Du message inutile eut avisé l'armée,

Que Yillèle, indiquant le passage des eaux,

A ses fiers lieutenans ouvre ses arsenaux ;

Chabrol court haranguer les marins de sa garde,

Peyronnet d'un fleuret fait raffermir la garde.

De lourds in-folio Corbière se munit,

Comme aumônier du camp, Frayssinous les bénit. Tout s'apprête à marcher au cri : A^ive Villèle ! Et l'écho de Passv redit : Vive Villèle !

ARGUMENT

Derniers préparatifs pour le passage du fleuve. — Nouveaux auxiliaires. — Des prodiges se manifestent sur la Seine. — Grande fantasmagorie. — Des lutins se montrent; le Cachalot du Jardin des Plantes; M. Cuvier. — Le fantôme d'un i-entier apparaît à Villèle ; discours du fanlôme. — Démon familier de Villèle. — Évocation de l'abbé Terray. — Rotschild est transporté de Londres à Paiis. — L'ombre de Palinure est apaisée. — Dissertation des savans de l'Iustitut sur ce phénomène. — Les prodiges disparaissent.

)e camp s'est rassemblé ; les soutiens du pouvoir

Foulent les bords du fleuve étonnés de les voir ; ils s'avancent sans bruit, commandés par Corbière : Leur troupe se lestonne en ligne irrégulière ;

Ils n'ont pu se former à mesurer leurs pas. L'œil distingue d'abord, à l'air de ces soldats, Qu'ils n'ont jamais des camps entendu le mm-mure ; Garcaradec se plaint du poids de son armure, Et le lourd Sesmaisons, gène dans son pourpoint, De son ventre sphérique accuse l'embonpoint. C'est là le corps d'armée : aux flancs de cette masse Un gros de partisans escadronne avec grâce ; Derrière un transparent, formé de ces vitraux Qui du journal du soir indiquent les bureaux. Marchent les abonnés de \ E toile ; à leur tète, Genoude, au champ de gueule, à la brillante aigrette % Au casque de pour/il, grotesquement taré. Des commis de bureau le bataillon sacré, Portant pour étendard une plume de cygne, Sur trois rangs de hauteur forme une épaisse ligne.

Le thermomètre en main, arrivent à grands cris Les cinquante abonnés du Journal de Paris ; Le prote de Pillet, personne fort discrète ^, Seul homme de Paris qui Use la Gazette, S'avance le dernier, triste, croisant les bras, Appelant des lecteurs qui ne se montrent pas.

Le signal est donné d'abandonner la grève ; Tout-à-coup un brouillard du sein des eaux s'élève ; 11 s'étend sur le fleuve, et dérobe à leurs yeux Le camp des ennemis, et la rive, et les cieux. Une lueur blafarde apparaît ; o prodige ! Parmi ces feux errans, sur le fleuve voltige De spectres, de lutins un essaim infernal, Dansant à la clarté du rougeâtre fanal.

Jusque sur les soldats ces bandes entraînées S'avançaient ; et de là, de leurs mains décharnées, Ils désig^naient Villèle, et disaient en passant : « Adieu, Villèle, adieu, j'ai pris du trois pour cent ; « Et de leur sein partaient de longs éclats de rire. Tels qu'en pousse Talma dans ses jours de délire.

Le Ventre s'agenouille, et tous les chapelains Jettent des torrens d'eau sur ces esprits malins ; Le dévot Frayssinous, ouvrant son catéchisme, Entonne en faux-bourdon l'hymne de l'exorcisme ; Mais loin de s'eflacer, en agitant leurs os. Les spectres répétaient son exorcisa vos.

Au même instant, du sein de ces ombres funèbres,

Surgit un cétacée aux immenses vertèbres,

De ses chairs dépouillé, spectre d'un Cachalot,

Tel que l'eût disséqué le crayon de Callot ;

Il se meut lentement, et la masse animée

De sa charpente osseuse épouvante l'armée.

Cuvier est appelé pour classer l'animal :

Il arrive aussitôt du quartier-général.

« Oui, dit-il, c'est bien là le Cachalot momie ^

» Qui décore si bien ma cour d'anatomie, » Et voilà l'écriteau qu'en tort mauvais latin n Sur son dos vermoulu jai cloué ce matin : » On ne peut expliquer un pareil phénomène ; » Mais je crains que bientôt mes côtes de baleine, » Et mon vaste Mammouth, fabriqué de ma main, » !N 'arrivent on < c lieu par le mèm(î chemin. »

Le discours de Cuvier épouvante Villèle ;

Il s'éloigne, suivi de sa garde fidèle,

Rentre au fond de sa tente, et, seul dans ce manoir,

Il médite en secret sur ce qu'il vient de voir :

Un léger frôlement dans la tapisserie

Du héros en stupeur suspend la rêverie ;

Un spectre est près de lui ; hideux, déguenillé.

Traînant avec effort un suaire mouillé ;

Il s'approche d'un siège, et s'assied : sur sa nuque

Tombent les crins blanchis d'une ombre de perruque,

Et sa débile main semble tenir encor

Les restes d'un vieux jonc dont la pomme fut d'or.

« D'où viens-tu;' — De Meudon, où je dors sur la dure.

» — Ton état? — Ex-rentier. — Et ton nom? — Paliimre.

» — Parle, je plains les maux, fantôme désolé;

» Qu'exiges-lu de moi ? — Mon malheur est comblé ;

)' Je logeais au Marais, douce et belle retraite,

» Où s'écoulait sans bruit ma vieillesse inquiète ;

» De minces revenus placés sur le trésor,

» Tranquille, je vivais, et je vivrais encor,

» Si de ta triste loi la secousse funeste

n N'eût d'une humble fortune anéanti le reste ;

» Le désespoir me prit ; du pont de la Cité

» Je me suis l'autre soir à jeun précipité,

» Et mon corps expirant, charié par la Seine,

» Depuis, fyît sans honneur étendu sur l'arène.

» Près de l'Ile Séguin, rivage fortuné,

» Que la nature et l'art ont de fleurs couronné,

» Je languis ; vainement, d'une voix épuisée,

» Je demande une tombe à mes os refusée ;

» Loin de faire pitié, dimanche, j'ai fait peur

» Aux deux cents passagers de la barque à vapeur.

» Ne sois pas insensible au cri de la nature,

» O Villèle ! à mon corps donne la sépulture ;

» Sinon, errant sans fin sur les deux élémens,

» Je te fatiguerai de mes gémissemens ;

» Sur le bord opposé, vainement tes phalanges

» Tenteront d'aborder ; des prodiges étranges

» A toute heure, en tous lieux paraîtront sur tes pas,

» Et glaceront d'horreur tes chefs et tes soldats.

» Ma puissance, sans fruit, est par toi combattue ;

» D'Hermès à me chasser vainement s'évertue ;

» Et quant à ce Cuvier, commissaire du roi,

» Qui dissèque tes plans, et défendit ta loi,

» Pénitent huguenot qui porte un scapulairc,

» Et néglige ses ours et ses os pour te ]>laire ;

') Qu'il soit pétrifié !... Des spccires, mes amis,

» Rentiers suicidés, ;i mes ordres soumis.

» Ont poussé jusqu'ici, pour punir son audace,

» Du royal Cachalot la hideuse carcasse.

» Il faut, pour apaiser mon fantôme irrité,

» Que toi-même aujourd'hui, de Rotschild assisté,

» Tu viennes à mon ombre errante et désolée,

» Elever sur la grève un humble mausolée ;

» Mais quoi! tu ne dis mot, tu parais abattu?

n — Ombre chère et terrible, hélas! qu'exiges-tu?

» Je veux bien t'accorder un sépulcre honorable ;

» Mais Rotschild peut-il être à tes vœux favorable ?

» Séparé loin de nous, par l'humide élément,

» Dans Londre avec Canning il dhie en ce moment ;

» Palinure, demande une chose possible,

» .T'obéis. — Il le faut, dit le spectre inflexible,

» Use de ton pouvoir, évoque à haute voix

» Cet esprit familier qui tremble sous tes lois * ;

» Celui qui te porta sous la hutte des nègres,

» Qui donnant la fraîcheur à tes traits secs et maigres,

» Sous un toit de hambous, dans ton île Bourbon,

» Embrasa de tes feux la fille de Panon ^ ;

» Celui qui, pour flatter l'orgueil de ton épouse,

» Te fit représentant et maire de Toulouse ;

» Qui, depuis, t'installa sur ce banc mutiné

» Où l'on livre au pouvoir un combat acharné,

» Et qui, ceignant ton front d'une riche auréole,

» Pour ta divinité bâtit un capitole :

» Dans ce moment pressant invoque son secours ! »

11 dit : sur le plancher, Villèle fait trois tours.

Ouvre la Bible sainte, et d'une main profane,

Jette dans un réchaud trois lambeaux de soutane ;

Le feu brille : aussitôt se tournant vers le suil.

