PARAGRAPHE
La grève des mineurs du Sud du Pays de Galles (1910-1911).
Le 1% janvier 1910, les représentants des mineurs du Sud du Pays de Galles informaient les employeurs de leur intention de dénoncer le 31 mars le contrat collectif alors en vigueur #. La principale cause de désaccord entre les travailleurs et les Compagnies minières avait trait à la question des « places anormales »5. Dans le Sud du Pays de Galles, comme dans la plupart des comtés anglais, l'ouvrier mineur est payé à raison de la quantité de charbon qu'il abat. S'il tombe sur un endroit difficile à exploiter, s'il doit fournir une grande somme de travail supplémentaire pour étayer un plafond peu solide, ou extraire une grande quantité de matériaux inuliles avant de pouvoir retrer une seule tonne de houille, il est évident que la somme qu'il touche pour cette tonne de charbon peut être si réduite, relativement à son travail total, qu'elle soit inférieure au taux des salaires les plus bas. On cite des cas où un mineur travaillait toute une quinzaine pour recevoir, en fin de compte, moins qu'il n'aurait été à même de gagner
h. WATNEY and LITTLE, 1ndustrial Warfare, p. 130-131. 5. Le Mouvement social, 15 Juin 1912. The industrial Transition in England and the recent coal Strike, by Hilaire BELLOC, p. 495.
en un Jour dans n'importe quelle industrie 6. Inversement, il touche de gros salaires, s'il a la chance de tomber sur un bon filon, dans lequel la houille est propre, facile à détacher, et dont le plafond est solide. Pour rétablir un peu l'équilibre, la direction accordait des indemnités aux ouvriers qui travaillaient dans des places difficiles et peu rémunératrices (abnormal places). Ces indemnités dépendaient du bon sens et du jugement des directeurs et de leurs subordonnés, et, d'après l'opinion commune, elles étaient d’abord attribuées avec une certaine équité. Mais le bassin houillier du Sud-Galles, qui fournit un charbon très riche, brûlant sans fumée (smokeless codl), et très recherché par la marine, est tombé, au début du XX° siècle, sous le conlrôle d’un trust puissant qui s'est empressé d'appliquer les méthodes américaines d'exploitation intensive. Des instructions officieuses furent données aux directeurs et sousdirecteurs, leur prescrivant de veiller à ce que les réclamations en indemnités fussent entourées de toutes les difficultés possibles, et de ne payer les indemnilés accordées qu'après un long délai 7. Les mineurs du Sud-Gailes, Celtes d'origine, donc moins patients que des Anglo-Saxons, el chez lesquels la propagande syndicaliste devait rencontrer un terrain particulièrement favorable, ne tardèrent pas à récriminer contre cel expédient ingénieux, qui procurail de sérieux bénéfices au trust, en réduisant à des salaires de famine les « fortes têtes » qui se trouvaient d'ordinaire envoyées aux « places anormales ». Ils demandèrent aux Compagnies d’abolir l’ancien système des indemnités, dont le fonctionnement ne les satisfaisait guére, el de le remplacer par un salaire quotidien minimum, bien inférieur d’ailleurs au gain d’un mineur dans une bonne place.
6. Le Mouvement social, 15 Avril 1912. La Grève des Mineurs anglais, par F. SAGOT, p. 356-357. On cite le cas d’un mineur qui à touché 6 pence pour un travail acharné d’une semaine dans un filon ingrat.