Il marmonne tout bas quelques mots du Talmud ;

Abbé Terray, parais, dit-il d'une voix haute ^

A peine a-t-il parlé, que le spectre en calotte

Se montre : « Que veux-tu, père du trois pour cinq?

— Apporte-moi Rotschild ; il dîne avec Canning.

— J'obéis. » Le héros, l'ame encore interdite, Se retourne : ô prodige ! il voit l'Israélite, La serviette à la main, en frac de colonel.

Tel qu'on le vit à Reims dans un jour solennel.

Ils sortent, précédés du spectre qui les guide ;

Déjà devers Meudon, sur le rivage humide

Ils découvrent les os du squelette bourgeois.

Et Villèle a pleuré pour la première fois :

«Voilà, dit-il, le fruit des discordes civiles,

O Rotschild ! que ne puis-je, éloigné de nos villes,

50 LA YILLELIADE.

Sur ces beaux lieux, enflant de rustiques pipeaux,

La houlette à la main, conduire mes troupeaux,

Et dans ces bois fleuris, où l'ame se recueille,

« Aux rameaux d'un cyprès pendre mon porte-feuille ! »

Vœux perdus dans les airs ! le banquier circoncis

Arrache le héros à ces tristes soucis :

« Ah ! bannis, lui dit-il, une plainte insensée,

» A des soins plus pressans donnons notre pensée ;

» Prends ces Bons des Cortès dans ma poche vieillis ;

» Dresse un bûcher ; ces os par nos mains recueillis,

» Consumés à l'instant par une flamme active,

» Rendront la douce paix à cette ombre plaintive. »

il dit, et sa voix aigre entonne un psaume hébreu ; 11 dépose en pleurant dans le cadre de feu,

Du malheureux rentier la dépouille chrétienne. A la voix de Rotschild Villèle unit la sienne, Et recueille, en faussant un cantique latin, La cendre, tiède encor, dans une urne à scrutin.

Douloureux monument! funèbre promontoire.

On voit encor de loin ta pierre expiatoire, Le nocher te salue, et sur la poupe assis, La Nuit, aux passa{jers fait ces tristes récits !

Pendant que les héros dressaient le sarcophage, Sur le bord opposé voilé par le nuage, Le fier Labourdonnaie, ennemi du retard. Contemplait, étonné, le magique brouillard

Qui couvrant seulement cet endroit de la Seine,

Aux rayons du soleil abandonnait la plaine.

Il faut d'un pareil fait dresser procès-verbal ;

Trois savans sont mandés de l'Institut royal,

Physiciens jurés, doctes par ordonnance ;

Le trio près du bord s'établit en séance :

« Seigneur, ce noir brouillard qui te glace d'horreur,

» Est d'un fléau plus grand le signe avant-coureur ;

» Le vieux Pline, debout sur le cap de Mysène ^,

n Nous dit qu'il observa le même phénomène,

» Avant qu'eût éclaté le Vésuve en courroux ;

» De ce qu'on voit ici la cause est près de nous ;

» D'un gaz séditieux la vapeur condensée,

» Dans ses grands réservoirs avec force pressée,

» Fermente, et s'échappant de sa prison d'airain,

» Arrive jusqu'ici par un long souterrain ;

» Et le septième jour une lave enflammée,

» De ses liquides feux inondera l'armée :

» Ce que nous affirmons au nom de l'Institut. »

Pendant qu'ils affirmaient, le brouillard disparut.

ARGUMENT

L'année ministérielle traverse la Seine ; elle commence à plier. — Les jésuites de Mont-Rouge ^^ennent au secours de Villèle. — Le combat change de face. — Villèle en personne passe le fleuTe. — Combat singulier de ce héros et de Labourdonnaie. — Déroute complète des rebelles. — Labourdonnaie rallie les fuyards; discours qu'il leur adresse.

/^0 V)usE ! quel fut celui qui, bouillant d'un beau zèle,

S'élança le premier des tentes de Villèle ?

Ce fut toi, Peyronnet ! les Gascons, à ta voix,

Fendent les Jlols tremblans sous un si noble poids.

58 L\ VILLELIADE.

Villèle, en les voyant s'élancer à la nage,

Se plaint de sa grandeur qui l'attache au rivage ;

Chillaud la Rigaudie, à sa droite placé *,

Accuse à haute voix les ans qui l'ont glacé ;

C'est le Nestor du camp : « Ah ! si quelque ordonnance

» Me rendait, disait-il, ma verte adolescence,

» Qu'avec plaisir j'irais au milieu des combats

» Entraîner après moi l'ardeur de ces soldats î »

Sur les pas des Gascons, les héros gastronomes

S'avancent gravement en braves gentilshommes ;

Leur ventre, qui sur terre est un pesant fardeau,

Les soutient sur le fleuve, et leur sert de radeau.

Sur le bord opposé, les troupes inquiètes,

En forme de redoute entassent des banquettes ;

Le fier Labourdonnaie et les deux Duplessis,

Se distinguent de loin à leur tribune assis :

De-là, sur tout le camp tonne leur voix guerrière ; Coussergue à leurs côtés agite sa bannière ; Le champ en est d'azur, et l'on voit au milieu : Vive le Roi, quand même! écrit en traits de feu. Non loin on aperçoit, surveillés par leurs maîtres,

>Du vieux moustier d'Issy les jésuites champêtres ^ : Pour la première fois au combat entraînés, Ces précoces guerriers sont bien disciplinés. Deux frères correcteurs, pédantesques Alcides, Marchent le fouet en main, comme des Euménides : Du dévot Saint- Acheul, aux passe-temps si doux, Ils avaient fui, chassés par des maîtres jaloux Qui les avaient surpris près de leurs néophytes. De leur emploi secret reculant les limites ; Issy, plus tolérant, daigna les recueillir.

Cependant, sur le point de se voir assaillir, Le clief parcourt les rangs, donne partout l'alerte. « L'ordre du jour est lu, la séance est ouverte : » Feu î » dit-il. A l'instant de ces rangs épaissis Pleuvent sur les nageurs des globules noircis ; Deux redoutes, aux flancs, sur l'armée aquatique, Lancent en feux croisés la mitraille élastique. Dans les rangs ennemis plus d'un brave est atteint ; Sous ces coups meurtriers tout le Centre se plaint ; On accuse Villèle, et, par un long murmure, Les Ventrus mutinés demandent la clôture. D'Hermès, d'un parasol vainement ombragé, Oublieux de son rang, s'enfuit découragé ; Chabrol, sur son radeau que la vague balance ', Atteint du mal de mer, regagne l'ambulance. Vers Villèle, aussitôt, un exprès envoyé,

Lui dit en bégayant que sa garde a ployé ;

Que l'air est obscurci par des boules sans nombre....

« Tant mieux, répond le chef, nous combattrons à l'ombre ;

» Retournez au combat ; moi-même, auprès de vous,

» Je vais forcer le ciel à combattre pour nous ;

» Vous, courez vers Paris, dit-il à Rainneville ;

» Que Chappe au même instant, à mes ordres docile,

» Forçant le télégraphe à sa garde commis,

» De ce péril extrême instruise nos amis. »

Rainneville obéit ; l'impassible machine

En forme de serpent lentement se dessine ;

Et le muet signal par les yeux entendu.

Aux tours de Saint-Sulpice est aussitôt rendu.

Au même instant, on voit accourir hors d'haleine,

Du Mont-Valérien qui domine la plaine,

Des jésuites en frac, en soutane, en haillons;

Mont-Rouge a déchaîné tous ses noirs bataillons ;

Bonald est à leur tête, entouré de nuages.

Comme le vieux Moïse, ou comme ses ouvrages.

o Soyons humains, dit-il, en ce jour solennel,

» Donnons à l'ennemi son juge naturel ;

» De ]Maistre m'a laissé son glaive catholique ;

» Pour le rendre au Seigneur, immolons l'hérétique ;

» Frappons. » Ainsi parlait le jésuite écrivain,

La foule répétait l'anathémc romain ;

On distinguait surtout, dans le sombre cortège,

Maccarthy, Salinis , aumônier de collège ;

Sainte, abbé renégat que Mont-Rouge a béni ;

L'astucieux Ronsin, le comte O'Mahoni,

Jésuite émancipé, catholique d'Irlande...

D'autres chefs s'agitaient en tête de leur bande, Et sur leur étendard brillaient en lettres d'or Ces mots sacrés : Jésus hominum salvator ^ !

A l'aspect du secours que le ciel leur envoie,

Les Ventrus ranimés poussent des cris de joie ;

Leur bras qui mollissait est soudain raffermi ;

Et tandis que de front ils chargent l'ennemi,

Les fils de Loyola, béats auxiliaires.

Suivant leurs anciens us, tombent sur les derrières.

Bientôt Labom'donnaie, attentif au combat,

S'aperçoit que des siens le courage s'abat ;

Il élève trois fois sa voix forte et sonore,

Et trois fois dispersés, il les rallie encore ;

Mais d'un nouvel effroi leur esprit est glacé ;

Le bruit s'est répandu que Villèle a passé : En effet, le héros que Mont-Rouge seconde, Sur son grand porte-feuille avait traversé l'onde, Escorté de commis et de Ventrus gloutons, Qui bondissaient autour comme de vieux Tritons. A l'aspect imprévu de ce nouveau Neptune, Les fougueux Grénédans ont quitté la tribune. « Arrêtez, dit le chef, modérez ce courroux, » Assez d'autres guerriers s'offriront à vos coups ; » Villèle m'appartient, laissez-moi cette gloire. » A ces mots, il saisit l'énorme boule noire, Honorable présent qu'un monarque africain, Pour l'offrir au héros, façonna de sa main, Quand aux bords de Tunis un messager fidèle De Manuel exclu proclama la nouvelle.

L'œil distinguait sans peine, en cet espace étroit,

CHÂINT QUATRIEME. B5

Les membres de la Gauche et ceux du coté Droit ;

L'artiste ingénieux sur ce globe fragile,

Avait représenté le tribun indocile,

Sur son banc glorieux cerné par des Spahis,

Et chassé du Sénat pour l'honneur du pays.

Le héros a saisi le projectile immense,

Dans ses puissantes mains trois fois il le balance ;

Autour d'eux sont rangés les muets combattans ;

D'un féroce regard il le vise, et long-temps

11 mesure son coup ; Villèle qui s'elTace

A l'œil de son rival n'offre aucune surface ;

C'est une illusion en frac fleurdelisé ;

En vain son ennemi l'a-t-il si bien visé ;

La lourde boule noire au sifflement sinistre

Vole, fend l'air et passe à deux pieds du Ministre.

Le rebelle a pùli, tout son camp étonné

Sur le Ibudre impuissant jette un œil consterné :

C'est alors que Villèle a fixé la victoire,

Il laisse sur le sol rouler la boule noire,

Saisit des écus d'or dans un coffre entassés,

Et sur son ennemi les lance à coups pressés ;

Tous les chefs du trésor, munis de hautes piles.

Dardent sur leurs rivaux les mêmes projectiles ;

L'air en est obscurci, les LJltras à {jenoux

De la manne gasconne implorent tous les coups ;

Plus de défense : en vain le fier Labourdonnaic

Leur a crié : « Laissez cette vile monnaie ;

» A ce visir trompeur renvoyez ces besans ^ ;

» Amis, craignez les Turcs jusque dans leurs présens. »

Inutiles efforts ! le son de ces paroles

Cède au l)ruit argentin des brillantes pisloles,

Et courbés sur le sol, ces avides soldats

CHANT QUATRIÈME. è?

Recueillent la mitraille et ne la rendent pas.

Sans le secours de Mars, c'est ainsi que Villèle Battait, de son château, le Castillan rebelle, Lorsqu'à l'Espagne sainte il rendait son doux roi, Ses moines, sa misère et ses actes de foi.

A ces indignes soins partout on s'abandonne, On ne se souvient plus de l'autel ni du trône ; Dans les rangs débandés, qu'ils foulent en tous sens, Entrent, à flots épais, les Ventrus menaçans , Tout fuit; et sans s'armer d'un courage inutile, Vers le couvent d'Issy chacun cherche un asile ; Leur chef même, entraîné par ce grand mouvement,

Prend la fuite avec eux ; mais il fuit lentement, Comme un lion blessé qui, détournant la tète, Fait même à ses vainqueurs redouter sa défaite.

Cependant les Ventrus, de leur gloire surpris,

Accordent le repos à leurs membres meurtris ;

Mais, seul de tous les siens, l'implacable Villèle

Poursuit ses ennemis, les pousse, les harcelle.

Et craignant de laisser son triomphe imparfait,

Tant qu'il lui reste à faire il croit n'avoir rien fait ;

Il goûte avec transport ce charme et cette gloire.

Que donne aux jeunes cœurs la première victoire,

Et, cédant au démon qui dévore son sein,

Il veut jusqucs au bout accomplir son dessein.

Ce n'est plus ce banquier, à l'œil cave, au teint blême,

Flegmatique arrangeur des signes de Barêmc,

C'est Hector agitant sa torche au sein des eaux,

Et poursuivant les Grecs jusque sur leurs vaisseaux ;

11 court, il vole, il veut prendre Labourdonnaie ;

Mais près de le saisir, il hésite, il s'effraie —

Il voit dans un ravin, à grands pas accourir,

Des rôdeurs ennemis prêts à le découvrir ;

Dans ce pressant danger le héros se recueille.

Sa main ouvre en tremblant son large porte-feuille.

Et pour se dérober au guerrier qu'il poursuit.

Il s'y loge à la hâte, et s'y tapit sans bruit.

Des ligueurs cependant la troupe fugitive

Atteint du vieil Issy le portail en ogive ;

Ils entrent; tous les chefs, dédaignant le sommeil,

Changent le réfectoire en salle de conseil.

Laljourdonnaie arrive, on ouvre la séance,

Un signe de sa main commande le silence;

Tout se tait ; il se lève, et d'un ton inspiré

Commence ce discours qu'il n'a pas préparé :

« Amis, vous le savez, cette grande journée

» D'un triomphe certain eut été couronnée,

» Yillèle en ce moment serait à nos genoux,

» Si les fils de Mont-Rouge excités contre nous,

» Quand tout était perdu, n'eussent par leur présence

» Dans le camp des vaincus ranimé l'espérance.

» Je veux, dès aujourd'hui, par des moyens pressans

» Mettre dans mon parti ces alliés puissans ;

» La Mennais l'a prédit, croyons-en ce grand honnne,

» Jamais on ne vaincra Villèle qu'avec Rome.

» Par ce nouveau secours une lois ralïermis,

CHAiNT QUATRIEME. .71

» Nous battrons sans elïort nos iaibles ennemis ;

» Déjà de cette guerre ils accusent leur maître ;

» Ils suivront ma fortune, et prompts à se soumettre,

» M'offriront comme à lui leurs boules et leurs cœurs.

» Ah ! s'ils ont pu servir par leurs votes vainqueurs

» Villèle, un hobereau des bords de la Garonne,

» Avare agioteur qui vend tout ce qu'il donne,

» De quelle noble ardeur, à l'heure du danger,

» Sous mes vieux étendards viendront-ils se ranger,

» Surtout si je promets à leur faim légitime

» Plus de biens qu'ils n'en ont sous le présent régime,

') Une paix indolente après tant de combats,

» Et des vins plus exquis et de plus longs repas !

M Demain, ou je succombe, ou sa fortune expire,

» Dans un dernier combat je hasarde l'empire ;

» Aux premiers feux du jour je veux que nos vassaux

» Du palais de Villèle assiègent les arceaux ;

» Ils ne m'attendent pas ; d'ailleurs peuvent-ils croire

» Que fier après ma chute et bravant leur victoire,

» Au lieu de deniîmder une honteuse paix

» J'aille les assaillir jusque dans leur palais?

» Vous cependant, guerriers, quittez le poids des armes,

» Du sommeil bienfaisant allez goûter les charmes,

» Je veillerai pour vous ; dans l'immense Paris

» Je vais en ma laveur réchautfer les esprits,

» Et XAris turque en main, recruter pour ma cause

» Les abonnés gratuits qui commentent ma prose ;

» Et lorsque les clochers du faubourg Saint-Germain

» Annonceront en chœur trois heures du matin,

» A ce signal précis, que toute la milice

» Se trouve réunie auprès de Saint-Sulpice ;

» J'y serai : vous verrez briller au premier rau{;

» Mon ardente Chimère et mon panache blanc. »

11 dit : et tout entier à sa grande entreprise, H vole vers Paris dans son char de remise.

ARGUMENT

Vilièle sort de son porte-leuille. — Alarmes dans le camp pendant sou absence. — Vilièle retourne parmi les siens; il ordonne des jeux funèbres ; divers jeux expiatoires : l'écarté , le combat du chant. — Rainneville et Moustiers. — Combat à l'arquebuse. — Frayssinous et Salaben-y. — L'armée remonte la Seine et rentre au palais de Villèlë.

UjAlL^^EPENDAiNT le hél

Dans son grand porte-feuille encore enseveli,

héros de l'hôtel Rivoli,

Examine la nuit, écoute le silence ;

Mais rien n'alarme plus sa craintive Excellence,

Tout est calme, et l'armée, et les vents, et les flots Sa première terreur fait rougir le héros ; Pareil au nautonnier qui rit après l'orage, L'absence du danger lui rend tout son courage. Et du camp orphelin déplorant l'embarras, Il s'y rend aussitôt sa prison sous le bras.

L'armée, en ce moment sur la rive assemblée, Offrait à l'œil surpris l'aspect d'une mêlée ; Partout on entendait de lugubres accens , De rougeâtres fanaux se croisaient en tout sens ; Son Etoile à la main , dans cette sombre plaine , Genoude voltigeait en nocturne phalène ; Le soldat, insensible à l'appât du butin. Du héros prisonnier déplorait le destin, El mêlant des cyprès aux lauriers de la fête,

Maudissait la victoire autant qu'une défaite. Dans ce deuil général, les chefs même aux abois, Veulent calmer le peuple et demeurent sans voix ; Ravez seul, conservant sa force accoutumée. Rassemble en un conseil les princes de l'armée, Leur adresse un discours qui doit les stimuler, Mais aucun orateur ne s'inscrit pour parler ; Dudon même, cédant à la stupeur commime, Sans oser y monter regarde la tribune ; Les uns, de leur victoire abandonnant le prix, Méditent en secret de regagner Paris ; D'autres, de ce revers calculant l'avantage, Du ministre défunt convoitent l'héritage, Et nouveaux lieutenans d'un Alexandre mort, Se partagent l'empire et le tirent au sort. Mais ce coupable espoir comme tin songe s'elTacc,

80 L.\ VILLELIADE.

Villèle est apparu , tout a changé de face ;

Que ne peut dans un camp un grand homme de plus

Mille braves guerriers flottaient irrésolus ;

La présence du chef, ô puissante magie !

Dans les cœurs chancelans rappelle l'énergie ;

Il se montre aux soldats, radieux et serein,

Et pourtant dans son ame il couve un noir chagrin. Hélas ! il sait trop bien que dans cette journée, La fleur de ses guerriers fut presque moissonnée : Il faut donc dénombrer ces victimes du sort ; Martignac est commis pour ce triste rapport : 11 monte sur un siège, et suivant lus antique, Fait l'appel nominal par ordre alphabétique. Dieux ! quels tristes accords de sanglots et de voix De ces rangs éclaircis sortirent à la fois, Quand à l'aide des noms demeurés sans réponse,

On eut de tant de morts la désastreuse annonce ! Jamais par de tels cris les Troyennes en deuil, Du palais de Priam n'ébranlèrent le seuil, Quand du vaillant Hector la troupe repoussée Fuyait devant les Grecs jusqu'aux portes de Scée. Bien plus : pour augmenter l'horreur de cette nuit, Un lugubre convoi, dans le camp introduit, De hurlemens plaintifs épouvanta la Seine : X leurs voiles de deuil on reconnut sans peine Les veuves des héros tombés dans ce grand Jour, De jeunes orphelins, fruit de leur chaste amour, Des vierges qu'à l'autel attendait l'hyménéc : Tourbe errante, aux regrets sans retour condamnée ! Sitôt que dans Paris un triste bulletin, Eut des guerriers défunts proclamé le destin, Ils étaient accourus vers ces rives funestes,

82 LA VILLELIAD'E.

Pour honorer du moins de déploraliles restes

Villèle s'attendrit ; monté sur un pavois,

Il élève aussitôt sa consolante voix :

«Orphelins que la Parque a rendus mes pupilles,

» Veuves de ces héros, et vous, vierges nubiles,

» Ce deuil est légitime, il doit vous honorer,

» Loin (le blâmer vos pleurs, je suis prêt à pleurer ;

» Mais plus tard la douleur deviendrait criminelle,

» Les Dieux s'irriteraient d'une plainte étemelle ;

» Ces héros ne sont plus, c'est le sort des humains ' . »

Alors levant aux cieux ses paternelles mains :

« Heureux, trois fois heureux, ces guerriers magnanimes

» Que le fleuve irrité roule dans ses abîmes !

» lis ont péri pour moi, leur sort est assez beau ;

)) Mais pour les réjouir dans la nuit du tombeau,

».Ie veux, accomplissant une œuvre mcriloire.

» Par de funèbres jeux honorer leur mémoire ; » Puissent ces jeux guerriers des Grecs renouvelés » Apporter un doux calme à vos cœurs désolés ! »

Et la foule à ces mots déjà moins affligée,

Sur les gradins d'un cirque en ordre est étagée.

Le préfet de la Seine arrivant à propos,

Prête, à défaut du jour, ses ifs municipaux ^ ;

Les futurs combattans ont envahi l'arène :

Villèle, tel qu'un dieu, dans les rangs se promène ;

Comme juge du camp, armé de son grelot,

Sur un siège d'honneur monte le vieux Chillaud :

Chacun porte ses pas où son ardeur l'appelle :

Les robustes lutteurs sont auprès de Villèle,

Ils comptent tour à tour, et les nobles présens.

Et les disques d'airain, et les cestes pesans;

Mais ceux que des combats épouvante l'image,

De ces insignes prix dédaignant l'avantage,

Ont suivi de leurs cœurs l'instinct moins courageux,

Et cherchent à l'écart de plus tranquilles jeux.

Par les soins de Villèle à leur foule empressée,

Une table solide est à l'instant dressée :

A chaque combattant on livre cinq jetons,

Et des lames d'ivoire et trente-deux cartons;

Roger sert de croupier, ses mains académiques

Parsèment le tapis de carreaux et de piques,

Et le noble Ecarté, triste démon des nuits.

Sur les tables du camp promène ses ennuis.

P , qui souvent à sa grandeur déroge,

Se mêle à tous ces jeux, et, quilliuit l'épitoge, Montre par ce qu'il est, ce qu'il l'ut autrefois; Aux caprices du sort il impose des l«)is.

Et souvent, pour plutôt achever ses victimes, Retourne finement des rois illégitimes.

Mais la voix de Villèle éclate de nouveau :

« Vous, dit-il, qui briguez un triomphe plus beau,

» Guerriers, puisque la gloire ainsi vous aiguillonne,

» La gloire est dans mes mains, et c'est moi qui la donne ;

» Ou vainqueur, ou vaincu, pour chaque combattant

» Ma généreuse main garde un prix éclatant :

» Celui de qui la voix avec art modulée,

» Par les plus doux accords ravira l'assemblée,

» Recevra sur-le-champ un costume complet,

» Ce frac dont un or pur enrichit le collet,

» Ce haut-de-chausses noir, bouclé sur la ceinture,

» Ce gillet dont Rerchut raffermit la couture,

» Ornemens glorieux, témoins de tant d'c\j)loils,

» Dont je me revêtis pour la première fois,

» Lorsque, bravant les pleurs et les cris d'une épouse,

» Pour combattre à Paris j'abandonnai Toulouse ;

» Tel est le noble don au vainqueur destiné.

» Pour calmer la douleur du vaincu consterné,

» Je lui promets un prix que je chéris moi-même,

» Du pouvoir paternel noble et touchant emblème :

» C'est ce rotin noueux que le vieux Desbassyns

» Remit en expirant dans mes robustes mains,

» Alors que, pour charmer mon ennui solitaire,

» J'essayais sur les Noirs mon futur ministère ^. »

11 dit : et deux rivaux se dirifjent vers lui : L'un de la vieille Espa^jne inébranlable appui, C'est Moustiers qui, chargé de croix et de reliques, Kevint en pèlerin des plages ibériques,

Et fidèle au pouvoir qui daigna l'adopter, Tous les ans de Madrid arrive pour voter; L'autre se montre après; c'est le beau Rainneville Qu'une goutte précoce a rendu moins agile * ; Au pieux Saint- Acheul, jadis enfant de chœur, Dans les combats du charft il fut toujours vainqueur ; C'était lui qui, Laïs de la semaine-sainte, Entonnait de Sion la dolente complainte. Quand aux pieds de l'autel treize fois l'éteignoir Avait ravi ses feux au candélabre noir.

Un long cri dans le cirque accueille leur présence ; Mais l'austère Chillaud commande le silence, On se tait : Rainneville a déployé sa voix, Sur un cinnor hébreu l'on voit errer ses doigts : De notre belle France il dit la vieille histoire,

Ses quatorze cents ans de bonheur et de gloire '■' ; Il invoque d'abord CharUmagne et Clovis Veillant du haut fies deux sur l'empire des lis. Puis il dit le chaos de la première race , Temps heureux où les rois s'égaraient à la chasse ! Il vante les surnoms qu'ont reçus ces héros, Le Bègue, le Hutin, le Bref, le Long, le Gros. Il chante le berceau de la grandeur romaine ; Pépin créant un pape exarque de Ravenne '', Et l'humble Louis-Sept, ceint d'un grossier cordon, Aux moines de Créteil mendiant son pardon ", Et le premier François qui, docile à ses prêtres, Chassait les imprimeurs pour restaurer les lettres ^ ; Il rappelle surtout, dans ses touchans récits, L'époque fortunée où régnait Médicis, Où les rois en pul)lic cntonnaieul des canli(jue.s.

Où le bon Charles-Neuf, fléau des hérétiques , En forêt de Compiègne érigeant son balcon , Du produit de sa chasse embaumait Montfaucon. Des souverains de Rome il bénit la puissance , Il dit comment Henri, pour être roi de France, Soumit ses cardinaux aux verges d'Hildebrand '■* ; Il arrive à la fin jusqu'à Louis-le-Grand ; Du siècle des beaux-arts imposante merveille ! Il payait Chapelain bien plus cher que Corneille ; Des portes de l'Eglise il raffermit les gonds, A son doux confesseur confia ses dragons, Et déchira, pour plaire à sa dévote amante. De ses royales mains l'impie édit de Nante. Ici, la voix du chantre a pris plus de douceur : Au nom de Le Tellier, ministre confesseur, Il chante de Jésus la sainte Compagnie,

De ses mille martyrs la longue litanie ;

Et pour péroraison de l'hymne glorieux,

Il bénit mille fois nos ministres pieux,

Qui, zélés protecteurs de l'antique ignorance,

En nouveau Paraguay convertissent la France.

Le fils de Saint- Acheul a quitté le cinnor ;

Le chant cesse, et pourtant le peuple écoute encor ;

On eût dit qu'il venait d'entendre une sirène :

Un murmure flatteur circule dans l'arène.

Rainneville s'incline, et l'on plaint le rival

Qui vient lui disputer le laurier triomphal'.

Quand Moustiers apparaît, coiffé d'une auréole ;

Il s'avance, portant la guitare espagnole.

Jette sur Rainneville un regard de dédain ,

Et d'un ton prophétique improvise soudain :

O mon maître 1 6 Damas ! toi dont la politique M'a créé dans l'Espagne agent diplomatique , Que ton nom invoqué résonne sur mon luth ! Dans les soucis mondains jamais tu ne t'ingères ; Les affaires pour toi sont toutes étrangères , Hormis l'affaire du salut.

Grâce à loi , j'ai foulé cette terre bénie , Madrid, du Vatican fidèle colonie, Où la robe d'Ignace est le manteau des rois; Que de fois j'ai suivi d'un pas mélancolique Ce beau Mançanarès dont l'onde catholique Baigne des champs semés de croix !

Chez ce peuple dévot qu'en vain on calomnie , La profane gaîté par l'Eglise est bannie; Je ne l'ai jamais vu danser le fandango ; L'aspect d'un capuchon trouble une sérénade ; Car dans ce beau pays tout moine est un alcade, Tout jésuite est un hidalgo.

A la Séo-d'Urgel, un cordon sanitaire S'ouvre devant Bonald et repousse Voltaire : La peste littéraire est exilée au loin ; Le clergé dans ses fers y tient la presse esclave, Nargue tous vos journaux , triomphe en paix et brave La fraternité des Baudouin.

Heureux le Castillan! dans sa belle patrie , 11 dédaigne les arts et l'ignoble industrie , D'hérétiques marchands avilissant fardeau ; En attendant que Dieu lui rende la Havane , Il fume le tabac que fournit le platane , Et se couche dans son manteau.

Si parfois l'appétit trouble leurs nuits austères , Les vieux chrétiens à jeun , autour des monastères , Rodent en invoquant les hôtes. du saint lieu; Leur prière du cloître a percé les murailles , Et les pasteurs émus nourrissent leurs ouailles Avec la parole de Dieu.

94 LA YILLELIADE.

O vous qui convoitez tant d'heur et tant de gloire. Croyez-m'en, ce n'est point un espoir illusoire, La France et la Castille auront les mêmes lois ; Leurs mains se toucheront malgré les Pyrénées, Et ces deux nobles soeurs vieilliront fortunées A l'ombre de la même croix.

Pour nos ministres saints quel avenir s'apprête ! Franchet cumulera sur son auguste tête Les titres de préfet et de corrégidor , Et le chef du conseil devant qui tout s'incline , Auprès du cordon bleu, sur sa large poitrine Verra pendre la toison d'or.

Don Moustiers s'interrompt ; le bruyant auditoire Au Français Espagnol décerne la victoire, Et Chillaud, du vaincu déplorant le destin, Au triste Rainneville accorde le rotin.

Yillèle, qui des jeux tient en main le programme,

S'est écrié : « Venez, vous que la gloire enflamme,

Écoutez-moi, guerriers dont les nobles désirs

Recherchant les dangers jusqu'au sein des plaisirs,

Dédaignent un combat dont un berger s'amuse :

Celui qui le premier, armé d'une arquebuse.

Dirigera le mieux dans un but indiqué

Le coup d'un projectile avec force marqué,

Recevra pour présent une jeune captive

Qui pleure de Chio la paternelle rive ;

Don touchant I que naguère, en m'appelant son (ils.

Le noble Mohammed m'envoya de Memphis ;

J'en atteste les Dieux ennemis du parjure ,

Elle n'a de mes mains souffert aucune injure ;

Le soin de sa pudeur est commis à Dudon.

Au second des vainquem-s je garde un autre don :

Ce casque féodal à la flottante aigrette,

Et ce pesant mousquet garni de sa fourchette '". »

Il dit, et donne encor ses ordres souverains :

Dociles à sa voix, cent robustes marins

Arrivent, en roulant vers la foule étonnée.

Du vaisseau de Chabrol l'antenne goudronnée ;

V' illèle, souriant à leur triste embarras,

La soulève lui seul dans ses robustes bras.

Et sur un cap voisin qui domine la rive

La dresse sans efforts et la retient captive,

Et hii-mèmc, (ravauce, a cloué de sa main

Au bout tremblant du mât la Charte en parchemin.

La foule à cet aspect se presse dans l'enceinte,

Chacun brigue l'honneur d'entamer l'arche sainte ;

Mais Chillaud fait un choix, et vingt noms rassemblés,

Dans une urne à scrutin sont à l'instant mêlés.

Chifflet est le premier qu'a choisi la fortune,

Après lui, le héraut proclame Pampelune ;

Ils tirent, et leurs coups sont perdus dans les airs.

Frénilly, Sesmaisons, aux jésuites si chers,

Lancent deux plombs brûlans qu'un dieu jaloux écarte ;

L'avocat Pardessus, en ajustant la Charte,

Va frapper dans les rangs un innocent bourgeois

Accouru du Marais au bruit de ce tournois ;

Bonnet a fait long feu ; muni de ses besicles,

Piet de l'auguste cible emporte deux articles ;

Frayssinous, au billard en Mingault érigé,

Le pied droit en arrière et le bras allongé, Dans le mousquet profond a inis la boule noire, Et son orgueil secret lui promet la victoire : Il fait feu, le coup part et la balle a sifflé ; Jusqu'en ses fondemens le mât est ébranlé, Le lien se détache , et la Charte écornée Remontait vers les cieux qui nous l'avaient donnée, Lorsque Salaberry, non moins prompt que l'éclair, La poursuit dans son vol et la brûle dans l'air.

A ce coup imprévu, mille cris unanimes Du Mont-Valérien ébranlèrent les cimes, La Seine remonta jusques au Pont-des-Arts, Le vieux temple d'Isis vit frémir ses remparts, La pompe de Chaillot en gémit, et Grenelle Trembla pour l'avenir de sa ville nouvelle.

CHANT CINQUIÈME 9i)

Le comte de Toulouse, un instant ébloui,

S'apprête à couronner cet exploit inoui,

Et de sa propre main, aux yeux de l'assemlilée,

Il remet au vainqueur la captive voilée.

Le modeste héros la reçoit à genoux,

Et le don du mousquet console Frayssinous.

Alors pour clôturer cette touchante fête, L'abbé F...t accourt ; c'est ce noble interprète Qui devait, aux héros moissonnés dans ce jour, Rendre un dernier tribut de regret et d'amour. L'orateur près de lui convoque l'auditoire ; Il venait de quitter la table aléatoire, Et ses jetons en main, debout sur le gazon, Il allait commencer sa funèbre oraison, Lorsque des cris lointains suspendent l'homélie ;

100 LA YILLELIADE.

La vedette à cheval sur le camp se replie, Elle a sonné l'alarme, et Yillèle surpris Avec l'état-major vole au devant des cris.

O qui peindra jamais leurs transports d'allégresse ! C'étaient tous ces héros à la verte vieillesse. Qui, sauvés de la Parque à l'homicide coup, Revenaient sains et saufs des filets de Saint-Cloud, Et fiers vainqueurs du Styx, montraient à l'œil avide, En guise de trophée un vêtement humide. Plus de jeux, plus de pleurs, de funèbres discours ; A la gaité folâtre on donne un libre cours ; Les femmes des héros aux saules du rivage Suspendent à regret leurs robes de veuvage, Les jeunes orphelins par Yillèle adoptés, Sont aux bras paternels en triomphe portés ;

Mais le héros gascon que la sagesse anime, Calme de ces transports la fougue légitime, 11 craint que l'ennemf, de cette scène instruit, Sur son camp féminin ne tombe dans la nuit. Sa voix a retenti comme un coup de tonnerre ; Autour du généi'al la foule se resserre. « Ecoutez-moi, dit-il, peuple, femmes, soldats, Déposons dans ce camp l'appareil des combats ; Rien ne doit ralentir l'élan de notre joie, Car l'avare Achéron nous a rendu sa proie. Retournons à Paris ; que Chabrol, dieu des flots. Sur ses agiles nefs embarque mes héros ; Que le peuple, groupé sur les bords de la Seine, Puisse admirer de loin ma flottante carène, ■le vous invite tous : dans un large festin. Allons parmi des chants attendre le matin,

Assouvir notre faim sur le dos des victimes,

Et pendre à mes lambris nos dépouilles opimes. »

ARGUMENT

L'année ministérielle , rassemblée au palais Rivoli , célèbre sa victoire par un festin. — Episode du cof&e-fort. — Chillaud la Rigaudie prophétise. — Une héroïne se montre au balcon; alarme dans le château. — L'armée de Labourdonnaie investit la place; préparatifs de défense. — Le combat s'engage. — Exploits héroïques des deux partis. — L'abbé Trébuquet et le nouveau Goliath. — Les assiégés redoublent de courage. — Trait d'audace de Labourdonnaie. — Envahissement du château. — Villèle capitule. — Conclusion.

\ANS un bruyant festin prolongé jusqu'au jour, Villèle a rassemblé tous les grands de sa cour ; Yingt lustres que chargeait l'odorante bougie, Eclairaient les débris de cette noble orgie ;

Le héros de la fête, ivre de son bonheur, Prodigue les cordons, jette les croix d'honneur, Fait des promotions, donne à ses créatures Des charges au Parquet, de grasses préfectures ; Ses conseillers ventrus, de vin appesantis. Modèrent à la fin leurs larges appétits : Les plus fermes buveurs, se levant en cadence, Privent de ses lauriers un jambon de Mayence, Et le noble feuillage, en couronne tressé. Sur le chef du Ministre, à grands cris, est placé.

Tout-à-coup du palais tremble la longue arcade ; Le solide pavé s'ébranle par saccade, Et sur son rauquc essieu s'avance avec effort Un lourd lardier portant un large colfre-lbrt.

Au balcon du château, la troupe dans l'ivresse, De l'armée ennemie a reconnu la caisse : « Amis, ranimez-vous une dernière fois, )) Par un dernier effort couronnez vos exploits, » Dit Villèle ; tombez sur cette faible escorte, » Que ce riche caisson entre par notre porte. » Le Ministre a parlé ; son bataillon guerrier

S'élance dans la rue et cerne le fardier ;

Les gardes ennemis, accablés par le nombre.

Abandonnent la caisse et se cachent dans l'ombre ;

Les vainqueurs ont leur proie, ils s'attellent au char.

Devant l'arche du fisc on voit danser César * ;

Du saint prophète-roi coupable parodie !

Mais du haut du balcon, Chillaud la Rigaudie :

« Arrêtez, leur dit-il, jeunes audacieux ;

« Arrêtez, gardez-vous d'introduire en ces lieux

» Ce funeste présent qu'un grossier artifice

» Sous des dehors trompeurs livre à votre avarice ;

» Avant que ce colosse en ces lieux soit porté,

» De ses flancs ténébreux sondez la cavité,

» Ou bien dans les fossés de la place voisine,

» Précipitez la caisse et sa lourde machine :

» Croyez-m'en, c'est un dieu qui parle par ma voix. »

Au discours du vieillard tout s'arrête à la fois,

Les Ventrus attelés demeurent en balance,

Quand auprès de Chillaud une femme s'élance :

Un large cachemire, autour d'elle jeté,

Donne à ses traits noircis un air de majesté.

Et son chapeau construit d'une paille légère,

Balance fièrement une plume étrangère :

<( Quoi ! vous prêtez l'oreille aux discours d'un vieillard

» Que faites-vous? d'où vient ce funeste retard?

» Hâtez-vous d'introduire en notre citadelle, n Ce coffre qui contient le trésor du rebelle ; » S'il entre dans nos murs, mon cœur reconnaissant, » A ceux qui l'ont porté promet le trois pour cent. » Chillaud tombe à l'instant frappé d'apoplexie ; Roux, pour le secourir, ouvre sa pharmacie^. Et chacun dit tout haut que le ciel irrité A puni le vieillard de sa témérité.

Aussitôt, par les soins de l'armée aguerrie, La pesante machine est sous la galerie ; Des supports de l'arcade un pan est démoli. Et le coffre est placé dans l'hôtel Rivoli.

Tout-à-coup du donjon l'active sentinelle Agite à coups pressés le beffroi de Villèle ;

Le châtelain troublé convoque ses barons, Monte à la tour ; son œil parcourt les environs ; Il voit, qui l'eût pu croire? en bon ordre formée, Des vaincus de la veille une nombreuse armée ; Elle marche, s'approche, et ses premiers drapeaux Déjà du Garde-Meuble effleurent les arceaux.

Tous jurent à leur chef de défendre la place ; Des commis de bureau l'active populace Barricade à l'instant les portes du palais. De registres poudreux forme des murs épais ; L'arsenal est ouvert, les boules meurtrières S'élèvent dans la salle en piles régulières ; Corbière à ses bouquins fait ses derniers adieux, Pour la dernière fois les étale à ses yeux, Jl les compte en pleurant, et sa philosophie

Au salut de l'Etat enfin les sacrifie ; Elzevirs ! chers objets d'un platonique amour, C'est vous qu'il prend plaisir à grossir chaque jour, Quand, pour se délasser des soins du ministère, Il s'en va bouquinant le long: du quai Voltaire ^ !

Muse I qui jusqu'ici secondant nos travaux. Nous as dit les hauts faits des deux partis rivaux, Une dernière fois montre-toi secourable ; Daigne nous raconter ce siège mémorable. Et sauve à notre voix de l'éternel oubli Les héros de la Droite et ceux de Rivoli !

Près des murs assiégés le cordon se resserre, On pousse avec effort les machines de guerre ; Au milieu du palais, en face du balcon,

Où siège avec les siens le Monarque gascon,

Une énorme tribune à l'instant érigée,

Paraît, comme une tour de combattans chargée.

Labourdonnaie y monte, il les éclipse tous ;

Debout aux premiers rangs il s'offre aux premiers coups

On eût dit un héros de Virgile ou d'Homère ;

Il porte sur son casque une ardente Chimère,

Et, superbe, montrant son éclatant cimier,

Il réclame l'honneur d'aborder le premier.

Villèle, qui redoute un fâcheux abordage,

De sa garde fidèle attise le courage ;

Ils entendent sa voix ; le bouillant Puymaurin *

A lancé le premier ses médailles d'airain ;

Il terrasse Bacot, et Clausel de Coussergues

Roule aux pieds de la tour, frappé de deux exergues.

Excités par ce coup, Corbière et ses commis

Font pleuvoir les formats sur les fronts ennemis ; L'air se noircit au loin de leur noble poussière ; Déjà le long des murs se glissait Lézardière ; Havez lance sur lui son grelot argentin, L'éternel règlement, et l'urne du scrutin. Les ligueurs sont troublés, ils songent à la fuite ; Alors sur la tribune un colossal jésuite S'avance en agitant, dans sa puissante main, Un recueil de \ Etoile et du journal romain ; Du général Fortis c'était le secrétaire ^ : « Paraissez, leur dit-il, héros du ministère ; Si quelqu'un veut tenter un combat singulier, Qu'il vienne, je l'attends au bas de l'escalier. » Provoqué par ses cris, du fond de sa cellule, Trébuquet sort, portant une arme ridicule ^ ; Il vise le géant, et, d'un bras arrondi,

Fait jaillir du cylindre un liquide tiédi. A ce coup imprévu, le colosse chancelle, Sur son noir vêtement l'onde fume et ruisselle , Il fuit, et les deux camps, à l'aspect du héros, Accueillent Trébuquet d'un concert de bravos,

La Droite cependant, justement alarmée, Voit des plus braves chefs la tribune semée ; Elle veut essayer, par un dernier effort. D'escalader enfin l'inexpugnable fort ; Mille globules noirs, lancés d'une main sûre, Du balcon de Villèle atteignent l'embrasure ; Sur son siège un moment le ^Ministre a tremblé ; Mais de ses défenseurs l'eflbrt a redoublé ; Ses commis, en voyant l'assaut de la fenêtre. Changent en arsenal les bureaux de leur maître ;

CHANT SIXIEME. tlô

On jette pêle-mêle à l'assiégeant surpris Ces Mémoires fameux, précieux manuscrits Publiés par Ouvrard, rédigés par Villèle ; Puis des pétitions la série éternelle, Volumineux dossier que l'oubli du bureau Laisse dans un carton comme dans un tombeau : Vous tombâtes aussi sur les troupes gothiques. Chefs-d'œuvre de Leybach, actes diplomatiques. Que le bon Metternich rédigea de sa main, Pour le bonheur du monde et du peuple germain ! Et vous, nobles firmans, que d'une main amie, Le roi d'Egypte envoie au Ministre momie !

Le fier Labourdonnaie, en cette extrémité. Se prépare au grand coup qu'il a tant médité ; L'entreprise est hardie, et peut-être insensée ;

Un héros seul conçoit une telle pensée,

Il ne l'ignore pas ; mais, pour être approuvés,

De semblables projets veulent être achevés.

Sur ses jarrets nerveux trois fois il se balance,

De la tour au balcon mesure la distance ;

Puis, comme un trait que darde une robuste main,

Il s'élance, et franchit l'aérien chemin ;

Un cii d'horreur le suit jusque dans son camp même.

Cependant, impassible en ce péril extrême.

Suspendu sur l'abîme entr'ouvert sous ses pas,

Le sang-froid des héros ne l'abandonne pas ;

Comme un grapin de fer, sa main serre la grille ;

Son audace, le feu qui dans ses regards brille.

Des plus hardis Ventrus étonne la fierté ;

Villèle, en le voyant, recule épouvanté ;

On le combat de loin, de loin on le harcelle

Ainsi le fier vainqueur du Granique et d' Arbellc ' , Emporté par l'élan d'une bouillante ardeur, Des murs qu'il assiégeait franchit la profondeur, Et sur la place, seul, la cuirasse entamée, En attendant les siens, lutta contre une armée.

Mais, dupe d'un grand coeur, l'Alexandre français Allait sur le balcon expier ses hauts faits, Quand, dans l'intérieur surveillé par Corbière, S'élèvent de longs cris et des flots de poussière. O secours inoui I cent guerriers redoutés Qu'en ses flancs caverneux le coflre avait portés. Ont ouvert tout-à-coup leur prison volontaire ; Leur cohorte envahit l'hôtel du ministère. Au milieu de leurs rangs, à chaque instant grossis, On distingue Sanlot et les deux Duplcssis,

Berthier l'ultramontain, Bellemare, Bouville, Bellissen, Mirandol, Bouchet, Bailly, Dupille. Tout fuit à leur aspect ; l'agile Bouthillier, De la tour du palais franchissant l'escalier, Plante sur le donjon qui domine la plaine Le drapeau de la Fronde et la croix de Lorraine.

A ce double signal, les ligueurs dispersés, Au secours de leur chef montent à flots pressés. Du balcon envahi la cohorte troublée, Abandonne Villèle au sein de la mêlée ; Serrant son porte-feuille ainsi qu'un bouclier, Il résiste à leurs coups, et cède le dernier: Tout son camp a crié : Vive Labourdonnaie .' Puymaurin, regagnant l'hôtel de la Monnaie, \ a, pour éterniser ce grand événement,

GHANT SIXIÈME. 119

Du balancier royal hâter le mouvement ; L'aumonier Frayssinous s'élance à la chapelle, Finir un Te Deum commencé pour Villèle ; Et les fils de Mont-Rouge ont crié : Chapeau bas, La Congrégation se rend, et ne meurt pas.

Au pied de son vainqueur Villèle se prosterne : «Tu m'as vaincu, dit-il, sois ministre et gouverne; Des Gascons aujourd'hui le règne est aboli ; Tu coucheras ce soir à l'hôtel Rivoli : Puisses-tu repousser ces lentes agonies Que Casimir Périer donne à mes insomnies ; Pour moi, loin de la Bourse et des cris du Sénat, .le vais m'ensevelir dans le conseil d'Etat. »

Les deux partis rivaux, oubliant leur querelle,

Déjà serraient les nœuds d'une paix fraternelle.

Et prodiguant l'insulte à Villèle abattu,

Tous de Labourdonnaie exaltaient la vertu.

Mais bientôt, aux regards de ce nouveau ministre,

La nuit vint révéler un avenir sinistre ;

Des signes éclatans, au front des cieux écrits,

De ces pâles vainqueurs glacèrent les esprits ;

Et la France espéra : l'immortelle déesse

Qui prête son épée aux martyrs de la Grèce,

Sur le fronton aigu du sénat plébéien,

4^arut en agitant son casque phrygien ;

Panthéon, la croix d'or s'éclipsa sur ton dôme ! Sous les marbres sacrés de la place Vendôme, La terre tressaillit, et l'oiseau souverain S'ag^ita radieux sur sa base d'airain.

îm €l)ant pvftnifr.

' Desbassyns, orgueilleux de sa fraternité.

Desbassyns de Richemont, beau-frère de M. le comte de ViUèle.

' Roux qui d'un nom trop court ennoblit la roture.

M. Roux s'est fait appeler toute sa vie M. Roux , comme son père ; il a reçu la noble particule avec la médaille de député; c'est aujourd'hui M. de Roux.

' Piet , traiteur du sénat.

M. Piet est à M. de Villèle ce que Cambacérès était à Napoléon ; M. Piet donne à dîner aux députés du Centre , les jours où le maître-d'hôtel du Ministre annonce relâche.

^ Les députés du Nord au grand complet de douze.

Les douze députés du Nord ont l'honneur d'être tous ministériels. Ainsi ce n'est pas du Nord que nous vient la lumière.

' Au pan de mon habit j'ai cousu Rainneville.

Alphonse de Rainneville , ex-élève de Saint-Acheul , maître des requêtes, et premier ministre de M. de Villèle.

* Du friand Loriquel vont peupler le bercail.

M. Loriquet est supérieur de la maison des jésuites à Sainl- Acheul.

^ Mon fidèle Bruat, à mes ordres docile. La maison de commerce Bruat, Daniel et €«•, de Marseille ,

est chargée de faire construire les vaisseaux du vice-roi d'Egypte ; M. Bruat est membre de la Société Philhellénique.

8 Fais briller pour signal, à nos yeux satisfaits , Ton porte-feuille rouge au donjon du palais.

Les consuls romains faisaient élever sur leurs tentes leur casaque rouge : c'était le signal du combat.

' Lors Martignac se lève.

M. Martignac , qui fait des rapports , quitte quelquefois sa vile prose pour la poésie. C'est un poêle diplomatique.

' Que le Garde-des-Sccaux,

Le fleuret à la main.

M. le comte de Peyronnct a été le premier maître-d'armes de Bordeaux, avant d'être le premier magistrat de la France.

* L'éternel président fait sonner sa sonnette. Il n'y a que des gens mal intentionnés qui voudraient établir

ici un parallèle de personnes et de situation avec un des héros de La Fontaine :

Il faisait sonner sa sonnette.

La Fontaine, les Deux Mulets, fable.

' Et l'inégal Roger, par des chants belliqueux , Semble un autre Tyrthée.

M. Roger ne nous en voudra pas de l'avoir appelé inégal/ le grand Tyrthée était boiteux, de même que lord Bjron ; l'académicien français a du moins un trait de ressemblance physique avec ces deux grands hommes.

'* De Gaudiche suivi- M. Gaudiche, ex-procureur du roi à Vitré, est aujourd'hui secrétaire intime de M. de Corbière.

' Je vois d'abord Delpit ; un collège en défaut Conquit en sa personne un autre Dclalot.

Le Ministre, pour écarter M. Delalot, favorisa l'cloclion de M. Delpit. En arrivant à la Chambre, M. Dclpil devint anti-ministériel.

^u Cl)ant ^roisimc .

' Genoude, au champ de gueule, à la brillante aigi'ette.

M. Genou, puis Genoude, puis de Genoude, reçut du feu roi des lettres de noblesse qui l'autorisaient à porter des gueules au casque taré de pourfil d'argent.

* Le proie de Pillet , personne fort discrète.

Pillet, imprimeur de la Gazette de France.

' Oui, dit-il, c'est bien là le Cachalot momie.

Tout le monde connaît cet énorme Cachalot qui est placé dans la cour du cabinet d'anatomie au Jardin des Plantes. M. Cuvier a mis le squelette de ce cétacée sous sa protection ; il a également décoré les parois extérieures du même bâtiment d'immenses côtes de baleine; c'est encore à M. Cuvier que la science doit le Mammouth factice du Jardin du Roi. Heureux M. Cuvier, s'il n'avait jamais lu que sa Bible et son Buffon ! s'il n'avait jamais fait que des Mammouths! s'il n'avait jamais parlé que sur l'anatomie comparée à ses fossiles !

■* Cet esprit familier qui tremble sous tes lois.

C'est sans doute la nymphe Egérie de Numa ou la biche de Sertorius.

' La fille de Panon.

M. de Villèle épousa dans sa jeunesse, à ITle-Bourbon , la fille de M. Panon dont il était régisseur. M. Panon s'anoblit

ensuite ; il prit le nom de Desbassyns , parce qu'il y avait trois bassins dans ses terres , ce qui est fort ingénieux.

* Abbé Terray, parais, dit-il d'une voix haute.

Il y a dans la consonnance de ces trois mots quelque cbose de cabalistique qui rappelle le mané thèrè farès du prophète Daniel. Cet abbé Terraj était le Villèle de son siècle ; Voltaire le peint dans cet hémistiche :

Quand Terray nous mangeait.

^ Le vieux Pline, debout sur le cap de Mysène.

Tout le monde sait que Pline l'Ancien , qui commandait la flotte romaine , écrivit sur la fameuse éruption du Vésuve , dont il fut une des premières victimes.

îru €l)ant ^tuatrihtic.

' Chillaud la Rigaudie, à sa droite placé. C'est le doyen d'âge de la Chambre des députés.

* Du vieux inoustier d'Issy les jésuites champêtres.

On voit à Issy, joli village près Paris , une de ces maisons jésuitiques dont M. d'Hermopolis a constaté l'existence dans un triple discours.

' Chabrol , sur son radeau que la vague balance , Atteint du mal de mer regagne l'ambulance.

Il y a trois Chabrol à la Chambre des députés : un ministre et deux députés ; celui qui est atteint du mal de mer est le ministre de la marine.

^ Ces mots sacrés : Jésus liominiim sah'ator.

C'est la devise des jésuites. Ce fameux monogramme commence à reparaître dans les églises , sur les livres , et sur des murs extérieurs : on peut même le voir en lettres d'or, et en relief, sur l'enseigne d'un coutelier au Palais-Rojal , n° i5o.

' A ce visir trompeur rcnvoj'ez ces besans.

Les besans, qu'il faut distinguer des tourteaux, étaient des pièces d*or qui avaient cours en Orient.

îm €l)ant Cinquième.

' Ces héros ne sont plus, c'est le sort des humains.

Les commentateurs ne manqueront pas de remarquer qu'il y a ici une grande analogie de position et de paroles entre M. de Villèle , consolant des veuves et des orphelins , et le pieux Enée , essayant de calmer une amante furieuse qui ne se calme pas. Dans toutes les épopées les héros trouvent toujours d'admirables phrases pour exciter au meurtre , aux com-

bals, à l'incendie; mais lorsqu'il s'agit de consoler des veuves ou des amantes, leur éloquence est toujours en défaut.

* Prête à défaut du jour ses ifs municipaux.

Les poètes font ici allusion à ces ifs funèbres que le préfet de la Seine fait planter sur nos places publiques les jours où le peuple est forcé de se réjouir sous peine d'amende.

' J'essayais sur les Noirs mon futur ministère.

Il est peut-être inutile de rappeler au lecteur que M. de Villèle a été, dans l'Ile-Bourbon , minisire de la justice du riche colon M. Desbassynsj dans ce pays la justice est toute paternelle; elle consiste à fouetter, chaque soir, tous les nègres , afin que les coupables ne puissent pas le lendemain se vanter de l'impunité. C'est sous ces auspices que M. de Villèle a fait son noviciat.

* Qu'une goutte précoce a rendu moins agile.

M. de Rainneville, premier ministre de M. le ministre des finances, a été élevé à Sainl-Achcul ; et les amitiés de collège

exercent tant d'empire sur ses souvenirs, qu'il peuple ses bureaux de ses condisciples. M. de Rainneville , quoique fort jeune , souffre déjà de la goutte , à l'instar des gens comme il faut.

' Ses quatorze cents ans de bonheur et de gloire.

Ces siècles datent de Pharamond , et finissent le i4 juillet 1789. Monseigneur l'évêque d'Orléans qui a fait son cours d'histoire de France dans les colonnes de V Etoile ^ vient, à la suite de son mandement pour le carême de 1827, de rappeler à ses ouailles les quatorze siècles en question. Voyez pour plus amples renseignemens sur ces quatorze siècles , l'Histoire de Paris, par M. Dulaure.

* Pépin créant un pape exarque de Ravenne.

En 757, Pépin, dit le Bref, fonda la puissance temporelle des papes, en concédant au souverain pontife Etienne III et à ses successeui's l'exarchat de Ravenne et la pentapolc du duché de Rome, qu'il avait conquis sur Didier, roi des Lom-

bards. L'honnête Pépin , pour obliger Etienne et lui faire cette libérale concession , avait pris la peine de passer les monts, et de livrer une bataille rangée.

^ Et l'humble Louis-Sept, ceint d'un grossier cordon.

C'est une anecdote fort curieuse et comme on en trouve mille dans les quatorze siècles de bonheur et de gloire dont parle Monseigneur d'Orléans. Elle est extraite des Annales de l'ordre de saint Benoit , tome 6 , page 700. Rue de Richelieu , bibliothèque du Roi.

Le roi Louis VII se rendait à Paris; la nuit le surprit à Créteil ; il y soupa et coucha aux dépens des habitans. Ces habitans et ce village appartenaient au chapitre de Notre-Dame. Les moines, furieux de la hardiesse de ce roi qui s'était couché dans leurs lits , après avoir mangé leurs vivres , résolurent d'en tirer une éclatante vengeance.

Le lendemain, Louis,'étant à Paris, se rendit, suivant l'usage, à Notre-Dame pour assister aux offices ; il trouva les portes fermées; il eut la bonté de demander la cause d'un tel affront;

les chanoines ne lui ouvrirent pas les portes , mais ils lui répondirent d'un ton mielleux :

« Quoique tu sois roi, tu n'en es pas moins cet homme qui, « contre les libertés et les coutumes sacrées de la sainte Eglise, » a eu l'audace de souper à Créteil. Voilà pourquoi l'Eglise a » suspendu les offices et t'a fermé la porte ; tous les chanoines » ont pris la résolution de se soustraire à ton autorité , et » plutôt que de souffrir la moindre atteinte aux droits de leur « église , ils sont prêts à endurer toutes sortes de tourmens. » A ces mots, le roi, frappé de terreur, gémit, soupira, versa des larmes , et s'excusa en disant humblement : « Je ne l'ai point » fait exprès, la nuit m'a surpris en chemin, il était trop » tard pour que je pusse continuer ma route ; les habitans de » Créteil se sont empressés de fournir à mes dépenses ; je ne les » ai point forcés ; si je suis déclaré coupable , je ferai satis- » faction. »

Et le bon roi , agenouillé sur le seuil de l'église , attendait le résultat de son humble supplique, en récitant dévotement ses prières; mais les portes ne s'ouvraient pas. Louis réfléchit

alors; il restitua aux moines les frais du souper , fit remettre au chapitre deux chandeliers d'argent , et les portes s'ouvrirent.

8 Chassait les imprimeurs pour restaurer les lettres.

François l" supprima les imprimeurs , et prohiba l'impression de toute espèce de livres sous peine de la hart. Cet édit fut rendu le i3 janvier i535 , le même jour que la commission delaloiPeyronnet contre la presses' est assemblée à la Chambre desdéputés. Nous engageons les incrédules à compulser les dates.

' Soumit ses cardinaux aux verges d'Hildebraad.

On sait que Henri IV, pour faire la paix avec Clément VIII, consentit à se faire fustiger à Rome par procuration ; les cardinaux d'Ossat et Duperron furent chargés de cette ambassade.

'° Et ce pesant mousquet garni de sa fourchetle. Ces sortes de mousquets étaient déjà passés de mode du

temps de Molière, puisqu'au nombre des friperies que M* Simon veut vendre à Cléantc , on trouve trois gros mousquets tout garnis de nacre de perle, ai>ec trois fourchettes assortissantés.

tfu (Cl)ant ôi^innc.

' Devant l'arche du fisc on voit danser César.

César Lapanouze , célèbre banquier de Paris , et ami intime de M. de Villèle.

* Roux, pour ie secourir, ouvre sa pharmacie.

M. de Roux , dans la dernière session , n'a parlé que sur la pharmacie; c'est un sujet qu'il doit connaître à fond.

' Il s'en va bouquinant le long du quai Voltaire.

On rencontre tous les jours M. de Corbière se promenant, comme un simple particulier, sur le quai Voltaire, quartiergénéral des bouquinistes.

'''Le bouillant Puymaurin.

M. de Puymaurin , directeur de la Monnaie royale des Médailles ; il est aussi chargé par surérogation de composer des distiques latins sur les héros qu'il coule en bronze ; mais le distique est toujours le revers de sa médaille , comme l'a dit M. Jouy qui, dans la Mineri>e, perdait rarement une occasion de lancer contre M. de Puymaurin les épigrammes les plus spirituelles et les plus mordantes.

' Du général Fortis c'était le secrétaire. M. Fortis est le général romain des jésuites.

* Trébuquet sort, portant une arme ridicule. L'abbé Trébuquet, secrétaire de M. d'Hermopolis, est fort

connu par les remèdes émolliens qu'il s'administre chaque matin.

^ Ainsi le fier vainqueur du Granique et d'Arbelle.

On connaît ce trait de hardiesse d'Alexandre-le-Grand , qui s'élança seul dans la ville des Oxidraques que son armée assiégeait.

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